‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 53 sur 77 · AU SUJET DE LA NAVIGATION ET DU COMMERCE · texte numérisé non relu

AU SUJET DE LA NAVIGATION ET DU COMMERCE

( Mémoires de Granvelle, XV, loo et ai 4.)

3o novembre 1 564.

Quoniam inter regîam catholicam maj**™, nomine provinciarum Germanie inferioris, et serenissimam reginam Angiie, questio et difficultas orta est, tam super antiquis tractatibus et commertiorum intercursibus, eoruindemque întellectu, elucidatione et observatione, quam super edictis et mandatis quibusdam proximis superioribus annis et mensibus super navigatione, manufacturis, et aliis m^rcimoniis utrinque prorouigatis, neque non depredationibus factis, conventum et concordatum est diligent! tractatu super ea re habito , inter easdem régis cath, et ser™® regine Ang^e maj^*, ad eum modura qui sequitur :

Primum, ut ad dictas questiones ac difficultates dissolvendas, et antiquam pacem, concordiam et amicitiam fovendam et conservandam, tam super omnibus supradictis quam super aliis quibuscumque difficukatibus et querirooniis eodem pertinentibus, colioquium seu communicatio habeatur inter utriusque maj^ commissarios ac deputatos, sufficienti procuratione munitos, qui très utrinque desumpti, unus scilicet ex ordine aurei velleris et jarterii respective, alter ex arcano utriusque principis consilio, ac tertius jurisconsultus et rerum usu peritus; fide publica ad boc data cum débita securitate convenient in civitate Brugcnsi.

Ad quod quidem colioquium accelerandum , conventum est quod ^o^ die a mutua traditione harum presentium quam quidem orator

supradicti régis catholici faciet in manus supradicte sei™ regine , et regina in manus ipsius oratoris, commissarii dicti régis catholici, se confèrent Brugas, et commissarii ser™^ regine Anglie ad oram marittimam presto erunt, quamprimimi temporis ratio feret in Flandriam trajecturi , et deinde recta Brugas profecturi , sic ut quarto die post appulsam illuc Anglie commissariorum, coiloquium inchoatur.

Addito porro quod supradicta mutua traditione facta, ex tune xnii** die qui proxime subsequetur, publicatio fiet, utrinque per litteras in débita forma et cum congruis mahdatis et clausulis expeditas, non solum suspensiones onmium utriusque partis cdictorum super navigatione, manufacturis et aliis mercimoniis hinc indepropter contraventiojxem supradictorum tractatuum et intercursum in dubium vocatopum a vigesimo primo die januarii, mortem serenissîme et preclare memorie regine Marie proxime insecuti, usque in hune diem promulgatorum et publicatorum; sed etiam liberi intercursus inter mercatores et subditos dictorum principum hinc inde ad eum modum exercendi, quo ante dictiun xxi diem januarii exercuerint et exercere illis licitum ftiit; qui quidem intercursus et suspensio usque ad finem supradicti coUoquii (nis^ aliter per ipsum» coiloquium communiter cdncordatum fuerit ) sunt duraturi ; additis insuper tribus utriusque septimanis post publicationem, sive insinuationem dicti colloquii finiti ad res intérim libère disponendas.

Ac si quid super iis que dicta sunt eorumque intelligentia oriatur difficultatis, fiet simptex etamicabilis interpretatio sine ulla captione, quemadmodum inter principes, tam conjunctos et vicinos, decet.

In quorum omniiun supradictorum inviolatam fidem et observantiam hoc preseùs instrumentum per ill°^^ ducissam Parmensem, gubematricem supradictarum provinciarum inférions Germanie, nomine régie cathoUce maj***, signatum est, die ulûma mensis novenabris, anno Domtni ]564.

AU PRÉSDENT VIGUUS.

(Mémoires de Graaveile, XV, 1 63- 166.)

De Gray, jour de Saint-Audré [3o novembre] i564.

Mons', j'ay receu voz lettres du xv* de ce mois avec les pièces et copies joinctes, de la communication desquelles je vous remercye trèsaffectueusement, et de la part qu'il vous plait me donner des affaires occurans. Et pour y respondre, je m'asseure que vous entendez assez que ce que j'ay escript de vostre partement de Gand et absence de la court n est pas pour non désirer vostre repoz et contentement, la bonne disposition de voz affaires et tout ce que vous peult venir à plésir, mais ^our veoir la saîion telle que toute absence répugne à vostre auctorité; et comme plus Ton procure faire les affaires sans vous, tant plus nuyt vostredicte abscence et d'icelle Ton se sert à leurs déseings; et je vouldroye vostre auctorité estre soustenue et conservée ou restablie , tant pour vostre respect et affection que je vous pourte, que pour le publicque , lequel requéroit très-fort que Ton vous donnast plus de crédit et auctorité.

Il vad fort bien que la négociation des aydes soit venue en telz termes que Madame ayt pu faire acceptation de Paccord; mais je le vouldroye veoir tout signé des prélalz de Brabant, et que jà Ton peust recepvoir les deniers dudit Brabant et des aultres pays; à quoy Schetz et Strale\ comme j'espère /ne contrediroient; et aussy vouldroye-je veoir ce des garnisons mieulx enchemyné et plus avant : car je crains fort qu'à faidte de la soulde il ne succède quelque inconvé-

* Antoine. (Voir tome VI, page 545.)

nient. Da moings Ton ne dira que ce soit à ma faulte ny pour mon respect; mais je ne laisseray de sentir et avoir regret austant que quy que ce soit, sy, à faulte de payement, inconvénient en advient. Il est bon du prest que Ton vous a demandé; je voy que vous entendez le langaige et y avez respondu de mesme.

Nous verrons ce que feront plus avant ceulx que son altèze a commis pour chercher le complément du dot de Malynes et Bois-le-Duc, pour faciliter le despeche que demandent à Rome les prélatz de Brabant, et vous mercye cordialement Tasseurance que vous me donnez de tenir la main à ce que tort ne soit faict à mon archevesché de ce que proviendra de Saint-Bernard, et Ton verra ce que fera Sonnius en Espaigne par ses lettres. Il avoit parlé, comme Ton m'escript, dy vouloir aller, et je n'en estoye marrypour aulcuns respectz.

