‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 41 sur 77 · BAVE, SECRÉTAIRE D'ÉTAT · texte numérisé non relu

BAVE, SECRÉTAIRE D'ÉTAT

(Mémoires de Granvellç» XIV, 346-35o.)

Bruxelles, 19 octobre i56il.

Monseigneur j'ay tousjoiurs faict et faiz tout ce quay

peu et puis pour entretenir et encourager mons"^ le président, et avons , doiz son retour de Gand , longuement divisé ensemble sur Testât des affaires présentes, lesquelz, combien ilz ne voisent si bien qu'on pourrait désirer et seroit debesoing, il dit qu'il fait toutesfois son mieulx pour les entretenir et conduyre le mieulx qu'il luy est possible, selon le moyen qu'on iuy en donne; et que si d'avanture il n'y prenoit si grand regard, il y auroit plusieurs choses qui yroient encores pis, et qu'il s'efforcera d'y continuer tant qu'il pourra; mais que tout cela ne souffit, si le maître ne vient pour y pourveoir : car il y en a tant d'autres qui ont autorité, et par les mains desquelz les affaires passent, qu'il ne peult tousjours ce qu'il vouldroit et voit estre nécessaire, Voyre ne sçait treuver heure tant commode pour se treuver vers S. A. , que Armenteros ne soit à sa queue , ayant autant et plus de voix en chappitre que nul aultre, mesmes en la provisîoa

de tous estatz, offices et bénéfices , et vont les choses de sorte que à peyne oseroit-y ouvrir une lettre pour de petite importance qu elle fîist, ains les porte toutes closes à son altëza, laquelle les lit appart devant que luy déclarer le contenu, et parfois les se retient, autresfois dit que c'est chose de finances, sans en faire autre déclaration; qu'est bien loing du crédit que nous donnoit nostre feu bon maistre; et que, en conclusion, il fera tousjours son devoir et en rendra bon compte. Mais d'escripre au roy, je ne pense qu il le face, et que, quoy qu'on luy die, il serchera par tous moyens possibles sa retraicte.

Mons' de Beriaymont est aussi retorné , avec lequel j'ay desjà divisé longuement. Il dit qu'à son retour Madame luy a faict bon visaige , et que ces sK" luy parlent plus que de coustume; mais que ce n'est pour meilleure volenté qu*ilz ayent en son endroit , ains à la persuasion et remonstrance de son altëza , que leur a faict entendre qu'il convenoit ainsi le faire, et que autrement le roy pourroit, avec bonne raison, trop s'en ressentir, et dire que Ton luy veùlt oster et rendre suspectz tous les vieulx et bons ministres et serviteurs de feu son père ; et que, quant à luy, il suyvroit son chemiù ordinaire, comme il avoit accoustumé , lequel luy estoit aisé pour autant que l'on ne luy communicquoit riens ou bien peu que ce qu'il veoit aux finances. Que s'il vouloit , il seroit tost en bonne intelligence avec lesdits s«^, et qu'ilz ne désiroient riens plus; mais qu'il ne vouloit riens advouher ny désadvouher, et qu'il continueroit son service, remectant le surplus à sa majesté; et que, s'il se remectoit avec lesdits s8", il sçavoit bien que les duc d'Arschot, marquis son frère ^ et s' d'Aremberghe le suyvroient; concluant qu'il estoit et demeureroît serviteur desdits s^, sans se vouloir de riens mesler plus avant que de rendre son ad vis au conseil , et faire son debvoir au service dumaistreen ce qu'il avoit de charge. Et sur la fin, avec grande confidence et adjuration du secret, me confessa avoir amplement escript à sadite mageMé, et que, sans toucher ny nommer personne, il l'avoit informé

* Chaiies-Philippe de Croy, marquis d'Havre et chevalier de la Toison d or. Il fut flfiarté à Diane de Dompmartin.

