TRADUIT DE L* ALLEMAND PAR EXTRAITS
Les envoyés des électeurs qui ont des possessions dans les provinces rhénanes ne sont point encore arrivés à la cour impériale, et rien n'est encore déterminé au sujet de la tenue d'une diète; mais on présume qu'elle s'assemblera dans la ville
' Le roi Chaiies IX n*était encore âgé que de quatorze ans; Marie Stuart en comptait alors vingt-deux.
d'Augsbourg, comme le lieu le plus convenable et le moins exposé au danger de la peste. L'ambassade de France, attendue journellement à Vienne, se composera d'au moins cent personnes; le fils du connétable doit être à sa tète. Oa attend
mandé, et me desplayt que les choses sont ainsi mal entendues et passent en ceste sorte : car Madame dict tout le revenu de Torlhonne et du destroit d'icelluy estre nuement à elle , comme elle peult bien faire apparoir par son traiclé de mariage et ses préviléges; n estant auitrement auranc des vassaulx, ny moins vassale en sorte quelconque. Quant au chasteau, il nest nullement fortiffié comme Ton dict, ains à demy basty, et ne sont qu'allégations du capitaine quil est dedans, et s'en est-on bien passé cinquante ans paravant que les guerres ont esté, tant plus qu'on a présent ung duc de Savoye qui faict teste pour toute l'Italye, Testât de Milan paisible, les anciens ennemys bien empeschez aillieurs. Je laisse qu'on deust considérer quelle navoit que ceste seide maison sur tout son douaire : estant bien de vesve, respectable en tous endroictz, et que comme elle ne le refusa pas quant on luy demanda pour s'en servir, aussi n'eust-elle pas faict pour l'advenir s'il en fust esté de besoing, comme elle ne feroit du reste de son bien, y estant obligée pour plusieurs raisons; et ce qu'elle a bien tesmoingné par plusieurs preuves» si on veult ouvrir l'œil partout. Je laisse que quant elle permit la saisie dudict chasteau , il luy en fut promis la restitution toutes et quantes fois qu'elle le répéteroit , laquelle promesse par après a esté souventesfois réitérée , comme elle sçayt bien dire; et à présent, à l'appétit d'ung capitaine, accompaigné de quarante soldatz, lesquelx journellement ne font que troubler toute la cité, laquelle ordinairement vient réclamer à son altëze, on luy détient le sien et n'en peult-on obtenir aulcune resource ; joinct les molestations que journellement lui faict le sénat en sa jiu^isdiction , troublant ses vassaulx et subjectz au préjudice de lunion tant requise en ladicte cité, et dont img chacun oppine que la ruyne s'en ensuyvra. Dict son altèze dadvantaige, qu'îcelle est pour rendre austant ou meilleur compte dudict chasteau que non pas ung soldat mercenaire, et que pour ung inconvénient qu'on allègue il y a milz remèdes ; veu aussi qu elle n'a nulle retraicte que ceste maisonlà , et que par cy-devant on l'a frustré du chasteau de Vigene , que debvoit semblablement estre sien. Quant à l'affection de sa majesté
à Tendroit de son altèze, et Texliine qui! a d'îcelle, je n'en veulx rien dire : car il ne m'appartient poinct d'en parler, et bien que de mon naturel je ne suis poinct accoustumé d'enaygrir les choses, veu aussy que les matières d'estatz sont aigres assez de leur nature ; mais au contraire je faiz profession de mesler du miel et non du fiel parmy mes actions. Mais bien dîray-je ce mot en confiance avec vous, que poiur Famour de Dieu on tienne main de contenter IVf adame par une voye ou aultre, et ce soit dit pour ma descharge, veu le Heu qu'il a pieu à son altèze me permectre, et qu'on se souviengne que je l'ay dit , et que tous conseilliers ne sont pas vassaulx ny subjectz comme moy, et que c'est pour évicter une plus grande altération que je le conseille : car oultre qu'il n'est poinct temps de la troubler, veu son indisposition, laquelle continue tousjours en ung mesme estât, et non poinct en si grand amendement comme on pense, pour estre ung mal caché, se doibt considérer qu'il est fort dangereux faire l'amour à la fiUe quant le père l'a battue.
Au surplus, quanta Dennemarcque, ce qu'en mandez est véritable, et a esté souventesfois redict et prédit, comme aussi a esté de la nouvelle élection qui en pourroit advenir. Mais quel remède ? Sinon remectre le tout à la venue du roy ou d'envoyer en Espagne, et ce pendant entretenir les practiques le plus qu'on pourra; remède certes fort bon, mais bien long, veu que l'apostume qu'est si meure que qui ne la percera à son temps, se rompra d'elie-mesme en dangier d'infecter tout le subject.
L'accord prétendu à Rostoch est rompu: grand mercy au soing qu'on en a eu; et a dez long temps tousjours esté mon oppinion contraire à plusieiurs aultres que les troubles septentrionaulx servoyent au bien publicque de la chrestienté et aux affaires de Madame de beaucop.
Ce n'est point à nous de donner la loix au Suédois, s'il veult nostre alliance : car la menée a esté long temps assez secrette et fault qu'ime fois se descouvre pour plusieurs raisons, joinct que les distances sont trop loingtaines et qu'il y a grande perdte de temps à les
traicter sans résolution, et aussi que ce n'est point à nous d^ofFryr, mais bien à eulx de demander ; et la forme qu*en ce ilz ont à tenir ipsi viderint, et en avons l'expérience par le négocié du landgrave de Hessen, Içquel, depuis avoir veu nostre froidure, s'est allyé avec l'ennemy, en nous privant de ses offres si grandes : voylà le fruict de temporisation !
La vesve ^ n'estoit poinct en nostre pouvoir, et fut présent en tout ce que se passa mons' le cardinal de Lorrayne, et ce pour la descharge de [ce] qu'on en pourroit penser. L'estat de France ne porte poinct, au jugement de plusieurs bons esprits, que la Corse se soit troublée ou inquiétée par leur moyen.
La royne-mère a dépesché homme exprès avec lettres vers son altèze , s'offirant et priant que si elle ne peult en ce la complaire ny servir, qu'elle tiendra tonte bonne main de traicter les affaires de Dannemarcq, par une voye ou par aultre, le plus qu'elle pourra à Tadvantaige de son altèze et de monsieur son filz. Notez, je vous prie, et ouvrez l'œil bien à certes, et considérez bien si les offres sont reffusables, veu Testât où nous nous treuvons, tant de l'indisposition de Madame que pour aultres raisons que pouvez bien considérer. Considérez semblablement à quelle fin tendent ces offres , si c'est pour leur bien particulier ou pour le nostre ; considérez aussy que si d'ung costel l'on nous pince, les aultres s'offrent de nous faire rire : sur quoy je seroye d'oppinion qu'on treuvast moyen de nous seconder ou de nous contenter, de peine ^ d'ung tiers.
Touchant l'homme de Suède, Madame m'a commandé vous escri pre que vous le entreteniés encoires quelque espace, pour les raisons qu'elle vous mandera cy-après.
' Allusion à la veuve de Balthazar d*Aussonville, nouvellement remariée à François d'Andelot. — * (De peur?)
loir persuader aux contes de Frize et Christofle, conte d'Oldemboui^, de lever gens de cheval et de pied et venir tirer par le long du Rhin, bransquattans ^ et pillans les électeurs ecclésiastiques, évesques, abbez et aultres estatz de l'empire quilz ne sont de grande force , soubz couleur de les vouloir contraindre d'ayder et contribuer pour le recouvrement de la cité de Metz; et de faict par ce moyen venir devant ledict Metz , et encoires passer plus avant en la France à Fayde desdicts calvinistes. De cecy ne suis-je point du tout esclercy ; mais certes il y a quelque chose de délibération : pourquoy il sera très-bon que dez le Pays-Bas Ton mect l'œil sur cette menée. Car s'il debvoit advenir quelque chose, pour le faict de Sampetro Corso, entre la majesté catholicque et très chrestienne (comme il pomroit estre à croyre, décédant ladicte royne et estans ces gens de guerre cy dessus en la France), le roy très-chrestien se vouldroit servir d'eulx.
