‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 17 sur 77 · A L'EMPEREUR FERDINAND I · texte numérisé non relu

A L'EMPEREUR FERDINAND I

( Mémoires de GranveBe , XIII , fl a-a S. )

Orchamps-en-Vennes , 5 juillet i56d.

Sire, j'ay receu les lectresqu^il a pieu à vostre majesté m'escrire du xmi du mois de may que , combien soyent venues fort tard entre mes mains à l'occasion du long cours qu'elles ont prins, si m'ontelles donné singulier contentement pour veoir la signature de vostre majesté en temps que, avec si grand regret, tous gens de bien ont s} extrêmement sentu la griei^e indisposition d'icelle, laquelle peult penser la peyne et douleur que tous ceidx qui luy sont très-humbles et très-affectionnez serviteurs reçoyvent de la veoir en ces termes, priant Dieu, comme je faiz continuellement, qu'il luy playse^ luy rendre entière santé, et nous conserver sa personne tant nécessaire au bénéfice publique ; et la remercye très-humblement que , nonobstant tout ^on mal, il luy aye pieu commander que j'eusse ce bien de recepvoir lettres siennes.

Je me suis entretenu par deçà plus longuement que je ne pensoye, pour m'avoir les afiaires domestiques de mes frères occupé plus longuement assez que je n'avDye faict mon compte , n'ayant peu pour iceulx M. de Chantonnay, mon frère, partir plus tost pour aller en

Espaigne que vers le commencement de may ; mais pour recouvrer le temps qu'il avoit perdu en ses propres affaires, il s'est bazardé de passer par France incongneu, et Dieu l'a aydé de sorte que pièce a j'ay nouvelles de son passage par Burgos , en temps que je faiz mon compte qu'il arriva à Madrid lorsque le roy nostre maistre et la court y vindrent, qu'estoit le vray temps pour pouvoir négocier ; ce que je désire très-fort il aye faict, et que bientost il retourne pour aller treuver vostre majesté. ....

Je ne voys conrnie je me puisse tirer d'icy qu'il ne soit bien la fin du mois prochain; ce que ne viendra pas mal à propoz : car comme à mon partement aulcungz hayneulx avoyent publié que Ton m'avoit chassé pour non retourner, comme ce bruyt s'est résolu en fumée par les lettres que sa majesté a éscript à Madame, respondant à ce qu'elle luy avoit escript touchant le congé qu'elle m'avoit donné pour faire ce voyaige, et que aulcungz avoyent donné espoir qu'en mon absence les aydes s'accorderoyent et se feroit merveille pour le service de sa majesté, maintenant que riens ne se faict d'importance ny • accomplissent ledit espoir, ik dyent que celluy que je donnoye de mon retour les empesche; par où je me suis résolu d'escrire par delà à plusieurs que je ne retoumeray que sa majesté ne revienne , n'est que icelle me conunande expressément aultre chose ; et ce pour veoir si par ce moyen, oyres que je suis certain que l'on procurera de sur ce foirer nouvelle calumpnie à mon désadvantaige, les affaires de sa majesté se pourront cependant mieulx faire, qu'est le seul but et fin que j'ay proposé et mis en mes actions. Et comme ceste détermination est mienne, selon que je verray les affaires, je la pourray bien aussi changer, et verray, d'icy à la fin du mois qui vient, quelles nouvelles j'auray de par delà pour me conduyre selon ce.

Je n'ay failly de faire entendre par bon moyen à madame la duchesse de Lorraine combien il convient qu'elle s'accommode à Tadvis de vostfe majesté, et j'espère qu'elle se rengera à ce conune si saige . princesse , et qui ne pourroit de qui que ce soit prendre advis qui luy vienne mieulx que de vostre majesté, tant en ce de Dannemarche

ftAPIEaS. D'ÉT AT, — Vm. l5

que du temporel de Tévesché de Toul. Et au regard du baptesme, les choses y sont, grâces à Dieu, trop mieulx passées que ladicte dame n espéroit. Vray est que les François y ont faict ung petit tour à leur accoustumé , qu'est qu ilz ont cherché d'empiéter ce qu'ilz ont peu la souveraineté de Bar; vray aussy est que les lettres qu'en ont donné cydevant les feuz ducz Anthoine et François en ont donné assez d'occasion : mais le pis est qu'à couleur de la souveraineté de Bar ilz veuillent entreprendre sur le bailliage de Clermont et aultres lieux. Le roy de France est pièce a entré à Lyon *.....

