‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 32 sur 77 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

LE SIEUR DE SILLIERS

AU BARON DE BOLWILLER

( Mémoires de GranveUe, XIV, ià2. )

Sans lieu, 1 5 septembre i56A'

Monsieur, le jourd*huy quinzième , au matin, ay receu vostre pacquet par ce présent porteur, et vous remercye des nouvelles que m*avez mandées, desquelles ay faiçt part à son altèze , laquelle m^a commandé vous respondre et rescripre que vous luy ferés ung singulier service de descouvrir du desseing du prince d'Orengei$ ^, ensuyvant ce qu^en avez màqdé; car il est croyable et beaulcop plus notable, de sorte que si ainsi fust, il confirme ce que tousjours son altèze adit touchant la recouvrance de ses estatz, touchant aussi les desseings de ceulx qui pourroyent ou vouldroyent contrarier; confirme aussi Foppinion de ceiJx qtiilz ne treuvent pas bon le délày qu'on prendt, voyant que la partie contraire et leiups alliez bastissent et mynent ce pendant qu'on ne contremyne. Quant à mon oppinion, je ne seray jamais dadvis, • soubz corection de plus sages, de remectre le jugement de nos desseings en telle main : car si la première alliance me suspecte avec cause légitime, à plus forte raison la seconde^ et dis dadvantaige, que si ainsi est, non seulement de nous doibt estre considérée, mais bien de plus grans. N'est-ce pas une grande pityé qu'on voidt et on touche au doigt où l'on veult tendre, y estant le remède tout prest, néantmoins dn n'y mect remède aulcim, mais l'on le dilaye? Certes (une aultre fois soit dict), si ainsi est, ou je n'y entendz rien du tout, l'on etï doibt espérer une terrible yssue : car le desseing passe oultre que

' Le mariage de sa sœur avec le roi de Danemarck.

ralliance, ou je me forcômpte de beaulcop; si est-ce que, remeetant le tout à Dieu et aux plus saiges, n'en feray pour le présent aultré discours.

Madame avoit entendu comme mandez que la royne d'Espàigne

nonobstant que par toutes lettres que me viennent de là, j'eusse souf- (îsant advertissement de la bonne disposition d'icelle. Mais enfin, j'en suis plus asseuré voyant ses lettres, et c'est ce seidlement et principalement que je désire sçavoir de là, confyant assez, quant aux affaires, qu'ilz n'y peuvent aller sinon bien, avec la bonne assistance de ceulx qui sont auprès de vostredite altèze, et le continuel soiog qu'icelle y mect, qu'est bien le principal. Si n^ veulx-je délaisser de la supplier qu'elle tienne tousjours regard à l'auctorité du maître , et joinctelnent à la sienne et de ceulx qui luy succéderont après en la charge, à la religion que tous les jours vad de pis en pis, et les propoz que l'on en tient en donnent souffisant tesmoignage , et aussi que la justice soit auctorizée libre et esgale comme il convient , puisque sans ce , les royaulmes et estatz ne se peuvent longuement soubstenir.

Je la remercye très-humblement du soing qu'il lui plaît me monstrer tenir de la santé de madame de Grandvelle et de la mienne, en quoy elle nous faict très-grande faveur. . . . •

Pour maintenant et doiresenavant il n'y aura pourquoy travailler vostre altèze, luy escrivant nouvelles d'Allemaigne ny d'ailleurs, pour estre la saison tant advancée que apparamment, et s'il plaist à Dieu, il n'y atu'a que craindre, jusques au printemps, de mouvements extérieurs. Quant à ce que touche le dedans du pays , vostre altèze entend trop mieulx ce que passe, et selon ce, avec bon advis, y pourra prendre le remède en ce que sera requis. Par deçà toutes choses y sont assez paysibles, Digu mercy; il est vray que l'on s'y est un peu scandalizé de la venue de ces commissaires, pour ce que l'on en parloit et de leur commission tout aultrement qu'il ne se trouve par la copie qu'ilz en ont donné; et mesmes disoitl'on que Morron, qu'est estrangier, non subgect du roy, et qu'a servy en France contre sa majesté , estant subgect du duc de Savoye , et sans luy en avoir donné ledit seigneur cause ^ avoit commission de reveoir toutes les fortifficâtions, munitions et aultres advantages ou désavantages du pays, de rachapter les pièces du domayne pour les tenir luy-mesmes, et choses semblables que ne sembloit bien , et aijtôsi pour prendre infor-

