AUTRES NOUVELLES DU XV DE NOVEMBRE
(traduit db l* allemand.)
L'emperetu* lève mil chevaux, quelques enseignes de landsknechts et des Hongrois pour s'opposer aux progrès du waywode de Transylvanie. La paix avec le Turc n'est poftit encore certaine, et plusieurs pachas donnent ouvertement assistance audit waywode. Le lieu d'assemblée de la diète de l'empire n'est point epcore assigné, à cause des ravages de la peste.
* Voir tome V, page 1 38.
LE PRÉSIDENT VÏGLIUS
( Mémoires de Graavelle, XV, 87-89.)
Bruxelles, i5 novembre i564.
Monseigneur, me trouvant débiteur de trois lettres de voslre illustrissime seigneurie, du 19, 2 4 et 28 du mois passé d'octobre, je respondray par cestes de eodem atramento à toutes
La duchesse accepta l'accord des aydes de Brabant, le xx** du mois d'octobre ; mais, quelque diligence que soit esté faicte, l'on n'a encoires sceu obtenir la signature dudict accord. Je ne sçay si les prélats vouldront auparavant veoir la nomination de l'abbaye de Tongerlo; et ce pendant l'on diffère de procéder en la négociation de la dernière demande pour l'entretenement des garnisons , lesquelles crient bien hault et nous menassent merveilleusement, et leur doibt l'on noeuf mois , oultre le prest qu'on leur a falct. JL'on cherce argent partout pour aucunement les contenter ; et suis esté si bien recommandé vers son altèze, que, par sa charge, M, de Hachicourt\ pour leur payement, m'est venu demander ung prest de trente mille florins, puisque j'avois trouvé en la maison mortuaire de feu l'abbé de Saint-Bavon^ si grande quantité de deniers. Mais, comme l'on dict parle proverbe, « Cantabit vacuus coram latrone viator, » ainsi ne suis
' Philippe de Montmorency, seigneur ^ c Cet abbé, écrivait Viron, maître des d'Achicourt, chevalier de la Toison d'Or, • comptes, au cardinal, va plus en genêt chef des finances aux Pays-Bas en même « dalme en son cloître qu en religieux. Lui temps que Charles de Barlaymont. Il était « e\ quelques autres ont honte de montrer oncle paternel des frères Philippe, comte « couronne (tonsure cléricale). » (Mémoires de Homes, et Floris, baron de Montigny. de Granvelle, XXV, 9.}
esté guèras empesché à m'excuser, car ce que je puis avoir trouvé chez mon prédécesseur a esté largement employé en satisfaction de son testament ,, et achèvement des édifices par hiy encommenchez , et en aultres œuvres pieux; et, quant au revenu courrant, je faiz mon mieulx de ce qui reste , oultre la despence , le dispenser à l'acquit de ma conscience, sans vouloir thésaurizer pour si peu de jours que j'ay à vivre , bien qtie je me garde de non me mectre en arrière, et avoir pour furnir au marchié; et peult V. I. S. facilement penser dont me procède ceste faveur : et pleust à Dieu que j'eusse le moyen pour assister aux nécessités de sa majesté, ce que ferois plus voluntiers et avec moindre intérest que ceulx dont m'est procédé ceste recommandation .
