‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 18 sur 77 · A LA DUCHESSE DOUAIRIÈRE D'ARSCOT · texte numérisé non relu

A LA DUCHESSE DOUAIRIÈRE D'ARSCOT

( Mémoires de Granyelle, XIII, 3^-35. )

Orchamps, 6 juillet i56A.

Madame , Pour respondre au billet mys à part de main de secrétaire , ce m'a esté singulier plésir d'entendre tout le contenu et la bonne part que la royne ^ ha en Angleterre, qu'est bien comme vous. Madame, et F. B. ' avez dict au gentilhomme confident le principal fondement; et pourtant avons faict grande perte au feu ambassa-

* (Contre le Peâon de Vêlez.) — * D*Éco8se. — ^ Négociant anglais de nom inconnu.

deur ^ : car il avoit, oultre ce, aussy de son coustel, grandes correspondences en An^eterre pour ayder à la royne d'Escosse, le cas advenant, et décédant celle d'An^eterre sans enfantz : car pour le serement que les Anglois luy ont avec le roynostremaistre, et alliance des traictez, et le droit quelle y ha, Ton a tousjours esté à ce que [Ton ne dût] ne rien prétendre elle vivant. Jusques à ores, le nouveaul ambassadeur n a encores ses instructions sur ce poinct, que l'on luy debvoit envoyer après luy ; la cause de la tardance , je Fimpute à ce que le roy a esté de chemin , et la court et les conseilliers sépares , comme il advient tousjom^s quand la court chemine par Espaigne, pour Tincommodité que Ton auroit aultrement des logis. Mais bien m'escript l'on à part, que l'on ha la mesme voulenté que vous avez entendu, et que tost l'instruction viendra , et oultre ce que j'en ay enchaîné à mon frère quy piéçà doibt estre en court : car jà longtemps ai nouvelles qu'il estoit passé par Bourgos. J'ay depuis, par deux foys, escript à sa majesté et déclaré fort expressément le dommage que la dilation peult appourter en cecy, et ne pense pas qu'il tarde xv jours, ou au plus trois sepmaines, que n'en ayons nouvelles, et de ce que viendra à ma cognoissance , je ne fauldray d'advertir^; et vous sçavez que je ne le désire moings que vous. Et, sur ma foy, il emporte que tost Ton en face une fin, se résolvans ou à l'ung ou à l'aultre, et ne me semble que très-bien, que comme F. B. a dict au gentilhomme, que ladicte dame temporise encores pour sy peu de temps, mais non pas qu'elle donne espoir de se marier en Escosse : car sy Ton prend en Escosse cest espoir, ceulx quy sont les principaulx là mèneront leurs practiques pour y parvenir, et causera peult-estre grande partialité en son royaume ; et parlant après de se marier aillieurs , ceulx quy se seront repeuz de cest espoir feront contre elle, quand ilz en seront désespérez, le pis qu'ilz pourront, et s'y perdra le poinct qu'elle a jà gaigné de se pouvoir, du consentement de ses subjectz, marier à estrangier, et deschéroit de ce qu'elle a tousjours prétendu se marier à un grand prince. De dire qu'elle s'alliera en Angleterre, les Escossois, ennemys

* L*évéque Quadra. — * Allusîoo au mariage projeté de Marie S(uarl avec don Caries.

des Ang^ois, en auront avec raison sentement, et pourroit ce bruyt engendrer en Escosse maulvaises humeurs ; et sy elle parle du filz de M"* Marguerite \ elle luy causera la mort, selon que jà la royne d*An^eterre et les hérétiques de son royaume ont la dent sur ladicte dame et son filz , pour la religion et pom* le droict qu'ilz hont au royaiune, et donneroit jalousie à aultres en Angleterre qui luy deviendront contraires. Le mieulx est, à correction, dire que encores ne se veut-elle marier, ou monstrer d^encliner au mariage de M. Tarchiduc Charies, puisque la royne de France monstre le trouver bon; mais qu'elle veult premier veoir comme se pomlera l'empereur, afin de regarder avec quy elle debvra traicter ; et que le tout se face par Tadveu et consentement du roy nostre maistre, pour avoir tant plus de sheure amytié avec les voisins. Geste couleur, à correction, sera meilleure et, pour les respectz dessus touchez, moings dangereuse. Je ne me vouldroye, en ceste négociation, ny descouvrir, ny beaucoup fier à F. B. car nostre court , par meute du feu ambassadeur, le tient fort suspect et du tout dévot serviteur à la royne d'An^eterre , quoyque son fi:ère serve, comme vous sçavez, le maistre ; et toutesfois vous supplié-je de non luy en faire semblant, et n'est fort secret ledict F. B. comme ne sont voulentiers les marchans. Quant au soupson que Ton ha contre ung secrétaire nommé RoUet, François naturel, je ne sçay quy il est ny n'a parlé à moy à Bruxelles aultre que le secrétaire Raulet , quy peult-estre est celluy que l'on veult dire : car il est François et luy scet le tout, estant celluy que la royne m'a envoyé par trois foys, et sy elle en ce se mescompte, c'est sa faulte et non la mienne. Gertes, je ne me vouluz confier de luy ny luy rien dire jusques je viz les lectres de crédence de la main propre de la royne , et qu'il me parla de l'afifaire comme informé doiz le commancement ; et n'y a chose que peut estre plus contraire au négoce que la faulte de secret. Si vous escripvez quelque chose de cecy, je vous supplie

* Guillaume Stanley , comte de Derby, ley et de Marguerite Qifford : celle-ci desqui épousa Elisabeth Vère, fille d'Edouard, cendaii de Marie Tudor, Tnne des sœur» comte d*Oxford. 11 éUit fils de Henri Stan- du roi Henri VUI.