Sy Ton ne me peult mectre en Tentière possession de mon diocèse , que je pensoye se pouvoir faire, puisque Ton a accordé avec les prélatz de Brabant quant aux unions, qu estoit ce que se débattoit et non la division des éveschez, j'en auray patience et me contenteray d'estre tenu pour diligent et de l'avoir ramanteu, ne veullant prétendre chose que puisse troubler les affaires du maistre. Peult-estre sera-ce le miculx ; et venant sa maj*^, le temps poiu^ra devenir meilleiu*, et ha raison Madame de dire que ce des éveschez a grandement incommodé les affaires; mais sy Ton me prenoit par serement je sçauroye fort bien dire le pourquoy, et sy le roy a esté mal conseillé d'y entendre. Ton le debvroit imputer au marquis de Bei^hes, auquel sa maj^ m'a escript de sa main qu'il le commanda en Angleterre avant l'envoi de Sonniusà Rome, et non à moy\ ny, comme je pensera vous.. Elle a respondu de bouche sur ma lettre et requeste présentée par

' Au risque de répéter une citation « estre Tun des quatre que un des dix-sept ;

peut-être déjà faite , nous transcrivons le « mais m*ayant dit sa majesté son intencion

plissage suivant d*une lettre du cardinal , « après les bulles despéchées, que Sonnius

écrite à Foncq, secrétaire d*état, le la jan- «rapporta de Rome, je y ay aidé pour

vier i58a : « Les nouvdles éveschés ne se « obéyr. » [Mémoires de Granvelle, XXXII,

«firent de mon avis; car Ton se cachoit 9-10.) « de moy , jugeant que j*aymerois mieulx

mons' le prévost; je n'ay heu garde dy faireréplîcque, aussi ne m en

a elle rien escript.

La responsc que Ion a conseillé aux évesques quy souioient eslre soubz Rhaims, donnée au cardinal, d'obéyr à l'ordonnance que le pape leur a faict, est très-bonne et pertinente; et quant aux propoz que souvent vous avez ouyz sur ce des éveschez, peu revenans à Tintention du roy, il est aussy aisé à juger dont ilz procèdent. Si j'estoye bien asseuré d'avoir ce que je vouldroye quand ce langaige change* roit, je me tiendroye heureux; et il me semble que d'ores en avant Ton commancera à parler d'aultres choses : que nous avons en ce mal informé le maistre , pour luy faire avoir bonne et saincte intention en ce des éveschez; l'on nous faict tort, ny en avons jamais escript chose que du sceu-, vouloir et consentement de son altèze; et sy elle tomboit en aultre opinion que celle que je l'en ay veu avoir, elleauroit bien changé, mais non pas, à mon advis, gaignéaut^hange, mais empiré d'opinion; et quy l'informera aultrement» sera celluy quy l'informera mal, peult-estre pour non Tentendre

Quant à ce que je vous ay escript du chemin qu'il me sembloit vous pouviés tenir, n'estoit pour vous endoctriner ny instruyre (je prendroye de vous en tout advis), mais meu de l'afifection que je vous pourte et pourteray tant que je vive, et par désir de vostre grandeur et auctorité , et pour le zèle que j'ay au service du maître. Mais, sur ma foy, je suis honteux que l'on crainct tant Armenteros, estant quy il est; nous en sûmes bien [souvenantz] qu'ilz crioient que je vouloye bailler pied par delà aux Espaignolz, et qu'ay^je jamais faict pour donner ocoa^ sion à tel jugement? Quand je y estoye, tout le temps que je y suis esté, a-il prins ce pied? quy le luy a donné, synon ceulx quy ont faict les plainctes? Qui a nommé Mondragon^ et Robles^?Les choses se çions-

' Christophe de Mondragon, créature naire à la dtaddle d'Anrers, dont il avait

d'Armenleros, devenu avant 1576 capi- le gouvernement. (Voir tome VI, p. 565;

laine du grand chàleau de Gand. Il se tome VII, page 507.) signala dans les guerres de Flandre « et fil ' Gaspard de Robles lirait son nom

surtout des prodiges de valeur dans la dé- d'un village de Portugal ou il était né; du

fense de Middelbourg. Il mourut octogé- reste habile et aurtoot trà8*«fttmé dan» la

trent et la passion, et suis esbéhy oomme Ton est empesché à ranger Armenteros, estant quy il est, et passans les choses comme elles passent. Pour cela croy-je bien que Ton se contente de mon absence, car, sans point de faulte, je ne compourteroye telles indignitez, ores que je deubsemorir; et me semble que je ne seroye pas* fort empesché pour remédier à ce poinct, puisque je nauroye que trop de raisons de mon coustel, fondées sur le service du maistre et de Madame mesroe et bien du pays; mais je suis icy trop loing pour y mectre la main.

Ce qiie je sentz le plus est ce que vous m'escripvez que les affaires mesmes de la religion et aultres vontsy mal, comme vous m'escripvez, mettons les jours pis; et puisque vous nen osez escrire, pour les raisons que vous m'escripvez, je ne vous en veulx presser davantage, en ayant dict tout ce que j'en sauroye dire ; et seroit à mon grand regret que, pour mon respect et de nostre correspondance, vous receussiés mal des seigneurs ny aultres. L'on ne dira jamais avec vérité que nous ayons informé mal le maistre contre eulx; nous avons escript des affaires aux lettres de Madame, et moy aux miennes parti* culières, comme ilz sont esté, etj'ay veu plusieurs mynutes de celles de Madame que je ne pense elle aura après changé, mais il ny avoit chose dont les seigneurs, avec raison, se puissent plaindre qu'elle n'ayt escript firanchement la piure vérité. Le maistre est là quy peult parler et dire. Que Ion nous menasse à ceste occasion, sur ma foy, monsS je ne me repentz de chose que j'aye escript, et s'il estoit à faire, je le feroye, ny pour menasse laisseray de faire mon debvoir. Bien auray-je tousjours regard, comme j'ay heu du passé , de le faire de sorte que personne ayt juste occasion de s'en plaindre; et sy Ton veult aultre chose , que Tonserche ung aultre que moy, et auray pa-

guerre. li construisit, vers 1670, la forte Philippe , appelé quelque pari beau-iilsde

citadelle de Groningue, et éleva dans la Pierre-Ernest Mansfeld, et une fiUe dont

province de Frise des digues qui furent nous ignorons le sort. (Voir aussi tome VI,

d*une grande utilité. De son mariage naqui- page a 8 1 . ) rent Jean , surnommé le comte d*Anapeo »

tience d'estre persécuté pour avoir soustenu la vérité et la justice, et rendu mon debvoir, et espère que à la fin du jeu je ne m'en trouveray que mieulx; du moings Dieu, qui voit tout, le recc^oistra : où est ma principale expectation. Que le maistre soit bien aise de la lighe pour le respect de son service, comme vous dictes par voz lettres, je sçay fort bien ce qu'il m'en a escripl, qu'est bien loing de là; et me semble qu'il entend ce poinct et ce que cela vault, comme vous et moy, et vient ce que l'on en dict là d'Armenteros.

Il me desplait que mons' d'Aigmont ne parle plus de la promotion de mons'' Hopperus, ayant de mon coustel escript bien amplement ce que convenoit, soubz l'espoir que l'on m'a voit donné que ledit sieur escriproit ; et seroit encores bien requis qu'il escripvît en quelque forme que ce peust estre, pourveu que le maistre cogneust que luy et les aultres seigneurs ont l'opinion de luy bonne. Cela , à mon advis, suffiroit pour beaucoup ayder ; du moings j'auray faict ma part : bien en advienne!