Nos prélats insistent fort pour estre asseurez de la cassation des unions, enquoy son altèze leur a promis toute faveur; mais, comme le pape y vouldra mal entendre sans préallablement sçavoir ce que se debvra surroguer en leurs lieux, pour accomplissement des dotz des éveschiés ,• son altèze a député quelques commissaires pour y adviser, lesquelz gaigneront, comme je tiens, aultant de gré que nous avons faict. Quant à ce que Fabbaye de Saint-Bernard debvra furnir, je tiendray la main que tort ne soit faict à vostre archeveschié , du moins icy. Sonnius se tait présentement, et, comme je crois, il a escript en Espaigne , et illecques adressé ses plainctes. Mais , quant à vous mectre en la possession de voz limites, villes et paroiches attribuées à Malines et Boisrle-Duc, qui demeurent encoires soubz Cambray et Liège , je ne voys point [rébus sic stantibas) comme y sçaurez, en absence de sa majesté, parvenir sans grande ruse. Quant Ton en faict mention vers son altèze, elle répète tousjours les empeschemens que ont donnez aux affaires publiques les nouvelles éveschiés, et que le roy a esté mal conseilhé
Le cardinal de Lorraine, comme archevesque de Rheims, a convoqué à sa synode provincial les évesques de Canibray, Tournay et Arras, faisant l'ignorant du changement piéça faict, lesquels ont demandé advis à son altèze sur ce qu'ils auront à faire et respondre ;
et n'a peu icelle estre d'auhre, sinon de dire que ilz «ntendeqt obéyr à ce que par le pape leur a esté ordonné , les ayant séparé de laditte province de Rheims et suhmis à Farcheveschié de Cambray. Je oyz aulcuue fois des propos bien estranges contre noz éveschiés, qui correspondent mal à Tintention du roy, du moings celle que ses lettres nous ont cy-devant faict entendre. Mais quant Ton allègue sa majesté ; Ton respondt que l'avons mal informé ; et puis que noz propres gens tiegnent ce langaige, je ne m'esbayz de riens que ledit cardinal prétendt de garder sa prééminence. Le cardinal Pacbeco escript à son altèze avoir parlé au pape sur l'afiFaire de Vaucelles et aultres poinctz en question résultant des unions , mais que sa sainteté respondt qu'il avoit esté si facile de l'accorder, présupposant que les bénéfices uniz estoient du patronaige du roy, et si cela n'ostoit, il n'entendoit rien oster aux aultres, remettant ces différens à la justice. Sur quoy ledit cardinal escript et désire sçavoir ce qu'il doibt répliquer. J'avois conceu quelque chose pour l'informer; mais ledit cardinal ne a la chose au cueur, et icy samble que l'on ne se soucye beaucoup si le tout va en fumé. Ledit sieur cardinal s'est aussi excusé de parler au pape sur L'induit du subside, pour n'estre sa sainteté bien édifiée envers sa majesté, poiu* accorder telles choses en sa faveiu:. Néantmoins je luy respondt que il le propose, et face son mieulxvers sa sainteté, espérant qu'elle sera bien ayse de gratifier en cecy àsadite majesté et regaigner sa grâce. Il est bien difficile de bien négocier ces choses, pour le peu de correspondance et intelligence qu'il y a entre les ministres, et que ces affaires se donnent par diverses mains.
Je remercie très-humblement V. I. S. de la bonne et prudente doctrine qu'elle me donne pour entretenir son altèze et avoir moyen pour lui déclairer les choses qui attouchent à sa charge, pour le bien de ces pays; etvous promectz, monseigneur, que je faiz mon mieulx de me y acquitter et que je ne laisse riens; mais les couraiges sont par trop changés, et s'est son altèze de tout adonnée aux seigneurs, et ne luy sçaurois rien dire à part (que m'est permis bien peu souvent) que incontinent elle ne le relate à Armentèros, et que ces sei-
gnçurs sont advertyz ; et Dieu sçalt quelle glose on faict y dessus , qui mecause de y aller plus retenuement.
Les affaires de pardeçà, et signament de la religion, vont journellement tie pis en pis , et se perdt grandement Tauctorité de sa majesté , laquelle* Ton redressera difficilement cy-après, ayant le cheval gaigné la bride ; et je tiens que icy ne défaillent gens qui en advertissent en particulier des choses qui en cest endroict passent pardeçà, pour les faire venir à la cpgnoissance de sa majesté. J'ay bien voulsu toucher aussi quelques mots à M. Tisenach » pour avec opportunité le remonstrer k sa majesté, et pour aucune ma décharge servira aussi ce que, escripvant à sadite majesté sur ma retraicte remise à sa venue, je remonstriz le grand bçsoing qu'on avoit icy de sa présence. Aussi, où je puis mectre la main à ce que, soubz nom de son altèze, s'escript à sa majesté, je faiz mectre les choses de la religion comme elles sont; mais il y a davantaige plusieurs^ aultres choses qui ne vont pas bien : mais je ne me puis encoires résoldre de donner Tadvertissement à sa majesté par lettres, affin de non me mettre en hazard de rompre entièrement avec son altèze et les seigneurs, qui ne font crier sinon qu'il y a de ceulx qui informent le roy sinistrement coaitre eulx, et que quelque jour ilz recepvrontleur mercède; etjàont umbre contre moy pour la profession que je faiz de demourer vostre serviteur, et qu'ilz sçaivent que nous escripvons ultro citroque; et espère n^ieulx de la clémence de sa majesté, que qu elle se deubt prendre à moy de non luy avoir donné Tadvertissement de ce que se passe icy; et ne sçay si sa majesté ne Tayme pas mieulx de le dissimider. Certes, aucuns disent que sa majesté tient pour bon ce que ces seigneurs se sont ainsi liguez, puisque c'est pour le bien du pays et pomr son service, auquel ilz s'offrent avec corps et biens; et, soubz ce couleur, est l'on après pour réconcilier avec eulx le sieur de Berlaymont. M. d'Egmonde ne parle plus de la promotion de Hopperus, mais je croy qu'il aura escript à sa majesté, ou, du moings, parlé à son altèze, laquelle gouste (à ce que me semble) assez ledit Hopperus, et s'y enclinera plus facilement pour estre quite de moy; et pleut à Dieu que ce fust bientost.