que ce soit retenant cestuy mieh billet, et qu'il ne sorte de voz mains; et vous ne sçaùriés escrire par voye plus sheure que de Hierosme de Curiel à Anvers , auquel vous pourrez faire dire que je vous ay adressé à luy, et luy en escriray; mais il ne fault qu'il sçache à parler de Tafiaire , synon que comme parente vous luy escripvez de ses affaires de Lorraine et de M" de Guyse, et vous emporte que les lettres sadressent sheurement. Ledict F. B. est bien en opinion d'homme faculteux et riche, et en société d'aulcuns Florentins qu'ont du bien beaucoup ; mais l'opinion que l'on ha souvent des richesses des marchans est chose bien hazardeuse et incertaine. Je le voy si grand entrepreneur que cela me faict craindre ; vous vous en pourriez, par tierce main, faire informer à Anvers, et ledict Curiel en donneroit bien austant certain advis que aidtre, combien que quy passe par la niain des marchans, quelque bonne opinion que l'on aye d'eulx, n'est sans hazard Ledict F. B, s'est retiré depuis peu de temps d'Angleterre et a eu à faire avec les Suédois, que aulcuns interprètent bien et à son avantage, aultres mal, et soupsonnoit feu l'ambassadeur que ce partement d'Angleterre fust chose feincte; peut-estre aussy se mescomptoit-il, et pour moy, n'en sçauroye, sans plus cognoistre, dire aultre chose

OCCURRENTZ DE FRANCE,

DU VP JUILLET 1564.

( Mémoires de Granvelle, XIII, 69. )

La court de France avoit résolu de demeurer deux ou trois mois à Lyon; mais elle en doiht partir à cause de la peste quy règne, et prent son chemin vers Provence. Hz avoient semblablement pour-

jecté deux citadelles, mais à faulte d'argent ilz Tont remis à Tannée qui vient. Hz ont dépesché monsieur de Vielleville vers les Suysses , pour purger ime oppinion qu'iiz avoient conceu qu'on vouloit mectre le siège devant Genève. Or, notez la nouvelle qui s'ensuyt : on dit la royne avec monsieur le cardinal de Lorraine, y consentant le connestable, avoir praticqué le prince de Condé pour deffaire la lighe qu'il a avec les huguenotz en la forme que s'ensuyt : sa fille^ debvoit eqpouser M. de Guise, et le clergé de France debvoit donner, en contenplation de ce mariaige, la somme de trois cens milz escuz ; le connestable luy laissoit l'exercice de son estât, c'est à sçavoir de commander, sur la gendarmerie, et après la mort du connestable, qu'il heust heu le tiltre; à quoy tout ledit prince de Condé s'estoit consentu. Mais la chose fîit descouverte, et se faindit la princesse de Condé estre malade jeusques à la mort, de sorte qu'il se y transporta et tous les chiefz des huguenotz quant et luy^, là où ilz luy ont faict telle remonstrance qu'ilz ont rompu le desseing susdict, avec aussy grande joye que d'ung pécheur converty.

Monsieur le cardinal de Lorrayne debvoit arriver, ou le 7 ou le 8 de ce moiS) à Nancy.

LE BARON DE BOLWILLER

( Mémoires de Granvelle , XIII , Sg - 4 1 • )

Florimont, 8 juillet i564.

Je vous remercie très-humbletnent des novelles qu'il vous

^ Celle princesse, probablement du nom de Morfuerite, movoi enoore dans Tenfance. — * (En méane lemps que InL)

plaict si amplement me faire part ; d'y donner grande revanche je ne peultz pas, si ce n est ung poinct, qu'est bien beaulcop : du bon portement de sa majesté, laquelle m'a escript touchant icelluy lettres dont je vous envoyé coppie ^; et oultre ce, j'entendz par aidtres de quelques jours plus fresches que l'on me rescript de sa court, que sa majesté mangeoit, beuvoit bien, et, que plus est, avoit reprins chair et reposoit bien aussi , si que l'espoir est totalement qu elle soit restaurée, dont le bon Dieu soit loué, le priant de le nous garder pour le grand besoing qu'en avons aux termes où l'on est présentement en la chrestienté.

Je n'ay dois longtemps ouy novelles ny de Toxitès,ny de Sturmius^; et aussi, pour vous le dire, la chière que je feitz audict Toxitès , quant il me paria de cela que je vous ay escript, fut bien meigre, je dictz la response ; qu'a causé que l'aidtre ne m'est venu veoir, et je m'en passe bien. Que s'il n'estoit que l'on a affaire de telles gens aulcuneffois , je les aymerois bien hors de mes papiers.

Je suis très-aise de ce que me dictes que les choses vont si bien en France , veu le temps , quant à la religion , priant Dieu de vouloir continuer et augmenter cela, et d'illumyner tellement le sieur de Condé qu'il reprinst le vray chemin, comme l'on se suade qu'il fera; que si le faict, ce luy sera proufEt et honneur, et à toute la chrestienté un grand bien; et me tyendroye grandement heureux d'avoir esté des premiers quilz le pourroient avoir occasionné et enchemyné de ce faire. Et toutesfois , combien j'aye faict, tant vers monsieur de Vendosme , son frère , et luy, toutes choses possibles pour les divertir de la maulvaise voye, et ce que n'a pas nuyt à sa majesté catholicque, comme l'on l'a veu par l'effect; néantmoins sadicte majesté ne m'a jamais démonstré ung seul brin de contentement, mais encores qu'il me doibve justement, et suis forcé de despendre presque la somme

^ Voir ci-devant, lettre du 9 juin. craint de ternir sa gloire littéraire en con-

* Jean Stunn, célèbre professeur à Tunî- sentant à devenir Tagent secret et le pen-

versité de Strasbourg dont il provoqua la sionnaire de Granvelle. (Voir une lettre du

fondation. On doit regretter quil n ait pas a 4 septembre ci-après, et t. IV, p. 465.)

que je requiers, à la poursuitte^ Sur ce que vosdictes nouvelles touchent de la mort de sa femme, je m'en Ireuve en peine, doublant que tort de sa vye ne luy soit esté faict, pour ce qu'il y a plus de demy-an que j'ay ouy discourir que, venant iadicte dame à morir, iedict sieur son mary debvoit avoir en femme la royne d'Angleterre ; que s'il estoit ainsi qu'il tâchast à ce poinct et qu'il s effectuast, ce seroit ung grand mal pour la chrestienté et bien contraire à la saincte religion catholique. Si ledit sieur demeuroit fourclus du bras, comme il a été cy-devant, cela le pourroit bien refroidyr à ne faire tant de mal et se conduyre selon le temps. Ce que l'on est en oppinion que ladmiral et d'Andelot se doibvent renger et changer leur robbe, si le font, lors me semblera-il veoir une vraye farce, et pourront les femmes * dire lors estre dadvantaige constantes que les hommes , mesme madame de Vandosme et duchesse de Ferrare demeurans en f oppinion où l'on les void, encoires que Iadicte dame de Vandosme se heust du commancement fondé que , entretenant la nouvelle religion, elle pourroit par ce moyen contraindre le roy catholicque remectre le jeune prince de Navarre , son filz, en ses estatz.

