FlEDLER, p
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promptement réunie '. En tète de la liste figurent quatre théologiens, dont les pièces officielles ne font aucune mention, et que bien certainement le tsar orthodoxe n'avait pas demandés. Le voyage se fit d'abord sans encombre, et ce ne fut qu'à Liibeck que la fortune trahit cruellement son favori. La Hanse et les Livoniens avaient eu vent de l'affaire, et, craignant de voir leurs intérêts compromis, si des étrangers pénétraient en nombre à Moscou, ils prirent des mesures en conséquence. En dépit du sauf-conduit impérial, que les sources livoniennes disent cependant avoir été révoqué^, sur les réclamations plus ou moins légitimes de quelques créanciers, Schlitte est écroué dans les prisons de Liibeck, tandis que sa bande, désormais privée de chef, se disperse de tous côtés. Du fond de son cachot, il essaya, paraît-il. à deux reprises, de donner de ses nouvelles à Ivan, mais toujours sans succès. Après une captivité de près de deux ans, Schlitte parvint, à s'évader, on ne sait trop comment ; d'une manière merveilleuse, dit-il laconiquement, et par suite d'une intervention spéciale de la Providence. Un nouveau danger l'attendait à Rassberg-^, où il s'était réfugié. Les Liibeckois, très contrariés de sa fuite, exigent son extradition et, s'il est maintenu en liberté, c'est encore grâce à un secours providentiel et au dévouement d'un ami.
1. Faber, III, p. 9. — Dans la lettre à Christian III, Schlitte décrit ;iinsi la composition de sa bande : « Ein anzaell erlicher geschicketer liochgelarter leute jn lieiliger gottlicher schrifft der redite doctornn und magistri der frigenn kunstenn und sprachen zu sampt andernn
kunstrichenn wergckleuten » Archives royales de Copenhague,
liusland, n» 2, a + 1.
'1. Scriploics rer. ZiV. , II, p. 214. — Bruckner, p. 21.
3. Il y a plusieurs localités du même nom ; la plus rapprochée se trouve dans le district de Mersebourg.
r>E MYSTIFICATION DIPLOMATIQUE 37
Ces revers successifs n'avaient ni découragé Schlitte, ni encore moins brisé son activité. En 1550, il se remel à l'œuvre : dès lors la mystification s'accuse visiblement, il importe d'en saisir sur le fait les premières origines. En envoyant son mandataire en Allemagne, le tsar s'inspirait, on l'a vu, d'une pensée civilisatrice; les patentes du Kremlin ne mentionnent que des lettrés et des artisans; Charles-Quint tient le même langage dans sa lettre à Ivan, dans les pleins pouvoirs de Schlitte. Celui-ci n'avait eu lui-même aucune correspondance avec Moscou pendant son séjour à l'étranger, rien par conséquent n'était venu modilier le caractère primitif de sa mission. Si de nouveaux projets paraissent à l'improviste, ce n'est pas à l'initiative du tsar qu'il faudra les attribuer, mais bien à l'esprit fécond de son agent qui se lance hardiment dans des négociations de la plus haute importance.