Je envoyz dernièrement à V. I. S. les requestes de la ville de Bruges et des quatre membres contre l'inquisiteur, sur lesquelles a esté apostille ce que V. I. S. verra par le biHet cy-joinct^ Les seigneurs y favorisent fort, et semblablement ne peuvent ouyr que Ton sustiegne le droit de sa majesté quant aux confiscations , combien que , en leurs terres, où ils ont haulte justice et droit de confiscation, îlz ne vouldroient quicter d'img poiL Je craindz que bientôt nous n'ayons une nouvelle ambassade et recharge sur cecy par lesdits membres, combien que j'aye faict mon mieulx pour les divertir; mais la saison leur est présentement si propice, qu'ilz ne la laissent pas voluntiers passer. Sur l'esclandre advenu à Anvers, en l'exécution du prédicant Christophe Fabricius*, Ton va bien froidement, et toutesfois, quant je puis, les faiz stimuler par lettres; et si plaist à V. I. S. veoir ce qu'on a escript d*icy ausdits d'Anvers , ensamble ce qu'ilz ont respoadu , elle trouvera quasi le tout par les copies ci-joinctes.
Quant aux psaulmes de David , imprimez en Anvers par Plantin , avec les notes de Calvin et translatez par Marot et Bèze*, et ce soubz congié donné au conseil en Brabant, plusieurs aussi par deçà en sont fort esté scandalisez , et s'est excusé le chancelier sur les conseilliers ayans accordé ledit congié sur le rolie, et le curé de S. Nicolas de ceste ville qui les a visité, et sustient la translation estre bonne, mais des notes dist ne savoir à parler. A la fin, l'on a fait retirer et brûler tous les exemplaires restans, et escript aux villes ce que V. I. S, verra parla copie, et demandé l'advis de ceidx de Louvain, pour sçavoir si la translation et le text soit bon, selon qu'il est persuadé à aucuns seigneurs.
Quant est de noz commissaires estans par delà, l'on ne me com-
' Voir l'annexe A . à la lettre de Vigiius , CXVI, CXXI , CXXV et CXXIX ci-devant.)
du i8 octobre, n" CXV. ' Puis mis en musique par Qaude
* Il était originaire de Bruges. Toutes Goudimel , de Besançon. Ce compositeur
les pièces officielles relatives aux désordres distingué, fugitif de sa ville natale pour
survenus à Anvers lors de son exécution ses opinions rdigieuses, périt à Lyon, en
se trouvent dans les Mémoires de Gran- 1 673 , à la suite du massacre de la Saint-
velle, XV, 90 à 95. (Voir aussi les numéros Barthélémy.
muDÎque riens, siaon ce où fauit niectre le grand sçau; et n'y a guères qu'on m'envoya un placart pour publier en Bourgongne touchant l'exhibition dés lettres d'achaptz, accensissemens et gaigières des terres du roy et ottroyz pour acquérir biens féodaux ; sur lequel je remonstriz à ceuhc des finances quelques difficultés, et que me sembloit estre mieulx de di£fôrer la publication jusques les estatz fussent tenuz , pour estre matière telle qui pourroit à plu«îeurs donner altération et reculer l'accort deTayde; sur quoy depuis ilz ne m'ont dit aultre chose ■
Le duc de Holsten se marie au mois prochaiaavec la fille du lantgrave , que le roy de Swède debvoit avoir\ et a esté nostre roy prié aux nopces, requérant ledit duc qu'il vueille en son lieu entoyer le prince d'Oranges; sur que l'on attend encoires laresponce d'Espaigne.