mation sur le diflférend d'entre cieulx de Dole et la Villelte, chose que scandalizoit , non seullement ceulx de la ville qui le tiennent suspect, comme dépendant ledit Morron du tout du sieur de Dissey, vers lequel il a esté plusieurs jours à Amance , mais encores s'en scandalizoit mons"" de Vei^gy , luy semblant que Ton Teust icy envoyé pour son contreroleur, et luy serabîoit fort mal qu'ayant faict si long séjour audict Amance, il n*avoit pris la peyne de luy apporter en sa maison les lettres qu'il avoit pour luy, mais les luy aye seullement envoyé dois Dole, longuement après son arrivée en ce pays. Mais enfin, comme Ton ne treuve la commission telle que Ton la publyoit, cela se passe, et a ledict sieur de Vergy, comme j'entendz, ouflert ausdicts commis toute assistence, et tiens que chacun se contentera de leur besoigné, s'ilz font syncèrement ce que convient, comme j'espère , pour augmenter le domaine du maître , et soubstenir son auctorité comme il appartient.

J'ay receu le pacquet qu'il a pieu à vostre altèze m' envoyer de sa majesté. Ce que me contente le plus est avoir nouvelles si certaines du bon portement d'icelle , et qu'elle se contente du séjour que je faiz par deçà , voyant clèrement que je n'y ay aultre fondement que celluy de son service. Et pourveu qu'icelluy se face, qu« les aydes s'accordent, que toutes choses passent par delà bien et que sa majesté se contente que je temporise encores par deçà, je recepvray du tout satisfaction et contentement; et combien que je suis asseuré que Renard fera ce qu'il pourra pour troubler en Espaigne, pourveu qu'il y voyse et que ce des pays d'embas demeure à repoz et quicte des maulvais offices que continuellement il faiet, il ne pourra estre sinon bien, et suis très-ayse que si libéralement il se résolve de faire le voyage 5 et pour ce faire, l'on ne luy sçauroit donner trop de commodité. Mais comme je le congnois, ce que je doubte est que, craignant que de sa désobéissance si endurcye ne luy vienne quelque grand mal, comme il mérite, il ne faigne de vouloir obéyr poiur après au plus beaul faire semblant que goutte luy soit survenue, ou avant que de partir, ou avant qu'il soit bien loing en chemin, que sont ses

tours accoustumez afin de non aller où Ton l'appelle. L'on verra enfin

ce qu'en sera.

Je suis bien fasché d'entendre que, nonobstant toutes les diligences que se font et le bon espoir qu'en avoit sa majesté, l'on ne soit encore au boult de ces aydes de Brabant. Mais je ne me puis imaginer sur quoy doiresenavant se pourra prendre difficulté^ puisque l'on a faict tout ce qu'ilz demandent; et cela me faict doubter que, jusques à ce que sa majesté vienne, Tonne pourra avoir grand espoir d'avoir des estatz quelque notable ayde pour assister au besoing de par delà: ce que je ne faitz doubte doibt tenir vostre altèze en peyne, laquelle je sens très-fort.

Quand à ladicte venue, sa majesté ne m'en escript aultre chose sinon qu elle désire très-fort de la mectre à exécution, et qu'elle est après, tant qu'elle peult, pour mectre toutes choses en ordre, afin de laisser ses royaulmes d'Ëspaigne à son parlement en Testât qu'il convient; mais elle ne me dict temps certain. Bien me donne-elle grand espoir du brief despesche de mons' dé Chantonnay, mon frère, à la venue duquel peut-estre entendray-je quelque particularité dadvantage.

