LA LEGENDE DES SIECLES
Avec le manuscrit de la Légende des siècles (première série), nous arrivons à l'ère des proportions gigantesques : mss. de V. Hugo, n" G; ^y'io feuillets, d'un format de grand in-folio (environ 40 centimètres de hauteur et .'50 de largeur), et l'écriture très haute. C'est bien le manuscrit de la troisième manière. Le papier est bleu le plus souvent, parfois blanc, rarement mauve. Le papier bleu porte en filigrane un médaillon couronné symbolisant la Grande-Bretagne, armée d'un bouclier et dune lance, et tenant une Heur. L'anjtithèse a dû charmer le romantique vieilli *. Cette figure se retrouve à
1. Toutes les reliures des nianuscrils de Victor Hugo sont revêtues intérieurement d'un singulier er-libris, qui représente la cathédrale de Paris surgissant sur un fond sombre
peu près sur quelques timbres-poste des colonies anglaises. Sur la feuille de garde, le titre fut tracé en capitales énormes, par Fauteur lui-même, avec un bouchon de papier ou une estompe. Le deuxième feuillet contient la dédicace « à la France », avec l'épigraphe et les initiales V. H. — L'ordre des pièces est celui qui a été suivi dans les premières éditions, tandis que la Légende paraissait successivement, série par série. On ne trouve rien qui soit de nature à renseigner sur l'ordre définitif, établi cependant par le poète en personne. Il faut attendre le dépôt des autres manuscrits.
La préface de la première série porte la date : « Guernesey, 12 août 1859. » Or, nous voyons qu'elle est datée, dans les premières éditions, de septembre 1859, et, dans l'édition ne varieiAir, de septembre 1 857. A qui la correction, ou l'erreur, est-elle imputable? — Cette préface n'a pas été écrite en une fois. Toute une section a été ajoutée en marge (de : Un commencement j)eut-il être un tout? jusqu'à : Cet ensemble, que sera-t-'d? Et de : On y trouvera quelque chose du passé... à : Plus tard, nous
zébré obliquement, de droite à gauche (N.-E. — S.-O.), par un éclair blanc sur lequel se lit la formule : Ex libris Victor Hugo. — Le graveur qui avait com[>osé cet ex-iibris, Aglaiis Bouvenne, l'apporta à la Bibliothèque nationale, le 22 septembre d89fi : il l'offrait à titre gracieux, comme. un hommage à la mémoire du grand homme. Nous avons lu dans un récent article de M.Mar que celle Joliepelite planche, a.ccepléeavnc7^econ7iaissance par V. Hugo, alors à Hauteville-House, date de ^S'O {Bulletin de la Société lus toi' . d'Auteuil et de Passy, n" du ;>1 mars 1899).
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le cruyo7is,...). Cette préface offre, d'ailleurs, fort peu de surcharges.
Ici se place, à propos des titres des pièces et de la division du volume, une observation qui a son prix. Victor Hugo, en établissant son manuscrit, en a séparé les diverses parties par de grandes feuilles blanches sur lesquelles il a inscrit avec soin les titres des différentes pièces de chaque partie. Cette précaution, qui révèle chez lui l'amour de son manuscrit et la méthode avec laquelle il le compose, nous éclaire encore sur les hésitations de ses titres; ces remarques peuvent se compléter par l'étude de la Table, écrite sur deux longues bandes de papier collées plus tard sur le papier du format ordinaire. De ces comparaisons résultent les variantes suivantes :
Dans la première partie {D'Eve à Jésus], la pièce intitulée Dieu inmsible au philosophe s'appelait d'abord L'Ane; et la Première rencontre du Christ avec le tombeau s'appelait Les prêtres. Le Sacre de la femme portait en sous-titre « Mater » ; et La Conscience, « L'Œil ». Dans la quatrième partie, la table indiquait : Le ci/cle carlovingien, et, en variante, héroïque chrétien, quia prévalu. — Bivar y est divisé comme suit : Le Cid sous le roi Sanche. Le Cid sous le roi Alphonse. Le Mendiant. Ici, on le voit, la table est plus complète que le volume. Enfin, au lieu de Le Parricide, nous lisons simplement : Kanut. Dans l'intérieur du manuscrit, la table partielle fournit les
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indications suivantes : Les 7'ois des Pyrénées (barré), premier titre de Le Jour des liois; Gaiffer Jorge, duc d Aquitaine (supprimé au Cycle pyrénéen, — 2" série, — et transporté ailleurs); Roland petit; puis : Les noces de Roland (qui devint Le Mariage de Roland); Comment le Cid reçoit don Sanche (barré). Tous ces tâtonnements sont curieux, et nous ne jugeons pas trop minutieux de les signaler. — La sixième partie. Les Trônes d'Orient, s'intitule, dans la Table, Califes et Sultans. 1453 y est dénommé : Prédiction de 1453.
