‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 61 sur 77 · CLXX · texte numérisé non relu

CLXX

LE PRÉSIDENT yiGLIUS

( Mémoires de Granvelle , XVI , 95. )

Bruxelles, ao janvier 1 565.

Illustrissime domine; quod multis jam elapsis diebus nihil ad D. V. 1. ijcripserim, id per gravis morbi impedimentum factimi est, a quo manas ^ondum libéra calamum regere ^nequit; quamobrem ignoscet D. V. I. et silentio meo et brevitati. Quas vero abs D. V. I. novissimas literas accepi, eae erant die D. Andrese et sexto decem^ bris scriptse; ipse autem per capeUanum vestrum, M. Petrum, pos^ tremo omnibus de rébus prolixe satis scripsi. Quae vero deinde sùccesserunt, summatim ac praecipuae quatenus ad meam noticiam pervenerunt, perstringaib.

Cum vereremur hic novas propositiones de religione, commodum supervenit régis epistola, qua significat sibi non placuisse resolutionem Ducissœ de acceptatione concilii cum ea reservatione ac limitatiône quae hic adjecta &erat, rursusque id plenius examinari jussit; ad hsec acreiii mandat contra hsereticos £eri pimitionem; multa in specie ad se delata eommemorans quae circa religionem hic non recte fiunt, sive istud sive quid aliud, id quod de religione moliebatur, suspendit. Eam tamen sententiam perpetuo inculcavit , eo res in religione progressas esse ut aliis consiliis opus ^it. Cum a me porro quserit Ducissa quid aiiud consilii habeam , respondeo ut edicta diligenter observentur, ut décréta concilii exécution! mandentur, ut episcopi in synodis délibèrent et provideant. Haec esse ordinaria remédia; extraordinaria, absente rege, non esse attentanda.

Itaque cum haec suis consiliis non resp.Qndere videret, Ducissa, ipsis requirentibus, proposait mittendum aliquem ad regem, per quem imminçntia pericula provincise huic majestati suse represententur, ut majestatem suam soilicitet ut veniat, aût necessitatibus subveniat. Haec sententia omnibus placuit; mihi onus datur ut instructionem concipiam ; concepi et lecta placuit. Sed princeps ^ addendum censuit , casu quo non veniat quid faciendum hic sit, cura religio longius hoc pàcto sustineri nequeat, justicia in contemptu sit, politiœ nulla ratio habeatur, consilia inter se dissideant, placcarta negligantur, ac alia pleraque quae perperam in nostra repubiica fiunt super bis, ut majestas srua mandet-quid fieri velit? Super quibus nos denuo cogitare jussit Ducissa. Ego vero |)ostridie apc^^ia tactus, relîqus hujus- deliberatjionis parti noo interfui, sed aUqua de lis postea ex quorumdam sententia adjuacta inteilexi, quae facile ostenduut ex quo stoin^cho ea procédant et quo tendanL Delectusque est Egmondanus qui in Hispaniam proficiscatur; et haec quidem in 6unwia.suot qu^ mihi de causis^jus profectioois constant; qyee vçro alia ab Ducissa mandata habet me clam est. Marchio.Montigny, Noircarmes, Varleusel hic quoque multis diebus &erunt, qui et ipsi cum aliis consilia contulerunt. Restare ergo videtur, ut aut rex moras isthic abrumpat, aut deinceps horum arbitrio omnia penitus comoûttat. Audio autem jam de abrogandis et sunroigaAdis aliis diu coasultatum, et noyam reipublicae formam jam conceptam esse, siquidem ad ho^ rum arbitratum rex constitui eam permittàU Stat^s Braba&tiâet ubi Egmondanjmn in Hispaniam ttiuiun intellexerunt, consenserunt tandem actum signare, quo per eum nuncius hic sîg^ûficaretur, gratiorque ejus adventua foret.

Cuoi, abbat^ S. Pétri actum est, ut nomÎQationi ^piscopatus Gaor davensis reni^nciet, et cum decano S. Jacobi Lovamensi, Coraelio Janseoio ^, actum est ut is eam fMrovinciam suscipiat, obstncto utroquiç

' (Oraniœ.) sans fard, était né k Huisi, en Flandre.

* Ce prélat, aussi db^nguô par son sa- Curé de G)artray, puis doyen de Saint-

voir et son doquence que par ope piété Jacqae» de Lonvain et pr^fciigwf en tfaéc^

sacram^oto ne quiequaminihi dicerent, quod pei^uasUB) haberent

me impeditarum Errant graviter et de meo obsequîo non recto

senttunt. Çerte ego Jansemum mtiltis >iH>mimbus abbati prcriulero.