Sa majesté a satisfaict aux abbez de Brabant en ce qu'ilz luy ont voulu demander, par où je ne puis délaisser de supplier trèshumblement vostre altèze de, puisqu'ilz ont consentu aux éveschez nouvelles, encores que par indirect, il luy plaise me faire jouir de Tentière possession des limites de Malynes, si elle n'y treirve quelqu'inconvénient, et aussi tenir considération au répartement de la rente que ceulx de Brabant donnent poiu* Malynes et Bois-le-Duc, afin que ladicte église de Malynes ne soit en mon absence oublyée; ny aussy en ce que concerne le répartement de Tévesçhé d'Anvers entre lesdicts Malynes et Bois-le-Duc : ce que véritablement je sollicite plus poiur le service de Dieu et de sa majesté , et pour les successions en ceste dignité, que pour ce qui me concerne ^n mon particulier, pour lequel j'aymeroye mieulx demeurer ainsi que les choses sont, ou céder Tarchevesché du tout à qui le maître vouldroit, que de rechercher plus de charge.

J'entendz que quelc ung ha là voulu murmurer de ce que j'use de mon induit par tout le dyocèse, oyres que je n'exerce encores jurisdictioD en tout icelluy; mais je tiens que ce soit à faulte d'estre informé et sçavoir ce que passe, et supplie à vostre altèze de tenir ma protection, comme j'ay confyance en icelle, afin qu'en mon absence tort ne me soit faict. J'ay mon induit comme cardinal par tout mon dyocèse, et par la faveur de sa saincteté en avoye ung semblable pour Arras avant ma promotion. Sur l'induit dernier tie cardinal , j'ay obtenu par voye ordinaire le placet en Brabant, la bulle du motu proprio, constituant les limites de mon dyocèse, est despeschée à Rome, comme il convient, à l'instance de sa majesté, avant que je fusse nommé à Malynes, par où. il n'y fault placet; et est cler que tout ce que y est comprins est de mon dyocèse, oyres que pour ce quil convient au service du maître, je n'ay usé de juridiction par tout icelluy, ny voidz que qui que ce soit puisse prétendre préjudice en ce que j'use de mon induit, puisque je n'entreprendz, comme je ne doibs, sur les coUateurs ordinaires, mais seuMement disposé de ce que vacque aux mois appostoliques, usant de la grâce que, en ses propres collations, sa saincteté m'a faict.: que j'ay bien voulu dire à votre altèze pour son information.

A ce que j'entendz par ce que sa majesté m'escript, elle Vouldroit par quelque moyen faire que le margrave d'Anvers laisse la charge qu'il tient, fust avec récompense ou aultrement, dontsadicte majesté escriptà vostre altèze et.me dict que je ramentoyve à icelle quelc'ung qui me sembleroit à propoz pour ladicte charge; en quoy véritablement je me treuve bien empesché : car il faut que celluy que l'on choisira soit Brabançon, et qui aye bon zèle à la religion, sans dépandre de qui que ce soit sinon du roy et de vostre altèze, pour, s'il ne rend le debvoir, le très-bien chastier, et qu'il face, sans s'appuyer à aultre, ce que vostredicte altèze luy commandera. Schoenhove\ qu'est second bourguemestre d'Anvers, l'ha aultresfois exercé bien et au contentement de la feue royne: mais il avoit son bel oncle ^, avec qui

* Voir tome Vil, page 4i2. M Oncle par alliance. ]

il demeuroit, mess" Guillaume de WerveS qui Tavoit longuement exercé, mais qui, pour estre vieulx et goutteux, ne le pôuvoit plus faire, qu estoit bien Tung des saiges hommes sans lettres qui fusl, non seullement en hdicte ville d'Anvers, mais au pays; et faisoit, ledict Sclîoenhove, toutes choses par son conseil et advis, et ayant ainsi tenu ledict estât, en debvroit sçavoir quelque chose. Et aussi est celle part le sieur de Berchem, premier bourguemestre , qui tousjours a monstre fort grand zèle au service du maître , et spécialement au soubstenement de la religion, sur quoy fonde principalement sa majesté ce changement. De prendre d'aultres villes gens qui ne cohgnoissent les humeurs d'Anvers, ou gentilzhommes qui ne sont duictz aux affaires, je ne penseroye pas que ce fust le service du maître. Le maire de Louvain s'est monstre tel, que là, à mon advis, il pourroit bien servir; et qui que Ton y mecte, il seroit, à correction, requis retrancher Tauctorité de Toffice en ce des compositions, permissions de lotheries et beaulcoup d'aultres choses : en quoy mons"" le président, et sur le choix aussy des personnes , pourra donner meilleur advis à vostre altèze que moy dois icy.

