‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 5 sur 77 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

DE CE QUI EST TRÉS-NESSESSAIRE POUR LE SERVICE DE LA TRÈS -SACRÉE MAGESTÉ DU BON ROY CATHOLICQUE.

( Mémoires de Granvelle , XII » i Sa - 1 35. ]

Premièrement, c'est qui fault changer son chiflfre, car le sien et celtuy de son ambassadeur de France est amplement manifestez tant en France que en Flandres , et le tout par le moyen de monsieur et de madame de Curssol*, qui ont trouvez fasson de le reconneictre et le donner à la royne ; et despuys a esté envoyé des coppyes en Flandres à monsieur d'Aicguemont , au sieur prince d'Oranges et aullres, desquelz l'ambassadeur Regnard a charge de conssulter et deschifiBrer tous les pacquetz qui peuvent attrapper, et bien souvant l'on en change les ungs pour les aultres, et ce faict de grandes menées de merveilleuse consséquance par toute la chriensté.

De sorte que l'on a délibéré, si la royne d'Espaigne n'a point d'enf-

' Antoine de Gnissol, créé plus tard de Clermont-Tallard , dont il n'eut point premier duc d'Usez, et sa femme Louise d*enfants.

fans, de gaigner les Pays-Bas et ce contté de Bourgongne; et sy elle a des eDffans, Ton gardera lesdicts pays pour euk, et les principaux desdicts pays Font ainssin promis et affermé ^ Ce sont les conspiration qui ce prépare.

Après, Ton a eu opinion et ferme créance que ledict seigneur roy catholicque ce voulloit faire roy de France, par menée secrette, soubz ombre de la religion catholicque et avec Taide de messieurs de Guise; de sorte [que] pour vengance l'on a envoyez , yl y a plus d'ung an, en Turquye vers le Grand Turc, pour faire dessendre les Tiurctz en la haulte Ytallye; et est certain et sans doubte que Ton traicte le mariage du roy de France avec la pettytte fille du Turcq, qui est pour troubler le repos publique.

Après, y a ung filz que l'on dict le feu grand empereur Charles avoir advouez par son testament estre sien*, le recongnoissant pour Tung de ces hérittiers, que Ton délibère le maryer en France, pour après faire la guerre, disant que don Charles n'a pas le pouvoir de vivre longuement, et encores qui deust vivre, l'on n'en faict pas grand estât.

Et quant aux princes d'Autriche, filz du roy de Boesme, que de présant sont en Espaigne, c'est de ceulx-là que l'on attand auttant d'aide, le cas advenant , qu'il preigne l'alliance de la royne de Navarre, madame de Vandosme; car de long temps il en a esté propos qui ce contynue secrettement, c'est-à-dire du petyt prince de Navarre et de la fille dudict roy de Boesme , et mesmes des filz et filles de France.

En oultre des conffédérations qu'ilz ont tant en Engleterre que en la Germanye et en Espaigne, de sorte que l'on dict que sy le roy estoit parti d'Espaigne, yl n'y pourroit renttrer sans grande guerre.

Qui est la cause que sy hardimant l'on parle hault en Flandres aux particypantz de tout ce que dessus, n'anttandant point sa venue, veullant gouverner par force ; et on délibère que madame la duchesse de Parme, nostre gouvernante , s'an retomera en Ytallye, ou l'on luy fera tuig maulvays tour, et bien tost.

Et combien que monseigneur le cardinal de Granvelle soit venu

* (Affirmé.) — * Don Juan d'Autriche. (Voir tome IV, page 497.)

seurement en Bourgongne, c'estoil pour FincerUitude de son disparlement ; que si l'on en heust eu certain advertissementz , yl heust eu de la peync. L'on a délibéré de le mander bien tost pour retorner en Flandres ; mais s yl y va , ce sera à sa pertte , ou il sera gardé des mains de Dieu.

Le prince de Condé est en Picardye, avec l'admirai et Dandellot, qui ont force assamblée, et veullent recommancer à faire prescher. Ce sont menées que beaucoup de gens n'attandent pas. Geste dame de Curssol faict touttes les traflficques de touttes pars avec l'admirai, n'espargne ne or ne argent : car la grande bource leur est ouvertte. Yl y a un grand Portuguetz S lequel fust envoyez pour les affaires du feu duc de Vandosme, quant Ton luy donna les ylles de Sardaigne pour récompance du royaulme de Navarre, duquel yl ce fault songneusement garder; car c'est l'ung de ceulx qui s'enttand avec ladicte dame de Curssol, et auquel l'on a promys ung grand présant pour quelque chose qui ne m'a encore estez déclairé.

Sy le roy n'eust renvoyez lesFrançoys et Françoyses d'Espaigne, yl ne fust plus du monde; car la conspiration étoit prinse de l'otter du millieu.

En cecy y a ung remède bien excellant, et dont l'on poura avoyr jouyssance seurement et secrettement par moy, qui n'en sera jamais rien seue, comme l'on peult pencer que ma vye y gist. C'est que l'on peult avoyr certain advertissement de monseigneiu* le cardinal de Bourbon^, lequel a envye de soy maryer; yl est nottoire qu'il est chef du conseil de France , premyer prince du sancg et bon catholicque , et que sy la couronne de France estoit hors par la mort des enffans du feu bon roy Henry, ce que Dieu ne veuUe permectre , le

' C'était Antoine d'Almeïda qui, dans * Charies de Vendôme, alors âgé de

les années iSBg et i56o, fut employé quarante el un ans, était cardinal depuis

ëonjointement avec Pierre de Navarre, i548. Il mourut en 1690, une année

bâtard de la royale maison de ce nom , à après avoir été proclamé roi de France

négocier en Espagne Tindemnité que soUi- par la ligue , sous le nom de Charies X.

citaientAnl.de Bourbon et Jeanne d'Albret, (Voir tome IV, page 6i5-6i6.) sa femme, pour la perte de la Navarre.

peuple Taymeroit trop mieulx poiir roy que nul aulire de Bourbon. S'yl estoit possible de luy trouver quelque parti secrettement, et luy ayder à avoir une dispance du pape dont personne ne fust adverty, ce seroit, à mon plus grand advys, ung grand soulaigement pour la religion catholicque et grand support pour le service de sa magesté : remectant le tout à sa bonne voullunté.

J'eusse bien sçu davantaige sy je heusse voulu donner quelque présant, et heusse bien recouvert la coppye du chiffre vostre; mais rhomme qui Tavoyt en ses mains ayant perdu son argent à la pryme \ vouUoit avoyr deulx cens escuz de moy, et craignant d'avoir nécessitey, il ne me fust possible. Cella se pourra bien recouvrer ; ayant de voz nouvelles, je feray tout debvoir; mais yl me fault aussy donner moyen d'une pantion ou aultre tel que pourrez adviser : car sans cella il ne me seroit possible.

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