‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 55 sur 77 · G LU · texte numérisé non relu

G LU

AU BARON DE BOLWILLER

( Mémoires de Granvelle , XV, aga-agS.)

Besançon, 19 décembre 1 564.

Mons', mon hontune m'a appourté voz lettres du mi* de ce mois , et vous mercye très-afiFectueusement tant la congratulation que vous faictes à môns'' de Chantonay et à moy de la naissance de sa fille, que le soing qu'il vous plaît prendre pour vous faire enquérir du chemin qu'il pouiToit tenir pour aller plus sheurement trouver sa majesté impériale, nonobstant les dangez de peste, à quoy il convient qu'il ait d'austant plus de regard, se doibgeant représenter en la présence de la personne de sa majesté, où il ne seroit bien qu'il se trouvast ayant passé par lieux de dangé ; et s'il passe par lieux vostres , ce ne sera sans avoir la faveur tant grande que vous luy ofiFrez : et tous les jours vous nous donnez plus de cause de nous asseurer de vostre bonne voulenté en nostre endroit. Mondit frère se tient tout.prest pour partir, et semblablement attend ce qu*il vous plaira m'advertir du rapport que vous fera vostre homme que vous avez envoyé devers monsigneur l'archiduc, ne s'osant encores résoldre sur les chemins que vous mettez en avant, pour ce que vous-mesmes ne les tenez pas pour sheurs;et luy empourteroit peu que le chemin fust ung petit plus long, pourveu que l'on allast sheurement, ores quand doiz icy il debvroit prendre le chemin droit vers Inspruch, laissant la Montaigne Noyre de coustel, ou passant paricelle, pourveu qu'il y ait chemin ouvert coustoyant les montaignes par les valées, et que chariotz y puissent aller; et sy vous sçavez quelque chemin par là,

PAPIERS D*éTAT. VII ï. 7O

je vous prie m'en envoyer description ou de quelque aultre que vous pourrez choisir plus à propoz, regardant plus à la sheurté et commodité du chemin que à prendre le plus court, et que surtout nous puissions sçavoir quelle information vous donnera vostre homme qu'est allé devers monsigneur rarchiducFerdinande, de la disposition en laquelle il aura trouvé TAllemaigne.

Je ne sçay si vous vous serez résolu d'aller où vous avlés délibéré, et pense plustost que non, puisque vous aviés nouvelles que Ton y a voit apperceu de nouveaul dangé

A Dole Ton a tenu les estatz, nonobstant Tabscence de mons' de Rye, au jour que madame de Parme, gouvernante, avoit choisy, combien que pour le faire dififérer, afin que ledit sieur de Rye eust temps pour y assister, et que Morron fust de retour, Ton a mené de grandes practiques. L'accord a esté de cinquante mille frans, et ont faict les estatz à mons' le prince d'Oranges ung présent de huit mille frans, enquoy les miens ont aydé largement. D'hommes d'armes, de chevaulx-ligiers ny d'aultres choses, il ne s'en est faict mention quelconque, combien que ceulxque vous sçavez, pour gaigner crédit et vogue, en eussent donné grand espoir. Je rencontray près de Gy mons'' de Dissey quy s'y faisoit pourter en lictière , mais ce ne fut sy près que pour pouvoir parier; bien me pouvoit-il veoir et mon train, comme je le viz et le sien, qu'estoit d'une lictière accompaignée de six chevaidx

Sy Pieter Oss fust venu vers vous, je tiens que vous eussiés tiré de luy plus que vous ne sçavez par les advertissementz que l'on vous escript; car, comme qu'il soit, tout ne se peult escrire, et en devises et débattant les choses , l'on vient à cognoissance de mille particularitez que ne se mettent jamais en lettres. Et de la cause pourquoy il ne vient, je m'en remectz à ce qu'en eàt.

Je vous mercye de la communication que vous m'avez faict de ce que vous a escript mons' de Sellières, lequel j'apperçoys vad tousjours par ung chemin, peult-estre pour non vouloir eslongner son altèze, laquelle à la vérité, l'ayant receu pour principal conseillier, ha à faire

de luy ; et quoyqu'il die que l'affaire de Madame est publicque, comme à la vérité il Test» et qu'il s'esbehit pôurquoy c'est que ministres font difficulté de rompre la ^ace,j'enay dict, en ce que me touche , cause suffisante et à ce je m*arreste; ny quelque persuasion que l'on me sceust faire meconvient aulcunement de changer en cecy d'opinion : car je sçay bien que ce seroit m'affolêr sans faire service que de me perdre en servant, j'en feroye plus de difficulté; et résoluement, en ce poinct, ûy n'en escriray ny n'en parleray , synon comme j'ay dict, sy sur proposé que s'en pourroit faire de la part de Madame ou aultre, l'on me demande mon advis; et sy j'ay dict qu'il est apparant que sa majesté consultera en Flandres» je le diz encores, pour ce que je crains qu'il sera ainsy, et encores que je doubte que, se proposant maintenant l'affaire audit Flandres, l'on y aura les contrariétez que doiz la première foys je dîz. Bien est vray que sy sa majesté vouloit, elle pourroit, sans rien consulter en Flandres, ayder soubz main de quelque bonne somme d'argent; mais ny cela ne puis-je proposer, car je me doubte assez que Erasso, par les mains duquel il fault passer, ne me tiendroit pas grand secret, et que tost il se sçauroit en Flandres par ceulx auxquelx il*correspond; et je tomberoye au mesme dangé. De dire que celluy quyiroitde par son altèze n'auroit accès, je croy qu'en ce l'on se feurcompte, et que sa majesté pourte sy bonne affection à son altèze, comme toesme je le cognois par ce que dernièrement elle m'en escripvit, que, ou je me feurcompte grandement, ou quiconque elle y envoyé, y sera voulentiers veù et ouy, et tant plus s'adressant au signeur prince d'Eboli, serviteur tant obligé à son altèze, et lequel, sur ma foy^ j'ay tousjours cogneuen toutesactions très-affectionné à icelle. Et il est ainsy comme escript mons' de Sellières, que les affaires sont de telle importance et qualité, qu'il est requis qu'en iceulx-l'on soit ouy bien particulièrement, non seullement en la première proposition mais aux répliques, par où il est assez aisé à cognoistre, qu'estant négoce où les répliques «ont tant nécessidres, il nese peult traicter aulcunement par lettres, et tant plus que, comme l'on voyt. Ton demeure quatre, cinq et six mois devant

qu'avoir responce; et avant que l'on ayt répliqué sur icelle et heu résolution, le temps se passe et se perdent les occasions. Et il est cler, comnre je Tay souvent dict, que sy nous avions ce bien que sa majesté vinst tost, le tout se traicteroit trop mieulx en présence et mesme avec Tassistence de son altèze mesme ; mais de ceste venue je ne voussçauroye dire davantage de ce que je vous en ay cy-devant escript, et crains bien le mesme que vous escripvez par voz lettres : mais enfin il en fault attendre ce qu en succédera , et me contenteroye bien d'estre asseuré que sa majesté viendroit vers la fin de Testé prochain. Son altèze ma icy envoyé ung conseillier^ pour me communiquer sur lestortz que l'on faict à icelle en Testât de Milan; et combien qu'en ce du mensual et du chasteaul, à ce que sa majesté en escripvoit dernièrement, j'aye peu d'espoir que Ton obtienne, sy est-ce qu'en aultre chose sa majesté ne pourroit délaisser de donner remède, s'en faisant les remonstrances comme il convient et ayant personage sur la place quy peust réplicquer, comme je Tay dict audit consellier; et que sur Tadvertissement que vous m'aviés donné qu'elle n'estoit payée à Napies, et qu'elle désiroit estre assignée sur le nouveaul donatif,j'avoyejà faict note pour en escrire à sa majesté, à quoyîl n'y aura faulte; mais qu'enfin, pour tous ses affaires, sy elle y veult avoir quelque résolution, puisque lettres ne repli cquent, je tiens qu'il seroit de besoing d'y envoyer, et que celluy quy y ira dépende d'elle, et de plus grande authorité sera-il vers elle , et ayant plus de cognoissance de ses affaires, tant sera-il mieulx : car d'y envoyer ceulx quy sont serviteurs de sa majesté, ilz n'oseroient pas faire les réplicques ny coatendre sy vivement, quand les ministres leur diroient que cequ ilz respondroient ne seroit ce qui convient au service de sa majesté. Sy je y estoye, je vous asseure bien que je ne fauldroye d'en dire franchement et résoluement mon opinion; mais les lettres, comme vous sçavez, sont subjectes, en absence, à mille gloses et calomnies. Sy est-ce que, comme je Tay dict audit conseillier, soit qu'elle envoyé ou non , je ne faul-

* Petro-Paulo Mellegario, ancien podestat de Torlone. (Voir les Mémoires de Granvelle.XV. aa6ela73.)

dray d*escrire des pointz; qu^elIe m*a faict mettre en avant, tant que pourra pourter ma mémoire; mais les lettres, conmie je le luy ay dict, sont mortes et ne réplicquent, et quand elles ont parlé une foys, ordinairement Ton ne les voyt plus, et se peignent souvent les résolutions quand Ton a jà oblyé le contenu des lettres. Bien ay*je dict que, escripvant de tous les autres pointz, de ce de Dannemarche je ne feray mention ny ouverture quelconque.