J'ay aussy veu ce qu'il vous plaict m'escripre sur l'affaire de Dannemarcq, respondant es lettres que je vous ay derrièrement envoyé. En ce que dictes que deux cens milz escuz ne basteront, j'en suis bien des vostres; mais si l'on avoit cela et ce que Madame y veult foumyr de son costé, l'on pourroit bien enchemyner lafFaire : car nous avons espoir et treuverons bien moyen d'en recouvrer puis après, et avec les assistances et aydes de tous costez , de sorte que dimidium facti qui bene cepit, habet. Et sur ce doubte que faictes à les compter, calculer et négocier, et que ^ela se pourroit à grand peine faire sans que l'on descouvrist le secret, je vous respond, monseigneur, qu'il

* Plus tard le baron crut devoir évaluer 1 7 janvier 1 583 : t Ces AJlfimands , nonobs-

à vingt mille écus le prix des services qu*il « tant toute leur boisson, ont la mémoire

avait rendus au roi d*£spagne. A ce sujet « très-excellenle, et, à force d'oser deman-

le prévôt Fonq, Fun des secrétaires d'éUt « der, ne perdent jamais rien. ■ (Mémoires

du monarque, écrivait au cardinal, le de Granvelle, XXXIU, 39.)

y a cent moyeiiâ par ksquelx cela se peuit faire , et les mener et por*ter sans soubçon aulcune, ne fût-il que sa majesté catholique prinst couleur d'envoyer cest argent à quebcques marcbans pardeçà, comme Foukers et aidtres, ausquelx il doibt; et me semble à la vérité que

réduict les commissaires et visitateurs en telz termes que la révision est estaÎDCte. Et oyres que les ambassadeurs dudict marquis ayent protesté de non vouloir obéyr au procez de la chambre impériale quant en ce faict, néantmoins a esté déclaré et sentencié en faveur desdictz Porckz et leur ouctroyé arctiores compulsoriales , iceulx ne demandans que justice et le ban impérial, disans qu'ilz feront bien après d'eulx-mesmes l'exécution. Je pense que la guerre de Dannemarcq, et l'umbre que donnent les ducz de Wymar à Grumpach a contrainct ledict électeur de faire son office

J'ay veu en ce qu'il vous a pieu m'escripre l'excuse que prennent ceulx des Pays-Bas sur vous; j'ay bien bon espoir d'en brief veoir la fascherye qu'il vous pensent donner tourner sur eulx-mesmes et une grande honte avec, et verra-t-on à l'œil à quoy toute ceste gente tend et à quelle fin.

L'on discourt icy diversement du régiment de mon cousin Han^ nibal von Embs. Les aulcuns dient qu^il doibt aller à Oran , les aultres cp'il doibt &ire escolte au roy, venant par Italye et par Savoy e. Et à tant la fin de cestes sera par mes très-humbles recommandations k vostre bonne grâce, etc. De Florymont, ce 8 en juillet i564.

LE PRÉVÔT MORILLON

(Lettres de Morilloa, I, 98.)

Bruxelles, 9 juillet i564.

Puisque ce porteur est seur et bien accompaigné , je diray pour ce

coup tout ce que passe pour le présent

Premier, quant à son altèse, asseurez-vous qu'il ne se fauh tor-

132 PAPIERS DÉTAT

compter d'elle, « quia non solum adhaeret » au comte d'Egmont et au prince d'Orange, « sed illis impotentius odit » vostre seigneurie illustrissime, trouvant maulvais tout ce qu elle a oncques faict ou dict, et croiant ce que Ton dit de son ambition , soit que ce soit pour jalousie

Montigny bien sçavoir, que dit que ie bruyt de la venue de sa majesté est des artifices de vostre seigneurie. Aussi se dit par les rues que ritalie n'est contente du gouvernement du roy; qu'il n'achève rien; qu'il est trop à son plaisir, et une infinité d'aultres choses; de sorte que ceulx qui viegnent d'Espaigne, et qui ouent conune le peuple parle de vostre seigneurie, dient qu'il est plus que temps de la venue du roy, puisque Bave et le président asseurent tant l'altération de son altèze contre vous. U sera besoing que pensez s'il sera expédient que venez sans lettres du maître à vous et à sadite altèze , pour ce qu'il seroit à craindre que l'on vous refuseroit l'entrée. Je croy bien qu'ilz se garderoient fort de toucher à vostre personne. Le dangier est de ceulx qui dépendent d'eulz, ou qu'ilz suscitent quelque esmotion. U ne se dit au peuple encores de l'altération de son altèze contre vous. M. de Barlaymont, qui desconseille tousjours vostre retour sans le roy, a prins congié pour trois mois et dit qu'il n'at icy que faire; que l'on ne luy dit ny ne demande plus rien, et que Madame faict tout avec Schetz. Je crains que cela noz changera fort le président, qui ne veult et n'ose parler à son altèze d'aulcune chose, si ce n'est par force ; et la moindre affrointe que l'on luy sçauroit faire le fera tout gecter là. Je ne faulz de l'animer, « sed est artificiose tractaur dus. » L'on le commence à tauxer, et ne le dissimide Barlaymont, qu'il a perdu l'auctorité des finances pour tirer tout en son conseil y et similia. L'on travaille le possible pour convocquer tous les estatz, et Madame le gouste; Dieu sçait ce que s'y fera I Cornet m'advertit que les villes de là sont bien inclinées à accorder la dernière pétition, mais que le rccepveur et advocat des estatz (qui sont là maistres des estats et les contraignent quant il leur plaist) ne leur font aulcung samblant, et qu'ilz sont tant adonnez à la noblesse qu'il en at mille discours, que je croy estre studieusement différé pour, après que 1 on aurat bridé le roy d'une infinité de conditions, luy faire bonne bouche par l'accord qu'est prest doibs maintenant, s'il se poursuyvoit. Et je tiens que, comme Barlaymont le prophétize, à la un l'union se fera, et que le président ne poulra faire aultre, et l'apparence y est. L'on se vante