442 PAPIERS DÉTAT

de tout ce que passe , encoures que son altèaui luy eût cy devant requis non le faire, et qu'il avoit lettres et advertissementque sadite magesté avoit receu ses lettres et les avoit leutes elle^mesmes bien de loisir, et en actendoit par le premier courrier responce; et comme il ma dit cecy en très-grande confidence, je supplie vostredite ill"^ s"* qu il ne passe plus avant.,

J'ay aussi esté au disner, ces jours passez , avec le trésorier Schetz ; où que divisâmes bonne espace, des choses présentes. Il monstre estre aflFectioné serviteur de vostre ill°** s"*^, regretant son absence pour la nécessité que les affaires en ont; louhant toutesfois quelle ne retorne légièrement, n'est avec le maître ou de son exprès commandement ou de son altèza; et que quand à luy, il ne peult moi as faire pour son estât que de hanter lesdits s»"; mais que aussi il ne délaisse, quant la conjoncture se advient, de tousjours adoulcir toutes choses et justisfier modestement tout ce que touche vostredite ill°** s'**. Et pour la fin de son propor, dit quil se resjoissoit quant il povoit rencontrer quelc'un pour privément diviser des choses passées et présentes , et qu'il ne veoit nulle ressource en ce de deçà , si le maistre ne hastoit sa venue : car tout estoit à Textrème , et luy ne povoit plus soubstenir, estant engaigé pour les finances jusques au boult de ses biens et de son crédit. Craignand fort que les Françoiz ne facent quelque émoçion , soit à l'occasion de la religion et intelligence qu'ilz peuvent icy avoir ou autrement, pourhoster les guerres civiles hors de leur pays. Et certes l'émocion advenue ces jours passez en Anvers, où que on voUoit faire justice et brusler un jacopih apostat, Ton le vouloit secourir; et y en eut plus de deux ou trois cçns qui^ avec force pierres, ruèrent sur le mai^ave, l'escoutette, les sergents et borreau, de sorte que ledit margrave se saulva, et fut ledit borreau et aucuns sei^ens blessez; et de craincte que le.malfaicteur ne fut recoux, le borreau le tua à cops de daghe, et après, avec grande peyne, emporta le corps, et le rua dois une fenestre en la rivière; chantans les susdits, à haulte voix, les Psalmes de David; et toutesfois je n'ay entendu que, jusques à présent, l'on en aye prins aucuns.

ny faict autre démonstration : ce qui faict craindre à plusieurs^gens de bien plus grande émocion; et plusieurs parlent jà de se retirer d'Anvers, et, entre aultres, Anthonio del Ryo s'en va demeurera Bruges, et délaisse le train de marchandise à son frère, selon que m'a dît le chanoyne de Castillo.

Mon neveu Gandiano ^ . . . m'a dit ce que encoîres n'avoye jamais entendu, que l'on n'avoit oncques veu le roy tant altéré contre personne qu'il l'estoit contre mons' de Homes, le jour qu'il l'expédia la dernière fois pour retourner par deçà , et ce , sur les propoz que le7 dit sieur tenoit à S. M. de vostredite ill°** s'**, luy demandant sadite magesté, en très-grande colère, ce qu'il sçavoit de vous, et qu'il le dise ouvertement, disant ces mots : « Quoy, malheureux I vous vous « plaignez tous de cest homme, et n'y a personne, quoy que je de- « mande , qui m'en saiche dire la cause I » Et se monta tant sadite magesté, que ledit s' de Homes sortit si estonné et changé de coleur, que à peyne sçavoit-il treuver le chemin pour sortir: ce qu'il a bien caché par deçà. JTay, à la reste, treuvé ledit Gandiano fort affectueux envers moy. ... ^ Il est fort riche, à ce qu'on dit; et aussi quant il parle de ducas, ilz luy sortent de la bouche par mille, comme deniers.

Grandjean se prépare pour partir avec le despêche des estatz ^, lesquelz l'on a continué jusques au mardi après la S*-Andrey, qui auparavant estoient mis au mardi après la Sainct-Martin. Les instructions et lettres ' vont à l'accoustumé ..... Je n'ay failli de dire que je treuvoye estrange que l'on avoit commis Moron pour l'information ^, estant luy-mesmes le principal accusateur; mais tous ceulx à qui j'en ay parlé mont unanimement respondu qu'ilz l'avoient remonstré à son altèza , et qu'elle avoit respondu que le roy le vouloit ainsi. L'on verra ce que s'en passera ausditz estatz, et le contente-

* I] était au service du roi d*£spagne, chesse de Panne, sous la dale du 29 ocet avait épousé la nièce de Bave. tobre, se trouve dans Jes Mémoires de

' (Portant convocation des états de Granvelle, XIV, Â07. Franche-Comté.) ^ (Des abus qui avaient pu s*introduire

' Celle au cardinal , émanée de la du- dans Tadministration du domaine.)

ment ou ressentemeot qu'ik en démonstreront ; et certes, tant plus y pensé-je, tant plus treuveroy-je convenable que vostre ill°* s"* s'excuse de soy y treuver, s'il luy est aucunement possible.