Je vous mercye cordialement les nouvelles qu*il vous i^ pieu n>e conmiuniquer; et combien qu'il en y a que sont vielles, sy est-il fort bien et sy sert de les sçavoir. Ce poinct de Tinvestiture de Metz que les François vouloient demander ne me semble pas de bon goust, et pis serpit s'ilz Tobtenoient; et j'attendray les escriptz que vous me debvez envoyer.

Dieu ne veuUe qu'il y ait du discord jamais entre les frères de sa majesté [impériale]. «Tespère mieulx et suis très-joyeux que monsigneur Farchiduc Ferdinande vous ayt sy favorablement escript, et le pouvez asseurer que , non seullement en ce du mariage de monsigneur Tarchiduc Cbarles, mais en toutes aultres choses que je pourray, je luy feray et à ceulx de la maison d'Austrice très-humble et très-aflFectionné service ; et espère que je le sçauray mieulx faire que aulcuns aultres qui cryent plus hault. Et Dieu me soit en ayde, comme en tout ce que j'ay peu, je n ay jamais rien délaissé, et comme j'ay tousjoiu^ en tous temps procuré Timion des deux maisons venans de la mesme source.

D'Angleterre jen'ay rien, synon que l'on esttousjours après l'accord, et que la royne sollicite celle d'Escosse pour luy faire faire , quant à son mariage, quelque maulvais marché. J'espère mieulx; mais il est plus que temps que, comme je vous ay escript parle docteur Bichin^

' Servois Bichin, d*une famille origi- Baume-les-Dames pour y exercer la méde-

naire du village de Luze, dans la seigneu- cine, et y vivait encore en ib'jl^. Des let-

rie d'Héricourt, s*était attaché à Fambas-* très de noblesse avaient été accordées à lui

sadeur Giantonnay, qu*il suivit à Vienne. ou à son père par Ferdinand, roi des Ko-

A la mort de son patron, il s*établit à mains, en i543.

l'on regarde de faire les poursuytes, pour non estre excluz par l'im-

portunité de Taultre.

Il y a bien longtemps que le roynostre maistre a rappelle son ambassadeur de Rome S et pensoye que Feussiés entendu; le fondement c est le ressentement que Ton a heu sur ce qu est passé quant à la précédence, que me semble, à vous dire la vérité, ung bien maigre fondement, et ainsy l'ay-je escript en Espaigne. Et sy Ion m'eustcreu en cinq ans que je crie sur ce poinct. Ton n'en seroit en ces termes; et je faiz ce que je puis par tous moyens possibles pour adoulcir les choses

Tay lettres fresches de la court de l'empereur; le bassa de Temeswar ayde ouvertement auTransilvan, et jà s'en faschent ceuk du pays, pour les cruaultez qu'ilz ont usé en quelque place où l'on leur a permys de donner l'assault seulz. L'empereur assemble gens de cheval et de pied, lesquelz venans en bas, les Hongrois dient espérer de pouvoir faire quelque bonne chose.

L'on tient à la court de l'empereur que Suendi obtiendra d^estre capitaine général, et je tiens que l'on le trouvera ung chier serviteur; souvenez-vous en. Il y avoit une ambassade de Poloigne, estant venu le mareschal Stanislaus Volki, que l'on tient proposera, du coustel de son maistre, quelque tresve en faveur du Transilvan, qui commance craindre •

De la diète l'on n'en paiioit point, tant à cause de la peste et partie que l'on pense que les électeurs n'y viendroient, que pour ce que sy sa majesté eslongne, les Hongrois perdroient cueur.

Cromback estoit quoy^: Mayence, le Palatin et Juilliers faisoient instance pour quelque amyable appoinctementavecluy; aultres princes n'estoient de cest advis.

Le roy de Dannemarche avoit envoyé en court pour procurer que l'on défendist aux Suédois de tirer gens, vivres et aultres munitions d'Allemaigne ; et comme feu l'empereur ne s'est meslé de ce diflFérent, synon pour procurer l'accord, Tonne sçait sy l'empereur moderne se

* Louis de Requesens, grand-commandeur de Castille. — * ( G)i?)

vouldra plus déclarer. Mais, à ce que Ton entend, les a£Paires dudit de Dannemarche vont fort mal, et ont contrainct les su]3Jectz le roy d'oster la chaîne de capitaine général au conte de Swartzembourg, au lieu duquel Ton a choisy Otho Cromy^; et a faulte le roy de Dannemarche, comme Ton escript, de gens, de vivres et d'argent, comme je fay dict au conseillier de madame la duchesse de Lorraine qu*a icy esté. Je ne sçay sy pour estre Italien, et non instruict des choses d'AUemaigne, il en fera sy particulier rapport, et, etc. Besançon, ce XIX de décembre 1 564.

Entre les advertissementz il y en a ung, je Aiz de ceulx que vous m'avez, envoyé, que dict que ceulx des Pays-Bas ont accordé au roy trois millions de florins. Ce que passe est que les aydes demandées par sa majesté propre, avant, qu'elle partist de par delà, sont piéçà accordées partons les aultres estatz, avec condition que le payement s'en feroit quand tous les estatz particuliers auroient accordé ; et pour n'avoir jusques à ores accordé ceulx de Brabant, l'on n'en a peu rien exiger, dont est procédé que les intérestz ont consumé l'ayde que debvoit servir pour payer aux marchans qu'ont avancé les deniers au mois de janvier dernier. Cest accord estoit mené sy avant à l'endroit de ceulx de Brabant, que Madame entretint le partement de Y andenesse , ayde de chambre, trois sepmaines pour donner par luy à sa majesté l'advertissement de l'accord desditz de Brabant, qu'ilz n'ont résolu plus tost que au xxn d'octobre dernier. Mais le mal est que l'accord est faict et l'a accepté Madame; mais encore y a-il des conditions à vuider, sans la résolution desquelles, que ne se peuvent effectuer sy tost, ceulx de Brabant diffèrent jusques aujourd'huy de soubsigi^er l'acte, et crains que, au mieulx venir, ilz ne le signeront de quatre mois, qu'est ce dont ilz font sy grand cas par dire qu'ilz font merveilles; et pleust à Dieu qu'ilz le fissent et les miracles qu'ilz disoient, mais je crains que nous sûmes bien loing de là. Tout se feroit fort bien, si

' Le soccesseur da comte de Schwart- celui d*Othon Kud, l'un des amiraux de zembourg fut Daniel Rantzau. Le nom, ia flotte danoise, mal indiqué dans ie texte, est peut-être

le maistre estoitlà : car ilz sont fort bons subjectz; et cecy vous ay-je

voulu escrire pour vostre information.

A LA DUCHESSE DE PARME

(Mémoires de Granvelle, XV, 3og-3i i.) ,

Besançon, aS décembre i564.

Madame, il na pas esté fort difficile de comprendre, doiz le cornmancement, la cause principale pour laquelle, soubs couleur de méliorer le demaine de sa majesté , Fon a envoyé les commis par deçà, et mesme en la saison pour ce industrieusement choisie, et par les termes aveclesquelxj'on y a procédé pendant que Morron y a esté présent, avec le recours qu'ilz ont heu devers le sieur de Dîssey et aultres fauteurs de Renard, et quy se sont monstrez peu affectionnez en mon endroit, oblyans l'obligation quilz m'ont, et se fondans plus sur quelque desseing qu'ilz peuvent avoir meslé de leur intérest, guydé par le conseil dudict Renard , et en parlans sy ouvertement , qu'ilz donnoient trop cleirement à entendre à quoy Ton tendoit. Ce nonobstant, j'ay le tout passé sans en faire jusques à ores semblant, et nay pas voulu, puisqu'ilz venoient avec ung tiltre sy favorable comme celluy du profit de sa majesté, délaisser de procurer, partons les moyens que j'ay peu, que moris' de Vergy et aultres leur fissent donner toute faveur et ayde requise, obviant, à mon possible, à tout empeschement que Ton leur eust peu donner. Et bien se monstre en ce la passion, que s'estans enquis, sans qu'il leur soit esté contredict, de beaucoup de choses impertinentes et hors de la chaîne