AU VICE-CHANCELIER SELD

( Mémoires de Granvelle, XIII , ao - a i . )

Orchamps, 5 juillet i56d.

Monsieur le conseillier Vous pouvez penser la juste douleur

et sentement que je reçoips d'entendre Testât et disposition de sa majesté telle que voz lettres contiennent. Et à la vérité, si Dieu l'appelle, ce sera pour la chrestienté l'un des grand mal que pourroit advenir, et crains fort, comme vous, ce changement; mais j'espère en Dieu qu'enfin il le nous conservera encores , et que s'estans mescomptez les médecins jusques à maintenant, ilz pourront bien encores avoir failly. L'esté est pour nous, et ne m'esbéhiz de^ce que sa majesté soit maigre, car, comme vous savez , elle a esté tousjours chargée de bien peu de chair; ce que me donne maulvaise conjecture est qu'il

^ « Le surplus des occurrentz comme «même date.» (Note d^uii secrétaire du car- «aux lettres du baron de Polveiler, de dinal) Voirn* XXXIII.

change de condition, comme je le voidz par ce que vous m'escripvez : Dieu, par sa grâce, luy soit en ayde 1 Je luy escriptz ce que vous verrez , respondant à une lettre qu'il a pieu à sa majesté m'escrire , et ne répéteray le contenu, puisque vous entendrez par icelle et ce que j'ay faict à Fendroict de madame de Lorrayne, les nouvelles et ce que je luy escriptz touchant mon séjour par deçà, où, à la vérité, je ne me treuve pas si mal qu'aux Indes, mais suys en dotdx lieux où je vous ay souhaitté mille et mille fois, pour ce que je suis certain que vous les jugeriez à propoz pour philozopher, et dignes de rbabitation des muses, avec force belles montagnes, haultes jusques au ciel, fertilles à tous coustelz et remplyes de fort belles vignes et de toute sorte de bons firuiclz ; les rivières et les valées belles et laiges, Teau clère comme cristal, une infinité de fontaines, truictes et umbres inumérables et les meilleurs du monde ; les champs en bas fort fertilles et fort belles prayeries, et en l'ung des coustelz chaleurs grandes, et enfaultre, quelque chauld qu il face, ung frais délectable; et ny a faulte de bien bonne compagnye du pays, de parens et d amys, avec vins les meilleurs, comme vous sçavez, du monde.

JTay receu Finstruction de ceulx que sa majesté impériale a envoyée à Rostock, pour procurer Fappoinctement entre ces princes, lesquelz sont jeusnes et chauldz, et ont conseil de mesme, par où je ne me puis esbéhir de chose qu'advienne entre eulx. J'avoye escript et sollicité madame la duchesse ^ afin que, de la part du roy, elle y envoyast, connue Fan passé, le conseillier Cobel; mais je tiens qu'aulcungz auront soubçonné que ce soit chose de ma meute , et que pour cela ne Fauront-ilz treuvé bon. Si tiens-je qu'il fût esté à propoz et bien prins des septentrionaulx ; mais puisque ainsi en vad , je m'en rapporte aux plus saiges

Je vouldroye bien que Fafiaire de Crombach fût bien appoincté , si l'on ne treuve de brief moyen pour le chastier comm'il mérite : car quant les choses de ceste qualité traynent, il n'en vient jamais bien. Vray est que ce que le duc Auguste a prins la charge des mille

* Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas.

chevaulx, conforme à la résolution prinse à Wornis, tiendra les enfans du feu duc Jehan-Frédérich , quelques maulvais qu'ilz soyent , ung petit en frain , et tiens qu'il ne soit hors de propoz pour leurs

que sa majesté impériale soit encores en vie, mais bien ce que j^entendz, à mon très^and regret, qu'elle soit encores griefvement et dangereusement malade. Dieu, par sa grâce , luy soit en ayde et la nous veuille prester encores quelque temps : car, à la vérité , la povre chrestienté en a bien grand besoing, estant tant altérée de tous coustelz, et les changementz en telles occasions si dangereulx; et quoyque je ne puis avoir sinon très-bon espoir que le roy des Romains fera, comme bon prince, ce que convient, si est-cô qu'avec luy la conservation du père -ne nous peult estre sinon très à propoz; et ne m'esbéhiz s'il vous semble que nous soyons proches de la fin du monde, attendu ce que nous voyons que passe, et les nouvelles opinions que maintenant prend le Palatin, puisque tous les aultres signes de la fin du monde concurrent assez partout au temps présent.