Tous les bons amys et serviteurs se sont fort resjoïz d'eùtendre rhonnetu* et favorable traictement que le roy a iaict à mons'^ de Chantonnay, qu'est bien demonstracion du contentement qu'il a du service de vostre ill"*® s"*^ et syen

Regnard est jà, à ce que Ton dit, bien avant en chemin, et ne peult Ton oster hors l'opinion du commun qu'il ne soit appelle par S. M. pour grande affaires, et estre employé en charges très-importantes : ce qu'il fault souffrir sans y contredire, jusques l'on entende d'Espaigne le recueil que S. M. luy aura fait à son arrivée ; car qui y contrediroit ceulx qui sont icy, ses favorits oseroient bien hardiment soiibstenir le contre.

L'on dit icy que à la perte qu'ont receu noz gens à la retraicte du Pignon et rembarquement, que l'on tient estre d'environ trois cens, un don Pedro Osorio et le jeusne Brederode, qu'on appelloit monsieur. d'Avrincourt \ y seroient demeurez , et que les Mores avoient derechief occupé et s'empare de la ville de Velis.

Ung autre point y a , qui me fâchera plus qu'il fera à plusieurs autres, qu'est que l'on ne parle et traicte seulement pour assoupir les gaigeset pensions, mais aussi d'accorcir toutes les rentes achetées, lesquelles, oultre qu'elles sont très-mal payées, l'on veuh réduyre au denier vingt; si ainsi il en advient, il me sera force d'avoir patience avec le général^; mais aussi me faudra y bien raccorcir ma table et aller à pied. Je ne sçay comme le commun le pourra comporter, s'il se met en exécution

Je vous envoyé cy-joincte la copie d'ung mandement et ordonnance qu'on envoya à ceulx des comptes ^ par où je crains que plu-

^ «M. de Beriaymont m*a depuis dit ^ «Pour la production de tous titres

«qu*ii avoit lettres que ledit Brederode « d aliénation et daccensemeot des biensdu

« estoil retomé avec Tarmée. • (Noie mar- « domaine dans le comté de Bourgogne. »

ginaledâBave.)—' (LepuHic.) (M^moiVw, XIV. 35a.)

sieurs se treuVeront estonnez pour . avoir plus acquis et acheté que ladite permission et octroy ne contient; et quant aux commis estans par delà, je suis esbahi de leur incivilité, et que pour le moins ilz n^ont envoyé ung d'entre eux pour, au nom de tous, faire la révérence à vostre ill°** s"", et communicquer synon du tout, du moins partie de leur chaîne ; quant oyres ilz ne Teussent vouhi faire de .yraye affection, ny respecter sa qualité et dignité, du moins ils le dévoient de compliments. Mais enfin Ton ne fera jamais d'un bison un faicon*

Je n ay jamais veu ny oy parler des plainctes que mons' de Vergy afaict à son altèza des insolentes lettres des s" de Dissey^ et de la Villette, et aussi elle se retient toutes telles lettres; et suis sfaeur, si ce n'est par pure importunité et démonstracien d'extrême ressentiment, il ne s'en fera jamais semblant, et encores lors l'excusera l'on au mieulx qu'on pourra.

Je n'ay riens ouy du mariage de la seur de mons*" le prince avec le roy de Dennemarque , et ne s'en parle par ceste court; bien parle Ton de ceUuy du prince de Parme avec une fille de Portugal , et que les nopoes se doyvent tenir en ceste ville , et que l'on commençoit desjà à apprester les quartiers, et qu'on avoit deslogé Armenteros; mais je pense que ce soit à autre occasion, car il y a peu d'apparence de la venue dudit prince , selon que mesmes il estoit malade par les dernières lettres d'Espaigpe. Et à la reste, tous les seigneurs continuent à leur train ordinaire, et n'y vois nul retranchement, et se sont faiz ces jours passez plusieurs grandz festins pour festoyer mous' de Vaude-

