ESCRIPTES DE LA PART DE MADAME LA DUCHESSE DE LORRAINE MÈRE
AU BARON DE POLWILLER, DBS XV* ET XYf DE JUING 1 564-
(Mémoires de Granvelle, XII, ao8, aog.)
Quant ad ce (jue dictes que , nonobstant mes derniers advertissemens, vous n'y pouvez rien comprendre que Ton y deust rien changer es advis qu'avez mandé par cy devant, bien aise néantmoins, comme dictes, que les affaires vont meurissantes; certes, monsieur, je me doubte que le fruict sera si meur qu'il tombera de soy-mesme tout pourry, de sorte qu'il n'y aura nul goust quand on en vouldra user, et ce à l'occasion du long délay qu'on prend et qu'on ne se sert du temps; car l'expérance de l'expectative tant incertaine ne vault, à mon jugement, le bien que le temps présent nous offre.
Quant aux deux cens milz escuz , ce fust esté ung bon moyen de priver le roy catholicque de toute soubçon, moyen aussi pour ne tumber aux hazardz des oppinions de Flandres, lesquelx on crainct tant; moyen aussi de ne laisser perdre le temps présent tant advantageux. Et n'est de besoing ^e la présence du roi pour cest effect; ains au contraire, en concédant les deniers, son absence couvre tout et serviroit k la connivance, et ne seroit nullement de besoing de communicquer l'ouctroy de ces deniers es Pays-Bas, veu que Madame extime qu'il (îist faict à la cachette , tant pour les raisons mesment alléguées de mons' le cardinal, comme pour celer nostre desseing.
Quant à le négocier nous-mesmes, son altèze en vouldroit bien sçavoir les moyens et comme elle s'y debvroit conduyre ; encoires que
je soye bien de vostre oppinion, que si le roy ne les veult ouctroyer de gayeté de cœur, la chose yra à la longue et peult-estre encoires en fumée. Et ne sçay pourquoy seroit besoing que ceste mercède fust publiée es Pays-Bas, veu qu'elle se peult bien faire sans eulx; et congnoissant Madame, par vostre lettre, que vous confessez que ce seroit le bien de Taffaire d'avoir les deux cens milz escuz tous prestz, et que lors toutes difficultez cesseroient, son altèze vous prie que, comme il est vray et bien jugé à vous, vous y veuillez, tenir la bonne main qu'elle les puisse obtenir; et certes c'est le vray moyen pour parvenir à noz fins et avec le moins d'altérations ^
Sa majesté catholicque debvroit considérer le service de Dieu en nous donnant ayde, la restitution de la religion en son entier, les raisons et actions de Madame, laquelle a cest honneur que de luy estre si proche; et se debvroit bien ressentir, veu sa grandeur et les moyens qu'il a, du tort qu'on a faict aidtresfois à la roy ne sa tante, et qu'on faict à présent à sa cousine en la détention de se» biens patrimoniaulx. Je laisse l'asseurance des Peys-Bas qui en deppend , avec les hazardz de grande conséquence qui en peuvent sourdre àceste occasion. Si ces raisons ne sont vaillables pour esmouvoir sa majesté à nostre ayde, je n'en sçay point d'aultres, et me dcsplairoit jusques à l'âme si l'on estoit forcé de se renger à prendre l'alliance dont je vous ay aultres fois parlé. Parquoy, si monsieur le cardinal vouloit, ayant tant de bonnes raisons avant la main, estans toutes choses fondées sur le bien publicque, il pourroit bien persuader le roy aux fins que désirons: et certes il le debvroit faire pour l'honneur que luy en adviendroit; non pas que je ne confesse le faict estre de grand poid et de conséquence, et digne de grandes considérations; mais aussi les choses difficiles sont les plus belles.
' On lit ce qui suit en marge de cet « tous bons princes catholicques y vonl-
alinéa : «iNola que ledict s' baron dict : tdront faire quelque ayde; qu'estant en
« Pleut à Dieu que lesdicts deux cens milz ■ peys, Ton treuvera moyen d'avoir argent.