desjà et donne-l'an espoir aux aultres pays que , à l'exemple des abbés de Brabant, il ne sera difiBcile, pouirveu qu€ Ton soit uny, d'obtenir révocation des abbayes de Flandres, Hollande et Zélande, et je doubte que, aiant les estats et abbés de Brabant respcoice.à leur nlaiftir Hft Funnianfi- mip. mal vonlHra-nn p.ntftndrfi aux limîtf^s He

jusques ores n'en a-t-îl heu cfaai^ ; touttefois qu'il vous a escript ce qu'H en sçavoit. Renard est journellement chez le comte d'Egmont

et le prince d'Orange

Je supplie que ce billet soit gecté au feu et que le mesme se face des précédens, puisque la garde ne peult à rien servir et me causer dangier et aux miens, s'il se perdoit, auquel touttefois je n'auray jamais tant de r^^ard comme à vostre service, et cela povez-voz croire. Au surplus «nunquam vidi justum derehctum, » et vous supplie voz souvenir de vostre divise et magnanimité de laquelle avez toiisjours usé; et serez adverd de ce que j'entendray de temps à aultre

LE PRESIDENT VIGLIUS

(Mémoires de Granvelle, XIII, 5o.)

Bruielles, lo juillet i56ii.

Monseigneur, j'escripvis hier à vostre illustrissime seigneiu'ie une lettre assez longue* et ne me puis servir de la main d'aultruy es

* Voici la substance de cette dépêche, insérée dans les Mémoires de Granvelle, Xni , à& et 49' Le président croit que ses lettres « ne passent pas tousjour» sans dan- « ger, pourquoi il n'écrit pas tousjours cîai-

• rement, et s'il le faboit, le cardinal ne « voudroity ajouter foy , ne pouvant s'imat giner le chaogemeBA si grand. » A Tooca* sion de quelques recommandations faites par ce prélat, Viglius ajoute, t Je ne sais

• si c'est la saison pour en telles matières «employer la (Wyeor et recommandation

« de votre illustrissime seigneurie ; » et ailleurs : « Son altèze m'a montré le billet «touchant Dannemardc, mais au conseil « elle n'avoii garde de dire qu'il venoit de « vostredite seigneurie. ■ Etant sans nouvelles d'Espagne , l'affaire des aides en est encore au même point. A l'imitation de ML daBaiiaymont, le président parait cfis* posé à solliciter un congé , du moias temporaire : « Si sa majesté passe les choses « ainsi, je ne vois pas pourquoi je me doige « romfpre la teste ici plus longuement. >

choses où à persone ne vouidrois descouvrir mon cueur que à vostre illustrissime seigneurie ; et comme je ne tiens copie de rien$ que j'escripz à icelle, je prie vostre seigneurie d'user de mes lettres que elles ne viegnent tomber en main de quelqu'un qui en pourroit abuser, et tiendray le semblable soing des vostres.

Mons'^ le prévost d'Aire me monstra hier ce que vostre illustrissime seigneiu-ie luy avoit escript touchant Armenteros et Renard. Et, quant au premier, je ne le hante point, et le trouvant vers son altèze, je luy faiz le bona dies à l'accoustumé ; mais si je debvois croyre ce qu'on me dict des offices qu'il faict contre vostre illustrissime seigneiu'ie et moy, nous aurions grande raison de non nous fier guères à luy. Que voz amyz traversent les aydes, est faulx et n'y anulz d'iceulx qui, pour le service du roy, ne s'employent jusques au bout pour l'avanchement d'icelles. Bien interprète l'on mon opinion sur la difficulté de la communication des estatz généraulx, conrnie [si] par cela je tâcherois empescher le succès des aydes, qui est bien loing de la vérité; mais de telles calumnies se sert l'on à jourd'huy pour nous mectre hors de crédit et mal imprimer envers le maistre et aultres.

D'escripre à vostre illustrissime seigneurie ce qu'elle avoit résolu de Renard, ne suis aucunement souvenant qu'elle m'ayt donné charge, combien que je vous aye assés faict entendre la substance; et, pour confesser la vérité , me demandant son altèze mon opinion sur ce que sa majesté avoit escript de le faire venir en Espaigne, et ce en présence dudict Armenteros, qui, de ce qu'il peult charger sur moy, faict son prouffit là où il peult, je me retinz, ne me veullant trop avancher, disant que je ne pensois point que ledict Renard obéyroit et vouldroit aller en Espaigne : me remectant néantmoins à ce que pourroit sambler à son altèze et audit Armenteros, et si pensassent qu'il deubt ôbéyr, que sa majesté le pourroit essayer. Ils dirent que, à leur advis, il estoit trop fin que de se laisser appeller soubz couleur des aultres affaires, et que ainsi elle l'escripvtoit à sa majesté, le remectant à elle. Nous verrons ce que sa majesté conunandera; et certes, veu que je voi^ que ledict Renard est quasi tousjours avec ces

seigneurs, et qu'ilz le portent tant, leur faisant entendre ledict Arment eros que, sur mon advis, il fiist esté évocqué, je aurois à souffrir. Je ne me suis apperceuz que son altèze aye changé l'opinion qu*elle a dudict Renard; ains, à ce qu'elle m'a dit avoir respondu à monsieur d'Egmonde, le veuUant faire estre présent en la délibération de l'affaire d'Angleterre, et à l'ambassadeur don Diego, qui le reconmiandoit grandement, elle demeure encoires ferme en cest endroit