' De la maison de Rye,laqudle descend d*Qne branche cadette des sires de Neublans. La fertune et Tambition venant en aide à cette famille, elle parvint dans les XV* et XVI* sièdes aux premières dignités ecclésiastiques et civiles des djeux Bourgognes. Alor», voulant rehausser davantage apn origine, elle fit fabriquer une généalogie, étayée de titres imaginaires, qui , en reportant son berceau jusqu'aux temps de

Guillaume le Conquérant, désignait 1* Angleterre comme le pays où elle avait pris naissance. Le chancelier de Granvelle et ses enfants n étaient considérés que comme des parvenus par ces gentilshommes, qui se distinguaient surtout par une morgue insupportable et des procédés h^itains. Us ont disparu dans les mâles, vers le milieu du XVII* siècle.

mont, qu'a icy esté quelques jours, ne sçay à quelle occasion, synon qu on dit que estant venu jusques à Diest pour visiter madame la duchesse d'Arscbot , sa sœur, mons' d'Egmond Taila visiter et famena jusques icy. Il me souvient que nous solions dire par cy-devant que c'estoitlenunce de paix ou guerre, parce que tousjours, avant la rupture de la paix, ou que Ton désiroit par la trop longue guerre icelle, il treuvoit tousjours moyen de, soubz quelque coleur, treuvcr et palier son avènement par deçà. Je prie à Dieu qu il n'en advienne

ainsi présentem^it

Il y a assez longtemps que Ton tient pour certain que Montbéliard est fief du conté de Bourgoigne^; et en faict mencion en ses mémoires, par deux fois, mess^ Olivier de la Marche; mais le tout est de le faire entendre au duc de Wirtembei^, et ne fauh que Moron ny les auttres conunis pensent que du passé il n en soit esté parlé ; et suis de mesme opinion , que ceulx de Rye pourroient bien tant faire que ledit duc s'en ressentiroit enfin, et que par ce, nonseulement eulx (que seroit peu de chose) , mais le général du pays eh souffriroit Et me recommandant , etc.

AU BARON DE BOLWILLER

( Mémoires de Granvelle, XIV. 358-363. )

BandoDcoart, 21 octobre iS6â-

Mons' Je ne pense pas que S; M. catholique vienne pour

cest hyver; car par lettres que j*ay bien fresches d'Espaigne , escriptes

^ Cette opinion , contraire à tous les récents du comté de Bourgogne. Us con documeo ts qui nous restent du moyen âge, viennent que MontbéKard n*a jamais cessé est abandonnée par les historiens les plus d*étre un fief de Tempire d'Allemagne.

desputs le retour de BAOns' mon frère, Ton ne m'en faict semblant. Bien seroit sa venue nécessaire , et je pense que S. M. Tentend fort bien; mais ayant tant tardé /je pense plus que ce sera pour Tan prochain, et ha trois ou quatre chemins par lesquels il peut seurement venir, bien diflTérentz les ungz des aultres. Je ne sçay s'il choisira celluy de Bourgongne; mais de dire que mons' le prince^ aye jà la charge de luy aller au devant, je sçay fort bien qu'il n'en est riens.

Les commis de Flandres, ausquelz est adjoinct Morron, sont pièce a par deçà, et est leur commission, comme l'on dict, par meulte du s' de Dissey et dudit Morron. Leur principale charge estoit de regarder sur les monnoyes, sur la saulnerye et sur les abuz des o£Bciers de la gruyerie, ayant ledit Morron persuadé que le domayne de S. M. se pourroit grandement augmenter. Ilz ont achevé ce de la monnoye, et, à ce que j'entendz , n'y ont riens treuvé; ilz sont maintenant sur le faict de la saulnerye, et je ne sçay s'ilz l'entendent. Ce que l'on dict que l'aco'eue qu'ilz feront du domayne servira pour entretenir des honunes d'armes et chevauk ligiers en ce conté, il fault premier treuver l'aident et le revenu, et lors l'on est encores à temps d'adviser en quoy il se despendra; mais cela et aultres fables servent ledit Morron et la Villette, qu'est le lieutenant dudit s*^ de Dissey, que seroit mieulx,pom* le bon eflFect de leur commission et pour le service du maistre et pour eulx-mesmes, qu'ilz ne le fissent; mais je m'en rapporte à eidx.