Tay veu les apostilles que l'on a donné sur les requestes des quatre membres de Flandres, contenues au billet que vous m'en avez envoyé, dont je vous remercye; elles sont très-bonnes et à propoz, ny sçay ce que, estant le procès pendant, ilz veullent ou peuvent de raison demander davantage , synon instruictz de ce que l'on a faict avec ceulx de Bois-ie-Duc, et que, le procès pendant, l'on a despossessé le roy ; et ne sçay comme le roy debvroit prendre que ceulx quy ne vouldrôient perdre ung poil de leur droict en cas semblable , treuvent bon que le roy y perde le sien pour gaigner crédit vers le peupie, estans conseilliers et obligés par serement à l'auctorité et profit de sa majesté. U fault qu'il y ayt pour eulx quelque théologie aultre que celle que se treuve aux livres que se lisent à Louvain.

Les diligences faict es, par lettres de la court, à l'endroict de ceulx d'Anvers pour le tumulte, sont fort bonnes; mais ceulx de la ville, et spécialement l'ofiGcier \ y ont procédé bien floschement, et s'en escript et parie diversement partout.

» (Officiai?)

La court de parleinent\ avant la venue de voz lettres, 4oubtant que le privilège de Plantinus^ fust faulx, a défendu le livret des pseaulmes en François, conune il Ta imprimé avec les notes. Jà en sa maison s'imprimèrent les cathécismes de Metz, et me doubte que en ce des pseaulmes, ou luy ou les siens non eurent dolo. La faulte des deux conseilliers n excuse le chancellier ', qui scelle en choses de ceste qualité; mais Ton Tempesche^, tant au voisinage de M. Bave, qu'il ne peult penser eti tant de choses, oultre que son cerveaul n'est grand, ores qu'il présume beaucoup d'icelluy. Les provisions que vous y avez donné sont fort bonnes, et mériteroit, oultre ce, le chancellier une bonne répréhension, s'il n'estoit tant amy d'Armenteros; mais je ne sçay comme il peut drapper avec. Au reste, avec le crédit qu'il ha en court, il fera maintenant veoir au chancellier les estoiles.

Je m'apperçoys bien que l'on ne vous doibt pas donner part de toute la commission que l'on donne aux commissaires envoyez par deçà. Moron dira là merveilles, l'on verra ce que siu* ce il appourtera, mais du moings il ne reviendra devant le3 estatz tenuz, ny mons*^ de Rye, qu'est allé au Daulphiné, et a là mené grandes practiques pour proroguer le jour jusques après les Roys, poiu* donner temps à leurs menées et à leur retour. Mais mons' de Vei^ a voulu obéyr et tenir le jour prins par son altèze, puisqu'il n'estoit remys à luy, afin que si mal advenoit, l'on ne die que s'il eust tenu le jour, il n'eust donné temps aux menées que ce pendant, peult-estre, se pourroient faire au préjudice de sa majesté. Et suyvant ce se tiendront lundy; mais j'espère lors estre à Besançon, et me garderay fort bien de m'y trouver. Le mandement, duquel prudemment vous avez esté d'advis que l'on difiera la publication jusques après les estatz tenuz, est tout

* A Dole. ie cardiBal, rempli d'invectives et de ca-

* Christophe Plantin , célèbre impri- lomnies. Cette pièce, dont ]a forme et ie meur d'Anvers. fond n'inspirent qu'un trop juste dégoût,

* Jean Scbeyfne, citoyen d'Anvers, vi- a élé imprimée k Anvers par Corneille de vait encore en i58o, mais avait cessé Bruyn, in-4*« et est insérée dans les Méd'exercer aucune fonction publique/ Il moires de Granvelle, XXXI et suir. existe de lui un pamphlet virulent contre ^ ( Contraire. )

PAPIERS D'éTAT. VIII. 66

publicqvie par icy, s'en estant ventez, comme Ton me dict, Moron et la Villette et encores Dissey, pour picquer ceulx auxquels il touchera, et donner à entendre que par ce moyen s'açcrôistra tant le demaine que, sans foule du pays, nous aurons des hommes d'armes et chevaulx ligiers, et gaigner par ce bout la noblesse à leur poste. Je diz ceulx quy espèrent avoir les charges ou estre retenuz, estansjàpar eulx les charges données et rôles falctz; mais les saiges uy veuUent mordre, considérans les foules et charges et inconvéniens qu en succéderoient au pays. Et pleust à Dieu que , ny à Dole ny icy, il n'y eust pierre en fortification; le pays en seroit plus à son repoz I. . . .

J'ai veu les copies des lettres qu'il vous a pieu me communicquer, que sont bien rétboriquées; et l'on peult juger dont procède la comparaison d'avoir admis à Béthune les cordelliers et reffusé aux nobles l'assemblée, quy se peuvent resentir. Sur ma foy, la saison est estrangel Dieu, par sa grâce, y mecte la main, puisque à peu de chose il y pourroit remédier, et le maistre aussy, s'il y vouloit venir; et s'il ne vient, je ne sçay plus que l'on fera, synon que quelque grand désordre causera l'ordre; et je voy les choses préparées à ce.

Dieu doint bonheur au duc de Holstein^ quy se marie I Je crains que de luy Ton ne reçoipve ung jour de la fasçherye, et Dieu sçait comme je suis combattu de madame de Lorraine et de Sillières, sur les belles occasions que se perdent pom* elle durant ceste guerre de Suède et Dannemarche. Je m'en démesle, etay dict tout plat que je n'en veulx estre l'aucteur, pour estre quelque jour lapidé, des Hollandois. Sy mons' le prince vad pour sa majesté aux nopces, il coustera bon, pour non dire aultre chose de ce que s'y peust considérer, et du sentement que madame de Lorraine en aura.

* Adolphe, Ton des fili cadets de Fré- le roi d'Espagne aux fêtes de ce mariage,

déric I , roi de Danemark , et fondateur de et de remettre de ea part à la npuvelle

la maison de Holstein-Gottorp, épousa épouse «une bague du prix de cinq à six

Christine de Hesse-Cassel , ainsi que nous «mille florins.» (Lettre du président Vi-

Tavons déjà dit dans une précédente note. glius au cardinal, du i3 décembre, dans

Sur le refus du prince d*Orange, le comte les Mémoires de GranveOe, XV, a 60.) de Hoogstrale fut chargé de représenter

Je vouldroye jà avoir une nouvelle du retour de ceulx quy sont allez à Malynes aux nopces; car je crains léz troubles que succèdent souvent de ces assemblées, ores que l'onçe coiu'ousse quand Ton dict qu'elles sont à craindre; mais l'on ne dict ce que passa à Culembourg que Ton tint fort secret, ny en quelx termes s'y trouva feu monsieur de Glajon; et, n'y pouvant remédier, je diray avec l'aultre :

Bien en advienne

J'ay veu les deux escriptz siur la négociation d'Angleterre ; il me semble tousjours que, poiur sy peu de temps, il estoit niiieulx différer la suspension des édlctz jusques la communication tenue, et en user selon la résolution que prendroit la négociation, pour non perdre l'avantage que nous avons sur eulx, ayant mesme sa majesté trouvé sy bon que l'on y tînt ce respect. Je crains que nous n'y ferons pas ce que conviendroit, et sy ferons les Angloys insolentz, et leur donnerons moyen pour, s'ilz veuUent, nous mal faire; mais les oflBces des intéressés avec Angleterre peuvent plus, ores que ce soit contre le

service du maistre. Et me rccomn^andant De Gray, ce jour Saint*

Andrey, i564.

