‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 3 sur 77 · A L'EMPEREUR FERDINAND · texte numérisé non relu

A L'EMPEREUR FERDINAND

(Mémoires de GraDvelie, XII, ia3-iaÂ. )

BaudoDcourt, 3 juin i564.

Sire, passant si près de ce pays le roy très-chrestien, je ne veulx défaillir de, continuant mon debvoir, advertir vostre majesté de ce que j'entendz de ce coustel-là, qu'est que ledit s' roy a passé à Paigny, trois lieues près de la ville de Dole, et suyt son chemin contre Lyon, par Chalon-sur-Saône et Mascon, et jà ceulx dudict Mascon avoyent envoyé advertir la royne mère qu'ilz désiroyent se préparer comme bons subgectz pour recepvoir le roy, leur seigneur et maistre, le plus honorablement que leur seroit possible , et qu'ilz estoyent délibérez de se mectre en armes pour en bon nombre le venir recepvoir hors de la ville , comme Ton a accoustumé faire es premières entrées des princes. Mais comme ilz sont esté du nombre des rebelles et de ceulx qui se sont monstrez plus farouches au port et soubz les aesles de ceidx dudit Lyon , le roy très-chrestien leur a faict respondre qu ilz ne s'estoyent pas conduictz de sorte qu'il convint qu'ilz le vinssent recepvoir en tel apparat, et qu'il leur deffendoit, à peyne de la hart, que personne de ladite ville ne luy vînt au devant en armes, mais plustost chascung avec une gaule blanche. L'on doubtoit que ceulx dudit Lyon se monstreroyent farouches : mais ils ont mandé dire audit s' roy que non seullement ilz prétendoient qu'il y peust entrer fort et foible, comme il luy plairoit, mais encores que si la porte n estoit assez grande, ilz romproyent tant de muraille et y feroyent si grande bresche qu'il y pourroit entrer à cheval

avec tous ceulx qu'il vouldroit ; et se sont faictes audit Lyon les processions des Rogations plus solempnelles que Ton ne les a faict en plusieurs années, et accompagnées de plus de mille ^ catholiques qu'alloyent à la suytte. Si est-ce que , ou soit que Ton s'y fye ou non , les hommes d'armes qui sont à la suytte du roy très-chrestien se fortiffient de jour en jour et passent jà de trois mille chevaulx, oultre les gens de pied; et à la vérité il importe très -fort que le roy trèschrestien leur face congnoistre qu'il veult estre le maistre. L'on debvoit envoyer devant audit Lyon le connestable pour s'asseurer de la ville, avant que le roy y entre, afin qu'à la venue dudit s"^ roy toutes les difficultés cessent. Le prince de Condé ny ceulx de Chastillon ne sont en court: mais l'on a sceu que depuis peu de jours il s'est faict ung synode des ministres prédicans, en nombre de plus de cinquante, soubz le port et faveur des dessusdits et du prince de Porcian et du s' de Sedan, qu'ilz dient duc de Bouillon, qui sont deux jeimes cheaulx ^ le plus eagé de xxii ou xxiii ans, qu'il semble ont entreprins de faire des braves à la grande faulte de ceulx qui le leur souffrent. En ceste assemblée^ se sont traictées beaulcop de choses pernicieuses entre ces prédicantz, et spéciallement si l'administration du roy très-chrestien et de la royne sa mère estoit légitime, des moyens pour se soubstenir, comme ilz disoient, contre la tyrannie d'iceidx, de ce que légitimement ilz pouvoyent faire pour leur religion; et le tout est venu à la congnoissance de la royne par le moyen de lung des prédicantz, lequel, voyant la meschanté de ses

' Quarante mille, suivant une lettre du cardinal au baron de Bolwiller, du 4 juin (Mémoires de Granvelle, XII, lag-iSo), non reproduite ici, parce qu'elle ne présente qu*un seul passage véritablement remarquable, qui semble se rapporter aax tentatives £aites ou à fidre auprès de certains princes de TAUemagne protestante, pour obtenir d*eux leur rentrée dans le sein de Téglise catholique. A ce sujet, le prélat

mande au baron qu'il est disposé , pour le temps qui lui plaira, a recevoir ses communications verbales, avec d'autant plus d*empressement qu elles ne sont pas au préjudice du pape ni du roi catholique, tet • moins encore pour rien mouvoir contre « les potentats d'Allemagne. »

• (Rejetons.)

' Voir au tome VU, le n* CXVIU.

compaignons, et ce qu'ilz prétendoyent , que jà sorioit des termes de la religion et sentoit rébellion, se réduysant de son apostasie (car il avoit été religieux avant que d'entrer en leur secte) , est retourné à la religion catholique et a déclairé tout ce qu'est passé audit synode, dont Ton dict que la royne mère se monstre fort faschée et craintifve, doubtant ce que luy pourroit survenir. Mais il luy sera aysé d'y remédier si elle veult, prenant le tout syncèrement pour la religion.