Je ne sçay si despuis ou Toxitès, ou Portanus seront esté devers vous. 11 y a plus de six mois que ledict Portanus ne m'a escript, pour ce que, à vous dire la vérité, je luy ay assez faict entendre par mes lettres que je n'estoye content de ce que , dois le partement du roy nostre maistre, ny luy ny ses compaignons ne m'ont jamais donné advertissement, sinon de choses passées, vieilles et générales, et spécialement despuis les troubles de France, que je impute à ce qu'il en debvoit estre participant et appassionné, et il l'a bien monstre par ce qu'il respondit pour sa part pour madame de Roye^ dont il s'est trouvé en la peyne que vous sçavez; et me voyant absent des pays d'embas, il a envoyé Tung de ses compaignons là, pour sçavoir à qui en mon absence il pourroit correspondre; qu'a esté pour se servir du temps que, peultp-estre , il n'aura pas treuvé tel qu'il pensoit, et pour continuer de tirer quelque proffit, qu'est ce à quoy je pense bien que telles gens prétendent principalement. Je ne sçay d'où il vient sçavoir à parler du prince de Condé : bien suis-je as-

^ En i56o, Madeleine de Mailly de Germain, comme prévenue du crime de

Roye,beIle-mèredu prince de Condé, avait lèse-majesté. L'arrêt dédarant son inno-

été arrêtée peu de jours après son gendre, cence fut rendu au parlement de Paris en

et enfermée dans le château de Saint- juin i56i.

seuré que ce nest de mon coustel, et pourroit estre que ce fût ce que voz lettres contiennent; et ce que ledlct Portanus cherche de mectre ledict prince en soubçon me faict penser que peult- estre seroit-il maintenant temps de gaigner ledict prince du tout ^ Vray est qu il Teust faict cy-devant à meilleur marché et plus advantageulx pour soy ; mais si est-ce que si j'estoye au lieu du roy nostre maistre, pour asseurer toutes choses, je vouldroye encores m'entendre avec luy, oyres qu il me deust couster, et j'en escriptz assez en ceste conformité. Je ne sçay s'il servira , et Ton m'advertit que sa femme est morte, et que le cardinal son frère ^ démonstre assez bon espoir de maintenant le réduyre; et Ton m'escript une aultre chose que peultestre vous treuverez plus estrange, qu'est que l'on est en opinion que l'admirai Chastillon et le sieur d'Andelost, son frère, ou se rengeront à estre catholiques, ou faindront de l'estre, pour s'entretenir au crédit et se pouvoir soubstenir contre leurs adversaires. Je ne sçay ce que j'en doibs croyre; mais bien suis-je pour moy en opinion que spécialement l'admirai se soit plus servy de la religion pour prétexte, et poiu* faire ses affaires et parvenir à ses desseingz, que non pas pour y avoir fort asseurément les opinions qu'il a démonstré, et le tiens plus pour polityque, comme ilz appellent en France, que pour dévot : Dieu sçait ce qu'en est. Et ce que l'on a parlé si expressément à madame de Yandosme à Mascon, luy disant le roy mesrae et la royne mère , qu'il failioit résoluement qu'elle se déterminast de vivre, et elle et son filz, en la religion qu'ont observé les prédécesseurs, et que eulx estoient résoluz dy vivre et mourir; ce que l'on luy a si absolutement defifendu les presches en court, et parlé de chastier ses gens qui ne faisoyent démonstration de révérence au sainct sacrement, quant le jour de la Feste-Dieu l'on fit la procession, par où en celle que se fit à l'octave, l'on se comporta en sa maison avec toute modestie et respect, et que despuis en plaine salle, et présens plusieiu^s seigneurs et dames catholiques et huguenotz , ledict

(Âreffetdele ramener dans le giron * Charles, cardinal de Bourbon. (Voir

de l'église catholique.) tome IV, pag. 6i5-6i6.)