Ici, une septième partie était marquée, sous le nom de Montfaucon. On sait qu'elle ne parut que dans la nouvelle série. Une douzième partie est encore annoncée dans cette table, sous le titre « Hugo Dundas ». Ratbert a pour titre « Les quatre romances de Ratbert », avec cette division : « Le Conseil, Flciis, Onfroij, Fabrice. » N'est-il point frappant de découvrir là déjà le nom de cet Elciis dont les paroles franches et énergiques ne devaient retentir que dans le volume complémentaire de la Légende, paru en 1883? Et peut-on en conclure que Victor Hugo ne s'est pas vanté en disant que, dès les débuts, il portait en sa tôte l'immense variété de l'admirable poème? — La huitième partie a reçu, sur la table partielle de l'intérieur du manuscrit, successivement plusieurs titres : « Seizième siècle. — Le mythe (puis le monde, puis le poème) païen retrouvé. » Puis, « Paganisme » tout seul. Ces indications sont, excep-
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tionnellement, contemporaines du manuscrit; car elles sont écrites au verso d'une ébauche des premiers vers du Satyre. — Enfin, dans la douzième partie {Main tenant), la table finale donne « Paroles d'exilé », au lieu de Paroles dans l'épreuve, et L'Océan. Ce dernier poème, que Hugo avait déjà conçu, ne devait paraître que dans le volume complémentaire. Ajoutons que, dans « Hors des temps », le Jugement dernier a pour titre : Le Clairon.
Les observations relatives à l'extérieur du manuscrit ne seront pas maintenant très nombreuses; nous avons dit pourquoi. Le plus souvent, l'on a atTaire à une première copie, sinon à une copie définitive, et le poète se soigne beaucoup plus depuis qu'il a été sacré par la gloire et par l'épreuve. Quelques notes, quelques incertitudes, beaucoup de menues corrections; mais plus de lettres, plus de billets de part, plus de proclamations ni de programmes de concerts. On sent l'homme qui compose à loisir; et — c'est avec raison qu'on l'a dit — l'exil a conféré à Victor Hugo une sérénité presque olympienne, qui l'a véritablement métamorphosé.
Le Sacre de la femme, très corrigé, est précédé de cette note : « Faudra-t-il conserver la division par chiiTres? — A examiner, » Le manuscrit se termine ainsi : « 5-17 octobre 1858; en relevant de ma maladie ». — Avant le n° VI du poème, cette note « {un blanc) », qui se répète à mainte reprise au cours de la Légende. Dans les derniers poèmes, Hugo,
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y joint même des étoiles, pour mieux séparer les développements. C'est un signe pour l'imprimeur; il marque, une fois de plus, le souci de l'édition soignée.