• escuz fussent prestz, et ce que Madame • Aussi que la lighe du Suédois y servi-
« y veult mectre , et comme il entend que • roit, comme son premier odvis le porte. >
PAPIERS D'ÉTAT. Vlll. 9
Sur ce qu'on traicte de la part des occupateurs, j'en ay jà dict ce qu'il m'en semble, qui est que l'accord d'eulx nous nuyct et leur dissention nous sert; sur quoy en fault attendre ce que le temps nous apportera.
Madame a desjà enchemyné le contenu de vostre premier article ; le semblable a*elle faict du second : mais ce ne sont pas personnes pour attendre la venue du roy d'Espaigne. Toutesfois, nous ne laissons perdre nulle occasion ; car ils font tout leur fondement sur l'allération présente de la noblesse dannoise , laquelle ne peult durer ou qu elle ne soit pour révolter, ou sera par le détenteur dannois subjuguée; que sont poinctz principaulx sur lesquelx ilz se fondent et à bonne cause ; et sur ce nous aultres allons dilayans au préjudice de ceste tant bonne occasion que confessez que Dieu nous envoyé. NéantmoinS) vos conseilz sont dilayans, qui est tout mon regret, que les conseilz du lieu et les loingtains ne s'accordent sinon en une seule chose , c'est à sçavoir d'advouer Testât présent estre fort à l'advantaige du négoce; mais quant ce vient au point de le seconder, on le dififère contre l'oppinion de ceux qui sont prouchains du susdict lieu, et aussi contre leurs conseilz, qui est de battre le fer tandis qu'il est chault. Icelle mesme contrariété d'oppinion mest en peine le sieur Hochs, car il ne veult rien attenter, et avec bonne cause, s'il n'est plus seur; car ce n'est pas jeu d'esmouvoir toute une noblesse, et puis la laisser en blanc, perdant par tel moyen tout crédit tant du temps présent que futur. Et d'aultre part, on ne treuvera pas tousjours leur volunté tellement disposée comme elle est à présent, confessant avec vous que c'est Dieu qui ouvre ce chemin; mais il s'en fauldroit servir à propoz. Madame vous remercye des bons offices que continuez à faire , vous priant y vouloir persévérer.
Au surplus, quant à ce que monsieur le cardinal de Grandvelle vous a escript touchant Thoul, je m'en remectz s'il y a fondement ou non, et si le François y aura la mesme considération qu'a sa majesté, qui est la cause qu'on ne se debvroit esbeyr que Madame continue la poursuitte, y estans les estatz de son filz tant intéressez. Sur quoy
semble qu'on ne se debvroit plaindre de l'avoir poursuyvy à Rome , veu que par vertu de la cessipn faicte par M. de Thoul, il y convient intervention de sa saincteté en tant qu'il luy touche, laquelle son altèze a obtenue. Quant aux practiques dont la lectre de monsieur le cardinal faict mention, je me serviray icy de la response qu'avez aultresfois faicte à sa majesté, c'est à sçavoir, s'il estoit déchassé du sien, il mectroit toute peine à le recouvrer sans aultre respect, comme il semble Madame estre résolue de faire , veu que les royaumes n'ont rien de commun avec personne, et qu'on endure bien les altérations présentes sans contredict. Quant au poinct dernier, où est dict que^ aux occasions prédites, il convient tant plus suspendre pour maintenant ledict négoce en attendant la venue du roy : je m'en remetz au contenu de toute la lettre, encoires qu'il est à doubter que le roy aiura les mesmes considérations qu'a sa majesté, luy attouchant beaulcop plus qu'à l'empereur.