Vostredicte altèze verra, par la copie cy-joincte en chiffres, ce que sadicte majesté m'escript quant au mariage de la royne d'Escosse; et pleust à Dieu que l'on eust continué de poulser oultre pour monseigneur l'archiduc Charles, puisque les choses estoyent en bon trayn; et je ne véoye voluntiers que l'on changeast de practique, pour ce que je me doubtoye, comme je Fescripviz à sa majesté dois le commencement, que à la fin nous-mesmes ne vouldrions ce que nous démonstrions vouloir; et représentay par mes lettres ce que maintenant l'on considère, et l'hazart auquel Ton tumboit d'indigner feu l'empereur, le moderne et ses frères ; et fust esté trop mieulx avoir tenuîiullre chemin. Et quant, en négociation de telle qualité, l'on chemine de telle sorte, il n'en peult que mal venir*; et l'ambassadeur est assez informé de la volenté du maître et de ce qu'en ces termes

* Guillaume Van denWerven,«chev a- * En effet, les éternelles irrésolu lions du

lier honorable et chéri du peuple. > roi Philippe D*ont que trop souvent corn-

ii convient, n'ayant voulu faillir de faire entendre à vostre altèze ce que je sçay.

L'on m'apporta hier en ce lieu une lettre de mons' le duc de Savoye pour vostre altèze, et une aultre pour moy que je y joindray aussy ; et si me dict Ton qu'il a escript sur le mesme à mons' de Vergy. C'est pour avoir des esclaves pour ses galères ; et modérant la chose à ce que ces malheureux et non pardopnables etrequérantz exemple ne demeurent impuniz, et déclarant temps certain, afin que ce fust par manière d'essay, je n'y treuveroye, saulf meilleur advis, grand inconvénient. SeuUement .me semble-il debvoir advertir vostre altèze , pour si elle le vouloit consentir, que icy les édictz touchant la religion s'observent; et comme nous sumea près des maulvais voisins, je ne penseroye qu'il convient, à correction, d'y user aulcunement de modération, puisque celle dont l'on a usé par delà n'y a pas faict Je fruict que l'on espéroit, mais au contraire du dommage largement, et je voydz que tous les jours par ce moyen l'on tumbe en pis, et que l'on y veult prétendjre par ce boult à plus de liberté que pourroit cy-après couster chier. Me remectant, etc. De Baudoncourt, ce xvni® de septembre 1664.

AU PRÉMDENT VIGLIUS.

(Mémoires de Granvelle , XIV, 1 aS- 1 a8. )

BaadoDCOurt, 19 septembre i564.

Monsieur, je doibz responce à quatre lettres vostres. .... et sur ma foy vous faictes beaucoup pour moy de , avec tant d'aflFaires que

promis sa politique en neutralisant les des- à un cdicul, dont son médiocre génie n'éseins les mieux concertés ; c*est bien à tort tait point capable, que plusieurs écrivains les ont attribuées

vous avez et vous détiennent sy continuellement occupé , prendre la peine de m'advertir de vostre main , et par les pièces joinctes à voz lettres, si diligemment et particidièrement du tout Armenteros, par tout ce qu'il m'escript, se remect tousjours à ce que , par charge de Madame, vous me debvez advertir de tout; je ne luy respondz jamais à ce poinct , ny faiz semblant que vous m'escripvez ; ains par mes lettres pourroit quasi entendre le contraire, et je croy qu'il vault mieulx ainsy, estans les choses comme elles sont. Je ne faiz aussy sanblant que je m'apperçoys du changement; bien escripz-je plus froidement, et ilz s'appercepvront, avant qu'il passe long temps, qu'ilz ne vont le bon chemin , et jusques à icy en vient jà le vent. Sy Renard se part , dont je faiz grande doubte , comme je l'escripz à son altèze, l'on se appercevra tost par delà du mal qu'il y faisoit ; et voise en Espaigne et face le pis qu'il pourra, il n'y sçaura faire le centième du mal qu'il faict par delà, et est le mîeulx remettre le tout au roy. Il fera, et j'en suis certain, là, s'il y va, le pis qu'il pourra par delà; et que me ferail ? Laissez-le faire ; seuUement qu'il ne trouble plus les Pays-Bas ; peult-estre trouvera-il là à quy parler. Qui pourroit, il empomteroit beaucoup recouvrer les lettres escriptes de sa main à Quiclet; elles estoient en une masle avec les papiers ; il fauldroit regarder sy, comme il est meschant et inventif, il ne les auroit, par bon moyen et par tierce main, distraict de la main de la femme de Honzoch\ qu'est simple, après la mort de son mary : ce qu'il poiu^roit avoir faict par personne interposite.

