FAICTE AUDIT ADMIRAL, PAR MONSIEUR DE THOU, PREMIER PRÉSIDENT
Monsieur l'admirai, j^'ay charge de la court de vous dire que vous soyez le très-bien venu, et qu'elle reçoit très-grand plésir de l'asseurance que nous donnez , et que soyez icy pour la deffense et seiureté de ceste ville, estimant ainsi que vous estes si bon serviteur que ne vouldrez entreprendre chose quil toumast en déplésir à sa majesté. Et pour ce qu'il vient à propoz , vous ne serez point marry si on vous récite une histoire advenue du temps des parcialitez entre César et Pompée en la république de Rome : César estant dedans la ville. Pompée y entra avec ses armes, lesquelles estoyent fort suspectes au peuple à cause de la présence de César; et toutesfois Pompée se contint si bien et se monstra tant amateur de république , qu'il ne voulut rien esmouvoir, encoires que lors il l'eust pu faire, et s'en départit sans faire aulcune sédition; ainsi Dieu vqus veuille inspirer de faire comme ledit Pompée.
Sur laquelle response ledit admirai doibt avoir réplicqué « que la « court luy fesoit grand honneur de le comparer à ung si notable et « renomé personaige qu'estoit Pompée ; et encoires que de soy il ne « se réputoit pour tel, si est-ce qu'il le vouloit bien imiter en ce qu'il
^ Christophe de Thou, père de Thistorien.
« estoit patriote et pour le bien publicque. Mais luy semblôit qu'il n'y «avoit nulle occasion de luy proposer cest exemple^ ny faire compa- « raison de luy à Pompée, veu qu'il n'y avoit point de César à Paris. »