Quant à nous mectre en lighe avec le Suédois, ce a esté la cause pourquoy son altèze a désiré de sçavoir si avez congnoissance du chancelier de Suède; sur quoy elle esttousjoiu'S attendante ce qu'en aurez apprins de monsieur vostre frère
CE QUE LE BARON DE POLWILLER BESPOND. ( Mémoires de Granvelle, XII , 210-211.)
SaDS date.
Sur ce que vous faictes plaincte qye l'on ne se sert du temps pour l'exécution de l'entreprinse, et que vous doubtez que, à l'occasion du long dilay qu'on prent, le fruict soit tant tneur qu'il se treuvera sans goust; je ne voids rien, comme jà je le vous ay dict, des forces et intelligence y requises , et parquoy l'on peust rien changer en mon premier advis, auquel certes je ne peultz aultrement que de m'y remectre, comme encoires je faiz. Si vous, qui sçavez les secretz de la besoingne mieulx que je ne peultz pas, pouvez enchemyner à
présent Texécution d'icelle, faictes-le, j'en suis très-contant; car quant à moy, je ne le conseilleray jamais, en n'y voyant jdus et de la force et de l'intelligence que je ne faiz.
Quant aux deux cens mil escuz que Madame prétend, je vouldroye bien que sa majesté les eust ouctroyé. Quant à moy, pour Tobtien d'iceulx , j'ay faict et feray encoires tout mon possible vers monseigneur le cardinal; mais je sçay qu'il ne le fera pas, si ce n'jest, comme je vous ay dict, que sa majesté soit présente ou qu'il fust prez d'elle; fesant tousjours son compte que la cbose sera renvoyée aux peys d'embas, et craindant ce que nous en pourroit advenir. De le négocier vous-mesmes (je dictz son altèze par homme exprez), vous le pouvez faire, et je n'en sçay aultres moyens; mais je vous laisse à penser si le roy fera cest ouctroy de gayeté de cueur, et sans grandes considérations (veu ce qu'en deppend), et sans le conseiller es Peys-Bas, ses principaulx ministres et le costé où plus cela touche : je croidz certes que non.
J'ay parlé à monsieur Jehan mon frère ^ s'il avoit aulcune congnoissance avec le chancelier de Bohème^; il m'a dict que non. Et quant à mectre son altèze en lighe avec Toccupateur dudict Suède, il sera bien requis, quant l'on y vouldra entendre, que l'on manye cest affaire dextrement et au temps requis : car je me doubte que, traictant à ceste heure avec luy, et entendant que Madame se vouldroît mesler pour le royaume de Dannemarche , il n aimast mieulx de faire la paix avec le Dannois, congnoissant sa force n'estre telle que celle de madicte dame (réintégrée), et la grande alliance qu'elle peult avoir en toute la chrestienté et luy occupateur de son bien , que de se mectre en péril d'estre déchassé aussi; car, comme je l'ay dict cy-devant, il a plus paour de madicte dame que non pas du Dannemarcquois. Et a esté mon oppinion, comme encoires, que ceste lighe se debvoit tenter quant l'on verroit qu'ilz seroient en terme de conclure la paix ensemble, et le tout comme est déclaré en mon premier advis;
' Voir t. VII, 38 1. blement voulu désigner le chancelier de
' Uécrivain de cette réponse a proba- Suède. (Voir, page précédente» ligne i8.}
car les tenans tousjours en guerre , ce nous sera grand advantaige à cause qu*ilz se ruyneront du tout et l'ung et Taultre.
Sur ce que dictes que ceulx de par delà font leur fondement sur l'altération présente de la noblesse dannoise : si elle se révolte, tant mieulx pour Maditne; si Ton la veult subjuguer, tant plus se rcvoltera-t-elle : car le subject treuvera tousjours ung cousteau pour se délivrer du tirand , ainsi est le proverbe. Je vous confesse que voua avez beaulcop de bonnes et belles occasions ; mais l'on les peult bien encoires, par bonne industrie, méliorer, et suis très contant que si lesdicts de par delà et prouchains duJieu ont le moyen d'exécuter le desseing, qu'ilz le facent; si bien ilz ne l'ont, qu'ilz se conforment ad ce qu'il est mieidx, de temporiser à raison du de£Pault de ce que pour l'exécution est requis; n'ayant esté mon oppinion que le sieur Peter Ocs^ esmeust la noblesse dannoise jeusques à quant l'on seroit prest.