Je vous prie très-humblement me participer de ce qu'aurez peu descouvrir de plus touchant ce mariaige proposé du roy de Danne-
marcq avec la seur du prince d'Orenges L'on m'escript que la
court de France estoit à Valence le xu* de ce mois et preste à partir pour Avignon, et depuis à Marseille; et qu'il y avoit eu craincte en ladicte court de l'armée de mer du roy catholicque; que l'on avoit faict mercede à madame de Vandosme de cent et cinquante milz francs, et avec ceste condition qu elle n'yroit point en Auvergne , ains à Vandosme , où elle est à présent; que le duc de Nevers est mort ^ ; qu'à Lyon la peste avoit contrainct tout le monde de partir dehors, bourgeois, marchans et soldatz, jeusques à cent et cinquante qu'estoyent demeuré dedans pour garder la citadelle (que en quinze jours debvoit estre du tout en deffense, hastant fort cela le sieur de Sansac') ; que le prince de Condé estoit en Picardye et Tadmiral en sa maison; le mareschal Bor-
^ (Imposant des contributions pour vingt ans. — ^ Louis Prévôt de Sansac,
aiFranchir du feu les propriétés bâties.) colonel de chevau-légers , et pendant quel-
* Jacques de Nevers, Tun des fils de que tempslieutenant au gouvernement de
François 1 de Clèves , duc de Nevers , mort Metz sous François de Scepeaux , maréchal
sans postérité k Montigny , près de Lyon , de Vielleville. le 6 septembre i564. Il n*était âgé que de
dillon' et marquis d*Elbeuf* avoient esté envoyez à Marseille ; Danville en son gouvernement de Languedoc; Lanssac et Bamboillet debvoir estre envoyez en court de l'empereur moderne pour plaindre la mort de feu de bonne mémoire l'empereur son père , qui Dieu absolve ; que le duc de Savoye a esté bien assigné pour l^rgent qu'on luy doibt en France, mais le duc de Ferrare* n'a encoires rien traicté de sa debte, voyres qu'il vouldroit bien tenir le principal et quicter les intérestz, qu'est tout ce de novelles qu'à présent je peultz avoir ; et pour ce je feray fin, etc Dez Florymont, ce 28® septembre 1 564-
AU BARON DE BOLWILLER
' Cité plusieurs fois au tome IV et à la page 5^7 du tome VII.
* Voir tome V, page Ur]\* et tome VI, pages 439,471.
^ Alphonse d'Est. ( Voir à sou sujet les volumes III, IV, VI et VII.)
* Joachim, baron de Neuliausen, ma-
a 3 septembre i564.
is, et m'a esté sinsz heu lettres de la L chancelier de Boae sadicte majesté désirer, et que la je vous ay escript.
trespas de Tempe-
gistrat fort considéré sous les règnes de Tempereur Ferdinand I et Maximllien II , était chevalier de Jlp^ Toison dor depuis 1559. La chule d*un pont sur le Danube, au moment même de son passage, Tcntraîna dans le fleuve avec sa voiture, et il y périt en i565.
reur, lesquelles me sont esté apportées par le s' de Vadaas ' que sa majesté a envoyé en France devers le roy très-chrestien et la royne sa mère , et a passé par icy retournant de France, pour aller devers le duc de Lorraine et la duchesse sa mère; et velà la cause pojur laquelle ladicte dame a esté si longuement sans avoir lettres , estant celluy qui les portoit en chemin. La copie de celle que sa majesté m'a escript vad avec ceste, à laquelle j'ay respondu par le mesme porteur, et fault que je me loue grandement de sa majesté de la courtoisie dont il luy plait user ^n mon endroict, et n'y aura faulte que , comme je doibz, elle ne me treuve tousjours prompt à luy faire trèshumble service, comme je sçay la volenté et intention de nostre maistre estre que tous ses serviteurs facent.
. J'attendz, avec très-grand désir, mons*" de Chantonnay, mon frère, et je tiens que sa venue ne pourra beaulcoup tarder, et qu'allant en court, j'auray opportunité d'escrire tous les jours et d'avoir de ce coustel-là ord
Ji'on me ce n a esté riens mains seront moyennant o ladicte oblige
Seld est ei L'on parle fo responce des lieu , estant uj fort travaillée
Les frères l'aisney soubstient Crombach et les troubles, ce que les aultres ne vouldroyent; et feroyent quelque folye Crombach et les siens, si ceulx de Saxe et les gens de cheval qu'ilz ont apperceu ' n'estoyent
* Charles de Poitiers. (Voir IV, 5i i.) déric, le jeune : celui-ci mori célibataire
' Jean-Frédéric, qui régnait à Gotha; en i565. Jean-Guillaume, à Weimar, et Jean-Fré- ' Levés.
vigilantz. Ledict Crombach faict du malade; mais ce n est pas, comme Ton pense, à bon escyent.
L'on bastit quelque chose eu ung monastère à Munich pour les trois filles de feu sa majesté impériale, qui y vouldroyent vivre auprès de leurs sœurs; mais )es frères ne s'en contentent, et je ne sçay, à la fin, ce quen sera.
Vous verrez , par la copie, ce que, d'un aultre coustel, l'on m'escript d'AUemaigne. Il n'est pas hors de propoz dp tout veoir, oyree que souvent l'on dye beaulcoup de choses sans fondement; mais Qe que ne peult servir pour une chose peult estre à propoz pour une aûltre.
Vous faictes une très-bonne et saincte œuvre de continuer & procurer l'union de ceulx de la maison d'Aùstriche. De ma part, je y faiz
era possible ; et g& d'Escosse se de ma part, me , et sçay bien ce ; et tiens que si* I y parviendroit.
d^ssister à son i^rroit faire pour soubstepement
f escript, et asose dadvantage, feray de ce que pi luy parla en m qu'a servy de contreroUeur à la feue royne de France , qui s'appelle Estienne de Mesmay^; et s'il ha emprins la sollicitation pour ledit Haller, je tiens
* (Persistance?) Dole. Cinq ans après (157a), il ajouta à
■ Etienne de Mesmay , sieur de Geneuille, ces dignités celle de prieur de Marteroy, et
devint chanoine de Besançon, et était en vivait encore en 1587.
1667 conseiller • clerc au parlement de
PAPIERS D*iTAT. VIIl. 45
qu il ne debvra faire difficulté de aussi vous servir Il est homme
hardy et qui oseroit fort bien dire ce que luy enchargerez, pourveu que ce ne soit contre lemaistre, ce que aussi je tiens certain vous ne vouldrez; ny en cela, comme vous sçavez, je ne pourroye ny vouldroye ayder; mais si ledict Erasso vous faict tort, je le vouldroye,
sur ma foy, remédier comme vous-mesmes Et, sur ma foy,
telz galantz qui gehennent les gens par tel chemin ne font pas honneur à leur maître , et mériteroyent que toutes gens d'honneur sollicitassent leur chastoy.
