NOUVELLES DE FRANCE
DU m EN NOVEMBRE 1564.
( Mémoires de Granveile, XV, iS€.)
L'estat de France est tousjours en mesme terme, et vont les roy et reyne visitant ces contrées de la Provence, ayant demeuré en Avignon vingt jours t là où ladite reyne a esté ung peu mal disposée. Dès là sont allé à Aix, terre bien catholique, où le parlement cy-devaùt a esté révocqué pour n avoir voulu ledit Aix se soubmettre à Tédict d'Orléans. Ledict seigneur roy fait bonne chère et grand recueil à céulx de la ville, mesmes aux conseilliers , lesquelx, par ses propoz, il nommoit et appeiloit catholicques. Audict Aix , y estant sa majesté, vindrent plus de troiz milz huguenotz assistez du conte de Tandes\ poiu* obtenir presche, disans quilz auroyent, quoy qu'il fut; à quoy ne furent admis, bien donné espoir que, après leur déclaration par escript qu'ilz donnèrent. Ton y ordonneroit en Avignon, où Ton pensoit retourner, avec<pielques aultres choses sur les afBsiires de Languedoc, où mons"" le connétable et le s' DiM3ipville,*son filz, avoient
' Ce seigneur, fils de René, bâtard de France. 11 mourut en i566. (Voir t. Il, Savoie, était beau-frère du connétable de p. ao3, et t. IV, p. 664*)
esté pour joindre les estatz de ce costel-Ià. Ledict seigneur roy dès Ayx est allé à Tofon, et l'attend Ton en brief à Marseille, où les habitans, comme bons catholicques, le doibvent recepvoir en armes, et ce leur a esté permis et non à aùltre.
Ces jours passés audict Marseille est i^dvenu ung c^s, qu'est qu*ung alebardier du roy et quelques serviteurs de la contesse de Cherni , estans logez en la maison de quelque bourgeois voisin du logis de ladicte contesse, pensarent à la minuict tirer hors du lict la femme dudict bourgeois. Le bruict en vint jeusques aux oreilles du cappitaine de ladicte ville, quil fesoit le guet celle nuyt-là; lequel, en montant la visorbe^ de ladicte maison, fut tué d'un cop d'estocade. La ville se meit en armes, et se sarrarent les délinquans au logis du conte Aingràfie^, où ils furent, et ledict Ringraffe aussi, toute cesté nuict-là assiégez , et quelque chose que ledit Ringraffe feist pour se faire congnoistre» voyres ménstroit l'ordre de France ^uil tenoit en sa main, et disoit qu'il avoit servi trente. ans la coronne, si n'en peult-il venir au boult; et est certain que 3i les habitanz l'eussent tenuz pour huguenot, ils l'eussent tué. L&plus beau qu'il peust faire fot de se saulver,.par le moyen de quelques galeries estans en une faulce porte derrier son logis ^ en uae maison forte ^ près dùdit Mar* seille, où il est, et n'en partira que le roy ne soit là, craindant de mal avoir. Le marquis d'Albeuf &it ce qu'il peiist pour appaiser ladite ville.
' Ou viorbe, tour de l'escalier. p. Uào] , mais le 3 octobre 1 569. Son frère
* Jean Philippe, tué à la bataille de Frédéric, plus jeune de deux ans, y fut
Moncontour, qui fut livrée non en i564« blessé.
comme BOUS rarronsdk par erreur ( t VII ,
LE VICE-CHANCELIER SELD
( Mémoires de GraBreHe, XV, 3-4*)
Vienne, 4 novembre i564«
R"^ ac Ill°* Princeps, I>* observandiss®,
Ego hue circa finem prioris septimanae, quamvis diu et multum reluctatus, reversus sum; malaissem enim, tanquam miles jam emeritus et valetudinarlus, in quiète domestica permanere. Verum quoniam Csesar, artificio quodam [ut opinor) vefaementer a me contendit, ut saltem profectionem hanc ad majestatem suam hoc tempore instituerem, auditurus M*" S" voluntatem, necesse luit ut M** S"*, tanquam supremo principi, obtemperarem.
Certe M*" S*", quantum animadvertere possumus, negociis onmibus graviter, diligenter et cum summa prudentîa manum admovet, judicii enim acrimonia, et regendi consilii ordine, parentem longe (nisinae fallit opinio) superat; eloquentia porro in multis ac variis linguis tanta est, quantam ego in nullo alio totius orbis principe (quodtamen pace omnium dictum sit) esse arbitror. Dédit sane ejus rei nuper eximium spécimen; cum enim insignis legatio Veneta , duo videlicet divi Marci (quosvocant)procuratores, prolixo sermone italicoM*™ S*™ de obitu parentis consolati , ac rursus eidem de nova adepta dignitate congratulati essent, M*^S"' e vestigio eadem lingua, tam diserte, tam copiose respondit, ut non solum ipsis legatis, verum etiam omnibus circumstantibus ( circumstabaht autem plures exterorum principum oratores) adinirationi fuerit; praecipue cum constet M** S"", praeter matemam linguam, reliquas, ut puta latinam, hispanicam et bohœmicam longe esse familiariores quam italica esse possit.