Au reste , monsieur, je voidz que la fin où toute vostre lettre veult tendre , quant à ce du négoce , est que l'on ne doibt attendre la venue du roy catholicque ; à quoy je seroye bien des vostres si l'on s'en pouvoit passer et qu'on fust foumy. Mais je m^esbeys, puisque par aulcunes voz lettres avez dict que Madame s'arrestoit ou se remestoit à l'oppinion de monseigneur le cardinal, comme venant d'ung tel personnaige. Ton veult i présent changer cela. A quoy fouit avoir esgard, veu le poid de ce négoce, et ne changer ce qu'est une fois arresté.
' Après un exil de près de dix ans et mourut d*hydropisie à Friederichsbourg, sa réconciliation avec le roi Frédéric II, au mois de novembre 1675. Peter Ox on Osse, rentré dans sa patrie» '
A LA DUCHESSE DE PARME
(Mémoires de Granvelle, XII, 227-229.) .
Moutier-Haute-Pierre , 30 juin i564*
Madame, puisqu'il a pieu à vostre altèze me déclarer par ses lettres qu'il luy seroit aggréable d'en avoir quelquesfoys de moy, je ne veulx délaisser me servir de ceste occasion d'ung homme de pied quy vad par delà, pour luy dire que je suis venu en ce lieu^ pour donner ordre à aulcune mes affaires que j'ay en ceste montaigne, où je ne pourray sy tost achever, pource que le trésorier de Salins^, qui me Eaiict ce plésir d'avoir la superintendance de mes affaires piéçà en mon absence, s'est party, il y a cinq ou six jours, pour aller à la diette de Baden que les Suysses y tiennent tous les ans à la Saint- Jehan, et y vad ledict trésorier pour y faire les offices pour ce pays que vostre altèze aura entendu par les lettres que cy-devant mons' de Vei^ en a escript à icelle, et fauldra nécessairement que j'attende icy son retour; et après avoir achevé en ce coustel ce que je y ay à faire, faiz mon compte de retourner à Besançon pour quelques joiu:s, et doiz là reprendre le chemin de Luxeu , pour achever ce que m'y reste à faire et estre plus près des pays d'embas, pour tant mieulx me pouvoir employer en ce que sera de besoing.
Et pour dire à vostredicte altèze les nouvelles que nous avons en ce coustel du Lyonnois , le roy très chrestien y debvoit entrer il y
' Le cardind élait prieur de Moutier- Inexistence est déjà signalée dans une Haute-Pierre, monastère de Tordre de charte de Tannée 870. Cluny, au comté de Bourgogne, dont ' Bonnet-Jacquemet
eu dymenche vni jours, et asseurent aulcuns que doiz lors il y est, et que Y oh Ta receu sans bruyt et comme il a voulu. La court de France démonstre , ou soit à bon escient ou chose feincte, de vouloir entièrement restaurer la religion catholicque, cognoissant enfin que sans ce Tailthorité du roy de France ne se peult remectre sur les piedz.L'on parloit d'y faire deux chasteaulx; et jà auparavant Tarrivée du roy celle part, avoye-je nouvelle de quelques principaulx de Lyon, que , SUT Tasseurance que les cathoiicques avoient prins de la venue du roy, jà Ton avoit commancé de mettre quelque bon ordre aux affaires de la religion en ladicte ville , s'estans fortifiez les cathoiicques, et que toutesfoys sur iesTerraulx, comm'ilz appellent, les huguenots bastissoient ung temple à leur mode, qu'ilz espèrent achever avant l'arrivée de la court, avec espérance que Ton leur permettroit, venant ladite court là , d y prescher, et que aulcuns principaulx de la ville quy sont de la secte, hommes et femmes, y besongnoient et pourtoient la hotte.