Lors de son séjour à Moscou, les nombreuses aflinités entre les croyances russes et romaines avaient dû le frapper, une réunion des deux Eglises lui semblait facile ; il s'explique naïvement sur ce point dans la lettre déjà mentionnée à Christian 111 : « Sauf quelques cérémonies, dit-il, le tsar est tout à fait d'accord avec nous dans les principaux articles de la religion chrétienne, et de savants docteurs pourraient l'amener à une entente parfaite avec l'Eglise catholique et apostolique. » C'est à la suite sans doute de ces observations judicieuses qu'il conçut le projet de réconcilier Ivan IV avec le pape et d'introduire le catholicisme à Moscou. En 1548, les bonnes dispositions du tsar sont simplement signalées à Charles-Quint; voici qu'elles deviennent, deux ans après, le pivot d'une vaste entreprise. Un débiteur insolvable, à peine sorti de prison, ne pouvait cependant se ilatter de mener à bonne (in une affaire aussi grave que la réu-
'^8 l'ItO.IETS DE MISSIONS PO>-TIFICALES A MOSCOU
nion des Eglises. Schlitte crut devoir prudemment s'en déchargfer sur un autre. Le document libellé à cette occasion dans la ville de Minden, le 1'^'" août 1550, est un vrai traité bilatéral avec collation de dignité d'une part, et de l'autre obligation d'expédier des affaires*. II repose tout entier sur l'assertion formelle et catégorique de Schlitte que le tsar Ivan, sans se laisser décourager par l'échec de feu son père Vasili III, est parfaitement décidé à se réunir avec Rome, ce qui aurait pour conséquence le triomphe à Moscou de la foi catholique. Il ne s'agit plus que de régler les bases de l'union; dans ce but, après avoir vaguement esquissé ses péripéties et rendu la Providence responsable de son évasion. Schlitte, en vertu d'un mandat spécial, confère la dignité de chancelier « latin et allemand » du tsar à un gfentilhomme autrichien. Jean Steinberg, avec ample délégation pour traiter toutes les affaires moscovites, surtout pour négocier avec le pape et l'empereur la question ecclésiastique. Steinberg s'engage de son côté à faire au plus tôt, et à ses dépens, le voyage de Rome, à obtenir du Saint-Siège, si c'est possible, un bref d'union « sub annulo Piscatoris ». Muni de cette charte précieuse, avec un sauf-conduit, qu'il eût à son retour trouvé à Breslau, l'habile négociateur serait venu à Moscou jouir de ses succès et rentrer dans ses fonds. Tel est à peu près le résumé de cette pièce qui inspire à tout égard la plus légitime méfiance : et d'a])ord, Ivan n'a jamais songé à se faire catholique; nous en donnerons plus bas des preuves que l'on trouvera peut-être superflues; ensuite, le droit de Schlitte à créer un chancelier est aussi douteux que son titre d'ambassadeur était illusoire. L'ancienne Mos-
J. FiEDLEU, p. 80. La traduction latine, avec un en-tète erroné, dans TovRGLÉNEv, I, p. 134, n° CXXX.
covie ne présente guère d'antécédents analogues. Les diplomates du Kremlin n'étaient pas nantis de pouvoirs si étendus ; moins que tout autre, Ivan IV s'en fût remis de ses affaires au bon plaisir d'un étranger. Le but même de la délégation est presque chimérique : dans la pensée de Schlitte, le bref d'union eût été un certificat, délivré d'avance, que les Russes seraient reçus dans l'Eglise romaine à des conditions équitables ; prétention étrange, injurieuse pour le pape, car elle n'est formulée que pour prévenir une déconvenue semblable à celle de l'année 1527, lorsqu'on avait sacrifié, dit le document, le bieu général à des intérêts privés, et repoussé les avances des ambassadeurs moscovites à Rome K En vain, pour donner plus de valeur à cet acte, essayerait-on d'en appeler aux officiers impériaux, Weisberg et Langen, qui l'ont contresigné et muni de leurs sceaux : ces deux noms obscurs ne sont pas une garantie par eux-mêmes; le seraient-ils, qu'ils porteraient uniquement sur le fait de l'accord intervenu entre Schlitte et Steinberg ; les bonnes dispositions d'Ivan n'en resteraient pas moins douteuses, les droits de son ambassadeur pas moins suspects.
Ce personnage énigmatique ne mérite plus de notre part qu'une médiocre attention. A mesure que les événements se déroulent, son caractère d'aventurier se dessine de plus en plus. Les négociations romaines s'établissent et se poursuivent en dehors de sa participation; le bruit qu'elles soulèvent dans le monde diplomatique, les alarmes de la Pologne, les nouvelles mesures de Charles-Quint, la décision finale de Jules III, semblent av^ir échappé à l'attention de Schlitte, au moins n'ont-ils provoqué de sa part aucune démarche. Lorsque