Gaeterum inter alia, et hocmihi mtdto omnium jucundissimum est, quod hactenus (ita Deus mihi sit propitius) aliter percipere non potui quam M**°* S*™ ei^a serenissimmn regçm nostrum Hispaniarum optimo ac plane fratemo essé animo. Faxit Omnipotens ut hi praeclàri principes ad multos felicissimos annos ita perdurent I
Quoad religionem, M*^ S. hactenus (quamvis procul dubio muiti susurrones contrarium isuadentes noû defiierint] nihil inmiutavit. Interest enim (utantea solebat) tam sacro, quam Zitardi nostri concionibus, qui, me hercle! in bac parte constanter etegregie officio suo fungitur. Et cum nuper primarius provinciae supra OnasumS praelatus abbas de Grembsmunster, nescio quo spiritu ductus, uxorem duxisset, ac publicas nuptias celebrasset, mandavit M**** S. ut subito caperetur et ex vinctdis tam facti illius , quàm u^iversœ administrationis rationem redderet.Quseres, imacum multis aliis, firmam spem nobis facit M**°* S*^ (quidquid multi alii vel sperent vel desperent) a sacra catholica réligione non dicessuram. .... Eidem Gels* V* me quam hiunillime commendans. DàtxunViennse, 4 novembris anno 64*
LE BARON DE BOLWILLER
{ Mémoires de Granvelle , XV, 5-8. )
' FlorimoDt, 4 novembre i56â-
Monseigneur . Peter Ocs ne m*est encoires venutreuver, ny ne
m'est ung messagier retourné que, sont douze jours, j'a^y envoyé à Nancy portant lettres par où je fais entendre que j'attends ledit
* La rivière 4*Inii, qui se jette dans le Danube.
478 PAPIERS DETAT
Ocs, suyvant que le s' de Sillières le ma proposé delà part de Madame, et ce qu'encoires par lettres du xix* du passé il me renfreschit. S'il vient, j'entendray ce qu'il vouldra dire, et du tout vous donrray advertissement. Touchant aux 600*" escuz dont je vous ay escriptpar mes dernières lettres , où m'avez respondu et presque avec la mesme opinion (|ue la myenne , vous verrez aux nouvelles allemandes que je vous envoyé (combien en beaucoup de poincts vieilles, mais ettes emportent, si ne les avez heues^ que les sçaichiés) comme il se conforme que Ton envoyé argent pour secours en Dannemarcq , que je pense estre cestuy^cy desdits Yf m écus.
Je seroye bien de votre oppinion que l'empereur deust diffi&rer d'avoir diette, et attendre la venue du roy catholique 4 pour les rai* sons que dictes, et le grand bien qui en pourroit souldre au proffit de la direstienté , et mismement l'église catholique; et de ce en rescriptz-je et touche bien à monseigneur l'ardiiduc Ferdinand. Mab je me doubte que, comme ceste venue est tant 1 incertaine, voires quasi remise à jamais, et que se tenant une diette, qu'en icelle se traicteront choses au grand désadvantaige des catholiques, et que l'espoir de nostre religion, pour ceste absence, ne soit totalement perdue, et nous aultres catholiques enfin du tout déchassez; et vous voyez par les novelles sy-joinctes comme Ton commence à s'emparer des biens des ecclésiastiques. Dieu veuille en tout mestre le remeyde convenable, et donner le conseil i sadite majesté impériale de nous maintenir comme ont [fait] ses prédécesseurs. Je voidz à peu près son intention estre et tendre à entretenir esgalement amys des deux costez. Ep quoy (parlant humainement) ne seroit trop mal conseiller s'il se pouvoit faire, et en tant que sa majesté divyne en fust servye et s'en peust contenter. Mais enfin que ledit sieur empereur se garde que, tenant ceste forme, ny les uns ny les aultres ne se confieront, meins se' contenteront de luy.