LE BARON DE BOLWILLER

( Mémoires de Granvelle, XV, 179-183.)

Florimont, 4 décembre i564.

Il lui trace Titinéraire que doit suivre M. de Chautonnay jusqu'en Bavière, afin d'éviter les lieui infestés de la peste , et envoie copie d'une lettre de M. de Si]liers^ dont le contenu lui fait présumer que la duchesse mère de Lorraine

^ Voir au a 5 novembre, n* CXL.

n'enverra personne en Espagne, faute d^un sujet capable «à moins tl'un autre « dessein en tête > dont ou lui fait, mystère. « Mais , d'un autre côté , ajoute le baron , « attendre la venue du roi est chose trop incertaine ; car il ne viendra jamais , « ou quand il viendra, il ne pourra, ou enfin s'il vient, ce sera bien tard pour re- « médier aux affaires de la chrestienté. > Il croit, comme M. de Granvelle, que le fait seul d'une rébellion de la cité d'Anversvserait sans résultat; mais les huguenots prétendent que son exemple serait suivi par les autres villes des Pays-Bas,

• que s'unîroient et se feroient villes impériales, n avec l'appui qu'elles recevraient d'Allemagne, de France et d'Angleterre; et il craint « que la parfin n'en « soit telle, > si le roi continue à tenir si peu de compte de ses Pays Bas^ Bolwiller sait de bon lieu que le pacha de Bude « et autres ministres du Turcq > fournissent des secours au vayvode de Transylvanie, et que le colonel Schwendi, qui n*a point encore voulu accepter les offres de service à lui faîtes, met à son consentement des conditions telles « qu'il semble qu'il se voudrait volentierdesvelopper « de la charge. » L'éloignement du roi catholique aura une fâcheuse influence sur les délibérations de la prochaine diète d'Allemagne, et il est à craindre < qu'on y perde entièrement l'ancienne religion. » Dans cette même assemblée , les Français espèrent obtenir de l'empereur l'investiture de Metz « disant qu elle

• leur a été promise. » Une lettre reçue de l'archiduc Ferdinand fait croire au baron « que ce prince recevra de bon cœur > le service que le cardinal peut fkire « envers le roi pour l'archiduc Charies au fait (du mariage) d*Ecosse. •

' M. de Chantonnay écrivait dans le même sens au cardinal, son frère, le 7 novembre précédent. Voici ses termes :

0 Quelque chose que le roy m'aye dit et « les sieurs de son conseil , j'ai grande « doubte que les affaires qui nous touchent « demeurent aussy oubliées que le surplus :

« car, en toutes les choses que n'ont leur « respect nécessairement dressé à Espai- « gne ou ceux qui en sont, Ton y vit au «jour là journée, sans se travailler ung « pas plus oullre. Vous^ êtes prudent pour « considérer ce que cela ?aut. » [Mémoires de Granvelle, XV, 44.)

L'ÉCUYER PIERRE BORDEY

(Mémoires de Granvelle. XV, 175-177.)

Bruxelles, 4 décembre i564.

Quelques cas de peste ont été reconnus à Bruxelles. Bordey persiste dans la conjecture qu*il a formée depuis quelque temps , que la duchesse de Parme ne montre plus que de Tindifférence pour la personne du dMinal, et il pense que ce prélat en aura déjà été averti de plusieurs côtés. Armenteros a un tel crédit auprès de cette dame , « qu*il semble qu'elle ne fait rien sinon par lui ; aussi lui « fait-on la cour comme si c'étoit le prince» autant les grands que les petits. > Il ne donne plus à Bordey « que des bonjours de cour. > Le dernier courrier arrivé d*Bspagne a rencontré à Vittoria Renard, « qui se douloit aucunement des gouttes. > Une galère turcqué est arrivée en Sicile amenée par les esclaves « qui avoient re- « couvert la liberté par le meurtre du capitaine , de nuit dans le lit. >

Nouvelle émeute à Valenciennes, «beaucoup plus grande et pire que la pre- • mière, parce que Ton dit que, ayant fidt infiraction des prisons ib s*étoient fait « maîtres des deux portes. » Toutefois, selon ce que Bordey apprend en écrivant ce détail, « il iTy a qu'un prisonnier échappé par l!ayde de la fille du geôlier, « qu'était amoureuse dudit prisonnier. > L'écrivain de la lettre n'en conclut pas moins : « qu'il y a apparence grande , si Dieu ne mect la main , que l'église « aura à souffrir. > on vient de l'assurer que Vesalius était mort d'un catarrhe, au retour de Jérusalem , en une ville non Résignée de la Grèce , « et en a été ad- « vertie sa veuve (qui réside it Bruxelles ) par aulcuns pèlerins qui lui ont donné « sépulture. Cette veuve demeure riche de cinq mille livres de rente, et de plus « de trente mille livres d'argent comptant. > Le colonel Schwendy, avec trois mille Allemands de pied et mille chevaux , qu'il a levés en Allemagne par ordre de l'empereur, va se joindre aux Hongrois pour défendre leurs frontières contre le yayvode, déjà maitre d'une ville dont ij s'est saisi par trahison, et qui ^n assiège une autre. Ce prince a plus de trois mille combattants sous ses ordres.

LE PRÉSIDENT VIGLIUS

(Mémoires deGranvelle, XV, 2ia-ai3.j

Bruxelles, 6 décembre i564.

Monseigneur, les dernières lettres que j'ai receu de vostre illustrissime seigneurie estoient datées du ix du mois passé, et attendant quelque messaigier^eur, j'ai bien voulsu, pour responce et par provision , tenir prestes cestes, ayant ung peu plus de loisir que à l'ac-

coustumée Son altèze m'envoye aucune fois Hopperus, pour,

sur les choses qui occurrent, sçavoir mon advis, et je y satisfaiz le raieulx que je puis.

