‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 12 sur 77 · L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR

AU BARON DE BOLWILLER

(Mémoires de Granvelle, XIII, â3.)

VieDoe, 9 juin i564.

Très-chier et féal , tout ce que vous pouvons dire pour maintenant est vous adviser de la réception des vostres du xxii* du mois précédent, par lesquelles, et coppics allemandes joinctes, avons entre aultres entendu ce qu'on discours en Tempire, tant de nostre santé

* Dans une lettre du 27 mai, le même « grandes affres à mondit sieur de Savaye,

correspondant du cardinal lui avait mandé • espérant le veoir à son entrée à Lyon ; et

qu*un envoyé du duc de Savoye , venu « qu*à la cour dudit roy ils se doubtiont

à Dijon pour faire sa oour au roy, « avoit « que ceulx dudit Lyon feriontlabeste »

« treuvé en luy un jeune prince fort prompt [Mémoires de Granvelle , XII , 85. )

« en response et de bien bonne grâce , avec * ( Andelot ? )

54 PAPIERS DÉTAT

«t porteraeot que de la nnort cnsnyvie, de laquette (looé Dieu) sufnes encoires pour le présent relevé, et le serons tant et \8Î longuement <juii plaira à sa divinité nous octroyer, la vye, de laquelle tous deppendons et est celle que nous doaue la vraye médicîne, et non les docteurs humains. £t vous avons voulu toudier ce mot de nostre disposition que n'est eacoîres lelle qu'on descript, avec e$poîr que le bon Dieu nous fera grAce de ralonger encoires noz jours, moyennant que la commune chrestienté en puisse recevoir ie fruict, et que ce soit pour le salut de nostre âme, afin qu'en sçaichiez en conformité donner raison où vertez appartenir. Sur ce, etc.

LE PRÉVÔT MORILLON

(Leitret 4e Morillon, I. 6348.)

Bruxelles , 9 juin 1 564*

Monseigneur Certes, j'ay grand regret, véant le mal et peine

que vostre illustrissime seigneurie hat de tous costelz pour bien faire; mais je me console en sa prudence et qu'elle sçait prendre le temps comme il vient, et le tout de la puissante main de Dieu. Si chascun en usoit ainsi, il y auroit plus de gens à repoz.

Je ne faultz de faire entendre où il convient voz empeschementz , et que ies afiPaîres vont oroissantz, pour, par ce moyen, gaigner temps, qui, comme vostre seigneurie dit, est l'ouvrier de» graudz changementz; et je vous asseure que si demorez encores deux ou trois mois dehors, Ton appercevra et peult-estre regrettera vostre absence, n estans les affaires du payz ny estatz d'iceiiuy de si facile conduicte

camme phimeurs se imaginoient, atantz petit t-eéire par trop presché la liberté et exemption du peuple, qui s y fie plus quam expédiât; et je tiefis que I'od se treure desjà bien empesché , et cpa^e encores le sarat-oo dadvanta^ avant tosigtemps, quand Ton n'aurad rien ou peu faâct en ce des aydes; et si le mesnaige se rendue en France , comme Homes et Montigny publient, qiae Ton se treuvera bien empesché d'y respondre, avec ce que les capitaines et garnisons com^ menceoFt 4 crier sur euh, estant vostre illustrisetme seigneurie trop loin pour lui meetre le chat aux jambes comme du passé.

C'est bien le principal poinct de se bien entendre avec le maistre, dont ronVapperceoit icy clèrement. Aussi Ton croit vostre retour, depois que Tod a veu au conseil ce que sa majesté escripvoit de vostre congié, en ce que je tiens Renard anrat esté grandement forcompté

en ses deaseingz M. de la Boulme ^ auroit bien besoing d'ung

tel advocat pour user de son conseil.