Je treuve fort maulvais que plus vous n^estes ouy, semotis ar-

bitris, et que, se servant de l'occasion de vostre si brief^e abscence ^ l'on ayt à vostre desceu, et sans y entremectre les secrétaires ordi-

* Voir tome V, pageay. Hootzochet le * cMais puisque vous véez que Ton

conseiller Hessele, envoyés en Boulogne t faict son proffit de vostre abcence, pour

pour prendre part à Tinstruction du .pro- « Dieu n*abandonneE synon le moîngs que

ces d*ÉtienneQuiclet,firent arrêter comme tvous pourrez, et redde vices, * (Phrase

complice Tun de ses frères, qui était curé de la présente dépèche, parmi plusieurs

de Vauconcourt , au mois de janvier autres dont le manque d'intérêt a déter*

i556, N. S. miné la suppression. )

naires, dépesché en Espaigne. Puisquainsy va« il vous fault aussy ayder de voz mains , sy vous ne voulez de vous-mesmes vous mectre par terre , et escrire deux motz au roy de ce que vous voyez estant sur le lieu, le suppliant de tenir le secret; quand ce ne seroit que afin que sa majesté entende que vous n aydez à la circonvenir en ce que Ton luy escript que tout vad bien, et que vous sçavez le contraire. Il m^escript par ses lettres qu'il faict ce qu'il peult pour vous animer et squst^nir et mons*^ de Barlaymont, afin que vous n'abandonnez les affaires ; je ne sçay ce qu'en est , ny ce que sa majesté faict à cest eflfect en vostre endroit; et véritablement, quoy que vous désirez et dictes, il n'est temps que vous abandonnez la république. Et puisque vous véez que ces gens militaires s'arment contre l'église et la justice et les longues robbes, il fault soustenir contre, puisque par le chemin que aultrement les choses prendroient, la républîcque ne se sauroit soustenir; et partant Renard, les longues robbes pourront plus sy vous voidez : car en affaires ilz sçavent et entendent plus, et tant plus en ung estât comme le nostre , qu'est à demy populaire, où il y a commerce, duquel le principal nerf est la justice ; et les villes ne veullent tyrans particuliers, et les ëstatz se gouvernent par delà principalement par lesdictes villes , et icelles par les pensionnaires, et peuvent beaucoup les consaulx quy sont soubz vous et vous ayment, et la noblesse moyenne tient avec les villes et tiendra de vostre coustel plus que ceulx quy prétendent commander plus que le maistre , et ne vous ayment ny mons" de Barlaymont. Et par cecy se peuvent faire beaucoup d'offices sans bruyt et par mil bons moyens, et y a austant de bons fondêmentz poiur ce faire et sans rompre avec personne , soustenant vostre auctorité et faisant valoir vostre charge. De moy, je vous ay aydé et ayde ce que je puis; mais je ne puis tout seul et absent sy loing, et sy j'escripz la vérité pu il convient et que , nemine conlradicente , l'on escript de là tout le contraire, de raison l'on ne me debvroit croyre, mais imputer tout ce que j'escriproye à passion. Le roy a jà déclaré piéçà qu'il désire que vous vous soulagez et assistez de mons' Hopperus; quand l'on se sçait ayder de la faveur

de la court, cela est bien assez pour le mettre bien avant, et mesmes que vous avez tous les papiers que vous luy pouvez communiquer, et ne les ha aultre; et doiz long temps le pouviez avoir poulsé, luy donnant auctorité que ne fust esté diminution de la vostre , estant soubz vous, et personage duquel, pour toute raison, vous pouvez confier. Vous ne me respondez sy depuis mons'd'Aigmont a retourné sur le mesme ; s'il treuve bon qu'il se face comme j'avoye escript , s'il en escripra ou en a escript enËspaigne : qu'il conviendroit je sceusse, afin que lors j'escripvisse et en conformité ; la chose venant joincteinent en ung coup auroit plus de force. Et de mon coustel vous estes asseuré que je feray tousjours tout ce que je pourray, et pour vostre respect et pour ce -que j'ayme mons' Hopperus, et pour le publicque , auquel il emporte beaucoup que cecy s'establisse, puisque la religion va comme vous escripvez, et ce du concile que l'on ne suyt la voulenté du maistre, et la façon d'avoir appelle le conseil privé, donnent conjectures de maulvais signes.