qu'ilzont, mesmepar leur commission, combien qullz dientqu'ilz se doibvent enquérir de tout ce que peult servir au profit de sa majesté, et . comme Ton a versé aux chaînes que l'on a heu d'icelle par deçà, ilz n'ont jusques à ores faîct démonstration, quelconque de s'enquérir, ny comme je tiens feront, pour ce que leurs directeurs ne le vouldroient, etmesme sy vostre altèze ne le leur commande, des extorsions, concussions, rainsonnementz et violences faictes et usées par aulcims de ceulx quy myrent la main au commancement de la fortification de Gray, où il y a de TestofiFe assez pour faire cognoistre à sa majesté comme elle y a esté servie, et le pays et subjectz foulez et intéressez, et pour condamner aulcuns, au profit d'icelle, en bonnes et grosses sommes, qu'estoit un article que ne se pouvoit ny debvôit oblyer, si l'on eust cherché. syncèremeiit ce que pourtoit le prétexte de ceste charge , qu'estoit le profit de sa majesté et bien du pays. Je délaisse les forces et termes disconvenables usez contre justice dont, ny de tout ce que dessus, je ne suis délibéré de faire pour maintenant mention quelconque, ny des termes exorbitans dont l'on a usé, les réservant à aultre saison, pour en temps etJieii convenables en faire la déclaration qu'il convient. Et me suffit de, pour maintenant, seuil ement dire à vostre altèze comme je sçay aulcuns propoz que souvent se tiennent en sa présence (estant icelle la personne à laquelle je recognois tant obligation , et celle à quy plus je désire justifier mes actions), que je la supplie très-humblement que, comme j'espère de sa vertu,, intégrité et bonté, il luy plaise tenir regard à non se laisser mescompter par sinistres rapporte, pour prendre d^ moy ou des miens aultre opinion que celle qu'elle m'a démonstré en avoir par le passé, et je croy que méritoirement, s'il luy plaist se souvenir de comme soubz elle j'ay rené aux affaires, qu'elle me face ce bien que je ne soye condamné en son opinion sans estre ouy, puisque, en usant aultrement, elle voyt qu'elle me feroit tort comme aussy , à mon advis, feroit-elle à soy-mesme et à sa bonté et intégrité; et me faisant entendre ce que l'on luy a peu mettre en avant contre moy, soit ledit Morron, quy faict grand apparat des fardeaulx de papiers qu'il traîne après soy,

allant çà et là par Bruxelles, ou aultres, sy je ne sçaj rendre compte de moy à la confusion de quiconque me vouldroit calunmier, sans respect du degré que je tiens, plus grand que je ne mérite, je me submectray tousjours voulentiers du tout au jugement de vostre altèze. Et quant au principal, qu'est Tespoir que ledit Morron donne de faire de son invention sy grand profit à sa majesté, je nen veulx rien dire, pour ce que le mesme besongné, quand il sera mieulx entendu qu'il ne l'entend luy-mesme, fera clérement cognoistre combien il s'est avancé de promettre ligièrement; et ce qu'il a publié par deçà des grandes sonmies de deniers que, par les papiers qu'il a examiné en la chambre des comptes, il disoit trouver bons par deçà pour sa majesté jusques à deux cens mil frans, dont l'on verra après ce que réalement en est , aura bien peult-estre donné quelque empeschement à ce que l'ayde accordée à sa majesté n'a esté sy grande qu'elle fust esté; et mesme ay-je entendu que aulcuns, se fondans sur ce qu'en disoit ledit Morron , estoîent d'advis que pour ce coup Ton ne donnast rien, attendu la maulvaise année, et qu'estans sommes sy notables entre mains, il ne sembloit que- la saison pourtast que l'on deubst pour ce coup rien donner; et sy m'a toutesfoys despieu que l'accord ne soit esté pour le moinga de quatre^vingtz mil firaincs, accordant à sa majesté, oultre les cinquante mil qu'ilz donnent, trente mil prins sur ce que les députez qu'ont manié les deniers depuis quelques années pour les trois bailliages d'Amont, d'Aval et de Dole, ont encores entre leurs mains. Il a faict grand bruyt du réacfaat que se doibt faire des gaigières, donnant à entendre que ce fust contre moy et mes frères; mais sy ce point est bien exécuté, mons*" le prince d'Oranges, le conte de Pontdevaulx et aultres, quy ne s'en tioubtent , y auront plus de ' part; et monstrent bien qu'ilz sont mal informez ceulx quy inventent telles choses pour me penser nuyre, n'ayant heu feu M. de Granvelle, ny mes frères gaigière quelconque de sa majesté, fors que deux , l'une Scey, que ne vault deux cens frans de rente, et l'àultre Aspremont, que n'en yaidt six cens, lesquelles l'on n'a pas heu de sa majesté, mais des tiers possesseurs, les ayant feu M. de Granvelle acquis à la très-

DtJ CARDINAL DE GRANVELLE. 563

grande instance et poursuyte desdits possesseurs , et les ayant acheté bien et chièrement.

De la saaulnerye , les officiers en respondront et aussy de la gruerye.; et sy quelque particulier y a faict faulte, qu'il la boive, je n'en suis informé ny les défendray , ne voullant avoir participation avec ceulx quy vouldroient oblyer leur debvoir.

Quant aux assistans de la coiu't de paiiement, ladite court mesme faict la nomination ; et est bien vray que je me suis trouvé quasy en toutes les consultes où Ton a choisy Timg des trois nommez par ladite court, quelquesfoys à la recommendation d'aulcuns seigneurs que je diray bien en son temps, aultresfoys sur recommendation particulière de tout le collège de ladite court. Mais de donner à entendre qu'ilz jugent ce que je veulx, comme aulcuhs calidieusement le vouldroient dire, le démené du procès du traistre Quiclet, cousin de Renard, pour lequel il faillut finablement envoyer conseilliers de Flandres , et les aflFaires que feu mons' de Rye , mons' de Dissey et les leurs y ont heu à démesler, monstrent bien évidemment quy c'est quy prétend leur commander et quy les ha à sa dévotion ; ny se trouvera jamais que, directement ny indirectement, j'aye recommandé à ladite court» ny à conseillier quelconque d'icelle, causes ny affaires quelconques, synon pour abréviation de justice, et recommandant le droit et la justice des parties également. Et les lettres que je puis avoir escript en feront foy, contraignant ceulx quy les ont de les exhiber, à quoy j'ay fort voulentiers consentu, consenti et conôentiray à tousjours. Et quant aux affaires du demaine, les fiscaulx pourront tesmoigner combien de foys et feu M. de GranveUe et moy avons sollicité ce que pouvoit convenir pour méliorer ledit demaine, duquel toutes foys ny l'un ny l'aultre nous n'avons heu maniance, mais la chambre des comptes à Lille qu'en a heu l'administration, et à laquelle s'en donnoit le compte ^, jusques à ce que la chambré des comptes à

' La première chambre des comptes lettres du 9 féyrier 1 332. Philippe le Hardi étaUie à Dole pourle comtéde Bourgogne, la transféra à Dijon en 1 386 ; Tempereor dut son institution au duc Eudes , par ses Maximilien et son fiUrarchiduc Philippe,

Dole y a esté instituée^; et s'il y a eu faidte, le maistre des comptes Clémentz et l'auditeur Vincart, quy sont des commissaires, se preignent par le nez les prenners puisqu'ik sont de ladite chambre à Lille, et que ladite chambre en responde et la nouvelle, <loiz qu'elle est introduicte, que pourront dire toutes deux quelle prétention nous avons heu au demaine.

Retournant à mon premier poinct, je supplie très-humblement vostredite altèze, sy elle ha scrupule quelconque pour chose que Ton luy en puisse avoir dict, qu'il luy plaise non me faire ce tort que d'en prendre opinion maulvaise , jusques à ce qu elle m'ayt premier faict entendre ce que luy pourroit donner scrupule , et que j'aye ce bien d'estre ouy poiu* luy déclarer la vérité et descouvrir les passions; et j'entendz bien que ladite vérité peidt, pour ce temps qui court, estre ung peu obscurcie , mais j'espère bien que, sy Dieu me donne vie, elle viendra en lumière.