Madame de Vendosme arriva à Mascon accompaignée de près de 11*^ chevaulx de toutes sortes gens de sa maison et aultres, et entre iceulx y avoit dix ou douze prédicantz. Le roy et la royne mère luy défendirent d'y faire prescher, ny en lieu où la court fust, avec déclaration qu'il failloit qu'elle se résolust de vivre conforme à la religion catholicque qu'ont tenu les prédécesseurs du roy; sur quoy Ton dict qu'elle respondit que des personnes et du bien c'estoit raison que le roy en disposast, mais qu'il seroit bien dur sy l'on vouloit contraindre les consciences , la charge desquelles debvoit demeurer à Dieu seul. L'on fit audict Mascon une procession générale le jeudy du Saint-Sacrement fort solennelle, au grand regret d'aulcunz de la ville qui sont esté grandz huguenotz.
L'on m'escript de Champaigne que la royne mère ait mandé au cardinal de Lorraine d'aller à Paris pom* là gouverner durant son absence; s'il est ainsy c'est fort bon signe, et pour éviter que pendant que la court de France sera à Lyon, que aidcuns pensent sera bien pour deux ou trois mois, rien ne se trouble en l'Isle de France
en faveur des huguenotz, La princesse de Condé ^ est tousjoiu^ fort malade et espéroit Ton peu de sa vie; les huguenotz ont le prince son mary pour fort suspect, et doubtans qu'il ne se range avec les catholicques, font ce qu'ils peuvent pour donner souspeçon de luy aux mesmes catholicques; et je sçay que jusques à ceulx de Strasbourg font offices pour donner aux catholicques suspition contre ledict prince.
Le ducdesDeux-Pontz est allé vers le duc de Wirtembei^ accompaigné d'environ cent chevaulx ; l'on dict que c'est pour commimicquer avec ledict duc sur la sentence obtenue contre luy par ceulx de Rye; aultres dient que ce soit pour les affaires du conte de Montbéliard^, estans tous deux lesdicts seigneurs ses tuteurs^. L'on escript de Lorraine que le palatin faict nouvelles ordonnances pour la religion en son pays , veullant exclure les femmes de la cène et communion par raisons bien frivoles, et l'une d'icelles pour la mesme cause pour laquelle l'Alcoran les vouldroit exclure de paradis. Calvin est mort certainement il y a seullement dix-sept ou dix-huict jours*.
J'entendz que le roy de Dannemarch a licentié George Van Hol et ses gens, se veullant doresenavant servir de gens de son pays; et après le licentiement , y a eu ung mutinement tel entre les Dannemarquoys et ceulx dudict Van Hol, que le roy a esté contrainct venir entre deux en personne pour éviter plus grand désordre ; et se resent fort
* Eléonore de Roye, ûlle et héritière de Charles sieur de Roye , comte de Roucy, et de Madeleine de Mailly, sœur utérine des trois frères Châtillon. Elle mourut le a3 juillet i564. «On dit que cette mort « a été advancée pour faire quelque autre « mariage, b (Lettre de Pierre Bordey au cardinal; Mémoires deGranvelle, tome XII, pag. 262-263; voir aussi dans le tome VII, page 167.)
* Frédéric de Wurtemberg, comte de Montbéliard , fils du comte George et de Barbe, princesse de liesse, né au mois
d'août 1557, dans le château d*Horbourg, en haute Alsace.
' Avec le comte Philippe de Hanau- Lichtemberg.
