‹ Papes et tsarsChapitre 9 sur 135 · Allusion à Trousov, envoyé par Vasili III à Clément VII · texte numérisé non relu

Allusion à Trousov, envoyé par Vasili III à Clément VII

l") l'KOJETS DE MISSIONS l'ONTI J ICALES A MOSCOU

Ja tempête (jiie nous allons décrire se fut calmée, en 1554, l'ambassadeur moscovite, car c'est ainsi qu'il persiste à se nommer, songe aux moyens de regagner la Russie : la voie de Liibeck évoquait des souvenirs pénibles, celle de Copenhague eût été préférable, surtout si le roi voulait faciliter la continuation du voyage. Pour sonder le terrain, Schlitte, trop fatigué lui-môme, envoya son mandataire, Barwert Berner, auprès de Christian III, avec une longue missive, précieusement conservée aux archives de Copenhague '. C'est, de tous les documents, celui qui jette peut-être le plus de lumière sur les agissements de Schlitte, sur ses procédés naïfs à l'excès, ou insidieux et retors. N'est-ce pas étrange, en effet, de voir celui qui avait si bien plaidé la conversion de Moscou auprès de l'empereur catholique Charles- Quint s'adresser, six ans après, à Christian III, parler d'union avec l'Eglise romaine à lun des plus ardents novateurs du seizième siècle, qui introduisait la liéforme dans ses États, s'alliait aux princes protestants d'Allemagne, payait des pensions viagères à Luther, Mélanchthon et Bugenhagen? Schlitte se répand en éloges sur les vertus royales de Christian ; il interpelle avec confiance le protecteur de ceux qui souffrent pour la vérité, et se plaint vaguement des persécutions qu'on lui fait endurer dans le Saint-Empire où personne ne prend sa défense. Le but de la lettre exigeait nécessairement une digression sur la Russie : quelle différence de langage et d'appréciation! que nous sommes loin des assertions péremptoires de l'année 1548 ! Ivan n'est |jIus le souverain parfaitement décidé à se soumettre au .Saint-Siège, il n'est que susceptible de conver-

1. Archives royales de Copenhague, llitslaiid. n" 2, ;i -^ 1, Schlitte à Christian III, 2.j janvier Jôo'i. L'extrait public par .Vdei i ni; (I. p. 207) est inexact.

UNE MYSTIFICATION DIPLOM.VTiniE 41

sion, encore faudrait-il l'intervention de savants docteurs. La mésaventure de Liïbeck est racontée sincèrement, mais pas un traître mot ne fait allusion à Steinberg, à la mission importante dont Schlitte lui-même l'avait chargé auprès de Jules 111 et de Charles-Quint. Après avoir conté ses péripéties, en abusant des réticences, l'ambassadeur de Moscou formule sa requête et, diplomate en détresse, il demande au roi de Danemark un sauf-conduit pour retourner auprès de son propre maître, le tsar Ivan IV. De séduisantes promesses viennent ici à point : Christian peut s'attendre ;t la plus vive reconnaissance du tsar, à des preuves réciproques d'amitié ; il jouira au Kremlin d'une haute et invariable estime, tellement on lui sera obligé pour un simple sauf-conduit.

L'issue de cette démarche ne pouvait être hciueuse. Depuis longtemps les relations du Danemark avec Moscou étaient interrompues : il n'y avait pour lors aucun motif urgent de les reprendre. Christian ne partageait pas l'ardeur apostolique de Schlitte ; la conversion d'un pays étranger touchait peu le souverain protestant. Barwert Berner semble avoir, sinon prévu, au moins redouté cet échec, car, trouvant à son tour des obstacles au vovaçre, il s'en déchargea sur un troisième mandataire ', auquel le roi remit sa réponse, datée du 12 juin 1.554. Christian disait, en somme, qu'il en était aux regrets des épreuves de Schlitte, mais que n'ayant reçu aucune communication d'Ivan IN', « son cher voisin et ami particulier », ne connaissant pas les intentions « du grand-prince de Russie » dans ces graves affaires, il croyait ne pas devoir s'en mêler; quant au sauf-conduit de Charles-f Hiint, méconnu parles LiiJjec-

1. Archives royales de Copenhague, Barwert Berner à Cliristian III, dimanche après la Trinité, l.iSi, non classé.

kois, il nv avait qu'à porter plainte aux autorités compétentes qui feraient certainement bonne justice '. De ce côté il n'y avait donc plus rien à espérer, cependant Schlitte éprouvait le besoin de se rendre utile, car s'il gardait le titre d'ambassadeur, il n'en percevait pas le traitement, et ses finances étaient loin d'être florissantes. A bout de ressources, il s'adresse à Ivan, en 1555, pour obtenir des secours pécuniaires; la même année, il se donne bien du mal, mais sans profit pour sa cause, à la diète d'Augsbourg; deux ans plus tard, on le croit parti pour Moscou, après quoi ses traces disparaissent et l'on ignore jusqu'à la date de sa mort^. Parmi les papiers sur la Russie qui nous restent de lui, très curieuse est la réponse esquissée, au nom d'Ivan IV, à la missive impériale du 31 janvier 1548. Jamais rêveur plus hardi n'avait encore prêté sa plume à un tsar : au gré de son secrétaire improvisé, Ivan aurait versé à Gharles-Quint des sommes considérables pour la guerre contre les Turcs, accrédité un ambassadeur auprès du Saint-Empire, organisé un service postal entre Moscou et Augsbourg, créé un régiment allemand et un ordre de chevalerie, enfin envoyé comme otages à l'empereur vingt-cinq jeunes gens des meilleures familles de Russie. La question religieuse est traitée avec une extrême réserve ; Schlitte se borne à mettre dans la bouche du

1. « Aber nachdem wiv vonn unserm besondernn freundt unnd nacliparn dem Grosfursten in Russlandt in disen sachenn nicbt angesuecbt, babenn wir niclit Avissens was S. L. neigung in disen wichtigen bendlen, und aucb in cuerem scbreibenn gemeltt, dass ir inn Rom. Keys. Mtt. gleitt beleidigt unnd desselbigenn nicht zugenissen gebapt, so babenn wir nicht unpillicli bedenckenn, in den sacbenn die lurwendung wie gesuecht zutbun und uns derwegenn ein zu lassenu. u Archives royales de Copenhague, Auslaendischcr Registrant, Christian III i Schlitte, 12 juin 1554.

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