Après s'être justifié d'une plainte portée contre lui et ses religieux de Luxeuii par un sujet de cette abbaye (Mémoires de Granvelle, XV, 3ii), le cardinal termine sa lettre en ces termes :

Et me tesmoignera tout ce conté de Boui^ongne , voyre jusques aux malveillans, le debvoir que j'ay rendu, doiz que je y suis, pour procurer de mettre en boniie reigle mesrehgieux, tapt audit Luxeu que à Montbenoit, et non^ sans grande peyne, comme l'a veu en personne mons^ l'évesque d'Arras; et je' sçay combien il me couste du mien, estimant. plus mon debvoir que nul intérest; ^t si Ton a voulu çecy desguiser à aultrement à vostre altèze, je la suplie très-humblement qu'elle me charge, avec tant d'aultres que je luy doibz, de ceste obligation, que de le me faire entendre pour luy donner sur le tout la justification qu'il convient, et que calumnies semées industrieusement soubz main , et ceulx quy en usent, ayent vers icelle l'opinion

la rétablirent à Dole ep lAgâ* puis la * Cérétablissementparle roi Philippe II

supprimèrent six ans après (i5oo) pour ne remonte quau mois d*aoàt i56a. la réunir à celle de Lille.

qu'ilz méritent; espérant qu'elle ne me reffusera ceste grâce et juste demande. Et, etc De Besançon, ce xxui® de décembre i564.

AU raÉSIDENT VIGLIUS.

(Mémoires de GranYelle,.XV, 333*33^.)

Besançon » 36 déceml>re 1 Ô6A .

Monsieur Ce que tousjours je vous exhorte de continuer

aux affaires, est pour Tobligacion que j'ay au service de Dieu et du maistre et bien du pays et à vous-mesmes, et considérant et prévoyant les termes esquelz vous vous trouveriés, si maintenant vous abandonniés vostre charge. Car, comme vous dictes, vous n'a^vez ung Bourgongne à la quehue pour eslongner^ et Ton se serviroit, comme qu'il fut, de vous en choses odieuses et aux aultres non, et treuveriés le monde en vostre endroict fort changé en peu de temps, quoy que vous travaillez ca que vous pouvez pour contenter tout le monde. Ten ay, vehu ^n plusieurs tant d'expérience que je vous en puis dire ce que je diz, et je sçay le regret que : lors vùus auriés, vous véant peu respecté de çeulx poiu* lesquelz vous avez faict beaucoup, et combien il vous fascheroit d'en ouyr ce que tous les jours l'on vous en diroit; et auriés peult-estre plus à faire avec vostre chapitre^ que vous ne pensez.

Je vois fort bien dois icy comme tout vad, et que si le maistre ne vient, tout vad mal; ce que je prétendoye que luy escripvissiés estoit et pour vostre descharge, et afin que, voyant les désordres par

* Voir ci-dessus, p. 53i. — * Celui de Saint-Bavon, à Gand.

tesmoignaige de plusieurs, il fust plus incité à venir, congnoissânt le besoing, et non ledespérant du remeyde s'i vient. Et ne pouvant faire aultre chose, selon vostre oppinion, les copies que vous adjoustez aux dèspesches serviront de quelque chose, si Ton luy en fait bon rapport; et je luy escrips qu'il y aye du regard.

Je désire fort entendre ce que se sera résolu , le x* de ce moys, quant à Tenvoy en Espaigne d'xuig personaige pour aller faire la proteste pour avoir provision, que pourroit servir pour faire venir le maistre; çt je pense que peult-estre ce seça comme les aultres envoys, à aultre fin que celle que se prendra pour la couleur publicque : j'espère que j'en sçauray, par un boult ou aultre, quelque chose. Cest chose estrange sy Madame ne voit à quoy l'on tend, et ce que se seroit d'elle et de sa charge,, si l'on venoit à ce que l'on prétend, d'avoir argent pour s'armer : qu'est ce à quoy il send)le que l'on prétend, et qu'il y aye ung capitaine général, à^uoy l'on fust jà venu quant les François s'armarent les ungs contre les aultres, sy je ne l'eusse, avec grande cause et raison, empesché, nonobstant les protestes que^ par le conseillier Assonleville, me faisoit faire M^ d'Aiguemont. S'il se fust fait, que seroit-ce de nous et d'elle mesmesP Qui aura les armes en main sera le vray gouverneur, et elle l'agenle pour tirer l'argent pour. la soulde, et servante, s'il se peultdire, de qui commandera aux gens de guerre. Et combien pense l'on tirer d'Es-

paigne pour venir à souldoyer gens 9 Et n'auroit tout gaigné

pourtant celluy qui seroit général : car l'on dispuleroit sur Tobéissance , et auroit à faire au répartement des charges , et de la jalousie largement; mais Madame y perdroit tout, et suis avec vous que nous avons eucoires plus à craindre, pour ce que je puis appercevoir jusques.à icy, de ceulx de la maison que de ceulx de dehors.

Si cecy va avant, je suis certain que mons' d'Aiguemont sera préféré en la chaire j et que dira le prince d'Oranges et aultres des confédérés et non confédérez , qui disputent quelquefois « quis videatnr « major, » et qui renouvellent les contentions de l'ancienneté des mai- ^ La suite de cette phrase est ininteUîgible.

sons, < et quibùs gradibus creverint. Tune ilke turbœ fient; » et là tumbera la lighé par terre. La religion est ce qui principalement me mect en peine, et la licence prinse par l'impunité et faulte de justice; et ny Yois pour moy aultre remeyde, synon en ladite division, qui se sçaura bien servir des petiz différendz selon les humeurs, procurer de faire bon magistrat aiu: villes, et affectionnez au prince, pour avoir du coustel du roy et de Madame les eatatz de. la noblesse moyenne des villes et pays,. et joindre avec soy, le plus que faire se pourra, les consauk et la justice; et voys qu'il s'apreste à Madame du lin à filer. Dieu doint qu'elle s'en saiche bien démesler !

Ce de Gbeldres tend à ce que vous escripvez : mais s'est du moings; cela ne se sentira et prandra aultre chemin par les aultres iputacions que je voys apparentes jusqués icy. Viennent les murmures des o(^ fices «t bénéfices, de comme l'on en pourvoit, des lotheries, de ce que l'on doibt aux gens de guerre, des licences extraordinaires et dépescfaes que se font hors la chancelerie et appart, et se dit par qui : ce sont commancemens par lesquek Madame pouroit considérer que les choses ne pourront longuement durer ainsi ; les seigneurs mesmes se lassent, ne voyails comme s'en desmêler, et vouldroient guerre pour ne pouvoir plus fournir aux fi*aiz du leur : ce sont les confiisions que souvent admènent l'ordre, mais non tousjours.sans danger. Si le maistrèi venoit, je suis en oppinion que sola prœsentia remédieroit à beaucoii^; commenceant de mectre ordre à la justice , visitant leS'pays et donnant, où l'onpourroit, quelque satisfaction, sans entrer d'arrivée en demande d'aydes, et se comportant à l'endroit d'ung chacun respectivement comme je diroye bien, il n'y auroit nully qui ne contendit à mieulx faire que son compaignon pour gaigner faveur, et yroit la lîghe par terre, ^t prandroient aiséeme^t umbre Tung de l'aultre (que causeroit plus grande contencion) , pour mieulx servir, selon que je cognoisles humeiurs, et verriés la moyenne noblesse en son vray debvoir. Ce pendant, et pour actendre, se fault contenir en ce que dessus j'ay dit, et là se joindre. Mon retour ne.serviroit maintenant de rien que pour donner cause à confirmation nouvelle de lighe, et

y seroye en daogé sans servyr, par où je ne faiz mon compte de penser partir de par deçà de sept moys, que lors y sera aysé de faire jugement et discours de ce que, en tous cousteh du monde, se pourra actendre de la reste de Testé et encoires de Thyver suyvant, jusques à l'aultre printemps. Selon ce, fais-je mon compte, si Dieu me donne vie, de me résoldre lors de ce que j'auray à faire, si d'icy là il ne survient chose que me force d'anticiper ma délibération.

Mon frère, mons' de Chantonay, est encmres icy qui n'actend que nouvelles de Polveiller et d'aultres du chemin qu'il pourra tenir, moings infecté de la peste; en quoy il y a plus de' difficulté que l'on ne pense, et tant que je le voys quelquefois en délibéracion de prendre le chemin d'Ytalie vers Trente, et dois là à Braunecke^ et Villach; je ne fauldray de vous advertir de ce qu'il résouldra.

Ce que l'on sème par de là de Montgomery sort de quelque maulvais estomach, pour, donnant à entendre que les fauguenotz de France y ont grande part, mectre en crainte les bons et encouraiger les maulvais, comme vous escripvez.

La résolution du concile tarde par trop; mais je me doubte que s est sur fondement de non trouver sa maj*' bonne la difficulté que l'on ha là mis par de là à publier lé mandement qu'il avoit envoyé tout scellé , et ne luy plaira la façon que l'on a tenu pour faire changer au conseil la première oppinion, dont je tiens sa maj'^ informée; et peult-estre est la dilacion pour le mièulx, afin que la résolution ne soit coléricque, comme de ce il auroit à la vérité bien cause.

