J. VAN DER AA
LE PRÉSIDENT VIGLIUS
( Mémoires de Granvelle , XII , 1 69- 1 60.)
Bruxelles, 8 juin i56^.
Monseigneur nostre ambassadeur d'Angleterre faict son compte
de partir en brief , à qui avons baillée telle instruction que votre illustrissime seigneurie verra par copie, avec le double de tous traictiés, escriptz et pièces qu'il sçauroit avoir de besoing. . . . Son instruction d'Espaigne fut par luy leute au conseil; mais il délaissa la clause fai^ sant mention de vostre illiistrissime seigneurie , me disant après, l'avoir faict pour non engendrer quelque jalousie envers les aultres seigneurs, et estoit, si je suis bien recordz, ladicte instruction en date du mois de janvier, que monstre bien sa grande diligence.
Renard a esté par plusieurs fois vers luy, accompaigné de Castellanos ou quelque aultre de ceste génération, pour rinstruyre tant sur ce que luy pourra occxurir en Angleterre /que des affaires de par deçà; ayant ledict ambassadeur rendu paine vers les seigneurs pour les entendre et en advertir sa majesté. Et m'a compté son altèze qu il a fort à elle recommandé ledict Renard , le trouvant si qualifié et suffisant, et personnaige de grand service^ et avoit monsieur d'Egmonde aussi mis en avant à son altèze d'appeler au conseil d'estat ledict Renard, pour estre si bien imbeu dès^affaires d'Angleterre ; mais sadicte altèze m'a dit de l'avoir rejecté, sur couleur de la désobéyssance qu'il monstroit à sa majesté, et que de soy-mesmes il avoit laissé le conseil. Et avec ceste conjuncture, je adjousteray ung aultre poinct dudict Renard , qu'est que son altèze devant hier, comme elle me monstroit les lettres escriptes à elle par sa majesté en espaignol pour avoir mon advis sur aucuns poinctz, en présfence d'Armenteros, qui est quasi tousjours présent quant elle me parle d'affaires , Ton lisoit aussi l'article parlant dudit Renard que contenoit en effet répétition de vostre advis et du mien à l'endroict de la lettre que sa majesté luy debvoit escrire, n'estant le mien aultre que de penser qu'il ne obéyroit point et ne tiendroit compte de luy ester ses estatz, sur la confidence de la protection des seigneurs, et que y ayant sa majesté pensé , qu'elle estoit délibéré de l'appeller vers elle en Espaigne, soubz couleur d'être par luy informé sur aucuns affaires concernant son service ; et comme elle me demandoit ce que me sembloit, luy respondiz que ne povois estre d'aultre opinion que auparavant, et que je tenois pour certain qu'il ne se fieroit point, et qu'il estoit trop renard que de se laisser ainsy attirer en Espaigne , ayant trop d'excuses coulourées sur son indisposition , le loing chemin et aultres causes aultrefois alléguées; néantmoins, si ainsi sambloit à sa majesté , qu'elle le pourroit essayer : et me retins de plus luy dire, pour la présence d'Armenteros, que je crainds n estre si secret en mon endroit que je vouldrois, s'estant encoires naguères vanté le docteur Molineus qu'il sçait tout ce que je faiz, traicte et
parle vers Madame par moyens dudiet Armenteros et de son frère ;
et combien je cognois asseï la légièreté de Molineus, si ne suis hors
de suspicion qu^it n y soit quelque chose
Ces jours passez m'est venu icy parler Gamaat S me requérant à qui luy et ses consors se pourroient doresenavant adresser pour faire leurs advertissemens, puisque rostre illustrissime seigneurie n estoit plus en court. Je luy respondiz que vostre absence n'estoit que pour ung temps, et que estant vostre illustrissime seigneurie si proche de Strasbnrg, qu'iiz feroient bien de s'adresser à icelle et user de Taccoustumé, jusques que vostre illustrissime seigneurie leur face entendre aultres choses, et où il sembloist qu'ilz se deussent adresser à son ahëze ou à aultre. Je supplie que je n'en soye chargé : car je ne veux avoir à faire avec ces gentes , et moins leur tenir la correspondance : car vostre illustrissime sergneurie me cognoist trop scrupuleux, pour négocier avec telles gens. U a parlé aussi au conseiller Cobel et à mmis'' de Berleymont , et sçavoit l'on au conseil d'estat
qu'il estott icy, et furent nommez ses compaignons
Les estatz de Brabant sont icy, et ont en leur opinion changé
' îs garnisons ; mais demeurent )n , Ton commimiquera avec ilx à furnir, tant ceste ayde 5z; et en cas que les estats î l'on recouvrera les deniers ir les procès, advocatz, pro- Itèze n'a point encore prinse mmance à incliner à ladicte [uant je allègue que le roy ne )S dernières lettres, aucuns a escript à sa majesté d'icy,
*, dont il servit les desseins sans ce- Bnt compromeUre jamais la caase 58 nouveaux amis. (Voir lome VI,
et de rhumeur de ceulx qui tâchent mettre diffidence entre sa majesté et les estatz; et Dieu sçait comment aucuns font de ce leur prouffit pour faire entendre que « pemiciosi sumus reipublicae ; » et que Ton se deubt servir de gens qui entendent mieulx les affaires d'estat, et n'empescheat le bien publique, comme clèrement Ton voit en cecy que ne voulons estre aydez par ceulx qui y désirent tant mettre la main. Et comme je crainds que cecy ira avant, je ne vois aultre remède que de gaigner temps jusques à la venue de sa majesté : car les inconvénients que pourroient procéder de ceste générale communication se reiïiédieront mieux par la présence du maistre.