Renard est, comme l'on vous a escript, party de Flandres, mais je ne sçay s'il ira en Espagne. Il pourroit bien, à son accoustumé, faindre d'estre malade pour demeurer en chemin; l'argent que l'on luy a donné a esté une partye de ce qui luy estoit dehu de ses gaiges, et y a bien à dire qu'il voyse si bien accompaigné ny si content comme l'on vous a dict. L'on verra quelz miracles fera le sainct quant il ser^» arrivé.

J'espère que sa majesté impériale, quelque espoir que fondent sur

' (DOange.)

icelle les princes protestantz\ demeurera constante, conforme à h monstre et apparence qn'elle en a donné : et je le désire singulièrement pour le service de Dieu, repoz universel de la chrestienté, et conservation de la maison d'Autriche.

Dieu pardoint à Herr Hans Hoffman. La gaigière ^ qu il avoit , que S. M. a retiré , n estoit pas maulvaise pour luy, mais bien largement dommageable, parce que vous escripvez à sa dite majesté. Ces commissaires nen troveront par deçà nulle telle, et beaulcoup moins en ceulx de nbstre maison; car nous avons tousjours plus regardé au prouflfit et service du maistre qu'à nostre particulier * : et pourtant nous soucye peu, pour ce que nous concerne, que commissaires viennent en ce pays, et en laissons convenir à ceulx à qui il touche.

Vous ferez une bonne œuvre de , pour ung si grand bien , anticiper vostre retour à Hagnow; car véritablement, si vous n'y dlez, prenant les choses le chemin que vous escripvez , dois le trespas du prescheur, je me doubte que si vous n'y pourvoyez promptement, la religion s'y perdra. Et je vous prie , austant affectueusement que je puis, vous haster et y pourveoir par temps, puisque au commencement fault-il remédier à telles choses , ou l'on se treuve après forciez

' Cet espoir était loin d*étre sans fondement, témoin entre autres la correspondance familière du monarque avec Christophe, duc de Wurtemberg, déposée aux archives de Stuttgard. Nous avons iu beaucoup de ces lettres, toutes autographes, dans lesquelles respirent, avec une foi vive aux doctrines du pur Évangile, les sentiments de la plus douce tolérance.

* « Une bien belle seigneurie de value « de XII mil florins de rente qu^il tenoit « pour VIII mil de principal. > ( Note du, baron de Bolwiller.)

' Il semble que le cardinal exagère un peu trop le désintéressement de sa famille

dans Tadjudication qu*elle s^esl fait donner par voie d*engagère de biens provenant du domaine royal. En voici Ténumération : dans le comté de Bourgogne, les baronnies de Beaujeu- sur- Saône, d*Apremont, de Saint-Loup , de Scey en Varais , de Chantonnay ; les seigneuries de Maiche, de Maisières, Lods, Rosey et Cromary; des roeix, terres, censés et rentes à Arbois, Salins, * Villeneuve, Pupillin , Parcey, Augerans, la Loye, Grozon et Changin ; enfin dans les Pays-Bas, Renais elle comté de Gintecroix, qui provenait de confiscation sur le barou de Rogendorff.

DU CARDINAL DE GRANVELLE. ' 44ft

de le pouvoir faire; et je sçay que par vostre prudence, et conforme au bon zèle que vouz avez à la religion , vous en sçaurez bien- user.

Qaant à ce que Ton ne vous a encoires respondu sur la practique dont voz lettres pour Rome traictoyent, à correction, je difiFéreroye encores environ ung mois devant que de faire ultérieure poursuyte, afin que Ton ne preigne soubçon que, pour quelque respect, vous veuillez précipiter l'affaire, comme telles gens sont umbreux et soubçonneux; ce pendant pouvez-vous remédier à ce d'Hagnaw.