Hier se sont célébrées, è Malines, les nopces du fils du conte Jan d'Ostfrize avec la soeur duxontedeHochstraten^, où jl y a fort grande
compaignie et assamblée des seigneurs Et à tant, monseigneur,
me recommandant, etc: .... De Bruxelles, ce 1 5 de novembre i 664.
De vostre illustrissime seigneurie très-humble serviteur,
VIGLIUS DE ZUICHEM.
Votre illustrissime seigneurie verra par deux escripts cy-jomcts en quels termes est notre appoinctemcnt avec Angleterre*. Le petit est celuy que Sicel* avoit donné à notre ambassadeur, et l'aultre est dressé icy sur la résolution de son altèze , lequel si bien né plaira de tout à V. I. S.; mais ilfault que nostre plume se conforme à ce qu'elle conclut et commande. Et certes, ceulx d'Anvers et les marchans ont, dois le commencement, gasté nostre négociation, et commenchoit
* Voir tome VII , page 4o8 , el ci-de- * La première de ce» deux pièces , que
Yanl, 183. nous n'avons- pas cru. devoir reproduire,
' Barbe, comleaee de Hochstraten. Son sa trouve au tooie XV des Mémoires de
époux était Maximiliea, fds unique du * Granvelle, page 9g. (Voir la seconde au
comte Jean d'Oatfirise et de Dorvthée, fiMe n* CXU ci-après. ) na(yre1le à% Tempereur Maximilien I. ^ Cecil.
PAftERS D*éTAT. VIII. 63
deqà la duchesse prester Toreille à la suggestion du trésorier,- d'accorder à certains marchans la réserve d'apporter les draps d'Angleterre, moyennant quelque somme darçent, ce que eustgasté tout; et a esté contredict par les seigneurs.
LE SECRÉTAIRE BAVE
( Mémoires de Granvelle , XV, 1 09- 1 1 3.)
dnixelies, i5 novembre i56i|.
Il ne sait autre chose de Renard « sinon qu4i est bien avant en chemin ; » mais il a eu soin de prévenir M. de Tisnacq, « afin qu'il ne se laisse abuser par ses propos et beau parler; car il le sait assez favorable envers ledit Renard. ■ Rien ne s'est amélioré à Bruxelles ni dans les Pays-Bas depuis le départ du cardinal Armenteros gouverne tout, et si dans le temps les seigneurs faisaient le même reproche au prélat, « pourquoi souffrent-ils qu'un tel patron suive cet exemple et dispose de « tous les offices et bénéfices ? Le président passe tout et ne fait semblant de rien. ■ 11 n'aspire qu'à quitter les affaires et n'a point envie de découvrir au roi le véritable état des choses. M. de Vergy, gouverneur de la Franche-Comté, se plaint des commissaires envoyés de Flandre, et principalement de Moron M aucun d'eux na encore trouvé bon de se présenter à lui. Les réponses aux dépêches qu'il adresse dans les Pays-Bas sont brèves et sèches ; et quant à la correspondance que l'on tient avec ces mêmes commissaires , il ne la connaît pas du tout , parce qu'elle se fait au département des finances. Les informations relatives « aux anciennes gagîères , ■ selon les avis donnés à Bave, concernent prindpalement la maison de Granvelle^;
* A la date même de cette lettre, le car- « de vindication et partialité. » {Mémoires de
dînai , s'adiessant à Tisnacq, hiî faisait de Granvelle, XV, 85.) grandes plaintes contre Moron, «dont * «Quelques gagières( dit le cardinal),
• rindiscrétion pourroit sosciler quelque « achetées bien chièrement, non pas de
« trouble; sous couleur de service , il use « S. M. maïs de tiers possesseurs. > #
niais elles amèneront bien d'autres découvertes, et Ton reconnoitra sans doute que le prince d'Orange possède « beaucoup de pièces de cette origine, •c'est-à-dire qui sont des dépendances de l'anden domaine. — Stratius ^ a renoncé à son emploi de professeur à Dole , et est maintenant au service de ce prince. • Je ne sais , ajoute « l'auteur de la lettre, ce qu il atrouvé d'excellent dans un tel philosophe? » Le cardinal fait bien de s'abstenir de prendre part aux états de Bourgogne : « car s*il s*y « passoit quelque chose dé contraire , qui ne fût au gré de ceux des Pays-Bas , on « lui en imputeroit la faute. » Au reste, le crédit de la maison de Rye n'est plus si grand pour que , au besoin , il ne s^élève contre elle d'autres opposants^. Quant aux aides des états de Brabant , elles ont été accordées par les prélats et les nobles , mais les communes n'ont point voulu y entendre, ce qui n'empêchera pas quon n*en commence la perception. Diverses autres nouvelles d'un faible intérêt.