J'entendz de M. le président, de sa propre bouche, seê obscare, que rinstruction de Tambassadeur d'Angleterre a esté leute au conseil, omectant les poinctz que pouvoient donner umbraige contre vostre seigneurie, combien touttefois qu'estant dressée de si longtemps, le roy ne povoit £aiire aultre que de le remectre à voz et audit sieur président, puisque lesaultres ne fréquentoient lors leconsei).

Vostre seigneurie aurat veu par mes lettres précédentes ce des aydes, que sont encores peu advanchez; ne s^'estans jusque ore» résolu ceulx de Brabaat quant aux quatre aydes demandez à Arras, mais faie» à la continuatioB des aydes pour l'entretenement des gens de gnenre pMir trois ans, moieanant ce qu'ils prétendfent plusieurs conditions^ Dieu veidlte que Ton n'y mesle rien touchant la religion I Ilz sont aussy après l'union ^, si Flandres^ et Hollande le vouldroient

* ( ÂBchaYèciiBe de Besançon. ) « qn'Egraoïide ayifâiGt de son omuix; H<d-

' • L'on est fort après Tunion ; le Bra- « lande n*y est inclinée. S'il se faisoit, grand

• baiit val ce chemin et le eonditioane ; le « mal esyiendrèit , raesme pour la religion.

« prince et le marquis brassent cela, mais «0& ose desjà dire que le copper testes

«la Flandres ny veut entendte, encore «n*a rien proflBtè jusqdes ores, et que

gouster, ce qu'est nécessaire pour le bien universel du pays contre-

miner.

Les abbez de Brabant ont grande raison se contenter de la dernière responce du roy quant aux abbaïes et évesques. Mais je crains que ung jour il congnoistra, sedsero, que, au lieu de gaigner les estatz de celte province , ilz seront par cecy plus insolens et luy voiddront donner loy en mil choses.

Le faict de la justice vat assez floschement avec ce de la religion, que ne poulroit estre pire, car Ton n'y faict peu ou rien. L'on at escript au margrave pour deffendre aulcuns jeuz de Daniel, que se faisoient en Anvers, où se représentoit le sacrifice de Baal, dénotant assez ouvertement celluy de l'Eglise et les cérémoniez que se font en icelle. Je ne sçay ce que sera ensuivi; car en telz affaires on y vat mollement. Ceulx de Tournay et Valenchiennes se taisent; mais je me doubte qu'ilz n'en pensent pas moings, actendantz que vouldront dire leurz complices en France.

Je n'ay rien entendu de la Campigne, dont M. de Bois-le-Duc peult sçavoir quelque chose ; mais ceste ville est plus infectée que l'on ne pense, et mesmes d'anabaptistes, desquelz il y a quelques prisonnierz. Les aultres ont heu temps assez pour vendre leurs biens et s'en aller le petit paz.

Ce des nouvelles éveschez s'enchemine lentement. Maistre Jean de Langhe^ est encore à Utrecht, pour avoir la renuntiation de l'archevesque, suivant la séparation, pour par ce moien faciliter l'intronisation des nouveaulx évesques, tant à Groninghe, Deventer que Lewarde et Ruremonde, où je veoy encores peu d'apparence pour les faire recepvoir. Ce pendant ilz sont empeschez ^ à compter l'argent qu'ilz ont receu d'Espaigne

Quant à celluy d'Utrecht, « vidit requiem, quod esset bona, etterram « quod optima; > Harlem, « pinguis panis ejus, » comme dit Jacob de

« ce n est pas par ce moyen à remédier. » ^ Il était Tun des secrétaires du coDseîl

(Autre lettre de MoriUon au cardinal , du privé.

1 a juin , Lettres de Morillon, 1,77.) ' (Occupés.)