Egmondanus > anteqtmm discederet', me convenk ; incidit nobis mentio de Hoppero, erga quem se bene affectum ostendit, et Dueissam ad regem scripsisae affirmât; et certe tempus est at rem de auccesaore despicîat, cum ego deinceps inutilis sûm futurus

LE SECRÉTAffiE BAVE

AU CARBINAL DE 6RANVELLE.

{Mémoires deGraaveile, XVI, 107:1 10.)

Bruxelles, 2 5 janvier i565.

Monseigneur, j'escripvis par mes dernières à vostre illustrissime seigneurie, entre autres choses, les propoz qui se tenoient lors de TaUée de mons'tl'Egmond en Èspaigne, et depuis est la chose pssée si avant qu'il en a accepté la chaire, et s'y est voluntairement offert, à ce qu'ay entendu, après s'en estre excusez les sieurs de Homes, de Berghes et de Montigny, et est parti la: sepmaine passée à ses jomées jusques à Cambray, en actendant le retour du courrier que âon al-^ tèze avoit, huit ou dix jours auparavant, despescfaé en France pour avoir saulfconduyt. Et est la cierge principale dudit sieur pour remonstrer au roy la nécessité et pouvreté de par deçà, Je bi^nsle au* quel est la religion et le peu de révérence et obéissance qu'on rend

logie dans l^université de cette vifle, i! leur et comme solide théologien. Il cessa avait été envoyé par Philippe II au concile de vivre en 1576. de Trente , et s*y fit distinguer comme ora-

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à id' justice, avec autres pointz ea deppendans, et ile persuada de tout son pouvoir la venue de sa majesté par deçà , remonstrant la nécessité que ces pays qnt de sa présence ; et que 00 cas que sa majesté, pour autres empeschemens, ne peut si tostemprendre le voaige, qu'elle regarda Tordre que ce pendant elle y voudra mectre, afin d'éviter que le tout ne tumba en confusion et entière ruyne, selon que différant sadite n^ajesté plus longuement sadite vernie, ou d'y mectre ordre, l'apparence y estant toute évidente. Mais cpp^me quelques jours auparavant le partement dudit sieur, la pluspart des autres sont icy esté assemblez, je ne scez quelle charge' en appart il peult avoir davantaige, laquelle, si aucune en y a, vostrç illustrissime seigneurie, par sa grande prudence et expérience, pourra assez ymaginer, et par le retour dudit sieur ou ce que après son arrivée l'on entendra de la réception et responce de sa majesté ^ l'on pourra veoir plus de lumière, et l'espoir que l'on devra prendre pour l'advenir : combien que je treuve que sadite majesté, selon qu'elle est assez tardive, ne se hastera à le redespècher, et par adventure despêcbera quelque courrier, pour estre encores plus esclarcie, ou pour entretenir le temps, si elle a en fantasie choses qu'elle ne voudra donner à congnoistre , jusques par après y avoir prins entière résolucion.

Auparavant que l'on parloit, ny estôit question dudit voiage, ledit sieur debvôit aller à Bruges à la conîîmunicacion avec les Anglois, qu'est remise au xx^ du mois prouchain, et sont commis ou lieu dudit sieur d'Egmond, le sieur de Montigny, le conseillier Assonleville et l'advocat fiscal de Brabant, et pour secrétaire la Torre. Ledit Assonleville, à ce qu'on m'a dit, doit avoir trop escript ou parlé, et n'est si bien en grâce des seigneurs comme il souloit. J'entendis lors aussi par ung quidam que Mouron avoit dit que mons' le prince se préparoit pour deans peu de jours faire en haste ung voaige en Bourgoigne , et tiens qu'il l'eût emprins selon le désir qu'il a d'y sdler, ne fiit esté le susdit partement, et fût esté ieelluy principalement pour mieulx consulter son faiçt dé la saulnerie , prétendant droit en icelle. ....