' Etienne Strats, natif de Salins, avait étudié à Bourges, squs Pierre Loriot, son célèbre compatriote. Dès lors « il 8*étoit « rendu chartreux , mais n'y demeura « gifères. » Grantelle le fit nxmïmer professeur en dnÀi à Dole, puii conseiller au conseil de Brabant. « Ambitieux mais lé- * gier, • il se démit de cette charge, disant « qu'il n'y pouvoit , avec bonne conscience, «demeurer, pour ce que, en ce conseil, « oy Dieu ny le maistre estoyent servis ny «la justice administrée, ny avec la dili- « gence, ny comme il convenoit. » 11 fut rappelé à Dole, où son peu d'exaôtitude dans tes lectares excitant de justes plaintes , il iinit par retourner dans les Pays-Bas. ( Mémoires de GrxinveUe, XV, 67, 68.) Plus tard, bon attachement au prince d'Orange non moins que ses opinions vdigieuses lejrèn*
dirent suspect; il fut arrêté à Anvers, lieu de sa dernière résidence, et peu après condamné au dernier supplice, qu'il subit à Wilvorde en 1567.
' « MM. de Ryie , » disait le cardinal en pariant de Marc et Claude-François, père et fils, dans deux lettres des aS et 3i mai 1 565, « sont des cerveaux peu reposés, et « me semble le père de cerveau plus jeune « encore' que le fils. • Et ailleurs : « Tous « deux savent mauvais gré à quiconque ne « fait pas ce qu'ils imaginent être juste et «faisable.» (Mémoires, XVIII, 192 ) Ces deux geljtilihommes avaient d'intimes relations aveclesméconlents des Pays-Bas, et Claude -François a porté ostensiblement leurs emblèmes. Nous dirons plus tard sa fin tragique.
LE VICE-CHANCELIER SELD
(Mémoires de Granvelle, XV, iSS-iSg.)
Vienne, 33 novembre i56à.
R°^ ac Ul"** princçps, Domine observandissime ,
Haud multo post quam proximas meas ad Celsitudinem vestram dederam, venerunt ad me ejusdem lilterae sexta octobris date.
Et quoniam tmie de omnibus illis, quae mibi occurrebant, Cels°* vestram abunde certiorem reddidi , deest mihi nunc propemodum (ut veritatem fatear ) materia scribendi , ut intérim taceam quod gravi cattarro per hosce dies aliquot afflictus, dîctandi potius quam scribendi officio fungi coger.
Quid vel quantum prœsentia mea in bac aula boni efiBcere possit , nescio; hoc unum scio, in tanta temporum ac hominum diversitate, insignem artificem eum esse opportere qui id corrigat, in quo ipsius propemodum fati vioientia laboramus.
Caesar noster adbuc praeclaram nobis spem facit se a patemis vestigiis non discessurum. Opus tantummodo erît ut, per bonos ac fidèles consiliarios, in eo proposito retineatur, nec detur iocus adulatoribus quibus antiqua omnia sordent, nova probantur. Sit enim genius principis tam excellens, quam unquam esse potest; experientia tamen aliquando docet verum id esse quod in comœdia dicitur, ut servi suum volunt, esse ita ille solet, bonus cum probis est, malus cum malis.
Comitiorum celebrandorum ratio adbuc apud nos obscura «st, et forte ante proximum ver nihil fiet, stante enim adbuc bello Hunga-
rico, quod neaoio quem finem et quaodo sit habiturum. Caesar A hisce regionibus (ut arbitror) facile discedere non poterit;- non solum ne ea negiigantur quae ad expeditionem bellicam sunt necessaria, verum etiam ne subditi reddantur pusillanimes, tanquam a domino suo destituti. Intérim , donec certius aliquid de eventu rerum cognoverimus ^ poterunt conventus in Austria ac vicina Moravia* sine omni periculo celebrari; idquç pcppedîem est iuturum.
