UNE LETTRE INÉDITE D'ERNEST BEULÉ
A propos de la célébration du cinquantième anniversaire de la création de l'École française d'Athènes, nous croyons que le public universitaire nous saura gré de publier une importante et curieuse lettre de l'archéolog-ue Ernest Beulé, qui fut, comme on sait, un de ses plus distingués pensionnaires de la première heure. Cette lettre est adressée à Daveluy , premier directeur de l'École (1846-18G7). Elle dénote d'abord que l'auteur préparait ses travaux avec le plus grand soin et y songeait longtemps d'avance. Pour un historien de l'École', cette épître même, et surtout le post-scriptum qu'elle contient, peuvent ofTrir, d'après l'avis d'un juge fort compétent à qui nous l'avons soumise, un intérêt assez vif, en prouvant que Beulé, avant ces remarquables travaux sur l'Acropole qui l'ont fait connaître de si bonne heure (dès 1853) et qui lui ont ouvert, à l'âge de trentequatre ans (en 1860), l'Académie des Inscriptions, n'ignorait point les restaurations des architectes qui l'avaient précédé là-bas. Elle atteste, en outre, qu'à cette date (octobre 1851), l'Institut, sans peut-être
1. M. Radet, professeur à l'Université de Bordeaux, vient d'achever une étude historique très complète de l'École d'Athènes, laquelle va paraître incessamment. — Cf. aussi les intéressants souvenirs consignés par M. Lévêque dans la Revue des Deux Mondes, il y a quelques mois.
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soupçonner toute létendue des résultats qu'était susceptible de donner une investigation sérieuse des restes de l'Acropole, suggérait toutefois par ses programmes aux jeunes savants l'idée de tenter l'expérience. Ce sont, au surplus, les fouilles opérées par l^eulé en 1853 qui ont eu pour fruit, comme on l'a justement observé, « sinon de mettre au jour le véritable escalier des Propylées, du moins d'indiquer à l'École française d'Athènes sa véritable voie * ». — Enfin, l'on verra que Beulé méditait, à cette époque de son séjour, d'orienter ses recherches du côté de la Sicile, et tâchait de se procurer les principaux ouvrages qui étaient de nature à l'aider, à le diriger dans ses excursions futures.
Il avait été nommé membre de l'École en 18-19, avec ses camarades Alex. Bertrand^, Gandar (aujourd'hui décédé) et Mézières^. M. Jules Girard* et Vincent étaient de la promotion de 1848. En compagnie de Vincent, M. Girard avait, en 1849, parcouru la chaîne de l'Olympe, traversé le Pinde, exploré la Thessalie, l'Épire, l'Acarnanie et une partie du cours
1. Voir le Livre du Centenaire de VKcole normale supérieure, Les normaliens en voyaç/e, \mr M. Gaston Deschamps (Hachette, 1895).,
2. Membre de l'Académie des Inscriptions, conservateur du musée de Saint-Germain, professeur d'archéologie nationale à l'Ecole du Louvre.
3. Edmond Aboul appartint, avec Guigniaul, à la promotion de 1831.
4. Aujourd'hui membre de l'Institut, professeur honoraire de la Faculté des lettres de l'Université de Paris, et directeur de la Fondation Thiers.