Je ne diz pas que vous debvez demeurer attaché perpétuellement au clocq\ et que vous ne doibgiés quelquesfoîs vivre à vous-mesmes et servyr Dieu avec plus de repoz; mais je diz bien que vous le déserviriés et l'olfenseriés grandement de vous retirer ainsy, quand pour la religion et pour la justice vostre travail est tant nécessaire, et auriés à jamais regret de en tel temps avoir abandonné , et verriés le publicque se perdre et vous avec icelluy; à quoy debvez, à mon avis, avoir principal regard, oullre le respect des vostres; et faidt que vous soustenez jusques à la venue du maistre, que ne se peult plus dififérer, veulle ou non, que jusques à l'année prochaine. Et je râettray mes aureilles, que avant qu'il passe six mois, temporisant de vostre coustel et faisant soubz main les offices que vous debvez au service de Dieu et au publicque, et que sans charge de conscience vous ne pouvez délaisser, mesme contre ceulx que vous cognoissez pernicieux , sy devant six mois vous ne voyez une conversion sy grande que vous-mesmes en serez esbéy; car les contrarians n'ont en eux fondement, et sentans

^ Clou ou peut-être croc.

ce qu'ilz font contre leur conscience, ont craincte. Il faut que le médicin cognoisse la complexion et humeur du malade et la cause de son mai, s'il le veult bien guérir; et pour Dieu ne perdez courage et ne vous faictes ce tort à vous-mesmes

Je vous mercye cordialement le sommaire que vous m'avez envoyé des lettres d'Espaigne ; sa majesté m'escript assez le mesme. Les provisions sont courtes et tardives, et dont toutesfoys Ton se peidt ayder, et je tiens que du sel Ton fera quelque chose, et sy Schelz est asseuré des cinquante mil que sa majesté ofifire pour quatre ans, à commancer doiz Tan 66, il le fera bien servir, s'il veult, pour la monte; et tiens qu'il y mettra la main pour son intérest tant de la maniance que payement des lettres de recepveurs que l'on pourra faire acheter soubz main à vil pris.

Aussy me mande sa majesté la provision qu'elle a faict des abbayes, et comme elle diffère encores celle de Tongerloo. J'escripz à Madame pour les lymites de mon diocèse de Malynes, pour la dot et

pour la part du diocèse d'Anvers Et sy l'on en use aultrement

que ne porte la bulle Pauline, au sujet de ladite dot, pour respect

[d'aultruy] je renderay incontinent au roy l'archevesché et luy

diray les causes, et celluy à quy il la donnera se treuvera bien empesché : mais en cecy je suis tout résolu : vous sçavez les fraiz que je supporte pour l'archevesché, et ce que j'en tire , ayant laissé Arras, que en son temps je sçauray bien ramener au maistre en com te. Maintenant qu'il a aultres affaires, je ne le veulx travailler. Dieu conduise M. Sonnius s'il va en Espagne I son indiscrétion n'a pas servi aux affaires.

Le pis est de la picque que le roy prend contre le pape , à mon advis à bien ligière occasion ; cela nuyra et pour la religion et pour les nouvelles éveschez, sy ceuk quy sont à Rome ne font telz offices vers le pape pour luy monstrer combien il luy emporte de non perdre nostre maistre; que cela luy face aller tant plus modéré, pour en aultres choses non faire chose que puisse offenser sa majesté, à quoy de ma part je tiens aussy la main ; je ne sçay s'il profitera.