Ce d'Angleterre me semble , pour vous dire cler comme je l'eotendz , fort mal , par ce que j'ay vehu par Fescript que l'on ha ià résolu, dont vous m'avez envoyé coppie; et de raison se pourra plaindre sa maj*^ d'y avoir esté mal servyr , et que nous y aurons perdu ung grand' advantaige. Mais j'entends bien que vous n'y pouvez faire aultre que de suyvre la pluralité des oppinions, que ne me semble, ny cela, meilleur.

De Moron, il est là se préparant pour aller en Espaigne, 8*il n'est

' (Brannok.)

DU CARDINAL DE GRANVELLE. 569 jà party. Jusques à oyres, je n'ay voulu escripre à son altèze de son besongné et des aultres commis, lesquelz aussi je n ay voulu empes-^ cher, mais procuré que l'on leur donna toute assistence, et me suis tenu en ces termes, afin qu'il ne sembla que je voulusse porter ceulx qui pourroient avoir failli, ou y craindre poin* moy-mesmes. Mais, pour ce que Moron parle, et que oyres que Ton ne passe plus avant l'on poroit retenir maulvaise impression, j'en ay voulu mainctenant esCripre ung mot à son altèze, comme, je croys, vous verrez

Jà j'ay escript combien il serviroit que mons*" d'Aiguemont escripvît pour mons' Hopperus, il n'emporte de quelle sorte, pourvehu qu'il tesmoigne, de quelque manière que ce soit, qu'il est agréable. J'ay fait accompliement l'oflEce comme il vous convient et à luy, de mon coustel. Renard est en Espaigne\ comme vous avez entendu, détenu au lict des gouttes. Mons' de Hierges vous aura appourté ou appourtera les premières nouvelles de comme il luy vad; il seroit bien envoyer l'escript de mons' Hessel par bon moyen., si vous le pouvez trouver. Quoy que die J'ambassadeur de Portugal, je croys qu'il sera bien Pantecouste avant que le prince de Parme se marie à Bruxelles.

Stratius fait tort à ceux de Dole, imputant ce qu'est passé en son endroit au service où il s'est mis de mons*" le prince. Je vous en ay faict advCTtyr à I9 vérité ; il s'est du tout retiré à Salins et a vendu à Dole ses libvres, dont plusieurs ~ sont esbay s, car il en a voit de bons, et il est nécessiteux; peult-estre veult-il devenir de courte robe , voyant comme Ton n'ayme les longues, quoyqu'elles soient si bonnes en ceste saison. Ce que l'on n'a parlé des bommes d'armes et chevaulx-ligiers, est pour ce que ny mons' de Dicey ny son filz ne se sont trouvez aux estatz; maintenant ils entretiennent la pouvre noblesse par dire que Moron porte tous moyens pour les mectre sus, sans foule du pays

Nous ne sûmes pas mal, puisque Masius et Molineus proposent les aflBiires de la religion. Je désire fort entendre ce qu'aura fait l'ambas-

* U était arrivé à Madrid le a3 novembre précédent,

PAPIERS D'iTAT. VIII. 7 a

sade de Louvain contre ledit Motineus; Martiny sera hors de grâce, puisqu'il ha tant parlé : si Ton le fàche^ il dira (quoyque après il luy puisse couster) peult-estre choses que feront penser

L'on verra comme se contentera mons'' le prince de la nomination de Tongreloo faicte contre son désir. Que Armenteros s'en desmelle si veult! ce ne sera pas le cardinal, pour ce qu'il est estranger, mais Armenteros, qui est du peys ou noiurry en icelluy et y a à perdre. Cecy, croyez-moy, ne peult durer nullement, et s'en verra Madame en peine et aultres; et puisque Wellemans^ soustient que le roy est obhgé de nommer tousjours le premier, vous véez si j'avoye tort et si j'entendoye mal l'intention de leur escript. Au roy et à eulx le débat ; je y ay faict mon debvoir.

Le duc de Holstain^ aura ce qu'il prétend, puis qu'il aura ung présent. Y voise quy vouldra, mais ceste conversation^ d'Allemaigne pgrte au pays ung dommaige incomparable; et l'on est marry que je suis de ceste oppinion et que je la diz : le mal est qu'elle est véritable.

Je voys bien ce que le roy escript de Malines et Bois-le-Duc, par la coppie de l'article que vous m'avez envoyé, dont je vous mercye : mais j'actends la résolution que prandront sur le tout les commissaires quant au dot, pour après me résouldre, ou d'accomplir ou de renoncer, à quoy je suis plus enclin que de retenir, puisque la chose vad ainsi; et entendz bien que ce que sa maj^ respond est sur ce que Madame a escript.

La guerre que Figueroa fait à Erasso sera, comme je me doubte, comédie. Dieu pardoinct à Cigonet; c'est ^ sur ma foy, très-grande perdte, et suis aussy bien marry de la folye et récidive de Mersperg, que luy pourroit bien couster chier, que me desplairoit pour

^ Voir tome VI , pige 46&. franchise, exprimait ainsi son défdaisir

* Adolphe. Ce prince entra un peu plus au cardinal : t On a esté bien mal advisé

tard au service militaire de TEspagne, où « de faire venir ces barbares Danois , mal-

il commandait un corps de reitres dans les « heureux larrons hérétiques. > ( Lettres»

Pays-Bas. Au sujet de lui et des soldats VU, q4o.) sous ses ordres , Morillon , dans sa brusque ^ ( Relation , liaison. )

le6 siens ^; mais ceste jeunesse est si libre que c'est le diable. Et

me recommandant, etc De Besançon, ce xxvi^ de décembre

LE BARON DE BOLWILLER

AU BARON DE SILLIERS

(Mémoires de Granvdle, XVI, 6 v'-io. )

S. i. s6 décembre i564*

Quant ad ce que vous dictes de la principale difficulté d'envoyer en Espaigne, seroit à treuver personnaige qui voulust, pour Tamour de son altèze, entreprendre ceste charge, et la capacité que m'attribuez poiu* ne faire ; vous itiectez en terme deux choses : par lune , que cest envoy se pourroit faire si Ton sçaiu'oit que le négocié ne seroit communiqué, et Taultre , si le roy ne debvoit venir si tost ; que sont deux poinctz que je ne peultz sçavoir: car de la venue de sa majesté pu non, je tiens qu'elle ne le sçayt pas elle-mesme, ny pour qiTant. Et de faire le desseiûg et practicque demeurer secret, cela doibt estre enchaîné à celluy qui seroit envoyé devers le roy, de tant faire et contendre par bons propoz vers sa majesté , que rien n'en fust consulté es Pays-Bas, et mesmement à mons' le prince d'Orenges, suspect en ceste matière; gisant la reste en la pure volenté de sa majesté.

De ma personne à faire cest office et ce qu'en deppend vers ledit ^ roy, croyez que son altèze n'a serviteur au mondé quil désire plus son bien et grandeiur comme je faiz, et qui aye plus de désir

' En français Morimont, noble famille de la haute Alsace , aujourd'hui éteinte.

572 PAPIERS DÉTAT

de par effectle luy faire congnoistre. Mais il fault que premièrement elle se résolve si elle veult faire cest envoy ou non, et puis après fault examiner si seroit bon que Ton m'y envoyé ou ung aultre : car de moy il fault entendre que je ne suis pas un des plus beaulx harengueurs, au regard que la matière veult estre bien dicte, débattue et sur les contradictions faire répliques, et que V(m treuveroit bien d'aultres personnaiges plus soufEsans pour cela, que non pas moy quy ay faict toute ma vye jusques à présent plus profession de jouer de faict que non pas par paroles.

Et se doibvent avec ce considérer quattre choses : premier, que m'y envoyant, et que l'on sçaiche que ce soit pour le service de son altèze, et puis après que je vinsse à faire levée de gens, ce sera bien pour descouvrir le desseing; oultre, je ne sçay comme je peidtz aller en Espaigne sans que l'on se donne garde estre pour le service d'icelle; la sieconde, si estant en telle commission pour Espaigne, cela reviendroit plus au profit de son altèze que de demeurer par deçà ; la tierce que je ne peultz aller nullement sans avoir congé de monseigneur l'archiduc, mon maistre, et que Madame doibge solUciter elle-mesme bien expressément ledit congé, auquel peult- estre ne se treuveroit par mondit seigneur tant de difficulté, quant l'on luy adlégueroit la souffisance de mons'' Jehan, mon frère, pour exercer pendant mon absence l'office quej'ay. La quattrième est que, comme j'ay eu par cyde vaut charges honorables, et mesmement en Espaigne, estant ambassadeur de feu de bonne mémoire rempereiu:^ que Dieu absoille , et que je n'y vouldroye aller meindre, encoires que ce seroit pour mon seul particulier, cela viendroit à plus grand cotange à son altèze que non point faisant faire l'office par ung aultre. Toutesfois, quant son altèze se sera résolue sur cest envoy , je regarderay si, au temps d'icelluy, les affaires de mondict seigneur et maistre avec les myennes pourront comporter de faire en cest endtoict très-humble service à son altèze : tant suis-je, comme je vous ay dict cy-dessus, désireux de sa grandeur

J'ay veu ce que me mandez de celluy de Suède ayant escript à son

altèze, et comme elle vouldroit employer celluy dont je luy ay cydevaot faict mention, je vous dictz que subit que j'eus entendu de vous que son altèze ne se vouloit plus servir de luy, je le licenciai et ne sçay qu'il est devenu depuis ; me doublant que (pour quelques occasions, principalement s'il est vray des nouvelles que ton m'a rapporté depuis de luy) doiresnavant nous ne pourrons avoir de son service; oyres que je m'en infidrmeray plus amplement. Et pour ce il sera bien de penser à quelque aultre , pour faire l'ofiice en cestuy endroit que Madame requiert : ce que de son costel elle peult faire , et aussy feray-je du myen

LE PRÉVÔT MORILLON

(Lettres de Morillon, I, 227, v* a36.)

braxeiles, 3o décembre i564.