Xay veu ce que mons' de Sillières vous escript par la copie que vous m'avez communicqué, dont très-afiectueusement je vous mercye ; et véritablement il desduict fort bien les fondementz pour le prétendu de Madame , et les argumentz que peuvent servir poiir rebouter ce que Ton dict au contraire , et contre ce que peult donner empeschement à Teffect désiré; et je n'ay failly de mon coustel d'en escripre en Espaigne tout ce que m'a semblé pouvoir servir. Mais-, comme je diz souvent , lettres ne répliquent, et de mon coustel n y puis faire atdtre chose , me semblant n'avoir peu fadct que d'avoir procuré que S. M. aye escript comme elle ha, et enfin respondu et déclaré comme elle l'entend, et ne veulx pas dire que s'il y eust heu quelc'ung de la part de son altéze pour faire instance et réplicquer, que cela n'eust pu servir. Et comme ledit sieur de Sillières se descharge, comme conseiilier principal de son altèze, pour l'avoir dict, et les inconvénientz que pourroyenl advenir pour la dilation, aussy suis-je bien deschai^é , et pourroye bien monstrer de n'avoir riens obmis de ce que j'ay jugé pouvoir servir pour persuader ce que son altèze prétend, et représenter tout ce que l'on m'a dict des dangiers esquelz, à faulte de pourveoir, l'on pourroit tumber; mais j'envoye lettres et l'on me renvoyé lettres, que u'est pas comme si j'estoye sur le heu, et que de vive voix je pourroye réplicquer et remonstrer; et sens austant qu'il ne se face ce que son altèze pré« tend, que mons' de Sillières. Mais le mal est que dois icy je n'y puis remédier ny faire dadvantaige; et je n'ose plus dire que si S. M. venoit, il y auroit meilleur moyen à toutes choses, pource que, tar-

dant tant ceste venue, ii semble que c'est remectre le remède ad

calendas grœcas.

Le mesme diray-je quant à ce de Dennemarche , et reigrette, comme luy, que telles occasions se perdent; mais comme je Tay dit dois le commencement de ce poinct, je n*i^ faict ny voulu faire, ny veulx faire semblant quelconque ; car je ne puis appereepvoir que mon escripre servit aulcunement à Madame, et je voys bien dérement de combien il me pourroit nuyre aux pays d'embas. Ce que j ay tousjours dict, qu'estant le roy esdits pays, il se pourroit mieulx proposer; jay dict joinctement les raisons qu'à ce me meuvent, et par la disposition et estât des afEûres auxdits Pays-Bas , il se voit clérement qu'elles ne sont sans fondement; mais toutesfois. après avoir dict et escript mon oppinion, j'ay tousjours remys au meilleur advis de son altèze et des siens, s'il luy sembloit convenable de sur cecy envoyer quelc'ung en Espagne ; mais il ne fault que cecy vienne de mon coustel ny des miens. Bien dis-je encores ce que j'ay tousjours dict, que je voys les raisons et fondementz grandz, et à mon grand regret congnoys que les occasions se perdent; et s'il se propose et que l'on m'en demande mon advis, j'en diray rondement et clérement ce que j'en entendz, sans nulle craincte; mais pour riens du monde je ne le proposeray ny mectray en avant, pom* les raisons si souvent escriptes. Reste que mons*^ de Sillières, comme premier conseillier.de son altèEC, luy conseille sur ce poinct ce que mieulx luy semblera , ayant dict de mon coustçl souvent ce que j'en entendz, et comme tant affectionné serviteur de son altèze désireroye veoir les choses en aultres termes, et S. M. bien prochaine et délibérée d'y bien entendre : car lors de ma part je m'y employeray austant volentiers qu'en ce que pourroit toucher le roy, nostre maistre propre, que je tiens tout une mesme chose; et n'est vers moy que ledit s' de Sillières doibt protester par vostre moyen pour sejustiffier ; car je n'y puis fiadre aultre chose plus de ce que je feiz, et jwroteste au confraire; et a bien le moyen pour, s'il luy plaît, eq^escripre luy-mesrae en Espaigne.

Ledit s' de Sillîères eatend fort bien les ou£Brës que se font du coùstel de la royne mère, et à quoy elles tendent, et je tiens que Madame n'y prestera Toreille; et ne se peuit plaindre que, pour ce de Dannnenmrcbe, le roy nostre maistre luy aye riens refusé , puisque i sadite majesté Ton n a encores riens demandé. Bien est vray que je suis esté d'advis, espérant la venue du roy, de temporizer, el voyant qu'il tardoit, remys à leur considération si Ton y debvroit envoyer, après avoir déclaré que tout ce que je pouvoye conjectiu^r, le roy ne s'en résouldroit sans le communicquér aux Pays-Bas, si de ce coustel-ià se debvoit faire quelque chose pour advancer l'argent sans y employer son nom. Le roy, s'il luy plaisoyt, le pourroit bien faire du coustel d'Espi^ne sans en demander advis, et en cedisoyeje que l'on se debvoit addresser au seigneur Ruy-Gomès et au secrétaire Erasso. Ce que je sens le plus est Tindisposition de Madame , que j'avoye entendu estre méliorée, et je voy2 par ladite copie, à mon grand regret, qu'il n'y a pas grand amendement; et à ce que j'ay entendu de la qualité du mal, s'il retourne, il est dangereux, et par conséquent tant plus à craindre de quelque inconvénient.