« Geldri , ad quos Cobelium cum aliis coramissariis miseramus pro « pacificandis veteribus illorum adversus consilium querelis, per- « fricta fronte , licet parum admodum fuerat inventiun veri funda- « menti ex ipsorum parte, contendant ut cancellarius, una cum con- «siliariis, qui non suntnationis Geldricœ, ablegentur; eo concesso, « ad ulteriora mox progressuri , ita ut neque gubematorem neque « uUum regiae majestatis ministrum, illic toleraturi sint amplius. »

V. I. S. peult considérer à quoy ceci tendt, mais il y a plusieurs « qui in huj^s modi occasiones inhiant ; » la duchesse dict savoir de bon lieu que en Alematgne Ton brasse quelque chose contre Geldres et Frize: « verum ego ab domesticis magis metuo. » Le peuple est encoires iUecques assez ferme en la religion, mais la noblesse commenche à sentir les aulx des voisins, et Tung gaste Taultre. Pleust à Dieu que ceulx qui hantent et visitent nostre court puissent retourner mieulx édifiez, et ne ouyssent plusieurs propos contre les éveschés, contre rinquisition , contre Testât ecclésiastique; et toutes les nouvelles

qu on oyt sont des emprinses et menasses des huguonots contre ces pays; et adjouste Ton que les sieurs de Montgomery^ et Estrées^sont ou seront les chîefs des huguonots de Flandres , et qu'on a jà enroUé plus de quarante mille; et pour plus descouraiger les bons, se sert l'on de dire qu'il n'y a plus moyen d'y sçavoir résister. Je faiz à rencontre tous les offices que je puis; mais le maistre nous demeure trop longuement dehors. Vostre ijlustrissime seigneurie me anime tousjom^s, et enhorte de continuer mon service en ce temps tant nébuleux, ce que j'ai faict jusques à présent; mais comme V. I. S. me représente aucune fois que demourant icy , je ne me sauray descharger vers sa majesté, non luy faisant le tout entendre par mes lettres, certes c'est assés pour de tout me mettre en désespoir. La duchesse, qui tient ici le lieu de sa majesté, voit et sçait le tout, et V. I. S. est souvenante quel stil ' l'on a tenu à exhaulcer et louer les bons offices de plusieurs à Tendroit [de] la religion avant son partement, et pour le présent riens ne s'escript, par mon dictier^ne stil des secrétaires, à sa majesté qui ne soit tamisé et reveu au conseil d'estat, etencoires monstre aux seigneurs bien souvent à part, et y sert Armenteros après de contrerolleur : par quoy je ne me sçaurois ici eslargir plus avant que la résolution porte. Bien me sers^je de la cautèle d'y joindre les informations, lettres et advertissemens, desquelz sa majesté pourra bien souvent plus clérement entendre Testât de ce pays que par ce que s'escript et est contenu esdites lettres de son altèze.

* Gabriel , et non pas Jacques de Lorges- Mongommery (voir tome III, page 169) , le même qui . fort involontairement, blessa à mort le roi Henri II dans un tournoi célébré en 1559, avait embrassé la réforme, et en défendit la cause avec vaillance pendant les guerres civiles. Après avoir échappé au massacre de ses coreligionnaires dans la nuit du a 4 août iSya, il fut fait prisonnier à Domfront, et remis au parlement de Paris , qui le condamna À perdre la tète sur un échafaud. Cet arrêt (ut exécuté le

36 juin ib'jli. Le roi Henri III réhabilita sa mémoire.

* Probablement Léon- Antoine d'Ëstrées, fils de Jean , grand midtre de Tartillerie de France, mort, en 1667, dans un âge fort avancé. Lui-même fut gouverneur de Paris et de TIle-de-France , et donha le jour, entre autres enfants, à la célèbre Gabrielle, maîtresse du roi Henri IV.

' (Style.)

* (Sous ma dictée.)

Et certes, monseigneur, sa majesté a bien peu aultant entendre ces années passées, et par ce gu elle oyt joumelenient, que s'il ne veult perdre ces pays , il est de tout requis que luy-mesmes viegne et y mette le remède. Sa majesté ne nous a encoires riens respondu sur le faict du concile, et cependant plusieurs sont embouchez de tout contre icelluy, et commenche Ton à parler des articles de la doctrine, et que quant à icelle les consciences doigent estre délaissées libres, que rinquisition doibt de tout cesser, qu'on doibt permettre la commimion sub atraque. Aultres vont plus avant, jusques à approuver k confession augustane de tout ; et tenant les grandz semblables propoz> soit «ex animo aut non, Deus scit; » la chose ne passe sans grand scandale et dangier.

Ung courrier des marchans estant naguères venu d'Espaigne , dit avoir rencontré l'ambassadeur Renard (ainsi il l'appelloit) à Victoria , et à la mine qu'il tient samble « quod eat ad triumphum : > nous orrons en brief comment l'on luy sera allé au devant. Morron a piéçà esté icy, mais l'on me cache sa négociation , comme plusieurs aidtres choses qui soidoient passer par la chancellerie et soubz le seau, et se contente l'on bien maintenant de la main de son altèze, pour non avoir qui y contrerolle. L'on verra avec le temps si l'ancienne manière de faire ou la nouvelle soit meillieiu*e , et y aura telz qui ne sçay si sçauront bien respondre et rendre compte de leurs actions.

L'affaire d'Angleterre est icy assés résolu, suyvant la forme que vostre illustrissinie seigneurie verra par l'escript cy-joinct en latin ; mais encoires doubtent aucuns si la royne l'acceptera ainsi, parce qu'elle entendt que noz marchans d'Anvers meurent après les drapz d'Angleterre, ayans jà faict grande provision pour amener par deçà, et aucuns s'avancent de les apporter de nuict , et parle Ton de quelques milliers arrivez en Anvers. Le margrave \ à ce qu'il dit, mettroit voluntiers la main desus, mais il y a partout quelque article ou

Jean de Immerseel, cheTalier, sei- tué au sac de cette ville, dix ani après, gneur de Baudries et SchontKit; il était le 4 novembre 1576. Tun des échevins d'Anvers en i566, et fut

glose de la joyeuse entrée qui donne empeschement; et je crainds grandement que vostre prophétie ne soit par trop vraye. J ay faict mon debvoir de le rempnstrer, et a le conseiller d'Assonleville aussi longuement tenu bon; mais la pluralité, accompaignée de Tauctorité, remporte.

J'ay faici dépescher une lettre à l'empereur en faveur de ceulx de Dole, poiu* leur université \ contre ceulx de Besançon. Nostre nouvelle université de Douay devient de jour à ault^e plus fleurissante , mais de l'aultre costel, noz seigneurs, et mesme mons' d'Egmonde, ne sçavent trouver bon d'avoir mis ceste université en une ville frontière ; et si le roy luy donne le gouvernement de Lille, elle aiu*a à souffrir

Noz seigneurs, et principalement mons' d'Egmonde, portent assés bonne faveur au conseiller Hopperus , et monstre son altèze avoir aussi assés de contentement de son service ; mais je ne puis sçavoir s'ilz auront escript au roy, et j'espère que ouy, et y correspondant vostre illustrissime seigneurie avec ses lettres à sa majesté /nous entendrons quelque jour ce que sa majesté y aura résolu, et si icelle ayme mieulx préférer quelque aultre : Dieu vueille qu'il n'adviegne comme en Brabant. A moy il en chaleroit^ bien peu, moyennant que je fusse dehors, et selon que je me trouve mal avec les jambes, je ne seray guères plus disposé de fréquenter la court, et voyant ce chan-^ gement j'en voUldrois estre bien loing d'icelle.