Monseigneur. .... je vouldroie que le président voulust croire à tant de bonnes raisons que vostre seigneurie luy escript, et ne debvroit vraiement estre guère empesché de desjecter Armenteros, s^il avoit cem:. Je l'ay trouvé fort alègre à nostre retoiir, et je croy bien, au jugement que vostre seigneurie faict de son excuse , qu'il n'at encores si grande envie se retirer. Le vray seroit d'escripre au roy. H n'en seroit que plus redoubté comme Titelmannus, que s'en faict vailloir partout et passe oultre.

n poulroit bien estre que son altèze diroit de n'aller au conseil d'estat si votre ill™' seigneurie revenoit (ce que ïe président m'at répété depuis#mon retour), et qu'elle feroit le contraire. Et en tous

événements, ^e ne sçauroie trouver smon très-bonne et prudente la résolution de vostre seigneurie de ne vouUoir démonstrer de croire choses samblables; par ce boult se peult faire plus de proffit que de rompre ..... I^e secrétaire du prince d'Orenges m'at jiu*é n'avoir rien ouy dire, ny en bien ny en mal, audit prince, depuis le partement de vostre seigneurie.

Moron est encores à la poursuite de ses exorbitantes commissions. Je ne sçay s'il les obtiendra selon son pourject. H se fonde sur ce que les saulneries sont fort mal administréez par la faulte et maleversation du pardessus^ et des aultres officiers, demandant pouvoir les mander vers soy et ses adjoinctz, affin qu'ilz luy mectent en main touttes escriptures, papiers et enseignements, avec les deniers quHlz auront de ladicte saulnerie, et qu'il les puist suspendre et surceoir de leurs estatz pour trois ans, et y commectre ce pendant des aultres, et que Ton verra merveille. Et s'ilz se veuillent opposer, qu'ilz seront tenus de comparoir par deçà. Aussi que plusieurs occupent des biens du roy sans tiltre, demandant povoir pour se saisir d'iceulx; et que si parties veuillent estre oyez, que ce soit aprez ladite saisine et sommièrement. Tout cela se trouvoit bon par le conseil des finances, astipulant Schetz. Mais le président avec Hopperus Fat contredict, disant que prégnant lesdicts papiers et enseignementz. Ton leiA* pbidroit hoster leurs deflPenses et décharges ; et que les déporter pour trois ans et saisir lesdits biens, « parte non audita, » ce seroit vraie tirannie et pour esmouvoir le pays. Qu'il falloit veoir le besongné des commissaires premier, et les instructions de ceulx de la saulnerie, pour veoir en quoy ils l'ont excédé; qu'il failloit sçavoir qui estoit ce Moron, d'où il est et de quel zèle il procède. Ce que Barlaymont et les. finances ont trouvé raisonnable. Il fiit aussi all^^ué que Testât de pardessus est ung de ceulx du pays que le roy s'est ré-

^ Cétait le premier officier des salines. qui avait pour lieutenant Guyon Moachet ,

n avait déjà la même dénomination au sieur de Châleaurouillaud et de Myon ,

XIV' siècle. Le pardessus, à cette date, Vun frère et l'autre beau-frère du cardinal

était Thomas, seigneur de Chantonnay, de GranveBe.

DU CARDINAL DE GRANVELLp, 575

serve, et que quant au sel que s'ovre^ par dessus le roUe, qai\ fault sçavoir comme ses prédécesseurs en ont usé et quelle particulière instruction il at sur ce : car de voulloir reprendre en luy ce que ses prédécesseurs ont faict, que ce seroit luy faire tort; et que s'il y at à redire, que ï(m luy polroit bien mectre nouvelle reigle par bonne manière, et le mesme aux aultres ofi&ciers, sans user de ceste violence. Que aussi ordçnnant sur cecy,. sans participation de ceulx de la court de parlement et de la saulnerie, que c'estoit leur faire bonté, et poiu" faire resentir tous ceulx du payz, si l'on faisoit répondre et venir pardeçà les subjeçtz et officiers de Bourgongae sur Tentremise de leurs estatz. Et sur ce que Ton vouldroit dire les saulneries venir des prédécesseurs de M. le prince, que c estôit erreur, puisqu'il tient sa part en fief duroy, et que sa majesté at sa portion d'ung filz aisné, comme ledict sieur prince d'ung second. Et ad ce que je veoy^ ledict sieur président ayme mieulx en cçcy faire l'office qu'il doibt en toutte [occasion] que de beaucop escripre , qu'est cause que je me suis un peu eslai^. L'on verrat si son opinion aurat lieu au conseil d'estat, comme il samble avec justice et raison vers les finances, etc. ^

Vostre résolution, tant que allons plus avant, me samble milleure : • Nam et quorumdam ferocia retunditur, et aliorum lui desiderium « magis excitatur, quod bonis et piis omnibus commune est. » Le coadjuteur de Tournay ' m'a dict d'avoir entendu de la bouche de Montigny que les seigneurs ne seroient marris si V. L S. retournoit, pourveu qu ilz heussent aussi leur part aux affiiires publicques. Je ne sçay si c'estoit pour taster ce que l'on diroit; mais son dire en at respandu le bruict à Tournay et aillieurs, de tant plus^u'il disoit que vostre illustrissime seigneurie négotioit plus que oncques, et que les

* (Se fabriqae. ) t tat , sans user d'aulcune contestation : par

' On lit en marge Taposlillé suivante, • quoy Moron n*aura point tout ce qu'il

aussi de Morillon : t Hopperus m*a dict « pense. Hœc calend. januar, > « que les finances ont demandé par escript ' Guibert, fils de Jean, seigneur d'O-

t les raisons cy-couchées au texte , que s*esl gnies , gouverneur de Tournay, et Ae Har-

« faict et sont esté veu et reveu; et avec guérite de Lanoois. « icelles veuillent respondre au conseil d*es •

seigneurs le sçavoient fort bien, mesmes qu'elle recépvoit six lettres du roy, tandis que son altëze n'en avoit deux.Xe mesme bruit at courru par cy,.et que le seigneur don Fernand ^ estoit pourveu <le Testât de l'artillerie. Dieu veuille que ainsi soit. Ledict coadjuteur at obtenu de la duchesse présentation ad pontijicatam en très-bonne forme. Il se démpnstre fort affectionné à vostre illustrissime seigneurie, laquelle fera bien de luy escripre ung mot de congratulation: car il le mérite , portant vostre querele ouvertement contre Montigny, « qui cum suis, » estoit pour Audregnies.

L'ayde est « sicut in principio. » L'on avoit appelé les états et les abbez de Brabant le x®, dont se sont disparu avant les festes sans avoir rien résolu. L'on dit que [ceux de] Parcq et Ev^rbode; « sunt durœ cervicis, » et que eux et les autres prélats jugent après des conditions, et Scbetz treuve tout bon pour ne faire faulte : « sed faciet, Hercle! tanto magis. » Rien n'est signé ni apparent de le faire encores. Ceux de Louvain, aiant révocqué aulcunes conditions, « ne sibi desint, » ont remis une aultre qu'est pour une vard ^, que lewc fera plus de mal que de bien. Bruxelles ne veut à rien entendre à cause de la question de Jungling'. Son altèze a donné pour expédient au prince d'Oranges que si les villes ne veullent signer, qu'il faut faire signer les villaiges.