La Conscience. — Le manuscrit est ancien ; il est encore de la première écriture; la date, 29 janvier (sans l'année), ne nous renseigne qu'imparfaitement. Plusieurs pièces ont été ainsi incorporées à la Légende des siècles, mais ont été composées bien avant. Les Pauvres gens sont de 1854. La Première rencontre du Christ avec le tombeau est du 23 octobre 1852. D'autres sont encore plus vieilles, telles que Ix Mariage de Roland, Aymerillot; la Chanson des Aventuriers delà Mer remonte môme à 1840.
Puissance égale bonié^ avait d'abord pour titre : Le Puissant et l'Impuissant. Au-dessous, ces notes, qui sont comme un commentaire ou une ébauche de plan : « Impuissance du mal et puissance du bien. Le mal condamné à la petitesse. La puissance se mesure à la bonté. » Toutes ces formules ont été enfermées dans un rectangle à deux diagonales, dans lequel on distingue encore ces mots : « Allah, Brahma ».
Les Lions. — En marge figure aussi une sorte de
1. M. Mabilleau {Victor Huf/o, Hachette, in-18) cite ce titre el constate que le poète, comme l'observe le Témoin de sa vie (Mme Hugo), avait montré, dès la pension Cordier, certaines aptitudes pour les constructions abstraites de la géométrie. De sa préparation hâtive à l'École polytechnique, il avait conservé un goût spécial pour les formules précises, les oppositions, les équations, les proportions (cf. Le Roi est le Bai et Le Cid est le Cid, etc.)
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canevas de la pièce. Des essais de vers, d'une tout autre écriture, suffiraient à démontrer que le manuscrit est déjà une copie faite à main posée. La date est ainsi libellée : « Fini le 31 octobre 1857, anniversaire de mon départ de Jersey ».
Les quatre vers du Temple sont copiés en double. Booz endormi présente de curieuses corrections.
L'Ane. — En sous-titre, Dieu invisible au philosophe, qui est devenu le titre définitif. L'écriture est très grosse et très droite, plus serrée que de coutume. Cette note, sur une petite fiche : « Balaam, devin, de Phétor, près TEuphrate. Balac, roi des Moabitcs. Nombres, 21 et 22, etc. », a pu faire soupçonner que déjà Victor Hugo avait conçu le poème qui, plus tard, paraîtra avec le titre alors rejeté : « L\Ane ».
La « Première rencontre du Christ avec le tombeau». — D'abord, le titre est : Les Prêtres (?), avec un point d'interrogation; puis, au-dessous, et barré : « Evangile selon saint Jean. »
La belle pièce intitulée Le Lion d'Androclèsesi une copie faite avec amour. A peine un mot surchargé, et une variante au vers 18. C'est un superbe ty[)e du manuscrit recopié. Mais une longue note, fort intéressante, nous met en présence d'un amusant problème. Victor Hugo spirite, quel beau sujet d'études pour les disciples d'Allan Kardcc ou de M. de Rochas! Cette note est d'une écriture cursive, à l'encre carmin, sauf la première phrase, qui a été ajoutée postérieurement, à l'encre noire, et réunie au reste.