Isachar et Aser; Bruges et Middelbourg, « onmia mediocrîter; Ipren- « sem venim episcopum, » Saint-Omer, « admoduro œdificative. »

Et comme il emporte à vostre seigneurie sçavoir de temps à aultre ce que passe sur lesdictz poinctz, qui la pluspart se manient par Hopperus, je luy ay donné ung petit extrait d^iceulx et prié de voz escripre pleinièrement ce qu'il sçait et sçaurat cy-après sur iceulx;

ce qu il m at promiz faire L'intelligence continue entre M. d'Eg-

monde et le prince d'Orange. « De intrinsecis Deus judicat; res an- «gusta domi, et non deest principi Xantippe, vel détériora »

Le président m'asseure que son altèze ne fiist jamais si intrinsèque^ avec vostre illustrissime seigneurie comme elle est maintenant avec mons' Egmonde et le prince. « Quod vultum, orem (51c), mores, « ingenium et actionem omnem mutavit; strophis agere, subinde quod « acta sunt retractando vel reprehendendo , dicere aliter nunc agendum « etmitius; «qu'elle picque souvent, qu'elle ne veut rien passer sans le communicquer au prince, qui certes a reprins aultre couleur et visaige depuis qu'il faict tout ce qu'il veiilt. « Sed hoc Viglius prohibuit efferri ; • itaque supplico dominât! onem vestram De hoc unquam deprehenda- « tur, » ou je perdz à jamais crédit avec luy. Il ' at du ceur assez, et comme il me parle souvent et fort ouvertement de ce que passe, je luy ditz quelque bon mot, qu'il prend bien; mais il faut procéder adviséement avec luy, comme sçavez. Bave ne luy ose rien dire. Il regrette aulcune fois qu'il n'est sorti passez trois ans, et sçait bien dire que vostre seigneurie Tempescha lors vers le roy, et qu'il crainct que si cecy dure longuement, il ne sçaurat tousjours porter la charge. Mais quoy qu'il die, il cognoist fort bien qu'il luy importe de continuer, ce que je n'ay failly luy représenter modestement , affin qu'il travaille pour avoir ung successeur que luy soit amy , et non poinct pour impugner ses actions passéez, « ut residuum dierum suorum agat in pace. » Certes, Hopperus luy donne la vie et le soulaige fort. Il at quelque regret

' Allusion k Anne de Saxe, seconde quelle dut être rompue quelques années femme du prince d*Orange dès 1 56 1 , ainsi après, qu'à leur union tellement mal assortie, * Intime? — ' (Le président Vi^us. )

58 PAPIERS DÉTAT

que ce que at esté en train pour luy dort, et que Ton aurat battu le buisson pour la noblesse, « qui nihil non molitiu*, » ou pour Renard; que plusieurs travaillent pour entabler ce dernier, se donnant de merveille rambassadciu' \ comme m'a dict le président, que ung homme si principal soit ainsi esioigné du service de son maistre, que donne tant plus de ceur aux aidtres pour le redresser s'ilz peulvént, et je crois, avec vostre illustrissime seigneurie, que s'il y parvient, que ce ne sera le plus grand mal , mais la ruyne de luy. L'on debvoit vrayement poulsser lorsqu'il estoit heure, et ne peult estre que le président ne se soit repenti plus d'ungne lois d'en avoir ainsi usé , actendu que sa conscience est chargée des maulx que se sont succédé depuis, « quorum nimdum finis; » le tout par faulte d'avoir exécuté la volunté du roy lorsqu'il estoit temps. Dieu doint qu'il se face maintenant ! mais je crains fort la faulte. Et me dit Hopperus que le roy escript seullement pour avoir advis s'il fera une recharge pour faire aller Renard vers Bourgongne ou vers Espaigne

Ce que le président crainct le plus est que le roy ne se lesse fleschir, délaissant vostre illustrissime seigneurie, et qu'il se doubte que Erasso ne repose, duquel je croy bien qu'il faict et fera le piz qu'il peult.