Morron est ligîer et parle trop j'espère qu'il sera plus saîge

par Fenhort de ses collègues. Jà ceulx de Dole avoient envoyé vers le gouverneur, sur ce que Ton publioit qu'il avoit charge du différent d'entre eulx et la Villette; et sy l'on veidt tout souflfrir à la Villette, et grever ceulx de Dole, certes, s'ilz se font droit eulx-mesmes, il sera plus imputable à ceulx quy debvroient remédier et ne le font, que à eulx : c'est enfin peuple et ville qu'a beaucoup souffert pour son prince, et leur grève bien d'estre tyrannisez par ung Savoyeu et tel.

Je désira fort que lesdicts commis facent le service de sa majesté et accreue de son domaine , ce qu ilz offrent ; ilz auront beaucoup à faire. Je voys fort bien dont tout procède et à quoy l'on vad; mais je me doubte que ceulx quy sont les principaulx ne sçavent pas fort bien le chemin pour y parvenir, et tiens que l'on ne fera tort ny au pays ny aux particuliers, et se faisant ce que convient à justice et à raison, il n'y* a que craindre; mais prétendant au contraire, vous verrez beaul jeu. Et sy les commissaires se mettent à choses non convenables, vous verrez ce que vous diront les estatz, pour lesquelx la venue des commissaires se debvoit différer plus tard ; mais Renard ne sçavoit tout « et non bene sunt tibi distincta temporibus, Davel » Je faiz ce que je puis par tout pour adoulcer les choses, et il convient ainsy, et encores avec tout cela ne sçay-je que ce sera.

L'agent de mons*" l'archevesque de Besançon ^ a esté indiscret ; et sortant ledict sieur archevesque de la maison de mons^ de Rye , où il avoit esté fort festoyé , il m'en escripvit une lettre , se sentant fort de vous,peult-estre sur les propoz médisans que mons'^deRye avoit tenu de vous en table publicque, où je ne fuz oblyé. Combien que la lettre dudict archevesque fust pleyne de soubmission et courtoisie, sy y avoit-il du picquant couvert largement. Je luy ay respondu avec totite modestie, luy justifiant le décret mys sur sa requeste^, dont il

' A Bruxelles. Franche-Comté au sujet de la publication

* Ce prélat avait demandé au conseil dans celle province des décrets du concile

d'élal des Pays-Bas la communication, qui de Trente.

lui fut refusée, de Tavis du parlement de

m'envoya copie, qu'est très-juste et raisonnable; ma responce luy fera recognoistre la raison. Tay du roy une lettrç que sa majesté m'escript pour luy faire ung sermon, dont je suis bien empesché; mais j'espère que j'en sortiray par ung bout ou aultre. Ce sont mes conmiissions ordinaires favorables, comme une autre que sa majesté, escrivant à madame de Lorraine, s'est remye à moy afin que je luy responde touchant le mensual de Tortone et le chasteaul , et aultres choses en quoy sa majesté ne luy peult gratifier; mais j'espère que j'en sortiray aussy comme d*aultres maulvais chemins : et enfin fault faire pour son maistre plus que pouvoir

C'est ung grand bien que ce d'Angleterre se soustient encores ; laissez dire ceulx d'Anvers. Sans eulx jà les Angloys seroient réduictz à la raison^; et ne se fault esbéyr que les finances cryent pour la part que Schetz y a. ... . Mais enfin je demeure en mon ancienne opinion que, pour non fascher, je ne veulx réplicquer, et plus viens-je avant et plus je y pense et plus me conformé-je au mesme.

Puisque Ton vouloit descharger Valenciennes de gens de guerre et se confier d'eulx, il ne se pouvoit faire avec plus de circonspection que ce que je voys par l'escript dont il vous a pieu me communiquer la copie. Je prie à Dieu que bien en advienne ; la diligence du marquis y pourra beaucop, « sed aliud agit : » Dieu pourvoyra à touti Je ne sçay comme prend Madame qu'il faisoit tant de difiiculté de tirer gens de son gouvernement pour le service du maistre , et il osa bien , de son auctorité, les envoyer à Berghes pour tyranniser ses subjectz; et qu'en diront ceulx de Brabant ? Jà il les tira pour aller doiz Philippeville en Liège au temps de son frère ; tout cela et aultres choses mériteroient de luy estre mises en compte.