Telle qu'elle est, elle certifie que le poète avait fait tourner des tables et consulté les esprits en famille. Constatons, puisque cela n'a pas autrement influé sur son œuvre, que ce fut là seulement un moyen de charmer les heures fastidieuses de l'exil. Dans son curieux volume sur Victor Hugo après i S52^ M. Edm. Biré a réuni (chap. IV) un certain nombre de témoignages topiques relatifs au spiritisme dans la famille Hugo. Il a vivement reproché au grand proscrit « d'avoir incliné sa raison devant la table à trois pieds », et d'avoir cru aux médiums, lui qui « ne croyait plus au Christ médiateur ». Assurément, ce commerce avec l'Inconnu, cet entretien familier avec « la Bouche d'ombre », avait quelque chose de séduisant pour l'exubérante imagination de notre poète. C'est là un cas psychologique sur lequel tout n'est pas encore dit. Parmi quelques textes tirés des Lettres et du Journal de Vexil, M. Biré a cité la note du manuscrit de la Légende. Mais la citation est incomplète et inexacte. Nous la rétablissons ici dans son intégrité :
« On trouvera dans les volumes dictés à mon fils Charles par la table une réponse du lion d'Androclès à cette pièce. Je mentionne ce fait ici en marge. Simple constatation d'un phénomène étrange auquel j'ai assisté plusieurs fois. C'est le phénomène du trépied antique. Une table à trois pieds dicte des vers par des frappements, et des strophes sortent de l'Ombre. Il va sans dire que jamais je n'ai mêlé à
mes vers un seul de ces vers venus du mystère, ni à mes idées une seule de ces idées; je les ai toujours religieusement laissés à l'Inconnu , qui en est Tunique auteur, je n'en ai pas même admis le reflet; j'en ai écarté jusqu'à l'influence. Le travail du cerveau humain doit rester à part et ne rien emprunter aux phénomènes. »
Ici, les initiales V. H. marquaient la fin de la note. Elle a été complétée, de la même écriture et de la même encre, comme suit :
« Les manifestations extérieures de l'invisible sont un fait, et les créations intérieures de la pensée en sont un autre; la muraille qui sépare ces deux faits doit être maintenue, dans l'intérêt de Vobservalion et de la science. On ne lui doit faire aucune brèche, et un emprunt serait une brèche. A côté delà science qui le défend, on sent aussi la religion, la grande, la vraie, l'obscure et la certaine, qui l'interdit. C'est donc, je le répète, autant par conscience religieuse que par conscience littéraire, c'est par respect pour ce phénomène même, que je m'en suis isolé, ayant pour loi de n'admettre aucun mélange dans mon inspiration, et voulant maintenir mon œuvre, telle qu'elle est, absolument mienne et personnelle. V. H. »
Le Lion cCAndroclès porte la date : 28 février 1854.
— Mais la note est postérieure. — Nous dédions ce document peu connu à ceux qui voudraient rechercher la réponse du Lion et les livres « dictés
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par la table ». Mais nous avons peine à croire que ces « strophes sorties de l'Ombre » vaillent les vers issus du cerveau du poète.
Le Mariage de Roland, qui n'est pas daté, est, à coup sûr, de la première écriture. Pour éviter d'en faire la copie, et pour l'introduire néanmoins dans le format in-folio du manuscrit, Hugo a collé les vieilles feuilles blanches sur son habituel papier bleu. — La môme observation s'applique à Ayinerillol , l'une des pièces les plus retouchées . Le manuscrit est plein de corrections, et caractéristique par le désordre qui y règne. Nulle pièce peutêtre n'a été plus remaniée. Elle occupe les feuillets 106-127. Au vers 6 [Le laboureur dea monts...), Hugo a écrit cette note en marge : « Littéralement : Ftcheco-i^aûna; chant basque d'Actabicar. » Le feuillet 119 a été recopié après coup, avec la mention : « A intercaller (sic) A. » C'est le développement : Ces bons Flamands, dit Charle,... jusqu'à : Le bon cheval du roi... Au reste, c'est surtout sur les termes familiers, les expressions comiques, voire un peu triviales, que portent les additions. Sans doute, le poète, tout à fait fidèle encore aux principes de l'antithèse romantique, a voulu créer une opposition plus forte entre les excuses de tous ces braves, recrus de fatigue, et l'héroïque éclat du vieil empereur.
Bivar, copié sans titre, porte, au-dessous de la date, « 16 février 1859 », ces mots : « Mon doux anniveraaire. » Nous l'avons dit, le poète s'attendrit, et
il devient le patriarche de l'exil, en attendant d'être le Grand-Père.
Le Petit roi de Galice avait un sous-titre, qui a été rayé rageusement. Le manuscrit est de dix-neuf grands feuillets. Date : « Du 12 au 20 décembre 1858; jour du départ d'Auguste Vacquerie. » Quel homme ! En neuf jours exécuter une pareille pièce! C'est un vrai tour de force. Mais la date est-elle bien sincère?
