‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 39 sur 77 · REQUESTE DES BOORGEOIS DE BRUGES À LÀ DUCHESSE DE PARME · texte numérisé non relu

REQUESTE DES BOORGEOIS DE BRUGES À LÀ DUCHESSE DE PARME

(Mémoires de Granvelle, XIV, Sag-SSo.)

Bourgmestres , eschevins et conseil de la ville de Bruges rernonstrent humblement, comme puis nagaires soit venu à leur cognoissance , tant par le rapport de plusieurs notables boui^eois , que par les doléances de la commune d'icelle ville , que M^"* Pierre Titelman, inquisiteur de la foi chrestienne, contre toute forme de droit, s'enqueste journellement contre plusieurs manans dudict Bruges, non seuil ement contre ceulx estantz apparentement suspectés et diffamez de crime de hérésie, ains aussy contre et à la chai^ d'aulcunes personnes de bonne renommée et qualité, et nullement reprochables , jusques à suspecter tous ceulx qui ne s'accommodent entièrement à son intention; faisant ledict inquisiteur, par son promoteur, vers liiy adjoumer telz tesmoingz, tant femmes que hommes, petitz que grands, que bon luy semble, et iceulx interroguant avecq rigueur et menaces non usitez, et quasi les forçant, par crainte, de dire chose qui Soit à son goust, gré et contentement, dont Êûct à craindre que plusieurs tesmoignaiges de personnes ainsy examinées ne sont si véritables que le poix et importance de tel affaire requiert, Estans desjà aulcunes femmes, pour la nouvelleté de la façon de faire, de crainte et fraieur qu'elles en ont appréhendé , cheutes en bien dangereuses maladies, de manière que les remonstrantz, voyans la chose aller de jour en jour plus avant, et craindans que à leur regret n'en deubt sourdre quelque commun mescontentement et populaire émotion, si, par remède convenable, n'y estoit sagement pourveu; comme ftist à peu prez advenu depuis quelques jours en çà , estant.

par ledict promoteur, en ung jour de dimence, saysi et mesmes hors de la saincte église tiré forcément ung lem^ bourgeois, en vengeance de certaines verbales injures, couvertes toutesfois du prétexte de souspicion d'hérésie, dont icelluy promoteur n'avoit cause, ny depuis estant demandé vers les remonstrans en chambre, et & ce bien acertes semond, n a sceu faire apparoir. Et mesmes considérant que , vers ledict inquisiteur, n'avoient riens prouflBté plusieurs leurs précédentes recommendations de repoz publicq, l'ayant par plusieurs fois très- instamment prié vouloir, au faict de son office, user de prudence et discrétion, mesmes en ce temps tant divers et dangereuix, et à ce luy oflfert de leur part toute prompte et volontaire assistence contre qui que ce fust, sans excepter personne, moyennant que premiers, suyvant les anchiens etnotoirs privilèges de ladite ville, leur fust sommiërement apparu des charges par luy prétenduz ; ains que ledict inquisiteur ne cessoit de continuer en sa façon de faire et licence dériglée , s'avançant de citer les tesmoings sous paines pécuniaires, voires jusqu'à menacher, en cas de non-comparition, les faire à ce constraindre personnellement, par extraction hors de leurs maisons et capture de leurs persones.

C'est pourquoy ils ont esté d'advis et leur a semblé plus que nécessaire, pour la conservation de la tranquillité publicque, et oster à leurs suppostz tout doubte et scrupule, et mesmes pour, au besoigné dudict inquisiteur en ung affaire si important, donner plus de foy, auctorité et crédence, le requérir, présent monsieur le révérendissime évesque dudict Bruges, que doresnavant il ne veulle enquérir ny procéder contre persone, sans occasion de précédente diffamation; et, pour ce faire au plus grand contentement de la commune et à sa plus grande descharge , admettre à ses examens deux eschevins.de ladite ville, procédans en iceulx examens prudentement et sans menaces, et donnant aux tesmoingz interroguez l'entière liberté <le déposer ce que leurs mémoires et conscience leur donneront à souvenir, sans aulcune presse ou suggestion; pour icelles enquestes, par les remonstrans veues sommièrement, luy estre

incontinent et sur-le-champ donné Tassistence qu il conviendroit, et après par luy procéder contre les appréhendez conune de droict. A quoy ledict incpiisiteur n'a voulu prester Toreille, ains disant qu'il en useroit comme il entendroit, sans se vouloir accommoder à telle plus que honeste et nécessaire requeste, ne cesse de plus en plus user de la façon de procédure susdicte : si que les remonstrans, craindantz l'apparent esclandre et dangler qui en pourroit succéder, sy tost ny est mis remède, nont, en acquit de leur serment, sceu laisser en advertir vostre altèze, la suppliant très^humblement que.» pour non laisser la bonne commune de ladicte ville, ayant de tout temps si loyallement et libérallement servy à sa majesté royalle, tomber en aulcun tumulte, et par conséquent en l'indignation d'icelle sa majesté, plaise à vostre altèze mander audict inquisiteur que, suyvant ce que dessus, il n'ait doresnavant à procéder à aulcune inquisition es destroictz d'icelle ville , fors que en la présence de deux eschevins, pour, tant à sa descharge que des personnes accusées^ porter tesmoignaige de son besoigné; luy enjoignant en oultre, vu la notoriété dudict privilège de ladicte ville, par lequel est deffendu ne procéder à la capture de nul bourgeois, qui ne soit préailablement par la loy convaincu et abandonné; que par vertu de ses dictes inquisitions et examens il n'ait à saisir personne ny à ce requérir l'assistence du bras sécuUer, sans premières, par la communication de ses enquestes, avoir sommièrement informé le collège des charges, tiltres et diffamations par luy prétenduz; du moins que defférant par luy aux remonstrans, par noms et surnoms, les personnes qu'il tiendra suspectez et diffamez, avec les nonis des tesmoings et interrogatoires, il les laisse convenir pour, pareulx, suyvant leur conunission, estre à l'exécution des placcars de sa majesté procédé comme jusques ores plusieurs fois loua])lement et diligemment ont faict, et en penseront envers sa majesté et vostre altèze respondre; ofirans dudict privilège et du surplus des prémises faire apparoir à monseigneur le conte d'Egmond à sa venue à Bruges. Et fera vostre altèze bien.

APOSTILLE MISB SUB LADITB RBQUETE.

(Mémoires de GranTeUe, XV, 96.)

Ayant madame la duchesse régente, etc. fait oyr sur le contenu en ceste requeste Tinquisiteur Titelmannus, et entendu ce qu*il ha allégué pour sa descharge , dényant ce que peidt concerner sa personne , son altèze ne y sçauroit pourveoir sans estre plus au vray inforntiée des particularîtez dont se plaindent les supplians; et où d'icelles il apperra à son altéze, elle y pourvoyera comme il convient et appartient. Ayant néantmoins son altèze enchargé audict inquisiteur de se conduyre en Texercice de son office avec toute discrétion , modestie et respect. Faict, etc.

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