Ceulx de Flandres et d'Hollande sont esté icy pour donner leur accord sur l'ayde pour les garnisons, pensans que ceulx de Brabant le debvoient faire à la dernière assamblée, et véantz que non, ils sont retournez ainsi qu'ilz estoient venuz. Dieu doint que lesdictes garnisons ne nous facent quelque venue, car l'on leur doit ung an, et aussi ne dormiront noz voisins. L'on dit que Crombach faict gens contre l'électeur de Saxen , et qu'il s'entend avec Zwartsenbourch et George von Holle. Je crainz qu'ilz dient l'ung et facent l'aultre

* ( De'Lannois. ) exécuta en bronze la statue du duc d*Âlbe ,

* (Garde ?) érigée dans la citadelle d'Anvers en 1 669, ^ Ce personnage serait-il le même que et que le roi fit enlever quatre ans après ?

Jacques Jungeling, célèbre sculpteur, qui

Je dlray uiîg acte que Molinyus ' a faict depuis peu de jours ^ que polroît bien estre à son dommaige. Se trouvant depuis nagai^es le docteur Wambesius, qu'il tient pour son ennemi capital, à quelque disné où furent aulcuns docteurs en théologie , il vînt à propoz de parler de la religion ; et fut regretté Testât d'icelle. Sur ce que ledit Wambesius disoit qu'il cognoissoit quelc'un, « in ditione principis, qui « profiteretur confessionem Augustanam , et ut hic habel multa bona ac « etiam in Germania, admonitum periculi earum facultatum quae hic 0 sunt, respondisse malle se bonorum quam animae dispendium fa- « cere. » Magister noster de Lovanio^, que fut, à ce compte^, le dit depuis par manière de plaintif audit Molinyo, qui, entendant qu'il venoit de Wambesius, et se imaginant, selon son creu cerveau, que ce debvoit estre monseigneur le prince d'Oranges, sans faire aultre samblant est incontinent monté à cheval et lat faict entendre à son altèze, dont elle et ledit seigneur se sont fort ressentuz et avec bonne cause. Depuis il at volu examiner ledit de Lovanio par serment, qui a dict qu'il ne déposeroit sinon par voie ordinaire^ L'on at icy mandé ledit Wambesius, que Ton m'asseure n'avoir oncques nommé ledit ^ prince, auquel il est serviteur et pensionaire avec Elbertus; mais, ad ce que j'entendz, il se sçaurat fort bien décharger, et nommerat au fort-aller celluy de qui il entendit ce que dessus. S'il est vray ce que l'on dict , Molyneus seroit luy-mesme approuvant de la confession augustane, « usum calicis pro laicis et matrimonium sacerdotum. » Je ne sçay s'il at envie de dansser. Touttefois, luy et son compère (Macs), avec Portessain*, se vantent d'avoir moien pour redresser quelque réformation en l'Eglise, que seroit bien avant venue si elle debvoit recepvoir la médecine de telz apoticaires. Il vat bre.n

' « Certains faicU démonstrent sa ma- * Sur la recommandation de M. d'Eg-

tlice, qu*il est indiscret et qu'il use de mont, Portessain, qui était, docteur en

« calomnie. > ( Morillon.) théologie , venait d'obtenir une pension de

* Jean Hessels, «grand et fameux théo- Aoo francs sur Tabbaye de Theulay, en

logien. » Voir tome VI, pages 39a, âaa. Franche -G>mté, à laquelle la duchesse

' (Conte, récit.) de Parme venait de pourvoir. Plus tard,

qu ilz sont congnuz , et je tiens que ceulx que peulvent en cecy ne permectront que leurs samblablez se ingèrent à une si grsudde euvre, pour laquelle se trouveront bien aultres gens à Louvain et aiitieurs aux pays de sa majesté.

Le conseillier Renard, à son arrivée à la court de sadite majesté, se logea avec le sieur de Sombamon, où il fust deux nuictz. Depuis at-il loué le logiz du sieiu* Hieronymo Candiano. Il at escript à sa femme qu'il n at trouvé les choses si aigres comme que Ton disoit, et que Ruiz-Gomez et aidtres l'ont visité. Il ne peult estre que l'on n'ayt, par le premier [courrier], nouvelles s'il aurat heu audience, et je pense si le roy at heu voz lettres en temps, qu'il ne luy fwa grande feste

Certes le président n'est pour soubstenir autant de mois que vostre seigneurie at fait des ans. Et ad ce que j'ay veu, il s'est miz en moings de deux mois par sa pusilanimité en la desréputation où il se treuve à présent. Il samble aulcime fois qu'il doibt reprendre ceur ; mais je n'y veoy suyte. Il entend ce que passe des lotheries et passeportz en secret, et n'en sçait faire son prouffit. Les seigneurs ne l'oblieront et l'annotent fort bien , ad ce que me dit le secrétaire du prince d'Orenges, avec tout ce que se faict à la cachette. Ad ce peut l'on veoir comme son altèze en sera à la longue, et si elle doibt estre sans doubte des seigneurs. J'envoie à V. S. 111°** encores d'aultres cartes^ que j'ay treuvé par où j'ay passé ce voiage; si je fusse allé plus loing pexdt-estre que je en heusse treuvé dadvantaige. Je croy que Bruges et Middelbourg en ont leur part. Enfin touttes marchandises s'i venderont par ce moien , et les prorogations se donnent parmi le marchiet , non sans foulle du peuple

il fit un long voyage en Espagne, dont il i SyA. Retiré enfin à Besançon, sa ville na-

rie revint qu*environ Tannée 1 670. A Toc- taie, et converti entièrement à la réforme,

casion de cet heureux retour, son ami et Portessain unit son sort à une femme dont

compatriote, J. J. Roissard, tout à la fois nous ne connaissons que le prénom de

savant poète latin et bon archéologue, lui Béatrice. Nous ignorons également la date

adressadesfélicitations qui se trouvent dans de sa mort. (Voir tome Vil, page l$bS.) le recueil de ses vers, imprimé k Bâle en ^ (Ou passe-ports.)

Vostre allée vers Espaigne seroit bien, selon mon fol jugement, à propoz aussi pour le bien publicque d'icy que pour Rome : « Nam « boni onmes et pii , post Deum, spem suam coUocant in adventu régis, « deinde in D\ • lequel, s'il s'esloignoit, les contristeroit par trop, et rendrait les seigneurs insolentz, que craignent D, quoy qu'ilz dient, et pour les raisons tant véritablement touchéez en voz lettres du xxix** du passé, « cum vix ulla pars reipublicœ sana sit. » Il ne se fault at* tendre que la venue du prince y donnera remède sans celle du roy.

Je suis esté vers del Canto, que j'ay trouvé au lict [malade] d'un catarre avec beaucoup dç visiteurs, et entre aultres le frère d'Ar^ menteras, dont je fuz marri ; touttefoys y estant, je passiz oultre et luy donnit vostre lettre/ et peult-estre qu'il n'y axu*at tant de mal si l'on sçait que l'on s'entend de ce coàtel : car son altèze le respecte plus que trois présidentz Viglîus

Le roy a escript, t suo idiomate super religione, » particularisant plusieures cboses passéez à Anvers, Bruges>» Middelbourg et la Tole^^ dont les seigneurs se marmousent, disant qu'il est mal informé et l'imputent à del Canto; mais il n'en démarche point ung pas, et l'on ne l'oseroit regarder de travers. Je croy bien que l'on a failli in specie; mais le général est pire : beaucop que l'on ne sçait ont escript

L'arrogance d'Armenteros est cognu de touttes parts, et sçait-l'on bien dire que les Flamans n'ont permiz au frère une recepte à déservir; et que maintenant l'ung et l'aidtre est en gouvernement, menassans les consaulx, quant ilz ne sont secondez d'eulx à leur plaisir

L'on n'at encores levé ung denier des aydes, et ne se dit encores rien de celle des garnisons. Je ne fauldray de le faire entendre à vostre seigneiuîe doibs qu'il y aurat quelque chose.

Les abbez de Brabant veuillent comprendre avec eulx et cottiser les chappitres , qu'est contre toutte raison : car quant ilz sont requis

^ Cette lettre capitale, suivant une observation déjà faite, s* applique au cardinal. — ' VUle de Zélande.

ilz contribuent à part, et Font faict ainsy trois fois depuis xxxii ans enchà, chascime fois xx mil florins; et en aultre temps ilz paient X* et XX® et le subside ecclésiastique de la moictié des fruictz, desquelz lesdits abbez sont exemptz , pour contribuer ordinairement avec les estatz, que démonstre la diversité et quilz n'ont rien de commim par ensamble. Aultrement le tiers membre de ceste ville auroit plus d'advantalge que les chappitrez, car Ton luy demande son consentement. L'on m'at volu députer pour entrer en la comnmnication que ont tenu les cliappitres de Brabant à Malines hier, mais je me suis excusé, préveant que Ton m'heusl pressé plus avant pour faire la remonstrance en court, ce que je ne vouldroie en ceste saison. Je leiu* ay dit, et je croy que ainsi sera, qu'ilz seront taillez pour ceste fois de passer par là; car Ton ne veult rien refuser aux estatz, si Ton peult par quelque moien achever avec eulx.