La Légende d'Êviradnus; tel est le titre primitif, qui n'a point été corrigé. Au-dessous, celui-ci : L'aventure , qui est joliment romantique '. Au feuillet 2t8, à propos des épithètes qui caractérisent madame Mahaud, « aimable et bijoutière », l'auteur écrit en marge : « Voir les dix dernières pages des Mémoires de la Princesse palatine. » Au feuillet 223, en marge des vers :
« L'histoire est là , ce sont toutes les panoplies... etc. », un petit dessin, au trait, représente l'armure, homme et cheval, où se cacha Eviradnus. Le casque est terminé par un plumet prodigieux, semblable à ceux que, par plaisanterie, Gustave Doré prête aux personnages des Contes drolatiques de Balzac. C'est le seul dessin qu'il y ait en ce manuscrit. Il semble, en effet, que Victor Hugo, après avoir beaucoup dessiné au cours de ses premières années de production, ait subi comme un temps d'arrêt, à ce point de vue spécial. Plus tard, sa
i. La (lix-hiiitioine et dernière division (Le jour reparaît) s'intitulait d'abord, sur le manuscrit : Ave, Mahaut {sic).
plume redeviendra volontiers un pinceau, quand il aura été plus particulièrement touché par la f^race, la splendeur ou l'épouvante des spectacles maritimes (cf. le manuscrit des Travailleurs de la mer). — Détail intéressant : Joss s'appelait d'abord Fritz. Victor Hugo a corrigé le nom dans tout le manuscrit. Au haut du feuillet '2i3, plusieurs noms monosyllabiques avaient été mis en réserve, entre lesquels il a choisi : « Karl, Max, George, Joss. »
Zim-Zizimi. — C'est un manuscrit de premier jet, très remanié, surtout les feuillets :269, 270, 5272, 278, 279 et 283. — Outre la date c 20-25 novembre 1858 », qui se lit à la fin, on remarque, en marge du premier feuillet, cette note : « Ecrit dans l'insomnie de la nuit du 23 au 24 novembre 1858. » A côté, des indications, des essais de vers rapidement réservés et presque illisibles. Le graphologue y trouverait un enseignement. Il est facile de voir que l'écriture haute et droite est voulue. Enfin, plusieurs feuillets ont été commencés d'un côté, puis retournés et écrits de l'autre côté. — Même observation s'applique au texte de Rathert.
lîalberi. — Le manuscrit est d'aspect plus ancien, le papier diflerent; la date : « 3 décembre 1857 »; mais l'écriture est bien de la troisième manière. La première partie portait ce titre, effacé depuis pour céder la place à celui que l'on sait [Les conseillers probes et libres) : Première romance. Beaucoup de parties ont été refondues; et, de temps à autre, de
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petites fiches ont été jointes, portant quelques vers refaits. L'une d'elles montre, au verso, cette adresse : Monsieur Vicio7^ Hugo, Hauteville , Guerneaey. En haut du feuillet 316, à gauche, un petit tableau provisoire des quatre parties du poème semblerait prouver que cette division se présenta seulement alors à l'esprit du poète. La deuxième partie se termine par la date : « 6 décembre 1 857. »
La Confiance du marquis Fabrice, où se lisent encore les mots Qualrième romance, porte, à l'encre rouge, les sous-titres qui se retrouveront dans le volume. Seulement, le numéro XVI [Après justice faite) s'intitulait d'abord : Chose dont deux moines furent témoins le même jour. — Dans celle vaste pièce, qui n'occupe pas moins de cinquante-six feuillets du manuscrit, et qui fut achevée en quinze jours, les noms propres ont varié à maintes reprises. Ratbert est d'abord Foulques (cf. f. 305, 306, 307, etc.). Isora s'appelle d'abord Ginora, autant qu'on le devine encore sous une épaisse rature, une rature de plume d'oie, comme Hugo les savait faire. On devrait étudier aussi à ce point de vue le feuillet 360. En bas, notons ces mots : « Agapet le Pensif, abbé de Cluny. » C'est un nom mis en réserve. — Enfin, tout le long de la pièce, les vers sont comptés par endroits, ce que Hugo omettait rarement de faire, et le total 748 est écrit au crayon à la fin.