J'ay escript à ceulx que vous désirez près de la personne de monseigneur l'arcbiduc^ Dieu doint qu'il proffite : bien sçay-je que je ne vouldroye riens délaisser, où que ce fôt, de ce que je penseroye vous pouvoir servir.

Ce m'a esté grand contentement de veoir ce que mess** les arcbiducz vous escripvent, et beaulcoup plus de l'asseurance que vous donne mons' Trautson de la bonne volenté de sa majesté impériale en vostre endroict. Je suis certain que mons' mon frère aydera fort voluntiers en tout ce qu'il pourra pour le bien, honneur et advancément de la maison d'Autriche , pour l'obligation que nous tous y avons , et n'en faictes doubte de ma part;, et à tout ce que vous me vouldreï mectre en avant servant à ce , je vous correspondray, vous priant respondre pour moy et les miens & ces princes. Et je sçay que Tinteption et volenté du roy nostre mustre en leur endroict est telle, que qui leur faict service le faict à S. M. propre; et convient

que si Fallyance d'Ëscossc se faict, nostre maistre y aydera : car, sans ce, mal se pourroil-il faire chose que fût d'effect vaillable, et dont la cbrestienté et ladite maison d'Austriche puissent recepvoir service; mais y entrevenant icelle, si bien. Et je sçay fort bien ce que plusieurs fois j'en ay escript au roy nostre maistre , et encores de frescbe mémoyre, et je m'asseure que mons' mon frère ne fauldra d'y faire, jusques au boult, tout ce qu'il pourra^ si l'on l'y employé. Je pense vous avoir escript qu'il sera par deçà deux mois pour le moins, avant que d'en partir, pour entendre à ses affaires « et que ce pendant le conte de Fuensalida ira plaindre le dueil et visiter sa majesté impériale, l'impératrice et messeigneurs les archiducz

Quant à l'emprinse de Metz, je ne pense pas que S. M. y veulle entendre, si les François, soit par les mouvements de la G>rsique ou aultrement, ne luy en donnent occasion, combien que je sçay ce qu'il luy emporteroit grandement et à ses pays , que ledit Metz fût entre ses mains, ou du moins en celles de l'empereur. Je n'ay icy les papiers de voz correspondances , les ayant laissé aux Pays-Bas, et pour ce ne treuve icy les moyens et expédientz que aultresfois vous avez mis en avant; et puisque la négociation que vous vouldriez proposer n'est pas celle de mons' de Condé , mais l'aultre , je vous prie me l'escripre ung petit plus au long, et en ung papier à part, pour, s'il survenoit quelque occasion, m'en pouvoir servir; et qu'en cest escript il vous plaise ramentevoir tout ce que par cy devant s'est faict et négocié en cecy, puisque vous avez voz escriptz à la main. De Sturmiusny de Gamant je n'ay riens, et ne sçay s'ilz vivent ou s'ils sont esté rattainctz dé peste; je vous prie, si vous en entendez quelque chose, que je le puisse sçavoir.

Par ce que l'on m'escript d'Espaigne freschement, j'entendz que la convalescence de la royne, nostre maistresse, vad continuant, et que l'on espère qu'elle se portera mieulx; mais monseigneur nostre prince avoit heu un petit de fiebvre pour, comme jeumes gens font, avoir excédé à menger; mais l'on m'escript joinctement que jà la fiebvre l'avoit laissé et que ce a esté bien peu de chQse. Le prince

de Panne en a eu une double tierce, bien dangereuse, de sorte que Ton cr»gnoit de sa vie; mais jà il se portoit mieulx, et avpit Ton différé le partement du courrier, afin que madame la duchesse de Parme n'eust les nouvelles de ceste indisposition , sans sçavoir joinctement du méliorement, pour Tappréhension qu'elle en eust pu prendre, aymant comme elle faict fort tendrement ce filz ^ L'on conferme que ce mariage soit conclud avec la princesse, fille du feu in&nte don Edouardo de Portugal; et de Flandres Ton m'escrîpt que, deans cinq mois, ledit sS' prince viendra à Bruxelles, et que aussi y viendra son espouse , et là se feront les nopces. Mais d'Espaigne l'on ne m^escript rien de cela , et ne sçay ce qu'en sera.