J'entendz que L. Zwendy a^emprins la chaîne des gens de guerre que l'enjpereiu* envoyé en Hongrie contre le filz du roy Jan. Il y trouvera une aultre fachon de gens, et ne sçây si son naturel se sçaura bien accorder avec celluy des Hongrois.

Nous avons icy ung ambassadeur de Portugal *, qui va faire l'office

* Fondée en 1 56 1 , par le roi Philippell, * ( Soucierait )

à ]q sollicitation du pape Pie IV, à l'efTet * Cet ambassadeur, dont nous igno-

d*empécKrer la jeunesse flamande d* aller rons le nom , reçut un accueil distingué k

puiser dans les universités de France les la cour de la gouvernante de^ Pays-Bas.

opinions des novateurs. « Au repas de son altèie, il n*a jamais bu

de condoléance et gratulation à Tempereur ; je croy que sa majesté

pourroit bien estre lasse de toutes ces visites qui ne luy debvent peu

couster, en défrayant et munérant les ambassadeurs. Et à tant, etc

De Bruxelles, ce 6 de décembre 1 664.

LE PRÉVÔT MORILLON

( Lettres de Morillon , I , a 1 4*3 1 9. )

Saint-Amand, 9 décembre i56A.

Monseigneur le dernier courier des niarchantz venu d'Ës-

paigne at lessé Renard à Victoria, où il s'estoit accouché des goûtes; je ne sçay si c'est pour, avec tel prétext, y faisant séjour, descouvrir s'il fera bon pour luy en court et le fruict que luy rapporteront tant de recommandations qu'il at emporté avec soy» Du moiiigs ne s'est-il tant esloigné qu'il ne puist bientost prendre aultre chemin par mer et par terre, s'il veult; et quoy que luy puisse succéder, je croy que aultres s*en sentiront plus que D, puisqu'il ne luy poulroit faire ny froid ny chault, et que vraysemblablement il ne sera marri se rhabiller avec luy, s'il peult. Bien me donneray-je de merveille, si du costel d'Espaigne l'on aurat si peu de regard à son désobéissance, et qu'il ne s'est purgé des véhémentes suspitions résultées contre luy par le faict de Quiclet. Que le président n'y at faict aultre chose, ne se fault esbahir : car il ne cherche que de soy retirer cum gratia, et regrette fort que l'on ne luy at lessé effectuer ce que, passez trois ans, il avoit

« qu en la coape , qu elle lui a toujours pré- cardinal , le 1 a- décembre 1 564 ; Mémoires • sentée de sa main.i (Pierre fiordey au de GrantelU, XV, 164.)

mis en terme pour son congé. Mais je craincs que , au lieu qu'il pense, par ce boult, soy mectre en repor, il se trouvera forcompté, et que Ton luy fera mille traverses et venuez, desquelles il ne.se doubte; ce qu'il debvroit préveoir aux termes que l'on luy at tenu, demandant ung si eicessif prest, comme desjà vostre illustrissime seigneurie aurat entendu, et qu'il at esté contrainct signer pour â,ooo , par où il peult facillement veoir « quse erit ratio absentis, » puisque, faisant service et présent, il se veoit si peu respecté. Son altèze se enqueste de sa vie et actions, tant pour le passé que présent

Certes, vostre seigneurie at raison de dire que ledit président est trop flosche; jele veoy, quoy qu'il die, à cyeur failly et qu'il ha perdu l'auctorité. Le mal est que Ton ne luy peult rien dire, et luy samble que Madame soit plus tenue de respondre que luy, et qu'il se saurat fort bien excuser, et qu'il ne peult faire aultrement, puisque l'on ne luy communicque riens, comme il est vray, et qu'il ne veult escripre, pour n'avoir à la queue ung Bourgongne^ pour se retirer, avec une appréhension que s'il escripvoit au roy, il seroit mort. Et n'en fault actendre aultre chose, mais bien, comme dit vostre seigneurie, luy condoloir

Ce de la religion est ce que souffre le plus, et fera dadvantaige comme je veoy à l'œil, et craincs « quod sera erunt remédia »

Quant au séminaire que vostre illustrissime seigneurie désire en son église et cité de Malines, le milleur moien sèroit de le dresser par les jésuites; mais ce seroit euvre longue et de grande despense. Maistre Bernard, l'ancien maistre d'eschole, est après pour la délesser. Il seroit besoing de luy substituer quelque gentil compaignon; mais je crains que ceulx que ont voix en cecy, qu'est le magistrat, y procéderont par compère et commère : si estrce que je a^dmonesteray aulcungs d'eulx d'y rendre le debvoirrequiz.

Quant à vostre dot, les seigneurs sont fort au guet que l'on n'y donne trop ; je pense que l'on y aurat maintenant résolu. Le prince d'Orenges dit que la ville d'Anvers ne se mectra soubz votre jurisdic-

' Allusion au nom que portait le héraut d*annes de ce comté.

tion, et qu'il y aurai de Topposition ; je croy bien que ce sera par luy et aussi en runyon des prévostez de Louvain et Maestrich. L'on y voulloit mectre celle de Nivelle; mais Barlay mont. at prié que non, alléguant quelques raisons peu fondéez, « quae tamen habuenmt lociun. »

Cela des aydes est encores là où il éstoit le xx* d'octobre , et n'ont encores les abbez de Brabant signé, et ne sçay quant ce sera. L'on at appelle les estatz de ce duché et les aultres à cest e£Fect pour le x , qui dient n'y voulloir entendre jusques les premiers donnent l'exemple.

Les conditions [de ceux] d'Anvers que sont plus modestes que le demeurant, ne furent si importantes qu'elles ne fussent incontinent résoluez. Mais ceux de qui je m'en suis enquîz n'ont reteneu la souvenance, ne aussi que fut ce que leur suggéra Masius\ et je n'ose tant demander. Bien le sçauray-je avec le temps.

Quant à l'ayde des garnisons, il me samble avoir tousjours entendu que les aultres estatz les accordent pour les trois an$ que l'on les at demandé; pourveu que Brabant face le mesme. Je craincs que l'on ne achèverai tost avec eulx. ....

