‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 34 sur 77 · ANALYSE FAITE SUR L*01I1GI1IAL ALLEMAND · texte numérisé non relu

ANALYSE FAITE SUR L*01I1GI1IAL ALLEMAND

GontiouatioD des hostilités dans la Hongrie et la Transylvanie. Le vayvode est toujours dans le voisinage de Kascba, mais il semble d^autant moins probable qu'il puisse s'emparer de cette clef de la Trans^dyanie, qu'un corps d^impériaitx

s'avance au secours de la place, et D'en est plus éloigné que de quelques nulles. Mort de Jules Pflug, évjêque de Naumbouig; peu de jours après, Auguste, électeur de Saxe, s'est saisi des biens de Tévêché avec le secours de la bourgeoisie. Déjà il tenait en sa main ceux des églises épiscopales de Misnie et de Mersebourg. Rassemblement de troupes prèsd'Erfurt, dont on ne connaît point la destination. On parle d'une ligue entre quelques princes d'Allemagne, ayant levé en secret de la cavalerie pour agir hostilement contre l'évéque de Wurtzbourg et le duc de Bavière. Le vœu de la réunion d'une prochaine diète impériale est combattu par plusieurs électeurs et états, sous prétexte de la peste, mais dans l'intention réelle d'exécuter auparavant certains desseins très-pernicieux au repos public. Envoi par l'électeur de Saxe, au roi de Danemark, d'une somme considérable. Le roi de Pologne a été battu de nouveau par les Moscovites, avec perle de dix raille hommes sur trente mille qu'il avait mis en campagne. L'ennemi ravage la Lithuanie : en même temps la Suède doit, dit-on, l'attaquer sur un autre point. L'ambassadeur turc a quitté Vienne, où il a été généreusement défrayé, et l'empereur lui a fait compter en outre mille écus à titre de gratification. Le comte d'Ortembourg suscite des ennemis à la Bavière sur tous les points de l'Allemagne. Le mariage du duc de Toscane avec Taînée des filles de Maximilien II parait ne point devoir avoir lieu , par suite des entraves qu'y apporte le roi d'Espagne. La légation du pape est attendue tous les jours à Vienne; celle de Venise, composée des nobles Morosini et Contareno, n'a point encore obtenu .sa première audience.

AU VICE-CHANCELIER SELD, (Mémoires de Granvelle, XIV, 206-208.)

Baudoncourt, 6 octobre i56i.

Mens' le conseiller, j'ay receu trois lettres vostres, deux des m* et xxn® d'aoust, et la troisiesme du premier du mois passé, et j'avoye, bien auparavant l'arrivée des première^, entendu les douloureuses

nouvelles du trespas de feu sa majesté impériale , de très-saincte et ^rieuse mémoyre, que Dieu absolve, mais non pas tant de particularitez comme celles que j'ay entendu par vosdites lettres et les copies , y joinctes; et j'ay leu aussi avec très-grand contentement mien la facilité et amyableté avec laquelle ces grandz princes ont" convenu ensemble pour répartir, non seullement Théritage de père , mais encores les conseilliers et serviteurs pour en recepvoiY service. Dieu, par sa grâce, les veuille maintenir en ceste concorde tant honorable et salutaire; vous mercyant, mons' le conseillier, très-afifectueusement de ce que si particulièrement vous m'avez voulu faire part de tout : je le reçois et répute à grande obligation.

Vous ne vous debvez en façon quelconque excuser d'aller servir sadite majesté impériale, puisque si instemment elle vous recherche, et que vous, sçavez que vostre présence peult servir beaidcoup pour assister à la conservation de la religion catholique; et véritablement je tiens que vous offenseriez Dieu si , par désir de vostre repoz , ou aymer mieulx vacquer à voz estudes , vous perdiez l'opportunité de maintenant servir à Dieu en chose que tant importe ; et seroit trop plus honorable que, quant toutes choses seroyent bien ^stablyes par vostre moyen et assistence , que lors vous retinssiez.

Il a pieu à sa majesté impériale aussi m'escrire par le s' de Vadans, pour m'advertir du trespas de feu sa majesté impériale, son père, et me donner asseurance de sa bienveuillance en mon endroict : ce que j'estime comme je doibz et procureray de , en ce qu'il luy plaira me commander, luy rendre très-humble service; estant bien asseiu^ que la volcnté du roy nostre maistre est que ceulx qui Tjont ses serviteurs s'employent, pour le service de sadite majesté impériale, comme pour le sien propre; et je sçay fort bien combien l'union et la concorde de la maison d'Austriche emporte aux parties, et je diray encores au repoz de l'universelle chrestienté ; et ne me sembleroyent bons serviteurs ceulx qui ne la procureroyent jusques au boult. De ma part j'ay tousjours tenu ceste fin comme vous sçavez , et en ce prétendz-je persévérer tant que je vive.