Vous aurez veu la délibération que j'ay d^ailer à Agnaw, à qtïûy je me suis tout appresté. . . . , mais l'on me mande, du xxvi* du passé, que en l'abbaye où je me vouloye retirer, y estoit mort un sei-
gneurd^église, de peste, comme aussi deux ienffans enuaaultre cloistre, nommé SauvalburgS combien Tonjavoitmis si bonne ordre que Tei^oir estoit qu'elle cessera en ces lieux-là. A A^aw, la peste y avoit. quasi cessé; mais, la sepmaine après la Saint-Gai, y estoy^nt mortz de recbief quarante personnes , et s^est reprins, dé sorte que , s'il y a continuation , elle emportera la plus grande part de toute la ville. J'espère que j'aurai novelles la seppiaine prouchaine, et seray adverty, par les conseilliers de nM>nseigneur l'archiduc audit lieu, teoantma place, s'il y aura lieu sehur où je me puisse retireri et, selon ce, me guideray
Tay veu ce que Gamant vous a escript, auquel je i»e feray semblant de rien, comme le mandeii; et je ne pense que son fils vous voise si tost treuver, pour aulcun respect. Et ce que ledit Qamant parle du prince de Condé , vous sçavez ce que j'ay trakté avec ledit prince, et me donne grande soubçon le dire dudit Gamant, pour y veoir que ledit siéur prince recherche moyen de , à l'ayde de luy et aultrea semblables , s'emparer et faire ung jour seigneur dudit Metz.
Tay par cy-devant faict entendre à monsieur de Silliers appertement, comme en quelque sojrte que ce soit vous ne vous voulez medier en oest affaire de Dannemarche, rescripre au roy, ny y donr ner advis, s'il ce n'est que ledit seigneur roy vous en parle ou escripve, et, en sonmie, leur ay dict absolutement .le tout 4^ vostre intention, que je leur renfreschiray encoires^ et que, selon ce, ilz se gouvernent, sil leur playt; car, de mon costé, je ne peultz rien dire que préalablement l'on ne voye i'appuys qu'ils espèrent.^ . . .
J'ay veu ce qu'il vous a pieu m'escrijM:e du tumulte d'Anvers , i cause de la mort de ce galand de prédicant, et je m'esbeys comme cela ne baste , sans tant d'aultres choses, pour faire haster la venue du roy. Si faict certes ^ et vous renfreschiray ce mot, que, s'il ne vient tost, je me doubte qu'attendant plus, il viendra bien tard poiu* luy et pour le bien.de ses affaires : me remectant toutesfois ad ce qu'en sera; et pleut à Dieu , et ainsi le prie, que ce soit bien !
* Sainte Walpurge, fondation du xi* siède due à Thierry I* comte de BionibélianL
480 PAPIERS DÉTAT
Vous verrez, s'il vous plaît, par la lettre qu'on m'escript, que debvez venir vice-roy de Naples. Ce ne seroit estre en aulcun lieu où le votre contentenàent seroit, que je n'en soye, et je vous dits très-aise, conune très-obligé, de vouloir vostre bien, honneur et profiBt. Néantmoins, s'il est ainsi et qu'il se doibge faire, je treuveroye, veu le temps (à correction soit dit), sa majesté. catholique mal conseillée, non de vous faire ce bien pour votre repos , car méritez mieux , ains vous envoyant celle part, vous oster des Pays d'embas, en quoy seroit grande perdte. Et je le ditz notamment pour le mal qu'il s'en ensuyvroit (et véritablement) par votre absence à la chrestienneté, sans ce que je veuille mectre en avant quelz crix et bouche ouverte seroit entre les huguenots, et avec ce entre voz ennemys, que l'on vous auroit chassé de Flandres, comme monsieur le cardinal de Lorrayne de la court de France.
Il est fort notable ce que la royne d'Angleterre veult envoyer si chauldcment ambassades à l'empereur, et encoires plus ce que Cicel, son principal conseillier et gouverneur, a esté ordonné avec Fragmarton^ ; et certes il est à croyre véritablement qu'ils ont quelque menée à exécuter, soit ou pour animer ledit seigneur empereur contre la majesté catholique , empescher le mariaige d'Escosse, ou de faire entendre à sadite majesté impériale qu'elle vouldroit attendre que l'un dçs princes ses fils fust en eaige pour soy maryer; et, pendant ces termes, à l'ayde de ce Fragmarton^ qui est tant galand homme à gaster mesnaige, faire beaulcop de menées pour servir aux desseings de laditte royne, et, entre aultre, semer milz opprobres et injures contre ladite royne d'Escosse, et pour en desgoûter totalement monseigneur l'archiduc Charles. .... Et à tant, en me recommandant. Dès Florymont, ce 4 en novembre i564.
* Nicolas Trogmorton , aussi versé dans taire d*état , qui exerçait sur sa souveraine
les affaires d*état que dans les négociations un immense crédit, devint son plus dan-
les plus difficiles, était en même temps gereux adversaire. Il mourut en ibjo an
d*un caractère inquiet et fort enclin aux milieu d'un repas, non sans soupçon
intrigues. Cecil ou lord Burleigh, secré- d'empoisonnement.