Au regard de mons' le président si convient-y tousjours qu'il

se contregarde très-fort, car la première rechute le mectroit enterre, ou du moins si bas que le maître n'en pourroit plus tirer service. Et encores tel qu'il est, il n'est plus pour soubstenir travail, ni tenir longs propoz , ce que ne redonde point au bien des affaires de par

deçà

Hier, quelc'ung de la suite de M. de Hiergues m'a dit que Renard avoit eu audience avant Noël, et que le roy avoit remis la responce à son retour après les festes, et que lors l'on luy déclaireroit l'intention de sa majesté; et comme ilz sont partiz depuis, il n'en sçait parler davantage. Cortewille m'escript par le mesme que l'on conmience à parler du voiaige de par deçà pour sur l'arrière-saison, et qu'il s'en tient quelque peu plus asskeuré que aux autres précédantes années, et que toutesfois il ne s'y faut arrester que bien à point.

M ons'^ le prévost m'a communicqué ce que vostredite illustrissime seigneurie escript à son altèze, qu'est la vérité très-prudamment arraisonné, et espère que avec le temps toutes choses se radouberont, combien qu'il n'y a pourquoy trop se assheurer pour le présent; et si longuement que Armenteros aura si absolut povoir à l'administration et gouvernement, je ne voyz que les affaires puissent estre conduytes comme il seroit requis et conviendroit. Et ce pendant vostre dite illustrissime seigneurie fait très-prudamment de l'éponger^ et non y vouloir entendre , et aussi qu'elle, se comporte si modestement en l'endroit de ceulx de Rye, sans vouloir avoir plus estroicte amyté avec eulx, laquelle à la vérité, selon que je pense congnoistre leurs humeurs, serviroit plus pour davantage travailler vostredite illustrissime seigneurie que d'autre chose

' Tenir quitte, passer Téponge.

PAPIERS D*iTAT. — > TIU. 82

L'ÉCUYER BORDEY'

( Mémoires de Çranvelle , XVI , 1 20- 1 a3. )

Bruxelles, a 5 janvier i565.

Monseigneur la femme d'Armentère arriva en ceste ville

le ix® de ce mois en assez povre esquipage ; plusieurs gentilzhoauneâ furent au devant d'elle, dont son mary extérieurement, à ce que j'entens, monstroit grand ressentement. En sa compagnie est venu ung sien frère , ung filz eagé de xni à xiiii ans et une fille de dix ans; je Tay veu une seule foys et est telle que sa beaidté n'émouvra guaire de gens. Quoyqu'elle soit arrivée , son mary n'a pourtant deslougé du quartier de madame de Lorraine , et pense qui n en deslougera qu'à la venue du prince de Parme. L'on m'a dit qu'entre ses seigneurs il est appelle le Barbier de Madame ^, comme le comparant au barbier du duc de Savoye, lequel sur tous auprès* dudit duc avoit crédit.

J'estime que sadite seigneurie illustrissime sera estée jà advertie comme l'on pourparloit du partement du conte d'Aiguemont pour Espagne , ce que estant la chose conclue et résolue , sont estez convoqués les estatz, et de la part dudit conte plusieurs noUesses, de

^ Bordey avait un frère, mort en i56o, * D'autres, jouant sur son nom, oe le qui était chanoine-archidiacre dans la mé- désignaient que par celui d'ArgefUeras» tropole de Besançon, et dont le cardinal «car, dit Pero Lopez, au milieu des affaisait beaucoup de cas. Tous deux avaient « faires , il ne néglige pas le soin de sa forété élevés dans la maison et sous les yeux < tune. » ( Mémoires de Granoelle, XVI , du chancelier Perrenot de Granvelle , avec 1 o 1 - 1 o5 . ) Ailleurs Morillon le qualifie lequel ils étaient alliés. « d*homme double et dissimulé. »

sorte que des chevaliers de Tordre , oultre Tordinaire quil réside en ceste ville, vindrent le conte de Mansfelt, marquis de Berghue et Montigny et des aultres les principauk, sçavoir:Bréderode et Palain ^ Le xv^ se tindrent les estatz doiz les ix heures jusques à deux heures après midy, et dois le diner jusques à huict heures du soir, et ce mesme jour accourdarent. L'on m'a dit, je ne sçay s'il est vray, que lesditz estatz avoient accourdé audit conte xxv™ livres pour son voyage. Audit conte , quelques jours avant son partement , le roy de France luy avoit envoyé quatre haquenées, et luy amena lesdites haquenées en ceste ville un Françoys appelé le conterôleur des postes. Ledit conte se partit le xviu^ de ce mois à coiirtaulx ^, ne voulant prandre la poste sinon depuis Cambray; il avoit grand nombre de chevaulx à son partement qui l'acompagnarent, et alla coucher à Montz. JTay entendu que mons" le duc d'Arschot l'a fo^toyé audit Montz, auquel lieu il se tient depuis aulcuns jours, s'estant party de Beaulmont pour ce que l'on y moiuroit de peste. Quelques heures après que ledit conte fut party, arriva en ceste ville Bréderode , lequel le pensant suyvre incontinent par la poste, fut si bien festoyé au lougis du prince, qui luy convient premier reposer son vin : ainsi, il ne partit que la nuit. Mons' de Palain, de quoy Ton est icy fort esmerveille, vat avec ledit conte en Espaigne, sans que sa femme en sache rien V et l'on a assez voulu dissuader ledit conte, et ne pense que ce soit à aultre effect que pour la secte qu'il tient, de laquelle, si l'on faict quelque démonstrance en Espaigne, il pourroit estre en

