‹ Papiers d'autrefoisChapitre 29 sur 42 · I. .Mois subsLilucs à : SdiKjlante elle bouillonne · texte numérisé non relu

I. .Mois subsLilucs à : SdiKjlante elle bouillonne

éclate dans les vers suivants, remaniés avec une chance et une science merveilleuses :

Première version :

Un souffle tiède était épars sur Galgula.

Deuxième version :

Les souflles de la nuit flottaient sur Galgula.

Première version :

En été la nature est glorieuse et douce.

Deuxième version :

On était dans le mois où la nature est douce.

Première version :

Son filet ténébreux où resplendit Vénus.

Deuxième version :

Son filet ovi luit Mars, où rayonne Vénus.

Les mots subissent d'ingénieuses transpositions et extensions de sens qui rajeunissent des formules rebattues ou traînantes, et rehaussent des hémistiches trop semblables à des membres de phrase prosaïques. Approuvons donc :

Une blême blancheur baigne les Pyrénées.

(Le Jour des Rois.)

Dans la saison livide où la cigogne émigré.

(Ruth et Booz.)

Vêtu de probité candide et de lin blanc.

(fd.)

Il a bien fallu aligner d'une façon quelque peu décousue ces exemples auxquels il serait aisé d'en réunir mille autres, mais qui suffisent amplement,

croyons-nous, à révéler, sous le poêle inspiré clans ses conceptions, l'écrivain bien inspiré dans ses amendemenls, toujours respectueux de l'intensité et de la précision verbales, et artiste de race jusque dans le minutieux labeur du grammairien.

Conclusion,

Nous clorons volontiers ici par un aveu d'insuffisance ce registre partiel d'observations recueillies sur quelques-uns des manuscrits de Victor Hugo. Souhaitons qu'elles inspirent aux critiques le désir de consulter de plus près la collection, surtout quand elle sera complète : ils y feront des trouvailles qui ne seront pas méprisables. Si l'épluchage des textes n'est précieux qu'en tant qu'il aboutit à des résultats généraux, il n'en est pas moins vrai qu'en matière d'érudition toute synthèse doit toujours débuter par des remarques de détail. La science allemande ne l'ignore point. Par delà le Rhin, il existe de savants micrographes qui consacrent des années à de menues études de vocabulaire, qui composent de patientes et minutieuses monographies sur le sens d'une particule ou l'usage d'une consonne, qui recensent à la loupe les termes techniques employés par tel ou tel écrivain ancien. Ce faisant, ils ne songent guère à la gloire, moins encore à la renommée; mais, ces humbles enquêtes,

ils se flattent ({u'elles auront peut-être un jour le mérite d'appuyer d'une incontestable autorité mainte thèse d'ordre littéraire. Eh! bien, les papiers légués par Hugo sont, à ce titre, un écrin des plus riches, une mine dont l'exploitation peut procurer honneur et profit aux grammairiens de l'avenir. Ne parlons pas des rhéteurs ; l'espèce s'en est. Dieu merci, raréfiée. Mais, chez nous, on a, par trop fervent à coup sûr, le culte de l'imprimé. Même pour qui connaît à fond l'œuvre sortie des presses, le manuscrit réserve, ainsi que nous l'avons constaté, plus d'une surprise. Et puis, le caractère autographe est autrement vivant que l'elzévir ou l'italique. Dans les lignes qu'improvisèrent et que retouchèrent les doigts mêmes du poète, il semble qu'il se répande quelque chose de sa personnalité ; et ce je ne sais quoi d'animé s'évanouit dans les meilleures éditions. Ouvrez le volume écrit : c'est un mort qui ressuscite pour un instant; c'est un fantôme qui recouvre à votre intention de la chair et des os. Hésitations, modifications, additions, corrections, traits sensibles et attachants de la vie littéraire de l'auteur, incidents journaliers, préoccupations concomitantes, souvenirs qui se réveillent dans son cerveau comme dans son cœur, comparaisons et regrets, deuils et joies, tout cela perce à travers les mots jadis tracés par une main qui ne bougera jamais plus. De là, la satisfaction secrète qu'éprouve le let, tré délicat à manier, à interroger ces feuilles véné-

rables. De là aussi la conception nouvelle et plus parfaite qu'il se forme du poète en suivant les phases par lesquelles celui-ci est parvenu à la maîtrise de la pensée exprimée, au bien dire. Enseignement avantageux à ce double point de vue, portrait de l'homme et intelligence de l'œuvre. L'une apparaît comme le résultat d'une réflexion avisée unie à la plus éblouissante imagination créatrice; l'autre se révèle comme le mieux doué des inventeurs, et tout ensemble comme le })lus infatigable des ouvriers de lettres.

Quant à la conclusion, provisoire (comme il convient), et très générale, de cette modeste esquisse, ne pourrions-nous la résumer en ces termes? On a trop longtemps et longuement disserté sur Vart pour Vart. Beaucoup de lances furent rompues contre ce moulin à vent. Sans être des « hurluberlus )), dignes du salut de Cyrano, Théophile Gautier et, après lui, les Parnassiens ont revendiqué le mérite d'avoir renouvelé — sinon découvert — cette formule. Que ceux d'entre eux qui marchent encore se transportent aux archives de la rue de Richelieu, et qu'ils s'inclinent, disciples déférants, devant ce qui subsiste, en ce sanctuaire, de soixantesept années d'épiques tournois et de labeur surhumain!

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