Certes, c'est de Bave que j'ay entendu ce que son altèze et Armenteros auroient dit de vostre seigneurie , et le président ne m'a dict moings, dont je ne veulx rien asseurer, et peult-estre qu ilz y ont quelque aultre desseing. Le mieulx qu'il y a, c'est que Armenteros ne peult guerres, et je croy bien que son principal but est l'intérest, dont il donne plusieurs clères preuves. ....

J'ay ung peu contenté Van der Aa, donnant raison de la présence d' Armenteros quant les despesches se lisent. L'aultre jour il me dit avec larmes que si votre seigneurie demeuroit encores longuement, il quicteroit tout, et qu'il ne sçavoit plus comporter les termes que l'on y tient : parlant k l'oreille, riant, picquant, débatant et donnant souvent des lourdes attaches, et que Hostilio y est aussi présent pour escoutter.

' (D*Espagne envoyé en Angleterre.)

Le chancelier de Brabant est tousjours « «eut in principia. » Toutlefois, Hoppeniéluy at ouvertement biasmé sa façon de négotier, et il Iny a prié de continuer à luy dire ses £aultes. Ce sera bien long ouvraige . . . L'ambassadeur d'Angleterre, à la dernière fois, me feit ung long discours de ce qu'il avoit icy treuvé; et, après ,beaucop dé paroles, me dict peu de chose : qu'il avoit rendu peine pour entendre la cause de ceste malveuillance, qu'il n'en treuvoit aulcune de vostre costel, mais bien grande ambition de l'aultre, ef qu'ilz ne vouloient céder la préférence; que, sur ce, il avoit faict un compte au prince d'Orange de l'honneur que ung renommé duc de Savoie avoit faict à un poure cardinal et mal monté que fut en légation vers luy , en luy donnant le devant; [ajoustant] qu'il n'avoit jamais rien sceu tirer de personne d'eux en paroles que puist toucher vostre illustrissime seigneurie ou démonstrer resentement, mais qu'il l'avoit bien cogneu par signes. Que, comme amy, il ne vouldroit conseillier vostre venue devant

celle du roy, et qu'il ne seroit sans dangier qu'il avoit dit au

comte d'Egmont la réputation que vostre illustrissime seigneurie avoit vers toute Espaigne, que le roy vous tenoit pour son espérance; qu'il avoit dit au marquis de Beiges que il avoit tout premier sceu à parler des évesques, que le confessa, mais non pas de l'annex prac* ticqué depuis; qu'il s'appercevoit que Montigny estoit un grand Davus; qu'il advertiroit le roy de tout, puisque cela deppendoit de sa chaire. Je ne sçay s'il luy advertira aussi des souffisances de Renard^ et qu'il atesté si souvent vers luy, dont il ne m'at jamais sonné mot. Après, il me dit les honneurs que mons^ d'Egmont et le prince d'Orange lui avoient faict, mesmes que le prince lavoit toujours faict précéder. Il s'esbahit d'estre si longuement sans lettres de vostre seigneurie, et excuse son séjour sur l'attente d'icelles, encores qu'il

soit dépesché passez dix ou xii jours

11 y a queique chose de la plesgerie que doibt faire ledict prince en Anvers pour le roy de Dannemarche ... Le trésorier Schetz me

^ « Notamment qu il tenoit Renard pour de Morillon du i a juin , Lettres de Morillon, grand reroneur de mesnage. » (Autre lettre 1. 1, p. 77.)

dict hier que les affaires de finances sont en si désespéré estai

qu'il n entend poinct longuement servir. . . On est esbahi de Tapparat que le roy faict; touttefois on dit que c'est contre les Mores

P. S. M. l'ambassadeur est parti plus tôt que n'avions estimé, à sçavoir le x. Dieu lui doint bon voiage ! C'est du xii^ de juing.

LE PRÉSIDENT VIGLIUS

(Mémoires de Granvelle, XII, igii-igS.)

BruxeileSf 13 juin i564.