^ Fions de Pallant, comte de Gulem- «porteàcroirequecestlacraintequiadicté

bourg. « cette conduite, plutôt quun retour sincère

* Chevaux de course. • à de meilleurs sentiments. » (Pero Lopez

' «Chacun s*est empressé de dissuader au cardincd, le a 4 janvier; Mémoires de

« Palain, dans Imtérét de sa sûreté person- Granvelle, XVI, ioi-io5.) Au reste, ce

«ndle, et par l'appréhension des contra- seigneur, mieux avisé, ne dépassa point

« riétés qu*il pourroit avoir à redouter en Cambrai , t et en sa place est allé le baron

«Espagne, à cause de ses opinions reli- «d'Aubigny (Jean de Bassenghien) , et un

« gieuses. D y a un mois à peu près qu*il a « quatrième. Warluzel laccompagne jus-

« rétabli la messe dans son château deCu- « qu*à Oriéaas. • (Le même Bordey , ibid.

«lembourg, où il lavait proscrite : tout XVI, a430

péril par rinquisition. Sur ce faict^ j'entendz que Ton luy en a parlé au lougis du-prince à plaine table, avec propoz assez ridicules, luy présentant des patenostres pour faire de Typocrite.

Ledit conte va à xiiu chevaulx de poste, oultre quatre que Palain mesne; il mesne avec soy six gentilhommes de sa maison, entre lesquels est Estamboui^\ ung secrétaire, ung conterôleur, ung cusenier, img courrier, et les aultres sont serviteurs , tous habillez de casacques de velour noir i une comme Taultre, ormis celle du conte, qui est fourrée de léopard ou de loupcerves^. Ledit conte estoit encoires hier à Cambray, attendant son passe-port; aussi, à ce que Ton dict, pour attendre quel efifect auroit l'issue d ung esclandre quil estoit ce pendant survenue en la ville de Paris entre les gens du cardinal de Lorraine et ceulx de Montmorency, gouverneurs dudit Paris et de l'Isle-de-France, ce qu a esté compté icy en diverses manières; mais celle quil s'ensuyt est, comme Ton m'asheura encoires hier, la plus véritable : qu'est que mons^le cardinal de Lorraine dois quelques jours se tenoit à son abbaye de Saint-Denys, avec son train et garde ordinaire, à luy permise et accourdée de la part du roy, qu'est ^e cinquante arquebousiers à cheval ; et voulant venir à Paris , et le sachant ledit Montmorancy, Ton dit qui luy envoya signifier qui n'y eult à y venir avec armes puisqu'elles estoient deffenduesi de la part du roy, par tout le royaulme de France; mais à ce, ledit sieur cardinal a depuis affermé qu'il n'avoit veu ny ouy telle ambassade. Ainsi donc, ce partant ledit sIP cardinal de Saint-Denys avec sa garde et son train, entra à Paris avec aultres gentilhommes que luy estoient venuz au devant avec le nombre de plus de quatre cens chevaulx, et comme ils estoient j& bien avant en la grand'rue de Saint-Denys, sa garde quil précédoit rencontra celle de Montmorancy, quilz estoient grand nombre de pistoliersr, lesquelx commandarent de la part du roy à ceulx dudit cardinal de poser bas les armes; ce que refusant, vindrent à Teffect, de manière qu'il y en eult d'img coustel et d'aultre aulcunstuez, et fut

' Ou Estambuq iTun des premiers gueux. Son père estoit mon parrain, et je voudrois ■ qu'il lui ressemblât. » (Morillon, Lettres, IV, 3o.) — ' ( Loup-cervier.)

conseillé ledit cardinal de se mectre à saulveté à Téglise des Innocens, de laquelle il estoit proche; ce quilfit; mais sachant l'occasion, fut celluy mesme qni appaisa tout le tumulte , commendant aux siens de se retirer» puisque le commandement estoit faict à ses gens de la part du roy. Et du surplus nous n'en avons rien entendu, ormis que ledit conte d'Aiguemont a escript à son altèze que ce n estoit rien , ny n'estoit la chose telle que Ton favoit icy faict au commencement.