Les huguenotz quil sont audit Lyon, entre lesquelz il y en a plusieurs des princîpaulx de la ville, voyantz que par l'édict de pacifica* tion il leur est defifendu de se servir des églises catholiques, bâtissent maintenant ung édifice qu'ils appellent Temple, soubz espoir qu'il leur sera permis d'y faire leurs presches et sérimonies quant la court y sera, et de par leurs prédications amyellées de la liberté charnelle, attirer beaulcop de gens à leur oppinion; et envoyent audict bastiment jusques aux seigneurs et dames de la ville, qui portent eulx-mesmes à la bouste ^ les matériaux nécessaires à icelluy. Si est-ce que le roy très-chrestien a freschement fatct publier à Dijon à cry d'héraulx, avec son de trompettes, que nul, de quelle qualité ou condicion qu'il puisse estre, à peyne de la vie, osé ny soit sy hardy faire prescher en lieu ny place, où la court se treuvera, renouvellant en ceste partie l'édict que jà en avoit esté faict; et l'on dict que de cecy la cause aura esté ce que le prince de Briars^, jeusne seigneur de Vandosme, avoit faict prescher audict Dijon, en sa maison, dont ceulx de la duché de Boiu^gongne avoient faict plaintes.

Les huguenots de France sollicitent continuellement ceulx des Pays-Bas pour se révolter ; et pour leur donner plus de pied et de hardiesse en ce, l'on a faict freschement les monstres en Picardie, en armes, soubz le gouvernement du prince de Condé, et à la vérité son absence de court pendant que ces synodes se font est soubçonneuse à tous gens de bien : l'on verra ce qu'en succédera.

Le nouveaul embassadeur du roy nostre maistre, devers la royne d'Angleterre, Diego Gusman de Sylva, est jà arrivé à Bruxelles, du-

' (Hotte.) — » (Béarn.)

quel j'ay vu llnstruction et ay escript mon avis doiz icy sur iceile , obéissant au commandement de sa majesté, qui m'escript du xxiiii^ d'apvril dernier passé, d'ainsi le faire; et jà avoit sa majesté nouvelles de mon parlement des Pays-Bas pour venir en cestuy icy , pour les causes que j'ay escript à vostre majesté. L'ung des poinctz que sadicte majesté luy encharge par sadicte instruction est qu'il tienne le mesme soing des affaires de vostre majesté que des siens propres, et que de mesme il s'emploie en tout ce qu'il plaira à vostre majesté luy commander. Et comme ladicte royne d'Angleterre, pour contrevenge de ce que l'on ne pérmect l'importation des drapz d'Angleterre en Flandre, qu'elle n'aye pourveu à l'indempnité des subgectz de sa majesté et à l'observance de son coustel des entrecours, a deffendu l'importation de toute sorte de marchandises des Pays-Bas en Angleterre, et ce, sur peine de confiscation, madame la duchesse de Parme doubtant que, soubz cest édict captieulx, elle ne voulsit comprendre les marchandises chargées pour France, Espaigne et Italie, lesquelles, ou pour commodité ou force des vents, prendroient port audit Angleterre , a envoyé le sieur de Zweneghen audict Angleterre pour, soubz couleur de congratuler la paix faitte avec les François, s'enquérir comme ladicte royne veult entendre son édict; et s'attendoit avec désir le retour dudict de Zweneghen , pour ce que jusques à oyres l'on retient les basteaulz chargez pour Espaigne, et en bon nombre, pour non les laisser exposez à la proye des Anglois. Et si ceulx par delà suyvent la résolution piéçà prinse de tenir bon et vouloir avoir réparation desdicts dommaiges, avant que l'on consente que lesdicts drapz s'apportent aux Pays-Bas, l'on adménera tost ladicte royne d'An^eterre à ce que l'on prétend. Et dadvantage, si Tédict que ladicte royne a faict de non porter marchandise des Pays- Bas en Angleterre s'entretient, tant plus tost en auront-ilz une fin : car les An^ois ne s'en peuvent aulcunement passer, ny de vendre leurs drapz; en quoy non seullement les marchantz, mais encore toute la noblesse d'Angleterre est intéressée pour les parcqs dont ils font grandement leur pro£Bt pour les laynes.

L'on nous donne tonsjours grand espoir de la venue de sa majesté, à ia vérité grandement désirée et du tout nécessaire. £t me recommandant, etc. Baudoncourt, ce iii* de juing i564.

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