Je n ay failly d'advertir incontinent madame de Lorrayne de ce que j ay entendu, par lettres de sa majesté, touchant le mensual; mais, comme elle prétend estre dame absohite et princesse, non reoongnoissant personne en ce de Tortona, elle ne peult gouster que Ton la traicte en ce comme si elle estoit vassalle. Mais enfin , comme j'ay escript souvent, ces choses se traictent mal par lettres, que ne répliquent , et mesmes qu après que Ton a donné une response , Tayant attendu longtemps avant que Favoir sur la réplique , il fault attendre longuement, et fault une longue patience pour avoir une finale résolution, laquelle, le plus souvent, n'est après telle que Ton vouldroit. Mais, quant Ton est présent. Ton dict et réplicque sur-le-champ; et, de main à main, se peuvent faire les offices vers ceulx où Ton pense que y peuvent servir. J'apperçoys bien, par la responce qu elle me faict, qu'elle n'est contente ; maistoutesfois, comme elle estsaige, elle respond saigement et comme celle qui désire s'accommoder tant qu'elle peult à la nécessité du temps. Elle s'est portée fort mal ,
mais on m'asseure qu'elle se porte mieuk et qu'elle se faict
porter pour faire exercice, ne bougeant aultrement du lict ou d'une couchette, pour ce que le mal qu'elle a requiert repoz et peu de mouvement ; et sont les médicins en doubte que si le mal retourne , il la pourroit mectre en danger, que Dieu par sa grâce ne veuille.
Il seroit fort bien que ladicte dame se servît de vbstre homme, et trop mieulx que les choses se négociassent par tel moyen que par ambassades soUempnelles, comme vous escrivez. L'on m'escript de plu-
sieurs coustels que la négociation de Rosthoch est du tout rompue, qu'est signe que le feu de jeuaesse n est pas encores du tout estainct en ces deux princes; et si publye Ton par toute la Germanye grandes cruaultez usées par le roy de Swède contre ceulx de Lubecke prins en mer. Vous en entendrez la vérité, et vous prie encores que ce que vous'poiurez sçavoir du conte de Swartzboui^, je le puisse entendre.
J*ay dè^puis sceu qui estoit le docteur Zittard que sa majesté impériale, après le décès du père, ha appelé à son service et receupour son confesseur et prescheur, et ma Ton envoyé une épistre qu'il a
escript au pape Dieu doint la grâce au nouvaul empereur de
suyvre le chemin qu'il démonstre vouloir tenir, et de correspondre à la bonne expectation que ledict Zittard donne de luy, comme certes j'espère qu'il fera.
Je pense bien que les princes de la Germanye, oyres quilz ne soyent de la religion huguenotte, désireront le soubstenement de toutes sectes que sont contre l'é^se catholicque : car en cela conviennent-ilz tous, pour ftiyr la censure de qui doibt déterminer les affaires de la religion, et pour estre non obligez à rendre ^ Mais si suis-je en opinion qu'ilz ne vouldront à leurs fraiz entreprendre de mener gens en France , et ce que Sturmius dict qu'encoires n'est pas payé l'aident prins par madame de Roye n'est pas pour beaulcoup entretenir le crédit.
Je ne sçay si Gamant viendra icy ; il pourroitbien estre, non pas pour ce qu'il pense que je doibge si tost retourner en Flandres, ayant faict publyer par tout que résoluement je û'y vouloye aller jusques à la venue de sa majesté (ce que s'entend toutesfois cqmme je vous ay déclaré), mais pour ce que ledict Gamant a esté en Flandres, passé trois ou quatre mois, et que là il n'a treuvé ce qu'il pensoit ; et dadvantage sa pension se paye par deçà et celle dudict Sturmius, dont je vous prie ne faire semblant; et peult-estre despère-il d'en estre bien payé si ce n'est par mon moyen. Mais ce sont galantz , et les congnois fort bien, et regarderay, selon ce que j auray
^ (Les biens ecdésiastiques sécularisés.)
à faire en leur endroict. JTay bien congneu, durant les troubles de France , le peu de fondement que Ton peult faire sur ledict Sturmius, quant il est question de la religion , en quoy il est niirablement obstiné, ce que je sçavoye fort bien dois lors que je commenceay prendre intelligence avec luy; mais il se fault servir de telles gens comm'ilz sont, et en sçavoir faire son proffit : car, quelques fins qu'ilz soyent, ils ne se sçayvent tant encouvrir que l'on n'en tyre quelque chose. Je suis certain qu'il ne sera esté vers le conte de Oostfrise sans tramer quelque chose, et je vous prie que, de ce que vous entendrez de luy, comme vous m'escripvez , j'en puisse tousjours avoir part.
Je suis avec vous que le différend que pourroit succéder entre le roy nostre maistre et celluy de France, à l'occasion des troubles meuz par San-Petro Corso, ne pourroyt sinon porter préjudice à la chrestienté. Si est-ce que l'on ne peult avoir paix plus longuement avec son voisin de ce que luy-mesme veult; et ne pense pas que le roy nostre maistre veuille comporter choses indignes, et que pourroyent donner note à sa réputation, ny sçay qui le luy vouldroit conseiller
Il est trop vray que la royne nostre maistresse se soit deschargée devant son terme, et qu'elle en a esté à la mort; mais, grâces à Dieu, le XXVI® du mois passé, elle se portoit mieulx et la tenoit l'on, à ce que l'on m'a escript, hors de danger.
Je ne sçay nul autre accord faict entre les François et les Anglois, sinon celluy que piécea vous avez entendu , ny ne pense pas qu'entre ces deux nations il n'y aye jamais bon fond, du moins qui dure longuement.
Je ne vous conseilleroye pas de retourner à Haghennaw que l'air n'y soit plus purgé et là à l'entour, où, selon que j'entendz, l'on mouroit très-fort.
Monseigneur l'archiduc, à ce que j'entendz, n'yra pas si tost à Ins^ pruch, et jàcy-dessusvous avez entendu que la délibération des trois sœurs de sa majesté impériale de vivre en religion continue. Quant aux dames qu'elles ne vouldroyent comporter, je crains fort qu'avant
qu*il passe longtemps vous entendrez aultre chose, comme je vous ay dict de bouche; mais je vous prie très-affectueusement ne faire semblant d'en avoir riens entendu de moy. Il y a bien longtemps que je n'ay escript auidictes dames, et pour cause que je vous diroye si nous estions ensemble. Bien escripray-je à quelc'ung de ceux qui leur sont parentz et ont crédit, pour veoir si, par ce moyen, se pourroit achever que Ton tinst bon pour vous ; et debvez estre certain qu'en tout ce que je pourray faire pour vous procurer commodité et satisfaction, il ne se treuvera jamais à moy faulte Et me recommandant, etc. De Baudoncourt, ce xxiii* de septembre i564.
AU BARON DE BOLWILLER
(Mémoires de Granvelle, XIV, i5q.)
Baudoncourt, 2 à septembre i564.
Monsieur, comme mes lettres estoyent prestes à signer, les vostres du XXII* me sont esté délivrées par ce porteur, et de Tavortement de la royne nostre maistresse , vous verrez par icelles mesdites lettres que jà j'en âvoye nouvelles et deTextrémité en laquelle elle avoit esté, et que jà, grâce à Dieu, elle se portoit mieulx et espéroit-on qu'elle seroit hors de danger, ce que Dieu doint. Aussi a Ton bon espoir de la Corsique et de renger San-Petro Corso, n'est que les François facent de leurs tours accoustumez ; et s'ilz le font , je tiens pour certain qu'il y aura de la mestée, et en sont bien les François advertyz par nostre maître et ses ministres.