Turcae, qui nobis sunt vicini, constanter adhix affirmant se motibus hisce Hungaricis non favere. Utcunque alias nebulones illi , aliquando una manu panem^ altéra vero lapidem ostentare soient. Cseterum de hoc ciarius prohunciabimus ubi ab hominibus nostris, qui Constantinopolim profecti sunt, habuerimus responsum
Archiduces nostri, Ferdinandus et Carolus, in eo nunc satagunt, ut administrationem provinciarum suarum stabiliant. Est autem uterque ipsorum religionis catholicae tenacissimus» eamque nullo humano casu videntur esse deposituri : nisi quod Carolus, quantum ad hoc, duriores partes sufitinet,, quod subditi ipsius ab illa religione hactenus longe lateque deflexerunt, quod de Austriacis superioribus dici non potest.
, Duxnoster Bavaris^hac œstate prœterita, vehementer conflictatus est. Cum enim in quosdam suos primarios nobiles^ qui ipso invito , novam religionem inducere conabantur, severius animadvertisset, cymque principes nonnulU, qui forte melius agerent si sua potius quam aliéna curareni, patrocinium illorum nobilium acrius quam par erat in se suscepissent , res. non procul ab armis videbatur abfutura. Cœterum dux, pro sua prudentia ac dexteritate, ita se rébus omnibus accommodavit , ut non facile credam ampliorem aliquem tumultum inde oriturum.
Eidem Cebitudini vestrae me quam humillime commendo. Datum Viennae, 22 novembris an^ 64*
Cels. V* obsequentiss.
G. S. SELDIUS, D.
AU BARON DE BOLWILLER
(Mémoires de Granvelle, XV, i45-iii8.)
ChantoDDay, 3 3 novembre i56^&.
Monsieur, jay reeeu voa lettre» des xnu* et xviii* de ce mois,
et me sont venuz toutes deux trouver icy, où je suis venu pour assister au baptesme et tenir une 6iie que madame de Chantonay, ma belle-sœur, nous a faict, etysummes bien bonne coinpaignye, y faisans très^bonne chère, et se prépare M. de Chantonay, mon frère, pour partir et aller servir sa charge , apf èB le my-mois que vient. Mais il se treuveen peyne du diemin qu'il debvra prendre, attendu le danger dé peste qu'est à tous coustelz, lequel, comme je voy, a recommancé à Hagnan, ce que, comme vous escripvez, empeschera vostre allée ià pour quelques jours; mais je louhe Dieu dé ce que j'entendz par voz lettres que le faict de la religion y passe mieulx, par où la dilation de vostre ailée celle part sera tant plus excusable. Mais je vous prie de me vouloir advertyr avec vostre commodité, d'icy au temps du partement de inondit frère, par quel chemin il vous semblera que plus convenablement et avec moings de danger il se puisse enchemyner
Je ne sçay que penser de ce que l'on tarde taot & vous envoyer Peter Oss ; mais quand vous lui parlerez , je m'asseure que vous esdercirez aiséement toutes choses ; et ne veulx pas discourir plus avant dont procède la publication des emprinses de madame de Lorraine; mais bien dirai-je que je les votiJdroye veoir bien achevées à son contentement, ce que je ne voy encores jFort prest, et Dieu
veulle que le roy nostre maîstre vienne au printemps, cpraine madame k diuîfaesse, selon que vous escript le sieur de SiUières, prétend et espère ^ J'ay bien le memne espoir, mais je païeroye bien quelque bonne chose pour en estre du toot asseuré; et, s'il vient au printemps, je présuppose qu'il sera bien du moings le mois de may, pour le re^ei^ de la navigation. Et devant, que Ton ait négocié lors avec sa majesté et (aict les apprestes, la saison sera bien avancée : je diz sy Ton pense faire quelque chose Testé prochain, auquel cas le plus sheur suroît d'envoyer doiz maintenait en Ëspàigne, pour préparer le tout; mais sy les intelligences «e peuvent soustenir jusques à Tan suyvant, je suis tousjours d'advis que ces choses se négocieroicnt et traicteroient mieulx en présence de sa majesté, que le consultant doiz Espaigne en Flandres, y estans les choses comme elles y sont et les affaires maniez par ceuli <[uy y mettent la main , comme je suis assuré que vous l'entendez. Je louhe Dieu que ladite dame duchesse de Lorraine mère se commance mieùlx {x>urter, et véritablement la perte d'une telle princesse seroit de très-grand préjudice et regrettable , et notable perte pour la religion?; Dieu , par sa grâce, nous la veulle conserver et maintenir en santé I
