‹ Papes et tsarsChapitre 76 sur 135 · Un nonce du pape en Moscovie, p. 204, n° XI · texte numérisé non relu

Un nonce du pape en Moscovie, p. 204, n° XI

2. PossEvixo, Moscovia, p. 66, 69; Ouspenski, Pcrégovory, p. 37 à 40; Lerpigny, p. 219, u» IX.

254 l'arbitrage pontifical

quette, provoquer des orages. Une ruse moscovite triompha du danger : en s'approchant de Bathory pour lui baiser la main, l'ingénieux courrier ota son bonnet et garda sa calotte, à l'hilarité générale des Polonais eux-mêmes, qui s'avouèrent battus.

Le 16 novembre, nouvel et intime entretien de Possevino avec le roi. Victorieux jusque-là et trahi maintenant par la fortune, humilié par la résistance de Pskov, encore plus par l'échec de son armée devant le monastère de Pétchersk, Bathory était sous le coup »d'une profonde émotion. 11 ne fut pas difficile à l'éloquence persuasive du jésuite de le toucher jusqu'aux larmes. « Dieu, disait Possevino, a parlé, et il faut se conformera sa parole; si la victoire a déserté le drapeau polonais, c'est que le moment est venu de conclure une paix honorable, d'autant plus que les conquêtes des Suédois en Livonie préparent de nouveaux obstacles pour l'avenir, et que l'état intérieur du pays réclame sans partage tous les soins de son souverain. » L'exemple de Charles-Quint, perdant l'Autriche et la Hongrie sans conquérir l'Afrique, venait ici à propos. Bathory comprit parfaitement les allusions, et, prenant Dieu à témoin, il affirma à deux reprises que, vis-à-vis des Moscovites, son unique but actuellement se bornait à leur couper le chemin de la Lithuanie, base trop favorable pour la conquête de la Prusse et de l'Allemagne. Des réponses également satisfaisantes furent données sur tous les autres points.

A la suite du même entretien, une dernière lettre est expédiée à Stockholm. Possevino met le roi de Suède au courant des négociations et lui propose d'envoyer à lam Zapolski, ne fût-ce que pour suivre les débats, s'il n'a pas d'intérêts à défendre, un représentant spécial. La brièveté du temps ne laissait aucun espoir de succès,

il s'agissait plutôt de donner une preuve de bonne volonté et de rappeler à Jean III les vaisseaux promis d'avance à la flotte chrétienne qui croiserait dans les eaux ottomanes ^.

Autrement importante était la nomination des délégués ou commissaires royaux pour traiter avec les ambassadeurs moscovites. Possevino demandait des catholiques, il suppliait Bathory de mettre ainsi la Providence de son coté, et de ne pas scandaliser les Russes par le spectacle des discordes religieuses. Cette restriction créait un embarras ; Polonais et Lithuaniens devaient être représentés, or ces derniers comptaient dans leurs rangs bon nombre de dissidents, et rVicolas Radziwill, recommandé par le jésuite, était vieux et sourd. Le choix de Stéphane s'arrêta sur deux catholiques : Janus Zbaraski, voïévode de Braclav, vrai type de guerrier polonais, et Albert Radziwill, maréchal de cour lithuanien. On leur adjoignit, comme secrétaire, Michel Haraburda, Lithuanien orthodoxe, réputé conciliant, homme d'expérience, qui avait visité la Crimée et Moscou. Les commissaires ne reçurent que des pleins pouvoirs limités, car Zamojski, sans quitter le camp, gardait la haute direction des pourparlers et décidait de tout en dernier ressort'*. L'influence du jésuite se laisse surprendre dans la nomination de Christophe Warszewicki 3, chargé officieusement par Bathory des aff'aires de Suède à lam Zapolski. Inébranlable dans sa foi, malgré ses fréquentes variations politiques, Warszewicki avait, dans la Compagnie, un frère qui dirigeait à Stockholm l'éducation du prince

1. Arcliives du Vatican, Germania, XCIII, j). 330, 338. Voir aussi Lassius.

Page 1