Le conte d'Austrate arriva lundy passé, venant d'AUemaigne, où qu'il estoit allé, de la part de nostre roy, pour assister aux nopces du duc d'Olsthe, qui c'est maryé à la fille du landgrave. Des particularités que ausdites nopces se sont passées, je n'en ay rien entendu, sinon que le premier jour des nopces, le feu ce mit au chasteaul en telle furie et de telle sorte, que ledit duc et son espouse eurent grande peine de ce saulver en chemise, et fut bruslé ledit chasteau

Je pense bien que sadite seigneurie illustrissime sera jà esté advertie comme à Rome l'on a surpris aulcunes personnes, jusques à quatre, quilz avoyent déterminez de tuer nostre Saint Père le pape de glaives empoisonnez, et ne sçay l'on les autheurs de telle meschansceté que par conjecture, et la pluspart demeiu*ent que ce soyeût aulcuns des adhérens de la maison de Caraphe \

L'on a prins ces jours passez à Brughes aulcuns de la mesme faction de ceulx qui, l'esté passé, furent prins et deffaicts à Aloste. Entre eulx ils ont confessé qu'il y a une secte qui est bien la plus meschante que l'on ouyt oncques parler. Chascun homme peut avoir six femmes, robent, tuent, pillent et bruslent, et pour pénitence de ces maulx jeusnent trois fois la sepmaine au pain et l'eau , et par cela pensent satisfaire à leur meschansceté, et de leur péché énorme avoir rémission. Hz ne se peuvent repentir, au moings ouvertement, siu* peine d'estre occis par le chief de leur secte qui nomme le prestre ,

* Benoit Âccolti, chef de cette conspi- ThaddéeManfiredi, tous accablés de dettes,

ration, y avait associé Pierre Accolti, son et qui, selon de Thou, n*avoient pas Tes-

parent, Antoine, comte de Canossa, lèche- prit fort sain. Ds expièrent par les sup-

valier Peliccione , Prosper d'Ettore, et plices leur criminelle extravagance.

ne quant ilz sont prins ne doivent révéler leurs complices : et cela sy le font , ilz le tiennent pour la plus grande mescbansceté qu'ilz saroient commectre. Et Font bien monstre ceulx quilz sont esté dernièrement prins audit Brughes , desquelx Tung d'iceulx a soustenu toutes les questions que Ton luy a peu donner, ormis le garder de dormir, ce qu'il a encoires soustenu Fespace de six jours et six nuictz ; mais ne pouvant plus souflFrir ung si cruel et extrême martyre, il a confessé beaulcop de choses, et, entre aultres, a accusé aulcunes femmes de ceste ville, quilz oqt été prinses. Quelques jours auparavant, aussi en ceste ville, ont esté prins des anabaptistes, la prinse desquelx a causé la fuitte à aulcuns leurs complices, craignans d'estre accusez. Qui eult (aict ainsi au commancement, et usé de diligence telle qu'il convenoit, la chose ne fusse succédée à si grand meschief qu'elle est pour maintenant, et tellement que plusieurs, à ce que j'ay ouy, ne craignent point à ce déclairer ouvertement estre huguenaulx : Dieu par sa grâce il mecte le remède qu'il convient I

. Pour résouldre Tappoinctement entre ces pays et l'Angleterre, concernant la traficque de marchandise se faict assemblée à Brughes, et fut jà esté faicte, mais à la poursuytte des Ânglois, pour les

froidures, elle a esté remise au moys prouchain

A ce soir l'on m'a dit que les estatz de Brabant n'avoient poinct encoires signés, et les aultres déterminent de ne rien payer, si premier ilz ne signent. Il pourroit estre aussi que ledit conte d'Aiguemont est retardé à Cambray pour empourter quant et quant soy la dépesche desdits estatz, parce qu'à son partement de ceste ville il se partoit plus content, à ce que l'on disoit, puisqu'il emporteroit quant et quant soy l'accord desdits estatz, lequel, n'estant encoires dépesche, Ton disoit bien qu'il attendroit audit Cambray.

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