Je ne sçay s'il convient de tant haster de tenir la première diette, et s'il ne seroit pas mieulx que préailablement oes princes establissent bien leurs affaires, etprinssent les intelligences requises et nécessaires, et que Ton regardast de marier, s'il estoit possible, l'archiduc Charles en Escosse, avec l'intervention et asststenoe du roy nostre maistre. Car faisant la diette maintenant, plusieurs prétendront de faire faire à sa majesté ce qu'ilz voudront^ , et je tiens que quelle sera la première dyette, telles suyvront plusieurs aultres , par où je vouldroys que la première se célébrast avec bien grande réputation de sadite majesté. Toutesfois je m'en remectz à ce que ceulx qu'ont la maniance des affaires principaulx trouveront pour le meilleur, lesquels sçauront mieulx ce que convient.

Les courtoisies dont usent les Turcqz nue semblent fort bonnes, que je croy bien procèdent de veoir Testât ou se trouve le Turcq^, et encores son eage et indispositions que causent ce que nous voyons des mouvementz de ses souldatz : chose jusques à oyres non veue; et cela pourroit donner espoir que ^a majesté pourroit difiCérer quelque temps la diette. Mais vous m'escripvez d'aultre part que les Hongrois se révoltent, que pourra bien causer nécessité de célébrer diette pour demander secours, et en ce cas il &uldroit, quant àicelle diette, faire non pas ce que l'on vouldroit, mais ce que la Jiécessité presseroit.

Les cruaultez qu'ont usé ces princes barbares l'ung contre l'aultre, et les grandz fraiz qu'ilz ont sousbtenu les admèneront à la fin à l'accord , veuillent-ilz ou non; et doibt veoir maintenant le roy de Dannemarche de quoy luy a servy le grand crédit qu'il a gaigné vers les colonnelz allemandz, leur donnant présentz et chaisnes, et venant avec eulx intempéritement; dont noz seigneurs n'achevoyent jamais de louer de telz roys, et procuroyent de nous en faire paour, disants

' • J*ay nouvelles d'Allemagne que le» * Soliman II, fils du sultan Stiim : son

« princes protestants ont grand espoir sur règne dura quarante-six ans ( de 1 5ao à

t la majesté de Tempereur moderne. » (Le 1 566 ). Il fut le plus grand des empereurs

baron de Bolwillcr au cardinal , le 5 oc- ottomans , et après lui Tempire turc corn-

tobre; Mémoires de Granvelïe, XIV, 198.) mença à décliner.

que ledit roy de Dannemarche estoit au chemin , avec ce crédit gaigné, pour se faire "seigneur de tout le monde; et Ton voit maintenant que le grand gain qu'il en a faict a esté de se destruyre et son pays. Et à ce que je voidz parvoz lettres, il n'en est encores au boidt; mais je pense bien que s'ilz en peuvent sortir, et Tung et l'aidtre regardera de se comporter plus modestement. Ce conseil de gaigner gens de guerre par profuse prodigalité donnera bien le colonel Zuendy, qui ne chante jamais aidtre chanson, et lequel avoit congé pour aller servir feu sadite majesté impériale; mais il fault dire quen toutes ces choses il y fault user du respect et de la modération que convient . . •

Je m'entretiens encores par icy pour les causes que je vous ay cydevant escript; et dçayveût fort bien et sa majesté et mons' le président que ce n'est pas par faulte de bonne volenté , ny de désir de servir et d'assister ledit président, lequel certes, poiu* ses vertuz et lettres et pour nostre ancienne amité, j'extime grandement et luy porte grande compassion, le voyant aux termes qu'il est; et véritablement, avec toute sa bonté, il a besoing de quelc'ung pour le soubstenir, qui ose.

•Tattendz avec désir mons' de Chantonnay, mon frère , duquel l'instruction estoit preste et fiit tost party ; mais comme le trespas de feu sa majesté impériale est sxu^enu, le secrétaire Gonçalo Ferez m'escript qu'il faiddra changer ladicte instmctioû : et comme vous sçavez que les Espagnolz sont iongz en leurs besoignes, ce ne sera pas œuvre faicte. Si espère-je que sa venue ne pourra pas longuement tarder^; et me recommandant, etc. De Baudoncourt, ce vi* d'octobre 1 564-

^ Dana une lettre de même date, adres- pour aller de là rejoindre sa femme à

sée à la duchesse de Parme (Mémoires de Chantonnay, village dans Tancien ressort

Gramje//e,f*ao4)» le cardînsd lui annonce de Gray. A son départ de Madrid, Phi-

Tarrivée à 1 mstant même de M. de Chan- lippe II l'avait honoré d'un brevet de maître

tonnay, qui a traversé la France inoognîto. d'hôtel et d'une pension viagère de deux

De Baudoncourt, où il n'a séjourné que mille francs, assignée sur les rentes du

peu d'heures, il s'esl rendu à Besançon, comté de Bourgogne.

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