Avec la Chanson des aventuriers de la mer, on salue une vieille connaissance. Le manuscrit, daté du
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29 octobre 1840, retrouvé sans doute dans des cartons, et légèrement retouché, accuse tous les caractères de la première manière : petit format, encre mauvaise, toute jaunie, écriture très fine.
Le Régiment du baron Madruce était primitivement intitidé : Les hallebardicrs de la garde impériale suisse [1643). La pièce semble avoir été conçue en deux fois; ou plutôt, elle devait fournir la matière de deux pièces. En effet, toute la fin, à partir des yer?,: Aigle, ne l'en va pas/..., porte un titre spécial, écrit à l'encre rouge, au feuillet 448 : Sur un aigle. Et, tandis que la pièce donne, comme dates, .28 janvier 1 859, au début, ai 31 janvier J 859, à la fin, le feuillet 455 mentionne celle-ci : 5 février i 859, et, à la fin de la pièce. Sur un aigle, 6 février i 859, avec ces mots, assez suggestifs en ce qu'ils dénotent chez le poète un incessant souci de la concordance entre l'actualité et le passé : « Il y a aujourd'hui six ans jour pour jour, une insurrection a éclaté à Milan. »
Le célèbre morceau Après la bataille est du 18 juin 1850. C'est un exemplaire de la première manière, introduit dans le manuscrit selon le procédé signalé plus haut.
Le Crapaud était dénommé, avec une certaine affectation : Le bon Samaritain. Ce baudet de Samarie eût probablement prêté à rire; et Hugo, après avoir marqué ce titre d'un point d'interrogation, a fini par y renoncer.
Les Pauvres gens, avec la date, Jersey, 3 fév. 1 854,
90 PAPIEUS d'authefois.
olTront un modèle, rare dans la Ij'iji'niit^ du manuscrit de la deuxième manière, et de l'écriture qui y correspond. Les Paroles dans V épreuve sont encore plus précieuses à cet égard. C'est tout à fait la période de transition; déjà apparaît par endroits l'écriture haute et droite. La date est : 2i août 1855. Pleine mer. — Plein ciel. — En tète de la première de ces magnifiques rêveries, sorte d'apothéose de la pensée, Hugo avait écrit, puis raya plus tard, ce titre : Le Navire. Dans Plein ciel, une réserve de grands noms bizarrement assemblés au bas d'une page : Condorcet, Cabrai, JJiaz, Vasco de Gama., Marco Polo. Cette pièce, datée du .9 (ou du 3?) avril i 859, fut cependant commencée plus tôt. Une note, à la fin des dernières strophes, en avertit le lecteur : « Ces sept dernières strophes ont été faites en juin 1858, au commencement de la maladie dont j'ai failli mourir. » — Or, reportons-nous aux dates de tout le manuscrit. Si l'on en excepte les quelques pièces retrouvées au fond des cartons ou des tiroirs et utilisées dans la Légende (voir plus haut), on constatera que ces sept strophes suprêmes, sorte de développement final où vient se fondre l'ensemble, sont vraisemblablement les premières que Victor Hugo ait écrites de tout le volume. N'est-ce pas une preuve de j)lus qu'en bûtissanl le /n'fish/lc , selon sa propre et majestueuse expression, il possédait d'avance le plnii «h; l'édifice, jusqu'à l'extrémité de la flèche qui devait se dresser vers le ciel?