Le duc Henry de Brunswych a envoyé à son altèze les nouvelles de la pugne navale d'entre les gens du roy de Denemarke et Swéden ; et, à ce qu'il escript, n'y a encoires grande apparence du succès de pacification pour laquelle les députez de l'empereur et de quelques aultres princes se sont assemblez en Rostoch

L'on a prins à Anvers ung carme apostat de Bruges, marié en Angleterre, qui estoit' illecqs venu prescher; l'on a recommandé d'en faire la justice, combien que,soubz couleur qu'il est repentant. Ton le vouldroit bien saulver. A Gand, nous tenons ung augustin ayant quatre fois apostasté , et , à Lille , un cordelier de la mesme farine , venu de France pour y prescher, ayant aultrefois esté compaignon du confesseur du feu comte de Lalaing : « Itaque undique oppugnamur « ab serpentibus hisce quos in sinu aluimus. »

Je crainds fort que venant la coiut prendre résolution sur les advis des évesques et consaulx sur l'observance des décretz du concile, que ne tombons en quelque contrariété des opinions ; aucuns taschent joumèlement mal imprimer son altèze contre les gens d'église, me disant l'aultre jour qu'elle se tenoit heureuse de n'avoir que ung filz; aultrement, si elle eust eu plus. Ton les eust aussi voulsu mectre d'église ; que à jourd'huy l'on abuse des biens d'église , s'appropriant le tout là où ung tiers debvroit servir pour les pauvres, et ung aultre pour la fabrique. Je luy respondiz ce que me sambloit convenir; mais • haec proemia mihi non placent. «

Une chose auray- je de bien , que seray relégué avec les aultres pour résider en mon église , que je souaide sur toutes choses

A tant, monseigneur, etc. De Bruxelles, ce lo de juillet i564.

De V. 111"-^ S"% très-humble serviteur assés cogneu.

Le duc de Savoye arriva il y a aujourd'huy dix jours à Lyon, ac-

compaigné de six cens chevaulx , là où le roy et la royne luy furent

au-devant; deslà sont party pour aller à Villefranche, six lieues de

Lyon , à cause de la peste.

LE BARON DE SILLIERS

AU BARON DE BOLWILLER

(Mémoires de Granvelle, XIII, io3-io4.)

S. 1. 11 juiliet 1564.

QuantàceulxdeDietmarche,jenyuserayd'aultreréplicque

sinon qu à mon jugement il eust esté bon d'avoir saisy ung tel bélouart : car après qu'ilz heussentheu faict le sault, ilz heussent estez forcez de continuer pour maintenir leur vye et leur peys à nostre grand avantaige : estant ung lieu plain de vyvres, et que de la moityé de ce qu ilz donnent aux ennemys, on eust entretenu une demye douzaine d'enseignes de gens de pied; chose bastante pour attendre le surplus, veu leur assiete et leurs preuves passées, et aussi qu'il a bien costé chier à Toccupateur et ses cousins à les débeller, estant lors en leur plus grande force. Et quant à les entretenir et remercyer, selon vostre conseil, il y a trois ans qu'on ne feict aultre chose, qui est la cause qu'ilz n'ont demandé que d'estre advouez de Madame, à cause peult-estre de la longueur, ou s'appercevant de nostre petit pouvoir. D'aultre part, est à craindre que non consentant à leiu* demande , la réputation de Madame y pourroitestre taxée, et eulx forcez de prendre party à nostre grand [desjadvantaîge : car ainsi ontrilz résolu avec nous en cas de refîiz.

Touchant les ii*= milz escuz qu'on demande au roy , il souffira que sa majesté en responde, et on tâchera de treuver les deniers; encoires qu'on n'a pas tousjours allégué difficultez , quant le roy a faict des mercèdes. Et puis sa majesté en a bien tiré austant de la seigneurie de Torthonne, encoires qu'elle soit nuement de Madame, de sorte qu'en sa conscience il les doibt à son altèze , comme on le fera tousjours bien apparoir. Oultre ce que si l'on peult réduyi^e la volunté de sa majesté à nostre desseing, c'est chose toute clère que son altèze sera bien contente de capituler avec le roy, de sorte que sa majesté en sera bien satisfaicte : ouy, de sorte que si on veult, les Peis-Bas en tireront du proffit au double qu'ilz ne font pour l'heure de maintenant, et assez plus à l'advantaige et bénéfice du peys, estant tout seur que le roy donrra la loix à son altèze telle qu'il luy plaira; ce qui ne se faict pas maintenant à l'endroit de l'occupateur, qui est ung poinct notable pour renverser les contradictions qu'on treuvera au conseil des Peys-d'embas : j'entendz si on veult bien servir le roy et faire le bien du peys, veu qu'il y a assez plus d'asseurance de traicter avec parens et fidelz qu'avec héréticques, ayant tout le nostre dessoubz le pouvoir du roy, et à la vérité jeusques à ceste heure icy, telle preuve de nous, qu'on ne sçauroit remarquer aulcun poinct de désobéissance , beaulcop plus doucques avec ung si grand bien-faict. Mais de quoy servent tous ces argumentz? veu que m'apperçois fort bien que tous yrons soub terre , avant que laisser une si honorable mémoire de nous, et que nous nous contentons du bouillon, nous estant la chair (ad ce que je voidz) trop chère.

Quant à envoyer en Espaigne, Madame ne le treuve nullement fondé; car de deux choses l'une : ou il ^ doibt venir, ou poinct; venant, l'ambassade seroit vaine, veu que sa majesté remectroitle tout pour quant elle seroit en Flandres; non venant, selon voz ancien discours, on n'y feroit poinct de fruict, et n'est vraysemblable, si ses propres affaires, tant nécessiteux de sa présence, ne l'ont peu induyre de venir, nous vouldra-il à ce condescendre pour nostre faict particulier.