sieur roy de France et la royne sa mère parlarent si efficacement à la duchesse de Ferrare^ Taultre jour à Lyon, pourroit faire penser audict admirai qu'il soit bien de faire changement, et mesmes ayant perdu Calvin, qui enfin est mort, qu'estoit participant et guyde de son conseil ; et enfin les démonstrations que se font en France pour le jourd'huy sont très-fort favorables pour les catholiques et contraires aux huguenotz, soit pour avoir prins la royne mère umbre et soubçon des assemblées des ministres huguenotz en leur synode, où très-expressément l'on a parlé de son administration et gouvernement , pour soubstem'r lesquelz il n'y a chose à quoy elle ne vinst; ou que elle et les principaulx ministres soyent enfin venuz à clérement congnoistre que l'auctorité du roy très-chrétien ne se peult restaurer ny maintenir, se soubstenant les deux rehgions, ny encores sans se renger à l'ancienne et catholique , quant ce ne seroit que pour le prétexte que les huguenotz ont de liberté, chose si contraire à l'absolut commandement duquel ont accoustimié user les roys de France.

Et afin que vous saichez de certain ce que passe, le roy est entré à Lyon sans contredict et comme il a voulu, ayant envoyé devant le connestable pour préparer toutes choses; et incontinent que ledict sieur roy y est entré, il s'est saysy de tous les fortz et de l'artillerye, et dadvantage a osté à ceulx de la ville les armes, et faiet pendre et estrangler ung qui y contredisoit, pour donner craincte et exemple aux aultres ; et dadvantage y a trassé ung chasteaul auquel Ton oeuvre en toute diligence. Et sur les plainctes que le filz du sieur de la Mothe-Gordin* a faict au roy, de la cruaulté que le baron des Addresses* usa à l'encontre de son père, onffirant de le combattre en la présence du roy, et les grandes plainctes que aussy a faict le duc de Montpensier à l'encontre du sieur de Soubize*, et pour ce aussi

* Renée de France, veuve d'Hercule pendu en i56a, par ordre du baron des

d'Est, duc de Ferrare. (Voir au tome I, Adrets,

page 196. ) 'Ce baron fut tantàt huguenot et tantôt

' Biaise de Pardaillan , sieur de la Mo- catholique, mais toujours barbare dans ses

the-Gondrin , chevalier de Tordre du roi. vengeances.

H commandait à Valence, ou il fut pris et * Voir tome IV, page 6a3.

qu'avec trop d'audace et quelque peu d'insolence , ilz se représentarent en la présence du roy, l'on leur a commandé à tous deux de se retirer en leurs maisons. Vray est qu ilz ne Tavoyent encores effectué , mais s'entretenoyent audict Lyon, donnantz requestesau roy et à couleur de la poursuytte d'icelles.

Aussy a l'on deffendu absolutement que pendant que la court sera audict Lyon, il n'y aye presche; et y est ledict sieur roy avec bon nombre de gens pour sa garde, qui tiennent les portes, et vad groz guet par la ville pour empescher que nulle part assemblée se face. Aussy a visité le connestable, par commandement du roy, toutes les églises et faict dresser autelz où il n'y en avoit, pour faire dire les messes, et assistent le roy et la reyne sa mère aux offices divins avec admiration du peuple de Lyon, qui par les ministres et prédicans estoyent persuadez que dois long -temps le roy et la reyne sa mère n'ouoyent la messe, et avec telz mensonges circonviennent-ilz le povre et simple peuple.

Ce que j'ay de Dannemarche et de Swède est assez en conformité de ce que vous m'escrivez , mais à la vérité non pas à beaulcoup près si particulièrement comme le contenu en voz advertissementz ; et sur ma foy, quant je voy comme les choses y vont , je regrette merveilleusement que ceste occasion se perd, et spécialement en ce resentement que démonstrent ceulx de la noblesse contre le roy de Dannemarche : car ce que je crains le plus est que dudict resentement ne succède à la longue qu'ilz deschassent ce roy et en preignent ung aultre plus à leiu* goust; que feroit cesser bonne partie des practiques du seigneur Pieter Oossch , sur lesquelles l'on pourroit prendre fondement. Et j'ay veu ce que , de la part de madame la duchesse. Ton vous a escript et vostre responce, que me semble fort bien et pertinente; seuUement diray-je que ce n'est pas assez d'avoir 11*^ mille escuz pour commencer, si l'on n'a d'aillieurs pour fumir à la suytte; car, conune vous sçavez, ii^ mille escuz se dépendent aux apprestes et première levée, avant que Ton soit quasi arrivé sur le lieu; et si vous diray dadvantage que de tirer ii^ mille escuz maintenant ,