La saison est bien avant pour exécuter ceste année les desseingz dont voz lettres font mention de Sturmius et aultres calvinistes; et
comme vous entendez mieuix, il seroit impossible qu'itz peussent marcher (commenceant doiz maintenant leurs apprestes) de six sepmainés, voyres de deux mois, et le chemin est long pour marcher avec artillerye, et sans icelle ilz ne feroyent grand chose. Si c'est pour Tan* née qui vient, il y a temps pour y penser; et ce pendant ne se perd riens de, comme vous dictes, tenir les yeulx ouvertz et faire regarder du coustel de Flandres ce que passe vers Empden et le conte Christofle d'Oldembourç; et je ne voys où ii prendroit le nerf, je diz ny l'argent pour faire la première levée, ny ont les huguenotz de France opportunité et moyen pour les recepvoir et soubstenir comme Taul- Irefois. Et m'escriptmons' de Vergy, par une lettre receue tout à ceste heure, qu'il a nouvelles que le sieur d'Andelot meyne sa femme en l'une de ses maisons, et qu'il a passé par Chastillon, où il a dansé avec les dames, contre ce qu'il souloit faire, monstrant cy-devant que cela répugnoit à leur religion; et dadvantage que aulcungz huguenotz luy ayent présenté requeste, afin de par luy estre maintenuz aux termes de l'édict de pacification, et qu'il n'aye voulu accepter la requeste , mais les aye voulu renvoyer au roy . Vray est que quelquesfoys telz advertissementz ne sont pas véritables; mais je n'ay veu, tout cest esté , les choses marcher de sorte que je puisse comprendre que les huguenotz de France ayent grand moyen pour mectre gens ensamble et furnyr à la soûl de; et si madame de Vandosme est contentée par la merced que vous escripvez luy avoir esté faicte , je tiens que ce ne sera esté sans s'asseurer d'elle.
Je n'ay riens descouvert dadvantage quant au mariage de Danmarche , ny en ay riens sceu par aultre moyen qu'en la façon que je vous ay cscript; et je faiz instance là au mesme pour, si depuis l'on en a entendu quelque chose, le me faire sçavoir. Mais comme celluy qui incidamment en parla est allé en Allemaigne et n'est de retom*, je me doubte qu'il tardera avant qu'en puissions sçavoir chose asseurée; mais il n'y aura faulte que vous ne soyez adverty de ce qu'en
viendra à ma congnoissance Et me reconunandant, etc
De Baudoncourt, ce xxuu* de septembre i564.
pour leur entretien et les présents ordinaires, sont considérables, et le trésor est vide , de manière que l'offre du duc de Florence « fùt-elle d'un million en or, » sera acceptée sans aucun doute.
LE PRÉVÔT MORILLON
(Lettres de Morillon, I, i58-i6i.)
Bruxelles, 27 septembre i564*
Le conseillier Renard aiant dit adieu aux seigneurs la sep*
maine passée, et à rarchevesque de Cambray, où il fust trois heures, fait dimanche dire la messe du Sainct-Esprit , et prind congié de son altèze ainsi qu'elle sortit de son oratoire , et partit d'icy lundy après disner vers sa censé sur le chemin de Haulx , bien accompaigné et équippé de chariots et chevaulx qu'il at jusques à xii , et sortit de là hier matin , et doibt ce jourd'huy coucher à Mons pour aller par France, par où touttefois il avoit dit ne vouUoir passer. L'on dit qu'il
at de gens légiers et mal conditionnés avec luy et ung rous-
seau que a servi par cy-devant d'espie et à Barlaymont pour secrétaire, et le filz du président Longin, que sera pour l'achever de paindre. Ledict Renard at esté en Anvers pour avoir argent, encores que son altèze luy a faict délivrer deux mil florins, et at fort bien tenu sa morgue vers les marchantz, se pourvantant qu'il fera parler de soy, et qu'il redressera la justice , promectant jà à aulcungz expéditions de leurs procès, pour ce pendant estre accomodé d'eulx en ce qu'il avoit de besoing , et s'est monstre fort allègre. L'on dit qu'il emporte beaucop de lettres de recommandation des seigneurs au roy. Lorsque le président luy dit l'adieu et bon voiage, il respondit qu'il ne povoit
bresis, mal content de ce qu'il n at icy trouvé aultre support en ce qu'il at demandé » tant pour estre adsisté en ce de la religion et provision des curez, que contre ses chanoines et Tabbé de Vaucelles, qu'est bien le principal poinct que le mène. J'entendz que ledict abbé et celluy de Sainct Sépulcre sont allé à Rome pour se plaindre de luy. Il commence de dire qu'il apperceoit vostre absence. Je suis seur que luy et aultres le cognoistront dadvantaige, si vostre seigneurie demeure cest hiver là où elle est. Son altèze luy a donné lettres à Sa Saincteté pour ce de Vaucelles ; mais il en tient peu de cas , disant que Sa Saincteté les mectra en quelque coing, comme elle a faict des aultres.
Il y at aujourd'huy huict jours que l'on feit le service de l'empereur en la chappelle de la court, que fut beau. Monsieur de Cambray dict la dernière messe et monsieur de Namur^ prescha heure et demie assez bien. Vostre suffragant y fust appelé et dit la première
messe L'apparence est encore petite k Lewarde qu ilz recepvront
mons' Drutie ^
M. Damhoudere * m'at donné poiu* vostre seigneurie ung exemplaire de sa Praticqae judiciaire, translatée en François , et dédiée au prince d'Oranges , et accoustrée de velour cramoisi , dont j'ay volu advertir vostre seigneurie. J'ay aussi ung livret du docteur Peckius*, (avec lequel at demoré vostre nepveu^ M* le protonotaire de Chasteauroillaud,) de Testamentis, qu'il a dédié à vostre illustrisime seigneiu^ie.
Monseigneur, je ne puis délesser d'advertir vosire seigneurie que
' Antoine Havet. « Il est fort eu grâce K dudit d' de Cambray, qui le vat mettre en « possession de Tabbaye de Saint Gérard. •
* (En qualité d*évéque.)
' Josse Damhouder, originaîre de Bruges, docteur en droit, conseiller du roi et commissaire des finances aux Pays-Bas, mort en i58i. Il est auteur de plusieurs bons ouvrages en droit.
* Pierre Peck , de Ziericksée , jurisconsulte et conseiller au grand-conseil de Malines. Après avoir professé le droit à Louvain l'espace d'environ quarante ans, il cessa de vivre en 1 589.
* Pierre Mouchet, neveu du cardinal, ûtses études en théologie à Louvain, et se trouvait à Rome en i564« ^ la suite du cardinal Amulio; il fut doyen d*Arbois,
les affaires ne vont pas bien à Benaix^ selon que j'entendz de plusieurs costeiz, et que Ton y enseigne secrètement aux enffants les catéchismes d'Empde ^. Pour non lesser perdre ce beau lieu , que ne seroit la réputation de la maison, je pense que le remède seroit de
des lettres du roy, et la grâce qu elle me veult faire de la copie de l'ugneque aultre ne verra que M. le président, et la renveieray seurement, sans en retirer une sillabe ny en faire samblant à créature vivante, comme je suis seur ne fera ledict président, qui fut joieulx, lorsque je luy donniz vostre lettre du xxix* du passé , d'entendre que vous estiez tant bien animé et content. Et certes les fondements sur lesquelz vostre seigneurie se pose sont grandz et seurs.
L'on at esté icy bien esbahi d'entendre le bon traictement que sa majesté a faict à mons' de Chantonnet, dont se sçait le particulier, et par ce cognoissent plusieurs si voz services et les siens sont aggréables.
Vostre seigneurie escript fort à propoz à son altzèe sur ce des limites , de son dot et répétition de ce d'Anvers , et sur l'induit. Si l'on ne respecte audit dot vostre église , vostre seigneurie at grande raison de la vouloir remectre au roy.