* Le roi Philippe.

Il y a crainte que les Dannemarchois n'eslisent ung aultre roy; car desjà j'en ay ouy quelque vent. Lors je vous laisse penser et la conséquence , et comme il fauldra traicter avec icelluy qui pourroit bien estre tel qu'il vous donrra la loi.

Où l'on dit que ce n est assez de deux cens milz escuz, il est vray si c'estoit une guerre de durée; mais tous ceulx qui ont part de ce négoce sont d'oppinion que quant on sera debout, en six sepmaynes la chose sera faicte ou faillye, et ce moyennant Tintelligence et le mescontentement qui est deans le peys, et qu'il est vraysemblable qu'à l'abordé il nous fera teste avec toutes ses forces , lequel hazart passé il n'auroit plus de quoy se résouldre pour les raisons susdites, de sorte que plusieius oppincnt que s'il avoit ung pied dehors, il n'y rentreroit jamais; et sçay fort bien la suytte d'une guerre , comme celluy que y a esté nourry dix ou douze ans. Mais ceste sorte de guerre n'a rien de commun avec les aultres.

La lettre de monsieur le cardinal contient que ce ne seroit assez de deux cens milz escuz; d'aultre part dict que ce ne seroit pas peu de les tirer hors des mains du roy pour les raisons qu'il allègue : ce qui est vraysemblable ; par conséquent y a peu d'espoir, et que aussy ayant diflBculté d'en obtenir deux , plus assez d'en obtenir trois. Du costé de Madame, je sçay qu'elle y eust mis et le vert et le sec avec son bon droit, elle et ses moyens, lesquelx sont tant advantageux poiu' le roy et Madame , qu'ilz vaillent assez plus que tout l'argent qu'on y sçauroit mectre, si la conséquence pourl'ung et pour l'aultre est bien considérée.

Monsieur le cardinal dit en sa lettre que, le roy absent, nullement on pourroit persuadera ceulx des Peys-d'embàs; mais Madame vouldroit volentiers sçavoîr si , y estant le roy, il se pourra faire. Quant à moy , je m'en doubte pour les raisons que luy-mesme allègue, qui est que l'on sçayt clèrement ceulx que l'on aura contraires. Doncques pourquoy veult-on remectre et passer par leurs mains .^^

Madame ne désireroit nullement que, soub umbre de son service, il mésadvint à personne. Parquoy ne respondray plus sur cest ar-

dois Vienne, de la meilleure disposition de sadicte majesté, que Dieu pour sa grâce veuille conserver, lui donnant la parfaite santé que la chrestienté a tant de besoing.

J ay veu les nouvelles qui vous sont venues de Lorraine du coustel de France : je n'avoye pas jusques à oyres entendu la particularité de ce que Ton doibt avoir traicté avec le prince de Condé, ny la résolu* tion du négoce telle que l'on vous escript; mais je sçay que le roy de France est encores à Lyon, et y est le duc de Savoy e\ si despuis peu de jours il n'en est party; et l'on besoignoit encoires à la citadelle: mais bien apperçoys-je que à l'accoustumé les choses vont variant, que ne semblera nouvelleté , estant en France au temps d'ung prince si jeusne, etyayantz les femmes si principal gouvernement, et ne s'en peult riens asseurer de certain, ains seullement considérer ce que succède au jour la journée.

De Toxitès , de celluy qui le vous avoit envoyé et aidtres semblables, j'en faiz du tout le mesme jugement que vous, et procure de m'en servir ny plus ny moins; et sur ce poinct n'y a que dire dadvantage.

J'ay veu les discours que aux Pays-Bas, et spécialement au baptesme du jeusne conte de Mansfeldt, se sont faictz; chacun parle, à ce que je voys, à sa fantasie, et n'y a aultre remède sinon de laisser dire, et faire ce que l'on a à faire; et madame la duchesse de Parme sçait mieulx que personne combien est véritable ce que l'on a voulu dire. J'entendray, s'il plaît à Dieu, cy-après ce qu'ilz diront de nouveaul sur la résolution que j^ay prins, et espère bien qu'il n'y aura faulte de nouveaul commentaire , que peult^estre nous donnera nou-

' ( Avec la duchesse sa femme. ) Sous - « tre , et dit qu'il a treuvé ledit roy pour

la date du 27 mai précédent, Jean d'A- « u^g jetisne prince fort promp en res-

ohey, seigneur de Tboriûse , mandait au « poose, et de bien bonne grâce. Les gens

canUnal son beau-frère : « M. de Gaslel * • de sa suytte se doublions que ceulx de

«a été à Dijon faire la révérence au roy « Lyon ferions la beste. » (flftmoirw, XII,

« de la part de mons' de Savoye , son mai- a85. )

* Jean Marmier, siear de Gaslel , éUit fan de9 fils de Hugues Marinier, président do parlement de Dole , mort «a i5â4.

velle occasion de rire; et je regarderay de après, avec Tayde de Dieu, me conduyre selon que je verray le temps et les aflFaires le requérir, lesquelz sont encores, Dieu mercy, en bons termes , et ne voidz cause de grand changement, puisque ce que l'on avoit voulu semer des quatre mille chevaulx ne doibt estre aultre chose que ce que vous m'avez escript.

La dévotion sa majesté je la congnois

clèrement, et a .... qui a sceu comme

moy tout ce qu er à sa dévotion feu mon-

sieur de Vandc t au prince de Condé; et

si vous n'en avez receu plus de fruict, je le veulx bien imputer à ma disgrâce , mais non à ma faulte , ni que j'aye délaissé aidcimement de faire l'office que je debvoye à bon frère et vray amy votre . , . . .