et en la saison que nous sûmes, de la main du roy, ne seroit pas peu de chose. Je le voy à la peyne que Ton a d'en tirer ce qu'il fault pour les Pays-Bas, que luy sont de si grande importance; et si crains dadvantage que , comme il est impossible que si grande somme se porte en ime manche , et qu'il fault gens pour la compter et pour négocier le recouvrement, et qu'il y a peu de secret, et que tost ou tard le roy de Dannemarche le viendroit à sçavoir, ou du moins ceulx des Pays-Bas, qui se resentiroyent extrêmement que l'on fût entré en cecy sans leur participation, se proposant cestc demande de ii^ mille escuz au roy nostre maistre, vraysemblablement il n'y vouldra toucher sans en faire part auxdictz des Pays-Bas. Car quelque apparence qu'ayent les emprinses de certitude, si peult-il toutesfois fort ayséement advenir que le succez n'en soit tel que l'on désire, et l'on craindra, et avec raison, ce que pourroit succéder si la chose n'avoit bon succez; et comme j'ay dict souvent, le roy absent, je me doubte que nullement se pourront persuader ceulx de par delà à trouver bonne Temprinse : et l'on sçait clérement ceulx que l'on aura contraires. De dire que je le propose, j'ay desjà souffisanunent déclaré les causer pour lesquelles aulcunement il ne me convient, et que je me mestroye en trop grand et trop manifeste hazart à l'endroict de ceulx desdictz pays d'embas intéressez au conunerce et navigation du Oost, estant bien certain que l'on les stimuleroit à l'encontre de moy, et ne voulcjroit l'on perdre ime telle occasion pour me procurer de l'oultrage. Et si j'estoye certain du bon succez pourveu que je le proposasse, encores seroye-je content de, pour le service de son altèze, me mectre en cest hazart; mais de m'y mectre sans plus de certitude de succez, je la tiens pour si vertueuse princesse qu'elle ne désireroit tant de mal à cexûx qui désirent le bien de ses affaires.

Les ai^umentz pour prétendre et poursuyvre lesdictz ii* mille escuz sont plus que urgentz et évidentz , et fort bien touchez par ce que l'on vous escript, et pourroit ladicte dame envoyer personnage de qualité, soubz quelque aultre couleur, pour en faire la poursuytte si bon luy semble; et si l'on m'en escript, comme il pourroit aysée-

PAPIBRS D*iTAT. — TIII. 1 6

ment advenir, je ne fauldray de faire très-bon office : combien que je suis tousjours en la mesme craincte (quoy qu'il soit que je regrette aue les occasions se nerdentl, aue le rov nV fera riens sans le com-

tit de san arrivée audict Gennes, et que à Savonne il avoit embarqué sur les galères qu^il avoit admené d^Espaigne les Espaignok du tertio de Lombardie , qu il alloit à Lyvome et à Naples pour rassembler les galères du duc de Florence, du pape, de Naples, de Sicille et de la religion , et que avec toutes il retoumeroit à la Spécia, pour embarquer les Allemandz du conte Hannibal de Alta-Emps, pour après aller à son emprinse ^; que deux bandes de fîistes de coursaires couroyent par la mer, chacune d assez bon nombre, mais qu'il ne faisoit son compte de les aller chercher pour non perdre temps, estant chose si incertaine; mais qu'il désiroit bien les pouvoir rencontrer, allant ou venant, pour s'essayer de les combattre.

Je nay despuis nouvelles du chevalier Villegaignon, lequel je ne viz oncques, et est Tafiection que je luy porte fondée seullement en ce qu'il est vertueulx et bon catholicque : vous mercyant ce que vous m'offi^ez pour luy à ma considération. Et me recommandant, etc. D'Orchamps-en-Vennes, ce v* de juillet 1 564.

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