Monseigneur Je suis bien aise que jusques icy noz lettres

n'ayent eues nulle fortune, et n'estoit cest hazard, j'escripvrois aucune fois plus ouvertement à vostre illustrissime seigneurie ; mais icelle sait de peu comprendre beaucoup.

Le prouffit que rechoit ce pays de l'absence de vostre illustrissime seigneiuîe se verra cy-après; je n'en ay encoires veu nul, bien que samble à son altèze qu'elle est à plus grand repos , puisque ces seigneurs s'efiForcent de luy complaire , et elle à leur correspondre. Si nous pourrions avoir quelque bonne fin avec ces aydes, encoires seroit-ce quelque chose; mais je ne sçay si avec le temps la religion et justice n'auront à souffrir. Je suis bien aise qu'elle continue avec vostre illustrissime seigneurie les offices accoustumez d'escripre; mais à moy elle n'a encoires, depuis vostre parlement, riens enchargé d'advertir icelle comme elle souloit, et les lettres des ambassadeurs et aultres, qui ne sont en thiois^ ou franchois, se lisent bien par extraicts et déchiffrés au conseil, mais demeurent en ses mains, que Allemand.)

n'est une décharge grande, puisque si bien ne leur sçaurois faire respondre en la mesme langue» et sert cecy aussi pour auctoriser ses ministres <iomestiques, par devant lesquelz passent aussi toutes noz lettres d'estat qui s'escripvent à sa majesté, combien que je croy que cela se faict en partie afiin que elle se y sache mieulx conformer en ce qu elle luy escript à part.

Je mercie vostre illustrissime seigneurie de l'advis qu'elle me donne pour prendre les choses comme il convient sans m'estonner, ne en ce temps penser à mon congé; mais, monsfi^, ne vauldra-t-il pas mieulx que je le pregne de moy-mesmes, avant qu'il me soit, par quelque sinistre procuration, donné? Je cognoisbien la malveullance de plusieurs envers moy qui hayssent vostre illustrissime seigneurie, et ne sçay si je me pourray fier en son altèze, laquelle me monstre bien souvent assés froide mine , et celluy qui se plainct que je luy suis contraire^ n'aydera guères à me maintenir en sa bonne grâce. Et quant à escripre aucune fois à sa majesté, Tadvertir de Testât de noz affaires, et par ainsi conserver sa faveur, certes je ne l'oserois faire; ets'ilz ont prins cela si mal de vostre illustrissime seigneurie, ïie pouvans sou£Brir la grande confidance que sa majesté avoit en icelle, comment le prendroient-ilz de moy si longuement que je y suis ? Je iray le droit chemin et diray la vérité : t Verum satis «animadverto quanta inde in me accumulem odia, si intelligat vel " ipsa ducissa me ad regem scribere, quid quaeso ipsamet suspicabi-

• tur, ut de aliis taceam ? nec certe deest materia , et aliqua ex parte « ea ipsa ob quam ille me sibi contrarium queritur, uisi enim obsis-

• terera, omnia illo procurante precio, submitterentur, et novit Deus « quanta inde nota passim suse Celsitudini inseratur. »

Je n'ay encoires oncques eu avec luy ung seule parolle de laquelle il se deubt ressentir. Bien après le partement de vostre illustrissime seigneurie, comme en la présence dudict Armenteros elle me dict qu'elle m'envoyeroit le frère d'icelluy pour me lire quelques lettres en espaignol, je luy diz que si luy plaisoit me donner les lettres,