* tMon nepveu, qui est religieux à t Saint^Gaude , m*a assuré qu*un habitant « de ce lieu qui est allé à Genesvè (comme ails sont proches voysins) avoit veu port ter en terre Calvin , et Taccompagnoyent • deu]( ou trois cents de ces meschans , «et sont environ douze ou quinze jours « qu'il mourut. ■ (Jean d'Achey au cardinal, du i3juin. (Mém.deGranv.XU^ ao^.)
la noblesse de Daimemarch de la faveur que le roy a faict et faict encores au conte de Swartzemboiurg. Le roy de Swèden est encores présentement > plus fort et par mer et par terre, et ont ses navires donné la chasse à celles de Dantzich et Lubeeht. L'empereur et le roy des Romains avoient escript aux deux roys de Dannemarch et de Swèden pour préparer leurs voulentez à Taccord, leur déclairant qu'il ne leur convient qu'ilz demeurassent en guerre, et tant plus sur une querelle sy sotte et mal fondée. L'on verra ce qu'en la commimication de la Penthecoste, que se debvoit tenir à Rostoch, se sera faict; et à la vérité, pour tous respectz, je tiens qu'il ne fust esté que bien que le conseiller Cobel y fust allé. L'empereiu* a esté fort à l'extrême, mais les médicins donnent encores espoir pour quelque temps de vie; Dieu doint que ce soit pour beaucoup plus qu'eux ne pensent!
Mons' de Vei^ a assemblé à Dole les seigneurs quy luy assistent aux affaires d'estat du pays, tant pour communicquer le poinct des estatz que vostre altèze luy a enchargé par ses lettres, comme aussy sur le différend de ceulx de Dole avec la Villette, et m'a asseuré que incontinent qu'ilz aiuront prins résolution, il en advertira vostre altèze et des nouvelles que, estant plus près que moy de Lyon, il aura de la court de France.
J'envoiay avec mes dernières lettres à vostre altèze celles que la demoiselle de Saint-Remy m'avoit escript, et diz à icelle la qualité de ladicte demoiselle ; et pour austant que parce qu'elle m'escripvit depuis et faisoit dire , elle démonstroit sçavoir grandes choses et d'importance pour le service de sa majesté, pronosticant grandz desseings contre icelle et dangiers. Ores que je n'aye accoustiuné faire grand fondement siu* telles personnes, sy est-ce que, sçachant l'hantise qu'elle a en la court de France, je me figuroye qu'elle pourroit bien avoir entendu quelque chose, selon qu'en ladicte court, mesmes au quartier de la royne, souvent l'on caquette et parle librement, que pourroit estre de considération, et j'ay voulu correspondre à ladicte demoiselle pour tirer d'elle ce qu'elle vouloit dire , et enfin m'a escript la lettre que vostre altèze verra joincte à ceste, et le mémoire
PAPIEBS D'ÉTAT. — VIII. lO
y encloz contenant le principal de ce qu'elle vouloit dire, que je supplie à vostredicte altèze me vauloir renvoyer, et aussy la précé^ dente, pour donner contenteinent à ladicte demoiselle, laquelle, par ce qu'elle m'a faict déclairer, craint fort que toutes les lettres que viennent entre les mains de vostre altèze soient veues d'autres; et poiu* moy je sçay bien le contraire, ayant veu le soing que vostredicte altèze tient de tenir soulz sa clef secrette ce qu'elle ne veult passe par aultre main.
J'ay respondu à ladicte demoiselle que je suis certain qu^elle se mescompte en ce qu'elle touche des seigneurs de par delà, que j'ay tousjours tenu sy loyauk à sa maje^é, et o£Brans sy libéralement à icelle de soustenir la religion catbolicque ; ce que j'ay escript voide»tiers en ceste sorte, tas^t poiu^ce que je le tiens ainsy estre véritable, comme aussy pour ce que sy ceste demoiselle, qui ba une partie de son bien en France et souvent s'y treuve , vient en devises avec quelcun des huguenotz quy, Ëûsans leurs fondementz sur telles faulses opinions, vouldroient mouvoir quelque chose, ouyans de cestedicte demoiselle ce mien tesmoignage contraire , perdent ceste opinion et cessent des desseings qu'ilz pourroyent avoir fondé sur icelle.