Je monstreray au président la copie de ce qu'escripvez à son altèze. Il est allé à Gand à mon regret; mais le dire n'y feroit rien. Il seroit mieuk, pour touttes choses, qu'il ne s'absenta tant. Vostre illustrissime seigneurie luy a escript la vérité en plusieurs choses. Je cornmunicqueray, hors de la copie, aulcungz poinctz à Bave, affin qu'il essaie de l'induire d'escripre au roy, du moings une fois qu'il peult faire, stipulant le secret; mais^je crains bien que ce sera peine perdue. J'en ay piéçà touché à Hopperus, qui le trouve bon; mais je ne luy ose dire tout ce que seroit de besoing. J'ay faict entendre audict Hopperus le désir que vous avez de l'advancer, dont il vous mercie très-humblement. Le conte d'Egmont luy at deréchief parlé, qui prétend par ce moien mectre le président hors du privé conseil, et cela croy-je qu'il escripverat au roy; mais il ne convient, ny ne le souffi iroit le président. Touttefois ce que le conte d'Egmont escripvera servira pour recommander la personne et démonstrer qu'elle est aggréable. Et vous, monseigneur, serez creu de la sorte qu'il convient pour maintenant de Tentremectre. S'il plaisoit à vostre seigneurie informer sa majesté le besoing que le président at d'estre
supporté \ et qu'il désire que ce soit de Hopperus pour luy estre confident, cela advenceroit fort la besoigne; et s'il avoit tiltre de viceprésident avec double gaige de conseillier, cela luy donneroit auctorité et espoir de ne amoindrir d'estat» encores que sa majesté ne luy vouldroit donner asseurance de succéder au président
Son altèze at faict pour Renard ce qu elle at peu , et n'estoit besoing tant consulter sarequeste, mais dire qu'il obéît. Vostre seigneurie illustrissime at raison de dire qu'il vault mieulx qu'il soit en Espaigne que îcy. Il samble avoir espoir en Ruys-Gomez, que les seigneurs disent estre fort mal avec vous, et plus que luy n'est. Je veoy que son altèze se lesse mener par babillarts , et que Martini^, Maes' et Bourgeois, qui est souvent par heure et demie vers elle, en prendent audace, dont les gens de bien etsaiges font mal leur proffit. Et oultre ce, ladite dame picque le président, Hopperus, Van der Aa, Berti à tous propoz; et si elle vat au conseil d'estat, les seigneurs sont appelés à trois heures et le président à quatre. Et est après, à l'instance de ces mêmes seigneurs, de renforcer ledit conseil du marquiz de Berghes et de Montigny. Elle parla l'aultre jour longuement au président du faict de Renard, pour sçavoir ses charges, qui dit que, quant il plairoit au roy, il exhiberoit les pièces, et que quant à luy, il ne le tenoit pour traistre, mais bien pour extrêmement négligent, et que jamais [d'ailleurs ledit] Renard ne s'estoit Icssé ainsi tromper comme il avoit faict
Ceulx de Louvain accordarent^ devant hier, ai antz ^détenu monsieur le prince cincq jours. Mon beau-fi^ère^ y at fort travaillé, et fut
* Aidé, soulagé.
* Voir tome VU, page 7.
* Faute d*une désignation plus précise du texte , nous hésitons entre Jacques et André Maesou Masius, qui florissaient eu même temps dans les Pays-Bas. Celui-ci, d*abord conseiller du duc de ClèYes, puis attaché au service du prince d*Orange, était ■ hoaune d^espritetde grand sçavoir, docte
« es lettres grecque, latine et hébraïque. • n a travaillé à la Bible polyglotte .d'Anvers , et publié des commentaires sur plusieurs livres de TEcriture sainte. Il mourut en 1673. Quant à Hugues Maes, il était conseiller au conseil de Brabant, et avait épousé Aleîde de la Tour et Taxis.
* (Les aides.)
^ Jérôme Van Voigne, beau-frère de Mo-
le trésorier Schetz vers luy pour adviser sur ies moiens. Son altèze s'estoit bien souvenu de luy, et avoit enchargé monsieur le président de luy faire parler et escripre par moy, conune j'ay faict avec aultant d'instance et d'affection comme je désire veoir les affaires de sa majesté et du publicq bien aller. L'on at semé audit Louvain des billetz pour animer le peuple de ne consentir. Je vouldroie que Ton en tint meilleure information; du moings que Ton en feit le semblant. Mais vous cognoissez le chancelier de Brabant, que m'a faict grand discoiu*s comme il y atbien harangué et au contentement du prince d'Orenges , qui se moque de luy à pleine goi^e et en sa présence , sans qu'il l'apperceoit.
Je ne sçay si Madame fera maintenant son voiage qu'elle at tousjours dit Y si les aydes s'accordoient.
L'on faict maintenant si grande feste au prince d'Orenges , que c'est pour mectre le conte d'Egraont en jalousie.
Le tiers membre de ceste ville est demoré opiniâtre, qu'est une grande ingratitude. Ilz ont trois fois plus profité par ce que s'est icy despendu pour les assembléez des étatz , à cause de ceste ayde, que leur cote ne porte. C'est bien emploie que l'on faict sans eulx, et qu'ilz seront comprins bon gré mal gré qu'ilz on ont. Les aU>ez n'ont encores signé l'ayde , pour ce que cela de Tongerloo n'est encores achevé , selon que me dit Hopperus.
Je louhe fort la détermination de vostre seigneurie de ne venir, n'est que sa naajesté et son altèze vous pressent, et que ce soit devant novembre; car je veoy que vostre seigneurie ne perd rien, et que tant que venons plus avant, magis defervet odium^ /5t est le regret et désir des gens de bien plus grand; voz asseurant, monseigneur, que en Anvers, Malines, icy et ailleurs, l'on en parle aultrement que l'on n'at faict. du passé , et se dit ouvertement que l'on cognoit bien que par vostre absence les affaires ne vont mieulx; et séjournant vostre
rillon, dont il avait épousé la sœur, élait dinaire de Brabant, et vivait encore en alors Tun des échevins de cette ville. En 1 58a , âgé alors de soixante et quinze ans. 1 56g, il devint membre de l*ëtat extraor-
LE PRÉSIDENT VIGLIUS
(Mémoires de Granvelle, XIV, 179-180.)
Gand, a 8 septembre i564.
Monseigneur, à mon parlement de Bruxelles vers Gandt, que fut le 22 de ce mois, je receuz, par les mains de monsieur le prévost d'Aire, deux lettres de vostre illustrissime seigneurie, du 39 d^aoust et 1 2 de ce mois de septembre; et avant que partir, j'avois, avec Van der Aa , dressé response et nouveau advertissement de tout ce que pouoit concerner ma charge, pour despescher vers sa majesté; mais ne sçay si son altèze fera partir le courrier avant qu'elle aye achevé la négotiation des aydes de Brabant, pour laquelle estoit allé à Louvain le prince d'Oranges, et avec luy le chancellier de Brabant et le trésorrier Schetz, pour persuader qu'ilz voulsissent désister de la difiiculté par eulx meue sm* les termes de payement, que son altèze prétendt qu'il se doige faire promptement.
J'ay communiqué audict prévost d'Aire ce que avions advisé sur la répartition de Téveschie d'Anvers, ensamble des huict mille florins que payeront les trois abbayes, et ne doubte que, par luy, vostre illustrissime seigneiu^ie seraàplain advertie; mais je crainds fort que n'aurons peu à faire de venir à bout avec la possession des diocèses de Malines et Bois-le-Duc. Car, quant à Liège, vostre illustrissime seigneurie sçait comme ilz ont crié et disent que ilz espèrent bien obtenir la révocation de l'érection de ces nouvelles éveschies par la fiavem* et dissimulation du pape, qui ne leur refusera qu'ilz soient receuz en opposition ; et quant à mons' de Cambray , perdant
Tespoir de Vaucellas, il ne se départira pas voluntiers de ce qu'il tient.