J'ay heu lettres de monsieiu* de Chantonnay mon frère, par lesquelles il m'advertit que toutes choses y vont bien,, et que monseigneur nostre prince, qui a heu derechief la fiebvre tierce , se portoit beaulcoup mieulx; que avec icelle il est devenu grand et puissant, et que maintenant il parle beaulcoup plus expéditement qu'il ne souloit par le passé, et qu'il l'hatreuvé désireux d'avoir quelque entremise et d'estre employé en quelque chose pour se façonner^: qu'est une très-bonne chose et que me faict trop mieulx espérer que du passé

Quant aux affaires de madame de Lorraine, sur ma foy et elle et ses conseilliers ont grande raison de resentir que la saison se perde, laquelle l'on ne sçauroit avoir meilleur; et vous pouvez souvenir de ce que j'en ay tousjours escript; mais que je mectoye difficulté sur l'exécution sans l'intervention du roy nostre maistre, puisque, quoy qu'il soit des intelligences, je voys que l'on s'arreste tousjours à ce qu'il y fault de la force , et c'est le plus seur. Et ce que doubte est que par nul chemin sa majesté n'y entendra volentiers sans le sceu et consentement de ceulx des pays d'em-bas : car le secret, comme

Le roi riniroduisit peu après au cod- on forma sa maison, qui fut toute cornseil d'état, et, sur la fin même de Tannée, posée de nobles espagnols.

je vous ay dict , difficiUement se peult tenir, oyres que ce ne soit que pour ayder en deniers; et n'est la difficulté seuUement pour donner couleur à Tenvoy d'iceulx, mais encores à les rassembler en Espaigne , et que cela soit si secrettement que Ton ne saiche pourquoy ; car il fault que les ministres le saichent, et ceulx-là mesmés souvent ne se taisent. Quant à l'instruction de celluy que son altëze debvroit envoyer, je ne me vonldroye, si je m'en puis excuser, charger de la faire; car je sçay bien que mon stile seroit trop congneu, et tout ce qui viendroit de moy, en ceste saison, calumpnié , et ne £aiuldroit-on de m'en procurer du danger, comme je vous ay jà escript, envers une partie des estatz des Pays-Bas, qui sont intéressez aux négociations avec Dannemarche ; et fut tost ou tard que Ton sceut que je m'en fusse meslé, je m'asseiu^e assez que Ton ne perdroit l'occasion de me nuyre: ce que je tiens pour certain que [ny vous] ny son altèze ne vouldriez, et mesmes que ce seroit sans fruict, et pour chose que aultre peult faire et aussi bien et mieulx que moy. Les argumentz du bénéfice publique, de la redresse de la religion, de rendre le droict à qui il appartient, d'ayder à ceulx qui sont si proches de sang, le temps, conunodité et facilité pour exécuter, l'occasion que ne retoiu^ne, sont les princjpaulx poinctz si bien et si particulièrement touchez par les escriptz venuz de là, que mieulx on ne pourroit. Et pour dresser ladicte instruction fault tenir considération à la qualité du personnage que l'on y envoyera , et de plus grande seroit-ce tant mieulx , prenant quelque aultre couleur, fût des affaires de Madame en Italie ou aultres, et que qui ira soit fort bien instruict de toutes les practiques et intelligences, et de tous les moyens que l'on pourroit avoir pour exécuter la besoigne. Car ce sont les poinctz desquelz l'on Tinterroguera bien particulièrement, puisque sur iceulx se doibt prendre en grande partie le fondement. Vray est que je crains tousjours les difficultez avantdictes, et que préallablement l'on vouldra consulter, et que poiu: telles choses il fault passer par la main d'Erasso, lequel y sera austant difficile comme en vostre particulier vous avez par trop expérimenté.

146 PAPIERS DÉTAT

J'ay fort volentiers entendu ce que monsieur le baron Jehan, vostre frère, vous a dict des choses que sont passées en la visitation de la chambre [impériale], lesquelles à la vérité j'ay treuvé estranges comme vous, et je me doubte fort que la noblesse ne se détermine contre le marquis Hans deBrandembotu'g, lequel, encest affaire, s'est tousjours monstre fort dur, et ceulx de la noblesse délibérez de non le comporter. Il me semble que c'est ce que souvent j'ay dict, que quant les princes n auroyent plus riens à prendre en leurs pays sur Testât ecclésiastique, ilz prendroyent sur les nobles et aultres qui auroyent biens rière eulx. £t en la saison en laquelle nous siunes, d'une quasi universelle désobéyssance et peu de respect des subgectz envers leurs seigneurs , le marquis feroit bien, à mon advis, de céder au temps. Ceci et autres choses, et la révision nouvellement intentée, donneront matière j en la prochaine dyette, pour y avoir à besoigner; et si sa majesté impériale se fût bien portée, chacun avoit opinion qu'en l'arrière -saison s'en tiendroit une en Augspurg. Le plus tard me sembleroit le meilleur, et que Ton attendist jusques à ce que le temps purgeast beaulcoup de maulvaises humeurs qui régnent; et si le roy nostre n^istre estoit aux Pays-Bas, avec plus d'auctorité pourroyent l'empereur et le roy des Romains tenir leur diette.

Vous aurez jà entendu de ce que le s' don Garcia de To-

lédo, gouverneur de la mer Méditerranée, m'advertit quant au régiment du seigneur comte Hannibal de Alla^Emps, et qu'il retournoit l'embarquer à la Spécia , qu'est le chemin pour retourner vers Espaigne

Et me recommandant, etc. D'Orchamps, ce xiii de juillet i564.

LE PRÉSIDENT VIGLIUS

(Mémoires de Granvelle, Xl]I,8g-go. )

Bruxelles, 1 5 juillet i56A.