Le tumulte d'Anvers n'est pas de sy peitite importance que aulcuns se
^ Daas sa Utlre, d'ailleurs peu intéressante, du 18 novembre {Mémoires de Gronveîle, XV, ia6), le baron mandait ce qui suit au cardinal : • j'ai reçu lettres de M. de « ^iers , par où je Toidz qu*OD se fonde « de leur.cotté sur la venue du roi en ce «printemps prouchain, et que cela sera «cause qu*ilz nenvoyeront en Espaigne, «espérant cesle venue; et moy je croidz < qu'il leur manque gens pour ce faire. Le
• mesrae sieur de Silliers dict qu'il croid
• bien que les emprioses de madame de « Lorraine, au faict de Dannemarcq, sont
• toutes publioques, ne sçaichant d'où cela « vient, combien, à «on jugement, il pro-
■ cède de la natare du subject, lequel est « si çler et si bien fondé que toutrle monde « peult penser que ce qu'il ne se faict se I debvroit faire, et qu'if est esmeu de con- « descendre k ceste oppinion pour les offres a que tout le monde vient faire de servir «Madame en ce négoce; vuillant inférer • qu'on ne debvroit point dormir, veu ce « quil se présente , que luy fera dire : Vox « tulgis vox Dei. •
* Christine de Daaeonark, duchesse douairière de Lorraine, vécut jusqu'au 9 décembre 1690. Alors eile était âgée d'environ soixante-sept ans.
figurent ; sy est-ce que je ne pense pas que ce soit avec fort bon fondement que les protestans font desseing sur ladite ville, nest pour penser que l'infection d^icelle en gastera d*aultres, et que Ton osteroit le nerf, qu est largent, au pays d'embas pour se défendre : car de s'en penser servir pour la force d'icelle, il ny a grand fondement, pour estre ladite ville au mylieu du pays et tant eslongnée des frontières, et en assiète telle que, pour la multitude des habitantz, il seroit aisé à quy est signeur du pays les domter et ranger à la raison par famine, leur serrant haut et bas la commodité des rivières; mais le pis est de Teiemple que sur ce peuvent prendre aultres villes , et que le commerce, sur lequel les pays d'embas sont fondez, en pourroit souffrir.
J'ay piéça entendu les emprinses que faict le vayvode de la Transilvanie , Stephaoo , contre $a majesté impériale , et de trois places quil a surprins, nonobstant la tresve dont M. le président Viglius,
selon qu'il m'escript a heu advertissement de nK>nsieur le vis-
chancellier Seldt; mais je n'avoye pas sceu que le bassa de Bude et aultres ministres du Tnrcq y aydassent; ce que, sur ma foy, me mect en très^rande peyne , considérant ce qu'en pourroit succéder, et que sa majesté impériale se pourroit , en ce commàncement de son empire , trouver fort empeschée et travaillée , et que la nécessité la pourroit constraindre d'anticiper le temps de la diette , pour demander secours et assistence, pour obtenir laquelle il' pourroit faire quelque maulvais marché , cy-après irréparable, et négocier à la première diette avec désavantage et bien peu de réputation; et un maulvais commàncement ha souventesfois longue suytte de mesme: Dieu, par sa grâce, y mette la main !
Au regard de ce que vous désirez sçavoir, principalement deux
poiifts l'ung , sy la princesse de Condé est morte ; l'autre, sy
je n'ay rien entendu de certain de l'entrevue que se dqibt faire entre mons' le cardinal de Lorraine et le prince de Condé à Soyssons : (piant au premier poinct , il y a, à mon advis, longtemps que je vous ay adverty de la certaine nouvelle du trespas de ladite dame, et en
cela il n y a que doubler ; et davantage vous puis asseurer que plusieurs huguenotz estoient en espoir que le prince son mary se marieroit avec la royne d'Angleterre : en quoy ilz n eussent peult-estre pas tant gaigné quilz pensoient, car Tinimytié naturelle qu est entre les
chose de Tentreveue de Soyssons, et que le cardinal s y trouveroit par charge expresse de la royne mère, à laquelle ledit cardinal travaille fort de complaire, pour entretenir son crédit et de sa maison ; et de ce me suis-je apperceu en aultres négociations. Mais je ne sçay aultre chose de Tentreveue que par ceste conjecture, et ce que vous m'escripvez ; je m'en informeray davantage, voyre plus tost envoiray là tout exprès, pour après vous faire entendre ce que j'en pourray sçavoir, puisque tant vous le désirez.