Selon que l'on m'escript d^Espaigne , mon firère , mons*" de Chantonay , ne pourra pas tarder de venir ; de luy se pourront entendre beaucoup de choses. Sy est-ce que, sy je puis, puisque la saison est tant avancée, je ne partiray de par deçà pour cest hyver, sy l'on ne me commande de retourner devant le novembre; le froid me faict grand mal, et aussy couve l'hyver beaucoup de choses

Le roy sentira fort que à Léwarda il ne se soit plus faict pour introduyre Tévesque ^ ; et la difl&culté que Ton faict de le recepvoir monstre tant plus le besoing qu'il y en y a; et certes il y a longtemps que Ton dict que la Frise vad mal : Dieu y mette la maini Sy le maistre venoit, Ton pourroit remédier à beaucoup de choses

Le chapitre de Besançon a esleu ana voce pour doyen le prothonotaire de Vezet^; seullement n'a voulu le prothonotaire de Vadans* donner voix à personne, disant que luy prétend à la pièce par voye de Rome, où il doibt avoir dépesché. Aussy entendz-je que a faict le

sommelier de l'oratoire, La Tour, et aussy a* maintenant electus

decanus, prétendant que l'église de Besançon jouyt des concordatz na-

tionisgermanicœ, ayant l'archevesque lieu' auxdiettes; ipsividerint

Vous ne vous pouvez sy souvent souhaitter par deçà comme souvent je vous y vouldroye veoir, et vous faire jouyr de ce que je jouys; « et nisi me publica causa angeret, » je y seroye au plus grand repoz et contentement du monde. Mais il ne fault abandonner le publicque, et j'espère que nous nous reverrons tost et aurons nostre tour et nous resjouyrons ensemble. Sy est-ce que, sans le commandement exprès du roy ou de Madame, je n'y iray : car y allant sans ce., sy mal m'advenoil, l'on s'en mocqueroit encores; mais sy le roy commande, ores que ce fust poiu* entrer en ung feu, je y obéiray, quoy qu'en doibge advenir, et serviray en ce qu'il vouldroit, sans en ce craindre ny respecter personne, et veulx demeurer jusques au bout « idem homo; durate, » et est la teste dure assez quand je veulx entreprendre quelque chose, et puis souflrir avec patience et poiuter la peyne quand je m'y détermine, et suis nourry en ces agitations et traverses , « nec animum despondeo »

Je suis très-ayse que Cobel aye sy bien besongné à Groninghe,

* Cet évéque, Rémy Drutie» était, au dire c quoy ]a saison veult que Ton ayt regard. ■ du cardinal de Granvelle , t savant homme, ' François de Grammont.

• depractique, et longuement expérimenté, ' Guillaume, qui était de la maison de

«homme de bien, qu*est le principal, et Poitiers. « qui servîroit de beaucoup au conseil , et ^ Lacune d*un mot.

«mesme pour Tordre ecclésiastique, à » (Séance.)

appoinctant la ville avec les Omlandoîs ^ ; le mesme pourroit Ton au surplus et pour les éveschez, sy la mesme afiPectiou d'en venir au bout

V PAimf

malslre la main, eslre beaul et tout aultre pour parvenir à obtenir son droit, que prenant ung sien vassal, que je ne pense elle fera jamais ; et au pis-aller vauldroit mieulx prandrë ung d'Angleterre qui Tayde à la conqueste du royaulme. Mais pour les divisions dudict royaulme, et éviter les jalousies que Ton auroit Tung sur Taultre, que causeroit une vie inquiète à la royne tant qu elle vivroit , il vauldroit mieulx prandre ung estrangier, et se joindre à Tun des grands princes qui, pour la commodité de l'Espagne, des Pays-Bas et de TAUemaigne, luy pourroient tousjours tendre la main. Quant à celluy de France , Ton luy trasneroit le papin par la bouche ; il est enfifant et mal sain\ et sera longuement gouverné, et frère propre du premier mary, qu'est plus dispensable entre princes que entre particuliers ; mais l'expérience monstre que peu souvent il en prend bien. L'archiduc est homme sain et dispost, et de sang tel qu'elle sceit, grandement allyé; et sa majesté m'escript que la chose estoit venue si avant que feu sa majesté impériale avoit jà déclaré le traictement que, de son vivant, il luy donneroit.

« Scribam quod postea inteUigam. »

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