Quant au concile, encores n'at sa majesté répUcqué sur la response envoie d'icy. M. de Cambray at communicqué à Douay avec M. d'Arras^ et les députez des évesques ses suffragantz, et résolu de tenir son concile provincial le tiers dimenche après Pasques. U sera besoing de y penser aussi pour vostre seigneurie, que sçaurat bien choisir le temps. MM. de Bruges' et d'Ypres* m'ont escript pour sçavoir quant ce seroit, et leur ay respondu qu'il ne se peult bonnement faire en vostre absence. Nous verrons ce que M. de Reyms, que tient le sien depuis le xxvif du mois passé, aura faict. Dieu luy doint bien exploiter. Il at prins fort bien les excuses dudict sieur d'Axras et de son chapitre. J^entendz quUl ne marche pas ung pas sans avoir xv ou

^ Faute du prénom de ce personnage , chancellerie de Brabant el avocat fiscal , et

nous hésitons , pour la seconde fois, entre Philippe. André et Jacques Maês. Ce dernier paraît * François Richardot.

être mort en 1 565 , laissant trois fils , bons ^ Pierre Curtius.

jurisconsultes : Engelbert, pensionnaire ^ Martin -Baudoin Rithove.

d* Anvers; Jean-Baptiste, conseiller de la

XVI harquebousiers après soy : en ce qu'il fait très-bien, puisqu'il se doubte.

Le chanc^elier de Brâbant demeurera tousjoiu^ le mesme. 11 est fort bien avec madame de Parme, « quia ille et Armenteros ejusdem « farinœ. »

Elbertus at prévu que Ton ne prendroit bon chemin pour ce de son pays\ où le dessoubz est tourné dessus, ne veuillans plus souf-, frir conseilliers estrangiers, ni le conseil. Ad ce que Ton me dict, Cobel n'y at guère faict, sinon partout magnifié la confession augus* tane

Les affaires se font par son altèze, le comte d'Egmont, le prince d'Orenges, Schetz et le greffier Rengot^, exclasis Barlaymont, le président, Hopperus, Van der Aa et Berthi, tant en ce des finances que de Moron, qu'est par demi-jours* avec Egmont et le prince

Puisque vostre seigneurie me remect de retourner vers son altèze à poursuivre voz limites plus avant, lorsque l'on aurat achevé ce des aydes, j'auray bon loisir, et tiens seiu^ement que encores lors je y feray peu, n'est que sa majesté en escripve avec challeur

Les seigneurs ne croient le retour de vostre illustrissime seigneur rie, ny aussi la venue du roy, et les euvres le monstrent, faisant chascun en son gouvernement ce qu'il luy plaist : « quod cordatioribus « displicet. Necesse est venire scandala. » Et se veoit que l'on en at aux longues robes et que l'on désire extirper les consaulx, se plaindant les seigneurs de ce quils ne peulvent disposer de riens, comme font Mansfeid, le marquiz de Bei^hes et Aremberg, ce que imitent DU inferiores, mesmes Montigny, que faict des prètz à ceulx qu'il mect en loy, mais non si bon marchié comme Mansfeld, qui prend d'ung eschevinaige dix florins d'or, et at receu les Juyfz, aàctoritate propria ^

' Le duché de Gnddre. • Ringault et Oyenbruggbe conduisent le

* Jacques Ringault, greffier des finances • chariot k trois roues , laissant Damhouder

à Bruxelles. Un peu plus tard, Morillon fpour la quatrième à la maison. Ce sont

(Lettres de diven, III , 1 35) écrirait au car- • trois rajlewn qui font leur profit et non

dinal : tLe trésorier Schelz, les commis «pas celui du roy. i

et remiz ung homicide sans parler au conseil, moiennant cent'escuz, avec aultres plusieurs telz actes que se descouvriront de luy et ses semblables avant long temps, et le dheussent les pierres dire.

Ces mesmes seigneurs ont faict ce qu'ilz ont peu pour se poulvoir armer sur le bruict qu at esté de Tamas des François , et pressent fort Barlaymont qu'il se déclaire, que s'en treuve bien empesché; c'est pour, par son moien, gaignerle duc d'Arschost et Aremberg. Je craincs que à la fin il se laissera abaptre, et que cela achevé, l'on attirerat les villes à la lighe. J'entendz que son altèze et les seigneurs ont adverty le roy que les voysins ontmalvaise voidenté et qu'il n'y at ung solz

La lectre cy-joincte démonstre comme l'on procède aux lotheries, et, par ce que j'ay donné à part à ce porteur, l'on verra combien il en trotte par Anvers. J'envoie ungne de ce quartier d'estrange façon et exemple pour tirer l'argent du peuple. Son altèze en at quattre mille florins. M"^ Jehan Gilles * signe , et Madame retire les despesches de luy, qu'elle délivre à Armenteros que reçoit les deniers. L'on dict qu'ilz en ont desjà levé de grandz deniers, coopérante Schelz, que practicque des passeportz et traictes de marchandises, mediantibus illis

J'ay lessé ceulx d'Anvers en fort grand nombre à Bruxelles, que viegnent donner presse afiBn que l'on accepte l'offre de la royne d'Angleterre sur ce de l'édict, et disent que, s'il ne se faict, elle donnera licence à touttes nations estrangières d'y venir traficquer, que les mect en grande peine; et ad ce que je veoy veuillent faire les affaires de ladite royne plus qu'elle-mesmes

Martini ^ a harengué devant le conseil de Brabant et son altèze, ou plustost maldit ' insolentement et sédicieusement judicio senatas, le taxant et Madame avec les finances, ^ans espairgner personne, les disant corrompuz , et par ce favoriser img taz de larrons et meschantz gentz que leur donnent. Ceulx-là, dit-il, ne sont serviteurs du roy; mais ceulx-cy (monstrant le magistrat de Bruxelles), qui ont accordé tant de milions. Il réplicqua quattre fois, présente son

Greffier de» finances aux Pays-Bas. — * Pensionnaire de Bruxelles. (Voir tome VII, page 7.) — ' (Maudit la sentence du sénat?)

altèze au conseil d'estat, contre le président, qui me dict qu'il estoit ivre. Il a bien osé dire que combien que Tayde fust accordée, que touttefois n Bstoit-elle encores signée et [que] Bruxelles n'y veult entendre, si elle nat son prétendu. Madame persiste que [ceux de] la ville révocque[nt] le ban. U s'est advisé d'ungne grande finesse, se faisant indempner par eulx, comme si par cela il poulroit dire ce que luy plaît. Je pense qu'il -est pourté par les seigneurs in odium des finances. Si je puis, je feray que l'on envoie à vostre seigneurie copie de son deshonté escript. Et avec tout ce, est-il bien venu vers Armen^ teros et son altèze, que at à luy et celluy de Louvain et les bourgue maistres, faict donner pensions pour advancer tes aydes, procarante Schetz, à qui il ne chault, pourveu qu'il face ses besoignes. Ce n'est le chemin que l'on doibt tenir, comme l'on verra cy-après

Brederode est à Bruxelles, et veult paier ses créditeurs de coups de bastons.