Nostre armée de mer, après avoir laissé ung chief au fort du Pignon , gens pour la garde et aultres pour ouvrer, afin de le mectre encores en meilleur fortification, délaissant en la coste d'Espaigne vingt galères pour asseurer icelle coste des fustes, alloit avec toute la reste en Corsique, pour ayder à nettoyer le trouble de ce coustel*là, et renger San-Pero Corso , lequel, s'il n'a correspondence de France, et par ce moyen advertissement de cecy, se pourroit bien treuver surprins et faire mal ses besoignes; et fauldra que les François se déclarent ou qu'ilz le laissent perdre ; par où nous verrons tost quelle apparence il y aura de paix ou de guerre, Aulcimgz ont voulu icy dire le roy de France mort , aultres que mons' de Nemours; mais j'espère que ce ne sera ny l'ung ny f aultre : il n'est pas temps maintenant que telles choses adviennent.

L'on m'escript de Flandres qu'après avoir faict mons*^ le prince d'Orenges avec ceulx de Louvàin, pour l'accord des aydes vielles, sur lesquelles dois cinq ans en çà l'on sollicite continuellement les estatz de Brabant, fort grand et bon office, et de. sorte que l'on espéroit que tout estoit fiiict, il s'y soit encores treuvé quelque nou-

' ill se fait grand et homme, est tou- tobre. Précédemment ce prince avait fait

jours fort courtois et bien voulu de toute quelques études dans Tuniversité d*Alcda ,

la cour, 1 mandait le cardinal k la du- où il était avec don Caiios , fils du roi Phi-

chesse sa mère, dans une lettre du 6 oc- lippe, et don Juan d'Autriche.

veUe difficulté; mais qu« Ton' espérait en venir ait boult. Et me soih viens que« quant je me partiz de par delà, sm* semblable espoir des mesmes aydes, madamme la duchesse de Parme e&trttioil vingt jours entiers Je parlement de Tayde de la chambre de S. Mm Vandei^sse; et despuis mon parlement , Ton y a enQores vacqué sept raob entiers, et au X* de ce mois n'y avoit encores riens de faict.

Ceulx d'Anvers ont faict de Tinsolence sur ce que Ton a voulu exécuter ung prédicant calviniste, apostat; et au temps que F^xécution se idebyoit faire, se mirent aulcungz à chanter à baulte voix les Pseaulmes de David, et à gecter pierres contre la justice; mais ce fut tard, car jà le galant estoit passé le pas, et Ton est après pour chastier ceulx qui ont faict Tinsolence. L'on estoit en termes pour . s'accommoder avec les Anglois, et se parloit de révoquer les édictz faictz d'ung coustei et d'aullre, pour venir à une conmiunication qui se tiencboit à Bruges; mais, comme je Tay eserij^, si les édictz so lièvent devant que la communication soit tenue, asseuréemeat ii ne se fera riens en ladicte commimication, et se mooqueront les Anglois avec bonne cause de ceulx des Pays-Bas. A moy n'a tenu que je ne les aye préadverty dois icy, afin qu'ilz ne facent une faulte si préjudiciable au service de S. M. et au bien du pays; je ne sçay ce q%Cil^en sera. « Ego sumfunctus officio. »

Geste peste m'empesche, comme je vous ay escript, que je ne puis avoir lettres des coustelz de où l'on me souloit escripre , et ne me demeiu^e ouvert aultre passage que celluy des Pays-Bas; mais j'espère en Dieu que le mal cessera avec ces froydrures , et que les chemins se r'ouvreront

Je faiz mon con^te de séjourner encores icy ung xv ou xvj jours; pour lors, selon les nouvelles que je pourray avoir, me plus approcher de Besançon. Et me recommandant, etc. De Baudoncourt, ce xxj« d'octobre i56A.

LE BARON DE BOLWILLER

A M. DE SIUJERS ( Mémoires de Granvelle , XIV , 389. )

S. 1. là octobre i56^.

Page 1