Monseigneur Je me doubte que celluy ^ qui a escript à V. L S.

que les aydes ne s'accordent, ne les estatz se chargent des debtesdu roy, pour le bruyt de vostre retour et empeschement que y donnent voz amyz , ne faye faict à la fin par luy prétendue , pour par vostre absence mieulx establir Tauctorité qu'il prent. Car quant aux aydes, V. L S. ha par mes précédentes entendu à quoy qu'il tient que elles ne se achèvent, et ne sont encoires venuz ceuk de Bois-le-Duc. Je croy bien que, pour avoir contredict la communication générale des estatz, y me mectront sus que je tends à empescher que ces sei^ gneurs ne puissent exécuter leur bonne affection et succourir aux nécessités, puisque tous aultres moyens faillent; et se laisse sonaitèze persuader que ce qu'elle est demourée ces années passées en ceste estroictesse et paine procède de ceste nostre opinion ; et à ce que je vois, [elle] est entièrement délibéré de suyvir l'opinion desdictz seigneurs, et essayer la voye de la communication, ne povant plus souffrir qu'on parie à l'encontre. Ce que voyans ceulx des finances et aultres, pour non avoir le mauvais gré, en laissent convenir son âltèze et ces seigneurs; parquoy, demeurant en cecy singulier, je payeray le chapon. Mais si sa majesté, selon que V. I. S. escript, s'arreste à la mesme opinion de non admectre ladicte communication générale, • omnis faba in R, D, V. et in me cudetur, » et fault que le rpy face son

^ Armeoterot.

compte de prendre l'entretenement des garnisons à sa chaîne : car ceulx de Brabant disent clairement qu^ilz ne sçaivent aultre moyen; et sans que ilz se mectent en debvoir de supporter leur part, Ton n'aura riens des aultres estatz, et par conséquent tout ira en confu-

« quo tamen adjutore, quoad possum, quae ad religionem, justiciam « ac majestatem regiàm conservandam pertinent (interea dum hune t adhuc locum teneo) sustinere conor. »

Noz conseilliers sont retournez de Valenciennes, y ayant en

leur lieu laissé les nouveaux commissaires; ils disent que la nouvelle loy est bonne et catholique et que les affaires de la religion y amendent plus qu ilz n'empirent; et au retour du marquis de Berghes , Ton verra quelle détermination Ton debvra prendre sur Tentretenement ou licentiement des gens de guerre y estans.

A Toiumay» les choses sont paisibles; mais en ceste ville le mal nous accroist fort, et quoyquon parle à nostre amman, il y a tousjours quelque excuse , combien qu'il soit esté piéçà deschai^é de son lieutenant; et a à présent ung aultre, assés exécuteur si le maistre lé commandoit

Davolos, prisonier à Gand, a esté condemné, par ceulx du conseil en Flandres, aux galères pour le terme de trois ans; et est Alonso del Canto ^ après pour l'y faire amener, à ce quej'entendz; la sentence est principalement fondée sur les propos scandaleux et athéicques par luy tenuz

A tant, monseigneur, etc. De Bruxelles, ce lÔ de juillet i564.

* L*un des suppôU de Tinquisition aux Pays-Bas, qa il quitta pour retourner en Espagne, sa patrie, à la fin de juin 1&66. Une année après , il fut arrêté sous la prévention de soustraction de deniers dans

le procès du trésorier Érasso. (Lettres de Morilhn, IV, 97 v'.) Del Canto mourut à la fin de 1 b'jà- Pendant son s^our en Flandre «il correspondait directement avec le roi , dont il avait toute la confiance.

150 PAPIERS DÉTAV

quelque maulvais office contre luy que sa vertu poufara facillement effacer. Aaltrement, si je luy faîctz entendre ce que passe, il peardra pacience selon qu'il est pusillanime. Certes, tous ceuh de son diocèse ont fort grand contentement de luy, aussi bien la noblesse que Tecclésiasticque ; et en somme, tous ceulx qui font profession de sçavoir le tiennent en la réputation qu'il mérite , et Toraison qu'il heust audict concile, si docte, ne luy a faict peu d'honneur.

L'on at aussi fort mal imprimé son altèze de frère Knyff \ qu'il auroit hanté les bordeaub, porté soie et fort exquises chemises qu'il se seroit vanté avoir gaigné à la sueur de son corps, et que maintenant il auroit délaissé son habit, en ce qu'il a faict une faidte inexcusable, et dont tous gens de bien sont estez pffençez. Et s'esbahit Madame qui l'at advancé ; que si l'on cherche bien, l'on trouvera avoir esté M. de Conancque et non pas vostre seigneurie, sur qui peult-estre quelzc'ungz le vouldront jecler, et aussi la promotion d'aulcuns aultres peu utiles, desquelz auparavant qu'ilz ftu'ent dénommez, vostre seigneurie cognoissoit à peine le nom,

« Heri praesidens, cum adjuratione consueta, dixit serenissimam do- « cissam dixisse Granvellanum quidem esse magnum et principalem « ministrum, non solum bis regionibus sed universo mundo admi- «nistrandis; verum intérim non consulere ut revertatur, etiam si re- « gem venire contingeret, hoc enim dominos non laturos, quasi vero « eorum salvo conductu opus sit si rex.sit qui est, apud quem vereor « ne ducissa malum praestet offîciiun, cum domini tam aperte jac- « titent regem bonis verbis alere, Granvellanus ne desperet, » disans que vostre seigneiuîe est joumekment en cholère contre ses serviteurs« • Qttod hic egregie fit pér ducissam , cui domini persuasere t ut hiatmala, » et pouirt^uit dit-elle vouloir monstrer qu'elle sçait et veult gouverner; et le président se pkinct quepartoutte voie elle le aerche peur l'envellopper et rendre odieulx, et que bien mal se peut-il soubstenir -: qfue me £adct craindre que quelque jow il se jectera dehors, « quod tu ipae maxime senties. » Ce xii de juilLet.

Jean Rnyff ou Gnyff , religieux qui fut évêque de Groningue.

Depuis sont venuez celles du ii du présent « et ne sçaiu*oie sinon grandement louher vostre prudente résolution si à propoz et quasi nécessaire au temps que court, et auitant bien choisie Et le trouvent les amys très-bien ainsi : car le cheangement se peult faire quant Ton vouldra et il serat heure. Je n'av encores sceu entendre mi'il soit

• his ducissa dat aurem ; si hoc fiât, non diu stabit hœc respublica, et « si semel hœc statuantur, ab ipso rege non retractabuntur, nisi cum «periculo seditioni9 generalis. » Bruxelles, ce 1 5 juillet i564.

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