L'on m'escript de Bruxelles que les estatz de Brabant ont comprins en l'ayde les chappitres et clergé séculier. Je crains que cela causera de l'altération , car . ilz veuillent envoier vers le roy . Aussi me dit-on que Castellanos vat en Espaigne et del Canto eh Italie.

A tant, mcmseigneur, etc. De Sainct-Amand , ce ix^ décembre i56A.

CXLVH.

LE PRÉSIDENT VIGLIUS

( Mémoires de Granvelle, XV, adS-aag.)

Bruielles, lo décembre i56à.

Monseigneur le resentement que vostre illustrissime seigneurie a contre le docteur Stratius est très-juste, et ne Tay oncques

cogneu aultre que bien légîer, dont il n'est merveille qu'il s'est laissé abruer' avec tant des aultres qui tournent avec le vent. Estant icy, il ne m'est point venu veoir, sinon sur son partement. Je me suis bien apperceu que le prince est persuadé que la contrariété que cculx de Dole ont monstre audict Stratius procédoit de ce qu'il s'estoit mis à son service; ce que je voulsis excuser, et croy plustost de ce qu'il s'estoit de tout bandé avec la Villette et Discey. Mais de vostre illustrissime seigneurie je n ouys alors parler, t et fuisset causa nimium a remotis quesita; » et estant icy jà mis en oblivion, il me samble qu'il ne convient le resusciter, ou en parler à son altèze : et sera mieulx le passer, « cum ceteris erroribus, » le laissant pour tel qu'il est. Il va» comme j'entendz , demourer & Salins pour servir à ceulx de la saulnerie de contrerolleur, mais il rencontrera quelque jour son homme.

Je suis bien aise que le cpnseillier Grand-Jan est arrivé par delà « et croy qu'il aura sceu à parler de mauvais temps. De chevaulx-légiers de Bourgongne , je n'ay point ouy parler icy, et ceulx des finances ne seront point d'advis d'employer à cela les deniers de l'ayde.

Bien me suis-je, l'aultre jour, apperceu qu'on ne gouste guères icy les fortifications; ne sçay si cela tendtà aultre fm: mais les estatz, qui accorderont le gratuit, y sçauront bien apposer telles conditions que bon leur semblera; et certes je suis bien de Tadvis de vostre illus^ trissime seigneurie, que ces chevaulx-légiers ne feroient point de bien au pays

Ces jours passez, nonobstant que j'estois mal disposé pour sortir» son altèze m'a (aict instamment solliciter que je me voulsisse faire porter en court, et parloitl'on de quelques matières fort importantes qui se debvoient proposer, et signamment touchant la religion et la justice, et que, pour préparer ces matières, avoientesté choisiz Ma* sius et Molineus, qui journellement est oient en conseil avec les seigneurs, chez le prince d'Oranges et mons' d'Egmonde, se trouvant après vers Armenteros. Et, comme ledict Molineus a la bouche ouverte, pariant à l'un et Faultre, il tient desji pour résolu qu'on ne

* ( Abreuver. )

doibge plus empescher le mariaige des prestres, ne la communion sab utraque specie, et tiegnent aucuns des seigneurs telz propoz d'abolir Tinquisition et non se plus informer des consciences des gens, ains qu'on les doibt laisser libres; en que je nous vois tomber bientost en quelque grande confusion. Or, avec ma grande incommodité, je m'ay laissé hier traîner en court, pour ouyr ce qu'il y avoit;mais, pour ceste première fois, la journée est mieulx passée que je ne pensois : car les propoz de remédier au faict de la religion passèrent en termes généraulx; mais le principal thema estoit comme les Franchois, et mesmes les huguonots de France, menoient incessamment practiques contre ces pays, que les Alemans ne nous veullent point de bien, que pour la dissension qu estoit en la religion par deçà, Ton ne se pouvoit plus lier ^ux subjectz , d^entre lesquelz plusieurs adhérans aux sectes postposoient la fidélité qu'ils debvent à leur prince, et que Ton n'a jpas ung denier pour povoir résister au moindre trouble ; qu'il convenoit envoyer quelque personaîge principal vers sa majesté, pour luy déclarer encoires ceste fois le dangier ouquel nous nous trouvons , aflfin qu'il viegne luy-mesme pour y pourveoir, ou qu'il fumisse de quoy l'on le pourra faire; et que aultrement il fauldra le tout abandonner et laisser aller au bénéfice de la nature. Et me ftist enjoinct de faire dresser ung recueil et récapitulation des debvoirs et offices cy-devant faictz vers sa majesté, et représenter derechicf les nécessitez et dangiers; et pour ce que M. de Berlaymont fut absent, et que ayant M. le prince nouvelles que la princesse estoit accouchée d'ung filz\ il désiroit aller à Bréda, il fut conclut que de lundy à huict jours il debvoit estre de retour, et que l'on manderoit M. de Berlaymont contre le mesme temps, pour alors prendre une résolution finale, et faire choix de celluy qui debvra y aller. Ainsi nous sommes eschappé pour ceste fois, mais il ne me plaist nullement qu'on employé en telles matières lesdits Masius et Molineus, esperitz, comme vostre illustrissime seigneurie les cognoist, irrequietz , desquelz Tung tient le conseil de Brabant, et l'aultre l'imiversité de Louvain

' Le prince Maurice , mort en 1 566.

PAPIEBS D'ÉTAT. — VIII. 68

en trouble; et estant ledict Molineus logé chez Masius, il a tellement, par Amienteros, faict avancer icelluy Masius que son altèze tient double feste de luy, et les seigneurs le trouvent très à propos pour s'en setrir d'oi^ne es choses qu ibs vouldront conduyre à leurs dessaings; et jà Tout mis avant pour l'employer à la communication de Bruges avec les Anglois ; et je tiens que ces deux comnmnicquent aussy avec le prescheur de M. d'Egmonde ^ ; et n'est plus possible, si le roy diffère de venir, de plus longuement susteoir la religion, se laissant son altèze entièrement menw par ces seigneurs, et iceulx par gens turbulens et mal affectionez à la foy catholique, se désirans faire grandz par ce chemin , et exercer leurs vengeances et passions

Nostre dernière despesche pour Angleterre, portant la résolution, a esté perdue parle chemin, et a faiilu faire ung duplicata; je ne sçay que penser, mais noz nouveaux secrétaires espaignolz, qui manient les pacquetz ejt prennent Tauctorité d'adresser semblables lettres et despesdies d'estat, en debvroient refondre. Tant est-il que tout est divulgué et annuncé en Angleterre devant que les lettres partent d'icy; et enfin, mons^^, toutes choses vont icy de sorte que vostre illustrissime seigneurie doibt estre bien aise d'estre dehors; et pleust à Dieu que je fusse encoires avec mes mauvaises jambes avec

vostre illustrissime seigneurie Et à tant, etc De Bruxelles,

ce lo décembre 1 56 A.

* Porlessain. (Voir tome VII, page 453.)

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