La duchesse, quant Ton parle des éveschies et unions, dit que Ton debvroit vouloir pour quelque milions d'or que oncques n'en fut esté parlée et qu'elle en donneroit de son sang ; et laisse penser à vostre illustrissime seigneurie quelle faveur nous aurons à attendre des aidtres seigneurs du conseil d'estat. Par quoy, si sa majesté n'escript bien expressément de tenir la main que les bulles soient effectuées, nos aerem verberabimus , et sera besoing avoir une ordonnance bien expresse aux chancellier ^t gens du conseil en Brabant de y donner les provisions requises, et que les fiscaulx y tinssent la main.
Nostre évesque Sonnius sçait bien mal digérer ceste négociation, et qu'il luy fauMra quiter l'espoir qu'il avoît de Tongerlo; et est en délibération s'il doibt accepter la rente promise par les prélatz de Brabant. Sa pouvreté le presse d'im coustel, et malum theologicum de l'aultie, et vouldroit que vostre illustrissime seigneurie se décl^ast première si elle se contentera de ce changement ^
L'acceptation que le roy a faict du concile nous a donné de paine assés, selon que par mes précédentes j'ay en partie escript à vostre illustrissime seigneurie, et à mon partement, je priay monsieur Hopperus de vous envoyer copie de tout nostre besoignie et résolution. La duchesse, avant mon partement, convocqua ceuk du privé conseil, excepté moi , pour entendre plus particulièrement leurs opinions sur la requeste de Renard, à sçavoir si elle me orroit sur ce qu'estoit passé à l'endroit de Quiclet; et combien que j'entendiz la commune opinion avoir esté que non, toutesfois, depuis elle m'a dit que, ayant sur ce communiqué avec ceulx du privé conseil, elle désiroit que je misse par escript ce que me souvenois dudit affaire, dont je fuz bien esbahy. El toutesfois ne voulsk giières réplicquer, attendu que je y pense bien satisfaire avec la copie du sommaire recueil que feu le conseillier Hontzoch m'a aultrefois communiqué, me rapportant
' «Je n'y répondz; quant le roy m'en escripra, je lui reipondray. » (Noie da cardinal, mise à la marge.)
au surplus aux confessions el procédures qui se poiuront trouver vers
ceulx de la court du parlement à Dole.
Elle me dit qu'elle luy avoit fait donner argent pour son voyaige , et que il insistoit fort que sa majesté fust informée sur le contenu de sa requeste, et que de sa part son altèze luy désiroit oster toutes occasions de retarder son allée, laquelle il faict publier tendre grandement à son honneur, pour esclarcirla vérité de beaucoup de choses, et monstrer les calumnies qu'on luy a voulu imposer. Mais, à mon jugement, quant il n'y aiut)it aultre chose que ce que contient ledit sommaire , le roy verra bien comment feu l'empereur et sa majesté sont esté serviz de luy; et s'il a esté trompé, jamais renard ne fut plus lourdement. Le jour que je partiz de Bruxelles, il me vint dire l'adieu, et que en loing temps il n'avoit faict voyaige plus alègrement qu'il pensoit faire cestuy-cy, poiu* une fois faire cognoistre la vérité. Je ne luy voulsiz riens réplicquer, saichant que cela ne pourteroit prouffît, et estant empesché âmes apprestes, le despeschay avec trois parolles. Il mouvera en Espaigne omnem lapidem, et ne sçay si mons* Tisnach et Gourtewille tiendront bon. Ce que vostre illustrissime seigneiu*ie vouldroit que je leur escripviz, il vauldroit bien autant que IcToy leur dît ung riiot de garder bien devant eux les papiers, mesmes ceulx qui luy toucheront. Je croy fermement que mons"" de Kscey le vouldroit bien eslever le plus qu'il peult avec sa séquelle et dépendance, et que les maulx que mons' de Rye dit de moy tendent à cela; mais je l'estime à louange que telles gens me mesprisent, et tiens que le maistre a meillieur jugement, que de se beaucoup fonder sur telles calumnies.
Moron, si Dieu plaist, se fera cognoistre; mais il ne sert que de mascre pour les aultres, qui font faire par luy ce qu'ilz n'oseroient faire eulx-mêmes, et affin qu'on se puisse mieulx servir ât leur tesmoignaige et déposition. J'espère que ses collèges seront plus discretz et ne se laisseront mener hors le droict chemin.
Je suis très-aise que mons' de Chantoney est si bien despesché par sa majesté , selon qu'on m'escript d'Espaigne, et qu'il est desjà enstallé
en Testât de maistre d'hôtel ; suj^iiant à vMtre illustrissime seigneur rie que, à son retour, elle luy vueilie dire img mot de congratulation de ma part.
Je suis venu icy poiu* tenir avec mes confrères la feste de Saint- Bavon, nostre patron, et au chapitre général, qui lors se tient, pourveoir avec eulx des affaires de nostre église, et peu à peu aussi apprester mon nid contre ma retraicte, laquelle me faict de jour à ^ultre plus désirer le changement que je vois en nostre court. Mons' d'Egmonde dit que il procurera poiu* mons' Hopperus tout ce qu'il pourra ; mais je ne sçay si Armenteros a quelque aultre pourject, lequel gouverne àjourdliuy tout^ Siplaisoità vostre illustrissime seigneurie recommander l'affaire vers sa majesté, j'espérerois meilleur issue; et certes qu'ilz avancent tel aultre que vouldront, tlz auront a faire de trouver pareil audit Hopperus en toutes qualités et conditions requises en img tel estât. A tant, etc. De Gànd, ce 28 de septembre i664.
LE SECRÉTAIRE BAVE
(Mémoires de Granvelie, XIV, 181-18Â.)
BroxeUes, 39 septembre iS64.
Analyse de la requête de Renard à la duchesse de Parme, dans laquelle il expose les services qu*il a rendus dans le comté de Bourgogne, aux Pays-Bas, en Allemagne, au concile de Trente, en Italie, et durant ses ambassades de France et d'Angleterre. En même temps il cherche à se justifier des reproches dont il a été l'objet, et qui ont amené la perte de tous ses emplois et pensions.
Le président Viglius est toujours disposé à se retirer des afiTaires, « parce qu'il
* « Si je 1 osoyc dire , ce n'est pas sans « si bon moyen pour le remédier, estant sur ■ honle de ceulx cjui le souffrent, y ayant • le lieu. » (Note marginale du cardinal)
« n'est soutenu et qu'il ne peut ni ose dire toujours librement ce qu'il voudroit « et conviendroit, ayant tousjours un tiers ^ auprès [de la gouvernante], quand il • est question de parler d'aucune matière d'importance; • néanmoins il temporisera jusqu'à la venue du roi. Quant à M. de Barlaymont, toujours absent, il ne reviendra pas qu'on ne le rappelle, ce qui parait peu probable.
Bave espère que sa majesté arrivera Tan prochain, et sa conjecture est principalement fondée sur ce que Philippe « n'a point commandé le retour du car- «dinal, qui ne trouveroit point la correspondance en sa principale personne^ « telle que par adventure il pourroit penser, > tandis que par la présence du monarque, « il ne sauroit advenir qu'un bien grand changement dans les affaires. >
Prochaine convocation des états de Franche-Comté. M. de Granvelle fera bien de s'abstenir d'y paraître, afin que l'on ne donne point à cette démarche de sa part une fâcheuse interprétation dans les Pays-Bas, pouvant d'ailleurs exercer sur l'assemblée la plus utile influence par ses parents et amis.