La relaxation des édictz contre Angleterre se publiera partout à commencer le jour de Tan, et la communication sera le xxvi® du mois prochain , où se trouveront M. d'Egmont, le conseillier d'Assonleville avec encores un ou deux du conseil de Flandres. Dieu doint qu'il n'adviegne ce que vostre seigneurie prédit ; et fut esté mieuJx de faire précéder la communication

Ce que vostre illustrissime seigneurie apostille sur l'extraict d'aidcuns poinctz de la lettre du président vat ainsi comme elle dit. fadjousteray dadvantaige que sur l'instance que faict M. de Sainct-Pierre d*estre déporté de l'évesché de Gand, depuis qu'il a perdu le doien d'Aire , Caverel, l'on at icy mandé , « magistrum nostrum Jansenium, » doien de Saint-Jacques à Louvain, pour accepter la charge ; et comme il s'excusoit, demandant terme pour prendre advis, mesmes de M. le président, il luy fust répllcqué qu'il n'estoit encores temps qu'il le sceust, et luy at esté enjoinct par serment de n'en faire aulcun samblànt à qui que ce fust. Et comme il revint à Louvain, et que les aultres docteurs estoient curieux de sçavoir pounjuoy il avoit esté mandé, et qu'il ne vouloit rien dire pour ledict serment, quelc'un d'entre eulx, ung peu rusé, s'est advisé de s'enquester de Molinyus

pourquoy ledict docteur avoit esté mandé, qui , pour monstrer son crédit en court, at descouvert ce que Ton vouloit tenir caché; par où Ton peult veoir quel gentil conseillier ce seroit. Et ainsi en a esté

ledict sieur président adverty par voie indirecte

, J'ay veu ce que vostre illustrissime seigneurie m'escript , par ses lettres du xn, des estatz tenuz par delà, que j'ay entendu par aultre voie avoir esté aussi froidz qu ilz furent de long-temps. Il vat fort bien que, de la part de D et des siens, soit esté tenu ce langaige; chascun n en at si franchement usé. Aussi Ton apperceut bientost à quoy tendoit la rhétorique* Stratius pensoit bien avoir faict ung chief-d'euvre

Tay entendu de M. le président comme il at adverty vostre illustrissime seigneurie de ce que passe à l'endroict de votre dot, et conune sa majesté est assez d'advis que la pension de ii°* florins sur -Sainct-Bemard se répartisse entre vostre illustrissime seigneurie et Sonnius, par moictié, et ce par provision jusques il soit aultre part pourveu, et que ce pendant demeureriez en la jouissance de vostre pension d'Espaigne, selon que m'a dict M. Hopperus; en<îe qu'il y auroit apparence, car elle ne se doibt estaindre sinon au cas que vostre illustrissime seigneurie auroit l'abbaye d'Afllcghem, ce qu'elle n'at poinct. Je ne sçay si sa majesté l'entend ainsi : car, ad ce compte, n'y auroit-y gt*and mal. J'attendray ce que vostre seigneurie m'escripvera par ses premières

L'on parle de joindre à Malines la prévosté de Maastricht, de Louvain et de la Chappelle en ceste ville ; et poulront venir par ensamble à trois mil florins par an. Resteroient encores deux mil

Sa majesté persiste que l'on publie le concilie sans aulcune réserve. Je ne sçay ce que l'on y résouldra pour conserver les droitz de sa majesté, comme des possesseurs de bénéfices, etc.

Le président m'a dict que ne véant les seigneurs de quel bois ilz feront flesche, si les aydes ne succèdent, et qu'il y poulroit bien venir quelque changement, commencent à désirer la venue du roy, et peult-estre que c'est cela que at faict dire à M ontigny, parlant au coad<

juteur de Toumay, les propoz contenuz cy-dessus ^ ; et que pour se veoir au boidt de la roye, ilz coi^noissent estre nécessaire de maDder le roy, ou qu'il pourveoye aux affaires ; et que véant le président si présente occasion, il at accumulé les raisons confirmatives, de sorte que l'on s'incline d'envoier ung de la trouppe vers Espaigne pour solliciter la venue du roy, et que peult-estre sera-ce le conte d'Egmont : estant l'opinion des seigneurs qu'il n'est possible aultrement soubstenir les apparentz inconvénientz *

Pour confirmer la nécessité de la venue du roy, a esté allégué par Egmont et le prince que quant ores chascun d'eulx auroit en son gouvernement dix-huit enseignes de piétons, encores auroient-ilz asseï à faire pour y faire obéir le roy.

L'on crie fort contre les évêques de Middelbourç* et de Harlem^; « miror nihil dici de Trajectensi*. » Le roy ne samble avoir contentement de M. de Bruges* et le tenir pour flosche. Je croy que cela vient du docteur, augustin espaignol , que est là. Et pour dire la vérité, ledit sieur est bon, mais de peu d'advis. Il fault vénérer l'eaige en luy et la vertu. Il luy est survenu cas pareil, pour la sépulture d'ung Anglois, à celluy de l'an passé. Il en est aussi empescbé maintenant comme il fust lors, et ne se sçait conduire selon ce que l'on hiy escripvit si expressément.

Le président me dit que Tévéque de Namiir^ luy a dict d'avoir admonesté son altèze poiu* ce qu'elle at souffert prescher Portessaia,

* Voir la présente dépêche, page 576.

' Morillon a mis en marge Tapostille suivante : t Je craindois bien qae par Tac- «cidentdu président, cecy yroit en vent; tmais non faict, etseschauffe la négocia- « tion de plus en plus , aiant le conte d*Eg- « mont affection à la charge, et se dressent • les instructions, par lesquelles Ton dira « beaucop de mal des estatz et des abbez « de Brabant et leurs samblables , dont Ton t at tousjours fort bien parlé. Je n*y puis «veoir aulcun mal pour D, et pense que

«s*il y vat, le roy le remectra bientost « avec D. ( 3 janvier. ) »

' Nicolas de Castres. (Voir tome VI, p. 87.)

* Nicolas de Terreneuve. (Voir tom. VIJI, p. 56, 168.)

* Frédéric Schenck de Tautenbourg.

(Voir tome VI, page a 1 ; tome VIO , p. 56.)

* Pierre Curtius, auparavant curé de Saint-Pierre <le Louvain. (Voir tome VI, page a3.)

' Antoine Havet. (fttrf. p. 87, a85.)

qu'il at veu porter son ordre à Paris ^ et qu il at apostasie : si Faultre le sçavoit, ce seroit pour le faire escumer. Il y a de la jalousie, pour ce que celluy que Havet a donné à son altèze ces adventz, n'a point l'auditoire que at l'aultre.

Ledit président me dit aussi qu'il s'apperceoit que le prince d'Orenges at bonne envie de faire la convocation des estatz généraulx , forte ai exemplvm de ceux de Brabant. Hz se opposent aux unions et que l'on prende aultre pied in religione.

L'on a faict morir à Middelbourg deux anabaptistes secrètement , et, ad ce que j'entendz , il samble à la loy qu'elle en at assez faict pour une fois, et qu'elle veult lesser de l'ouvraige à ceulx que leur succéderont. Ainsi demeurent là les aultres que sont obstinez et prisonniers de si long temps. L'on at depuis xv jours bruslé à Lille à petit feu le cordelier apostat que fust mené l'esté passé à Toumay, et est mort opiniastre. L'on at bien veu à son exécution que le général du peuple de Lille est encores bon; mais il y heust ung viellart que vins! baiser l'estacque^ et recueillir les cendres, qui at esté incontinent troussé.

Le chappitre de Tournay faict grand debvoir pour retenir le peuple de Toiuuay en la catholicque religion. Ilz ont heu ces adventz ung de leurs confrères, docteur de Paris, fort sçavant honune, qui at presché k la grande église. Les jésuites y ont heu à aidtre heure les festes et dimenches et y font grand fruict. Je veiz le dimenche que je y fuz , huict jours deuant Noël , plus de cent personnes se communier à la messe du jésuite. Ilz font aussi grand debvoir pour les escoles. Si le magistrat faisoit le pareil, les affaires yroient mieulx

Je tiens que avez entendu le trespas de Vesalius en son voiage de Jérusalem, où il s'est lessé morir par vraie misère, pour lesser sa vef^e et fille unicque avec trois mil florins de rente et x mil content, bien empeschéez à trouver des mariz.. . . . Et après m'estre recommandé, etc. De Bruxelles, le pénultième de décembre 1 56 A.

* « Nota que Portesain soit esté jacoupin. » (Apostille de la main da cardinal,) — * Poteau.

Page 1