Quant aux chiffres, il y a longtemps qu'il avoit esté dict qu'elles se debvoient renouveller, tant pour le changement qu'il y a heu d'ambassadeurs et ministres en divers lieux, les serviteurs desquek les retiennent, que spécialement pour celluy qu'ayant servy de secrétaire à l'ambassadeur Quadra, que Dieu pardoint, s'estoit après rangé au service de la royne d'Angleterre; et à la vérité quand les choses sont mieulx réglées, l'on change plus souvent les chiffres, pour prévenir toutes choses de ceste qualité que pourroyent survenir. Vray est que c'est peyne aux secrétaires : mais contre ce pèse plus que quand par le temps les chiffres peuvent venir à la cognoissance des voisins, elles ne servent plus de rien ny plus que des lettres clères. Je ne laisse pas de penser que conune ceste demoiselle est née en Lorraine et nourrie en France, ayant hanté la court, que peult-estre pense l'on par ce moyen et luy faisant escripre telle chose, donner lunbre et
soupson de plusieurs; et vostre aitèie Toyt qu'elle y entremesk et le priûce doû Joan, et les enfanta du roy des Romaiiis, et le peu de bonne oppinion qu'il monstrent avoir de monseigneur nostre prince ^ mais tout est à propoz pour cognoistre les humeurs de ce costel-là, afin de noter leurs jugemente et discours sans s'en donner peine, mais s'en souvenir pour les parangoner^ à aultres advertissementz que l'on peult &voir. Et me recommandant très^humblement, etc. De Moustier-Haulte^Pterre, ce xx* de juing 1 664.
JEAN CORPETZ
A L'ÉPOUSE DU MAITRE DES COMPTES VIRON^ ( Lettres de MorilloD , 1 , 79.)
Luxemboarg, lo juin i564.
Madamiselle Nous sommes journellement occuppé en ceste
ville de Luxembourg pour les affairres de sa majesté ; reste que hier avons heu le passetemps du combat à pied, et force seigneurs et dames, de manière que la feste s'est porté fort bien ; et avant-hier au soir le baptesme* se fist bien solempnellement avec plus de cincq cens torches, beaucoup de seigneurs, assçavoir le prince d'Orenges, le duc de Deux-Pontz^, le conte de Horgne, les deux contes de Nassauw, les contes de Senne (?) , Montigny et encores aultres particuliers seigneurs. Ceulx qui pourtoient les choses nécessaires, premier ma-
^ Don Carlos, devenu odienx à son père, * ( De Tenfant du comte de Mansfeld. )
éprouvaii idors de continueUes moitifiea- Voir le n* XX, p. 76. tiom de sa paft. * GeorgeJean, cousin germain de Woif-
' Comparer, g^ogt duc des Deux-Ponts.
* Sur OdelViron, voir tome V, p. a5o.
damiselle de Mansfelt, accoustrée d'une robbe de drap d'or, accompaigné de monseigneur le prince d'Orenges et du. conte Jehan de Nassauw, ime damoiseiie portant la queuwe derrierre, et ladite damoiselle de Mansfelt portoit Tenfant qui estoit desjà de si grand esprit, qu'il alloit jouant des mains comme s'il eût vouUu jouer sur Tespinette; monsieur de Schauwembourg, gouverneur de Thionville, portoit la corronne manificque ; le sieur de Mallandry, gouverneur de Montmédi , portoit le sel avecq ung instrument brave ; le sieiu* de Mondragon, gouverneur de Dampvillers, portoit le ciei^e ou chandelle de cire vierge avecq la serviette ; le sieur de Clervaulx\ Tung des principaulx seigneurs du pays , portoit le bassin et l'aiguière : en somme tant de choses qu'aurois peine de l'exprimer. Et s\ir ce je me recommande , etc.