Bave a fait savoir à M. de Tisnacq que Renard répandait le bruit qu'il va occuper sa place à Madrid, quoiqu'il pense qu'il n'en sera rien, et que le roi, loin de lui permettre de venir à sa cour, lui assignera pour résidence une ville éloignée : d'ailleurs , il ne peut encore croire au départ de ce personnage , et se persuade que s'il l'effectue « il demeurera en chemin en quelque lieu de France, sous cou- « leur de ses gouttes, attendant ce que le temps pourra lui apprendre'. » Il continue d'ailleurs à avoir de fréquentes et longues conférences avec les seigneurs.
Les sentiments sur la prise du Penon de Vêlez sont différents, et plusieurs n'y voient ni honneur ni avantage pour l'Espagne. Intention de Bave « de hanter « peu les grands, car ils sont outrageants en paroles envers ceux qui ne sont pas « leurs égaux , • comme cela est advenu à Damhouder, qui fut appelé « marmouset, » en pleine table, chez lui, le jour même du mariage de sa fille.
^ Armenteros. « ses serviteurs toute racaille et canaille. >
* La duchesse de Parme. (Note de Bave, )
^ « U est parti le a5 de ce mois, et sont
LE BARON DE BOLWILLER
(Mémoires de Granvelle, XTV, i85-i88.)
Florimont, i" octobre i564.
Monseigneur, j'ay receu d«ux lettres qu il vous a plen m'escripre de mesme datte et du xxiui* de ce moys, vous remerciant très-humblement de ce que me participez si amplement tant de novelles que aultres affaires; et en responce de vosdites lettres, j'ay prînsfort volentiers ce que la majesté de Tempereur vous a escript, pour y veçir enseigne et démonstration qu^elle suyvra le chemin du père, et Dieu le doint par sa grâce, et qu'il puisse ramener mons*" de-Chantonn«y par deçà en la santé et avec le contentement que je luy désiré.
J ay tousjours bien sceu la bonne dévotion qu'avez tousjoiu's eu aux filz de feue sa majesté; et vous veult bien dire que incontinant après la mort d'icelle, sçaichant qui je debvoye recongnoistre pour mon seigneur et maistre, quest monseigneur Tarchiduc Ferdinand, je luy feitz une générale relation des affaires ausquelles je correspondoye avec ladiete majesté, et entre aultre de ce mariaige d'Escosse avec ce^ auparavant et i présent, de la vdstre bonne volunté et offre que faictes d'en procurer à vostre pouvoir l'yssue, avec les tecmes que dictes : ce que je tiens ledit seigneiu* archiduc conmiunicquera avec sa majesté impéariale et monseigneur Taultre frère, lesquelxtous ensemble y aiu'ont grande obligation en vostre endroit. Et suis bien de vostre oppinion que cela se feit avec l'assistance de sa majesté catholicque, vers laquelle j'espère, pour le bien que désirez en ceste matière, tiendrez toute bonne main, important tant la chose à toutes parties, comme bien dictes.
J'ay veu ce qu il vous a pieu m'escripre au faict de Herasso et de mon afiaire d'Espaigne. Je vouldroye bien que sadite majesté sceût le myen droit et la grande afiFection que j'ay, nonobstant cela, à son service; car je tiens tant de vertuz en elle, qu'Herasso n'auroit pas la puissance sur mon deu , com' il pourroit avoir à présent
J'ay veu par le billet allemand qu'il vous a pieu m'envoyer, et entendu d'aultres costez , la cruaulté usée par le Schwédois en ceulx de Lubech; et certes, si ainsi est, la chose est bien inhumaynne : mais je me doubteroye que le Danois n eust faict élever cecy. Telles besoingnes ne peuvent nuyre à madame de Lorraynne pour le bénéfice de ses practiques, et veoir les occupateurs de son bien heïz de tout le monde.
Certes, pour le dire en vérité, je ne vouldroye quen ces saisons quelque chose se rompît entre les majestés catholique et très-chrestienne, à cause de Sampetro Corso, pour les raisons que je vous ay dict par cy-devant. Mais si tant estoit qu'il convinst venir à ce poinct, je voiddroye conseiller à sa majesté catholicque de remectre sus Temprinse de Metz, en laquelle, m'y commectant, je me vouldroye essayer, conservant sadicte majesté les parlz qu'en sont esté faictz par cy-devant, et que l'on prinst congé de monseigneur l'archiduc Femand, mon maistre, de servir sans faire mention pourquoy, ou bien le luy déclarer qu'il vouldroit; et je tiens qu'avec Tayde de Dieu j'en viendroye au boult, mais que l'exécution se puisse faire en temps non pluvieux. Et certes, les allées que j'ay faict cy-devant en Lorraynne couvreroyent beaulcop de choses , et si donrroyent grande facilité pour Temprinse que se nianieroit , soub umbre d'aller à mes accoustumées affaires; et si se manieroit ladite emprinse de telle sorte que, la chose succède ou non, et selon qu'il plaira à Dieu d'en disposer, tousjours ne sçaura-t-on qui est l'entreprenetu', autheur ny le principal , jeusques ad ce que l'on vouldra et qu'il semblera bon de le déclarer.
Où vous faictes mention de l'accord de France et Angleterre, j'entendoye de Flandres et Angleterre, comme madame la duchesse d'Arscot l'avoit faict sçavoir à Nancy.
L'on m'escript bien peu d'Insprug de la délibération qu'ont prinl mesdames les princesses, et ne sçay si cela se fera : mais croidz fort bien que messieurs les frères n'en seront contans, et pense plustôt qu'elles seront toutes trois maryées devant qu'il soit deux ans; et pleut à Dieu que cela se peust faire au prouffit de la chrestienté et avec contentement de la majesté catholicque. Ce que craindez quant à monseigneur l'archiduc S il y en a plusieurs qui en font le mesme; mais quant à moy j'en seray sainct Thomas de rien en croyre jeusques je le voye» et ce seroit bien le contraire ad ce que luy-mesme a dict aultresfois, et de l'apparence qu'il en monstre encoires, l'ayant treuvé jeusques à ceste heure pour prudent et saige ; il sçaura bien ce qu'il en doibt faire : à quoy je me remectz, n'y voulant ny ayder ny empescher, comme^aussi n'est-il en mon pouvoir de le faire , mais le prendray tousjours comme il plaira au maistre duquel Dieu m'a faict subject, estant le plus seiu* poiu* moy de luy obéyr.
Je vous remercye très-humblement du bott office qu'il vous plaît faire pour moy à l'endroit d'aulcuns parens de la dame que sçavez^; et certes il m'emporte grandement d'estre bien de ce costel-là; car je crains sinon ladicte dame, encoires que je ne l'ofiFensai jamais; mais elle double que je ne luy soye contraire, hors toutesfois de mon intention
Je suis grandement marry que n'ay moyen aulcun de me revancher en quelque chose de novelles. Mais certes j'en doibtz estre excusé , car je ne sçaiche en plus grande part de l'Allemaigne personne quil soit à présent en son ordinaire résidence (je dictz gens de mise et de ma correspondance) : les ungs cachez aux montaignes, les aultres es peys voisins, tant les presse de tous costez la peste, que je prie Dieu faire cesser; et certes j'en suis en grande peine, combien qu'en ces costez où je suis l'on s'y porte fort bien, Dieu grâces, et bien mal en toutes mes aultres terres.
* Ferdinand. Serait-ce un doute sur la ser, dont le mariage avec cet archiduc consincérilé de ses opinions catholiques? tinuait i demeurer secret.