* ÂrmeDterosP

je m'ayderois d'ung de noz secrétaires, la Torre ou Praëtz, à quoy elle répliqua que c estoient choses secrettes. Je m'en teuz; auitrement povois dire que les aultres atvoient serinent à sa majesté, et cestny point. Je tiens que c'est Tung des poinctz où il veult dire que je luy stiis esté contraire, et Taultre que, pour ma contradiction, il n'a peu achever ce qu'il avoit brassé de la prébande de Gand; mais le principal gist en ce que je ne suis poinct de son ad vis quant aux lotheries, vendition des ofiBces, avanchement aux abbayes mediantibas illis, et aultres phisieurs choses par lesquelles Ton se haste de faire tost sa main et laisser après soucier les aultres. Je adjousteray encoires cela, qu'il est mervueilleusement après pour mettre Molineus en nostre conseil, faisant son compte c[ue, estant d'église, en mon absence il viendra à présider et tenir le lieu du feu chancelier de l'ordre; lequel, certes, ne y duyt point; etvouldrois que cela se différast jusques à ma retraicte; car nous ne y serions pas bien ensamble. Mais, toutesfoîs, avec son cerveau \ il se vante partout qu'il sera bientost du privé conseil en mon despit, et que toute la mauvaise grâce lui vient d'avoir, à la réquisition des seigneurs et estatz, donné son opinion sur la nouvelleté des éveschés. Et me veult vostre illustrissime seigneurie réserver si longuement icy, que je voy tant des indignités, et que, oultre les persécutions que me sont en partie communes avec vostredicte seigneurie, je viegne perdre la faveur de celle qui gouverne par l'instigation de celluy qui est tant privé avec elle! Et quant je considère icy le tout bien, je ne puis juger que ma plus longue demeure en ce service et estât servira d'aultre fruict pour moy, sinon de me faire après desloger avec plus grande desréputation; néantmoins ayant promis à sa majesté, d'attendre sa venue, je ne iray point insalatalo hospite, mais bien pourchasseray-je que plustost je puisse obtenir mon congié à ma réquisition que à la prociu'ation des aultres.

^ « MoHneux donne grands indices qu*il « parient de le mettre en curatèle. » (Mo- « n'est pas bien de son sens ; ceux de sa rillon au cardinal , du 9 juin 1 564 ; Let- • faculté (dans l'université de Louvain) tres,l, 67 v' 68.)

Il me faict bien mal d'estre si longuement privé de vostre présence, « quam omnes boni piique summis desideriis exoptant. »

Avec Denemarke n'a esté faict, qu'il me souviegne, aucunjg secret traictéS mais bien donnée par sa majesté une lettre à part de la teneur que contient la copie cy-joincte, laquelle n'est besoing communicquer, à ce que me semble, à la duchesse de Lorraine.

Son altëze m'a communiqué les lettres du cardinal Borromeo avec Teiemplaire des décretz du concile; mais auparavant avons icy eues diverses impressions desdits décretz faictes à Cologne, Louvain et Anvers, et a vostre illustrissime seigneurie par cy-devant entendu la résolution icy prinse de l'observation d'iceulx

Nous avons eu ces jours passez ung esclandre en la ville de Mons, où ilz avoient emprisonné le marquis Philibert de Baden ^, avec douze de sa compaignie , gentilzhonunes et aultres, sur quelque légier advertissement qu'ilz avoient illecqiies eu, que quelques Alemans avoient destroussé ung marchant, pensansque ceulx icy en fussent, ce que ne s'est trouvé; et estant son altèze esté advertye, a incontinent les faict relaxer et excuser ledict faict le mieulx qu'on a peu , et ce pendant a le bon prince tenu prison assés estroicte par trois jours et nuictz. Mais il en a esté en partie cause , qui a voulsu passer par le pays sans se donner à cognoistre^. ...... A tant, etc. De

Bruxelles, ce xii de juing 1 564.

* A Spire en 1 554. ( Voir tome III ♦ page 95; tome VI, page 3, et tome VII, page 559.)

* H fut tué k la tanglanie bataille de MoncoBtour, en 1569.

' Une seconde lettre du président Viglius , du a8 juin suivant ( Mémoires de Granveîte, XII, f* aSa), renferme de plus grands détails sur cet emprisonnement, mais ils sont sans beaucoup d'intérêt.

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