Au regard de Metz,,pour moy je nay haste, et attendray ce que, avec vostre commodité, vous m'en manderez; bien vous prieray-je que ce soit lors le plus particuhèrement que faire se pourra, non pas que je prétende de sçavoir les noms de ceulx quy vous y doibveKt correspondre , que j'entendz fort bien ne vouldront estre publiez ny il ne conviendroit, mais, pour me ramentevoir les choses passées, et me dire ce que de présent vous penseriés ofifrir et pouvoir faire, et quelles conditions vous désireriés. Et est ung bon poinct ce que vous escripvez que, non obstant que la citadelle fust achevée, encores en penseriez-vous venir au bout. Je me doubte qu'il soit vray ce que l'on vous a dict ^ et que Gamant touche par ses lettres , que le prince de Condé, ou du moings les Chastillons prétendent audit Metz; car, par les lettres qui me sont venues de France avec celles de nostre ambassadeur, que sont escriptes à Marseille, l'on m'advertit que l'admirai et Andelot avoient faict quelques assemblées à couleur du recrot^ des nopces dudit Andelot, et que ledit admirai avoit envoyé ledit Andelot avec ii^ chevaux vers Marsal, pour s'il pou voit surprendre la place, et synon retourner, sans faire semblant, vers la Picardie, séparant ses gens de cheval pour ne donner imibre en ce coustel-là, comm'il feroit y venant tant accompaigné. Et sy vous avez cognoissance à quelc'un audit Marsal, vous luy pourries mander qu'il soit sur sa garde, sans dire d'où vous vient l'advertissement.
Il est vray, ce que l'on vous a escript de Lorraine, que l'on a descouvert quelque practique à Ayre, mais non pas, à la vérité, du
' Littéralement, restes d'un banquet.
prince de Condé ; ains y sont esté prîns aulcuns quy quelquesfoys alloient vers le gôÛTemeuF de Calaix, qu^est catholique, et communiquoient avec luy sur Testât de la force d'aulounes places du Pays d'embas : qu-a esté cause de leur détention.
Encores ne sont du tout accordées et résolues les aydes vielles au Pays-Bas, dont il y a près Jun an que Ton donne joiumellement espérance; et toutesfois estoit party de Bruxelles le prince tfOranges, pour aller à Breda, appelle par sa femnje qu'est prochaine de sa couche Priant le Créateur, etc. De Chantonay, ce xx^ni* de novembre i564.
CXXXVIJI.
AU BARON DE BOLWILLER
( Mémoires de Granvelle, XV, i5i.)
Chantonay, 94 novembre i564.
Mons*^, suyvant ce que je vous ay escript, par mes dernières
je ne veulx délaisser de vous dire par ceste que, ce jourd'huy, m'est venu parler ung homme de cognoissance, qu estoit il n y a que cinq jours à Tours , lequel me dict avoir là entendu le mesme que vous mWeE escript de Tentreveue que se faict à Soyssons d'entre mons"^ le cardinal de Lorraine et le prince de Condé, et me dict l'on que c'est pourtraicter le mariage, qu'est conforme à ce que nostre s^mbassadeur m'a adverty, comme vous aurez entendu; mais l'on faict. courir le bruyt que ce soit pour marier ledit prince avec la royne d'Escosse , que me semble fort peu apparant, et seroye plus d'opinion que ce seroit pour l'aultre , ne fust que la royne d'Angleterre cherche de ma-
rier la royne d'Escosse bassement, et que les Françoys vouldroyent qu'elle demeurast pour quelcun de France, pour plus tenir lyez les Escossois avec eulx; et j'ay bien apperceu que ledit s' cardinal, pour entretenir son crédit en France , soit à torl ou à droit, procurera une partie de ce que la royne mère vouldra. Et me recommandant, etc. De Chantonay, ce xxnii* de novembre i664.