* AlUision probable k PhiHppine Wel-
376 PAPIERS DÉTAT
L'on a tenu Taultre des jours propoz à Soleure qu^il seroit bien temps et saison de prendre Basle, depuis que la ville estoit despourveue de toutes gens de bien et de mise qu'estoient là-dedans, que la peste avoit emporté, et la désolation qu'il y a poiu* Theure (en quoy certes il y a pité); desquelx propos ceulx qui sont restés audit Basle en ont conceu jalousye et à bonne raison ; car si quelc'ung le vouloit entreprendre et eust le moindre appuyé , il se pourroit bien faire à Tayse.
L'on m'adverty que le duc de Wirtembeiç traicte quelque chose avec ses complices touchant la religion; je ne sçay pas ce qu'en pourroit estre, mais je tiens qu'il y a de la menée.
Je n'ay jamais rien entendu de Sturmius ny de son complice ; ce que me viendra d'eidx , vous en serez adverty, conune de toutes choses que me viendront en congnoissance et que je penseray vous en pouvoir faire service.
Je vous envoyé ce que j'ay escript à Rome , et je vous prie (puisque je n'ay encoires heu responce des costez requis) de me donner conseil comme je me doibtz gouverner. Et à tant, etc. Dèz Florymont, ce premier d'octobre 1 564.
CIH.
LE PRÉSIDENT VIGLIUS
(Mémoires de Granvelle, XIV, 196.)
Gand, 3 octobre i5ti4.
Monseigneur Armenteros escript ce que luy plaist : se remectant
à ce que , par chaîne de Madame , je doibs advertir vostre illustrissime
seigneurie , car croyez que ce n^est rien ; ains plustost Ton me cache les choses pour non escripre, combien que je ne dissimule en riens vers elle Tobservance et dévotion quej'ay pourté tousjours à vostre illustrissime seigneurie, et qu'elle peut bien penser que je ne laisse à faire ce que je doibs. La confidence qu'elle m« vouloit monstrer est bien changée. Ces jours passez elle fist appeller Tévesque dTpre* et luy parhst par deux ou trois fois sans me dire mot; et combien que ledit évesque disna par deux fois avec moy, il ne me fist aussi nul semblant, et tiens qu'elle luy aiu*a défendu de ne me riens dire. Et le semblable advient en plusieurs aultres endroicts pour me désauctoriser; et [que] vostre illtistrissime seigneurie n'aye paom* que, par mon absence, je face faulte, car présent je suis souventefois compté pour absent. Et quant à ce que sa majesté vous escript qu'elle faict ce qu'elle peult poitr animer mons' de Berlâymont et moy : certes, en mon endroict, je ne me suis de rien apperceu par lettres ou aultreraent. Si sa majesté escript quelque chose à son altèze, cela n'est pas venu à ma cognoissance. Mais je ne laisâe pourtant aller mon chemin^ et si l'on ne m'ayme point, je croy qu'on me craindt ungpeu , et diz fi:*anchement ce que me samble, (pmnX je puis éstre ouy. 11 vient mal à propos pour les affaires de la rehgion que ce que journellement s'offre, je ne le puis, comme auparavant, faire entendre à son altèze, et par son auctorité y faire donner les provisions; et sçait votre illustrissime seigneurie que ces matières ne sont point agréables au conseil d' estât, et que illecques l'opinion tendt à cercher aultres remèdes^ et sont si bien embouchez ceulx de Flandres, que premièrement ceulx de Bruges, et après les aultres membres se viennent plaindre de l'inquisiteur, et tendent à ce que luy soit donnée bride, par laqudle l'office sera de tout énervé et annihilé. Us ont quelque couleiu* sur l'indiscrétion de nostre Titelmannus ^ ; mais ceste plaincte générale regarde jdus avant, et y prestant son altèze et les seigneurs l'oreille, il ne sera en moy d'y remédier. Je ne viens pas
^ Martin-Baudoin Rithove. fesseur à Louvain, mort en i553, était
* Pierre Titehnann. ( Voir tome V, « un Irès-docte et renommé cordelier, qui page 6a2.) Son frère aîné , François , pro- « a écrit tant et de si belles œuvres. •
voluntiers à en advertir sa majesté du dangier que je voys, craindant n'estre creu contre ce que d^aultre costei Ton asseure , et que je me doubte grandement que le secret y seroit mal gardé, selon que je voys en aultres choses advenir; et estant sur les derniers joursi de nàon service, et ne voyant icy aucim sustien, je ne me mectrois pas voluntiers en plus grande indignation de ceulx qui sont présentement de tout en vogue vers son altèze. Et quant est de m^appuyer du costei des consaulx et villes , certes je les ay pour le passé trouvé très-endins à maintenir la justice , et tout ce dont dépendt la tranquillité et bien du pays ; mais Tauctorité des gouverneurs, par la connivence de son altèze, s'accroist tant que chascun cerche de leur complaire, ou du moins non desplaire. Toutesfois, je ne obmettray riens où je verray povoir gaigner terre, et me seconde assés en cecy le conseillier Hopperus, et le feroit davantaige s'il seroit plus estably. Mons*^ d'Egmonde continue monstrer bonne a£Fection de luy assister de sa faveur, et jusques qu'il soit plus asseuré, il luy convient aucunement temporiser et laisser le mal gré à moy; et certes je ne suis de si bas cueiu* que je ne voulsisse jusques au bout assister la république et religion, «in « quantum remis ac velis aliquid effici posset, » et que le chief ne me destitue de sa faveur, combien que le temps me samble fort loing que je attends après la venue du roy^ et {^ise à Dieu qu'elle puisse estresi briefvre, conune votre illustrissime seigneurie escript, que ne m'a pas donné peu de couraige et resjoyssement. Mons* le prévost d'Aire aura advcrty votre illustrissime seigneurie en quel estât l'afiBeiire des éveschiez de Brabant estoit à mon partement de Bruxelles^, et certes nous aurons besoing de bon ayde pour parvenir au bout de ce que debvons prétendre; et si le pape ne tient bon, je crainds que tout
ira par terre
Je suis de l'advis de vostre illustrissime seigneurie, que ce fiist esté mieuk de différer la commission de Boui^ongne jusques les estatz fussent esté tenuz; mais la chose a esté faicte si chaidde, et le prouffit qui en procédera si grand et si certain, que l'on pense encoirés avoir beaucoup perdu d'avoir si longuement attendu.
Mons' de Besançon se debvroit plustost plaindre de son solliciteur que de moy, l'ayant festoyé à sa venue et luy donné la meillieure audience que j'ay sceu. Mais voyant, par rappoinctement rendu sur sa requeste, que son voy?iige estoit superflu, il vouldroit volentiers se couvrer avec nK>y; mais je me soucie bien peu de son mescontente*ment et du mal*dire du s' de Rye, pubque cest sans juste occasion* Du moings ledit sieiur archevesque ne se peult plus plaindre de nous icy que de ceulx mesmes du parlement, qui n'ont jugé convenir lûy donner copie de letu: advis.
Sur les lettres de l'ambassadeur d'Angleterre, j'entendz que pendant que je suis esté dehors, son altèze a prinse quelque résolution touchant nostre diflFérent; n>ais ne sçay encoires quelle, dont j'advertiray cy-après plus particulièrement vostre illustrissime seigneiu^ie.
n me desplaist bien que à Lewarden la chose soit si mal succédée, et par les adVertissementz que j'ay journellement par mes amys de Frise, la religion y va très^mal, et ne voys toutesfois comment l'on y sçaura remédier en abscence de sa majesté , et selon que les choses sont disposées présentement par deçà
Et à tant, etc. De Gand, ce 3 d'octobre i664.