Son altèze escript présentement à sa majesté sur plusieurs affaires que j'avois ramassé av^ec le secrétaire Van der Aa , comme des choses de France, d'Angleterre et aultres de par deçà; mais le tout se lit, en la préwnce d^Armenteros et du secrétaire Hostilio, à son ahèse, par devant lesquelz nous passons monstre; et selon que m'a relaté ledict secrétaire Van der Aa, son altèze se laisse aucune fois eschapper qu'il ne feut user plus de ces rigueurs accoustumez; ce que vient à propos que l'on dîsoit avoir esté différée l'assamblée des estatz de Brafaant, qui se debvoient trouver icy festes
de Pasques, jusques après la Pentecosti Bois-
, avoient tant ' é seu-
ce qu'elle fit ti :s pro-
ie estoit en b 5 coup
tant, monseigneur, etc De Bruxelles,
JEAN D'ACHEY DE THORAISE'
( Mémoires de Graovelle, XU , 179.)
Besançon, 8 juin i564.
Monseigneur j'ay entendu de nouveau comme il y avoît
ung secrétaire du conte de Mansfede qui avoit demeuré quelques jours vers monsieur de Rye; je nay peu sçavoir qu'il y avoit faict, mais j'ay donné charge à quelcung de mes amis de s'en informer ;^t si je le puis sçavoir, je vous en advertiray.
U y avoit à Thostelerie où Provenchère^ logeoit à Dole, ung Flammant qui gergounoit bien avant de ces choses qui passent en Flandres; ledict Provenchère vous dira ce qu'il en entendit, vous estant par deçà; ledict Flamant demeure avec monsieur de Rye.
Le docteur Froissard, qui se mesle de praticque de Rome, avoit receu lettres dudict lieu, là où l'on luy mande que le pape et les potentaux d'Ytalie et nostre roy, et mesme le duc de Florence qui arme douze gallères et ung gallion, lèvent gens de guerre; et dient les lettres que le conte de Sancta-Flor^ et Camille Colone estoyent allé en Espaigne, et m'ont dict des Genevois* que Jehan-Andrey Dore y estoit retorné , encore qu'il n'y avoit longtemps qu'il en estoit revenu avec le marquis de Piscaire et le cardinal d'Ausbourç. L'on pense
' Voir lome III, page 354 f note 4- et de Castel-Arquato , chevalier delà Toi-
* Jean Brenot , sieur de Provenchère , son d'or, après avoir rendu de bons services &)s d'un père de même nom, et de Csl- k Tempereur Charles-Quint, en Italie, se thcrine de Couthenans , tous deux morts distingua aux batailles de Moncontoar et à cette date. de Lépante, et mourut en 1 577.
* Ascagne Sforce , comte de Santa-Fior * (Génois. )
que ce soit pour ramener quatre mil Espagnolz que Ton veut envoyer à Naples.
Le mesme Genevois qui me parla, quant je luy dis que je treuvois estrange que le duc de Florence armôit » me dit : « Et que diriés-vous « s^il taschoit de se faire pape , pour la grande faveur que le pape « monstre audict duc , et aussi qu il est fort caducque ? »
Le roy de France, comme Ton tient, est à MasconS que n'est quà six lieux de Lyon, et tient Ton que Ton ne fera difficulté de le mestre dedans, quelque bruict que soit esté.
L'on dit icy que le prince de Condé et Audet^ estoyent allez au devant de la royne de Navarre, qui debvoit venir treuver le roy audict Mascon