‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 64 sur 77 · LA DUCHESSE ÇOUÂIRIÈRE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE ÇOUÂIRIÈRE DE LORRAINE

A LA DUCHESSE D'ARSCHOT

f (Mémoires de Granvelle, XVI,v335.)

Nancy, j 9 janvier 1 564 , V. S.

Ma bonne sçur, j'ay receu vostre lettre du ni* de jianvier, laquelle m'a esté fort aggréable, pour n'en avoir veue aucune dez long-temps, et aussi pour le contenu d'icelle , dont vous remercye.

Et quant à ce qui touche ma santé, elle est ung peu meilleure, maià' noi^ pas telle que je désirerois. Et ce qui peult concerner le fait de Su^de, j'eusse bien voulu, s'il vous eu pleust, me fai^[*e entendre le nom du pcrsonnaige qui est tant affectionné au bien de mes affaires, et de quelle faveur j'aurois besoing du roy, veu qu'on (lit les moyens pour parvenir à mon droit estre si assaisonnez ^ Et comme je sçay estes désirante de moQ bien, je vous prye y vouloir tenir l'œil ouvert, et me mander ce qui en est; vous remercyant de bien bon cueur de Faffection que me démonstrez par voz lettres, estant bien d'opinion qu'il n'y à que de pescber en eaue trouble. L'allé

^ t Pleust à Dieu que madame de Lor- ■ qu*îl n*a plus de povoir; mais j*en pers

« raine puiat obtenir la faveur de nostre ' • toute espérance. » ( Marguerite de^ La-

« roy, elle auroit à ceste heure bon moyen mard^ * femme <le Jeap de Ligne, comte

« de povoir parvenir à son prétendu, tant d*Arembei^, àla duchesse d*Arschot, 6jan-

«pour le mal que les soubjectz de Dane- vier i564, v. s.; Mémoires de GranveUe,

t marche veulent à leur roy, que par feute XVI, ^35.)

de monsieur d'Ëgmont vers Espaigne est notable, encoires que la cause m'en soit incongneue, et ne peult estre qu'eHe ne soit d'importance. Et vous priant m'excuser que ceste n'est escripte de ma main, feray fin par mes bien affectueuses recommandations à vostre bonne grâce; priant Dieu vous donner, ma bonne sœur, en santé, très-bonne et longue vie. De Nancy, etc.

Si ceste n'est de ma main^ ne le prendrez en mauvaise part, car je vous mande tout ce que je puis faire de ma main pom* le présent.

Vostre bien affectionnée sœm* et amye,

CHRISTIENE.

LE BARON DE BOLWILLER

( Mémoires de Çranvelle ; XVI ^ 1 3o- 1 3 5. )

Haguenau, sg janvier i565.

Monseigneur Quand ad. ce que madame de Lorraine m'a

prié faire le voyaîge en Espaigne pour^ses affaires, conune je le vous ay escript, et qu'il vous a pieu, m'en déclarer vostre opinion, à présent vous. aurez veu comnoe ladite dame me requit depuis de Taller treuverS afin de, pour gaingner temps, résoldre en sesdites' affaires comme il estoit requis; à.quoy, pour la ccmtentér, je satisfeitz et sui^ esté sa part , estant retourné devers elle le xxiii* de cedit mois , où après avoir communiçqué Tun avec Faultre et débattu ce qu'estoit nécessaire poiu* Texécution du desseing, elle m'a mené si avant (veu que cela se pouvoit faire sans mon dommaige, et que en ceste be-

^ La lettre de cette dame est da 7 janvier. ( Mémmretiê GnmwU$, XVI, 69.)

soingne gisoit et le service de Dieu et du public) « que je debvoye faire ledit voyaige, et avant icelluy ung aultre vers sa majesté impériale et vers monseigneur rarchiduç, pour avoir congé de son altèie, et pour déclairer ausdits seigneurs ce que pouvez penser et qu'il est requis à ladite dame, que seroit du moings pour s'acquicter par elle envers euk et impétrer la connivancè , et qu'ilz ne se deussent de rien mesler. -Mais après avoir esté tout cela arresté et condud, et prins congé de ladite dame , et que les s" de Silliers et son conseillier italyen m'heurent conduict en mon logis, avant que faire départ d'avec mpy, et prins congé Tun avec Taultre, lesdicts s^ de Silliers et conseillier me demandarent quel espoir j'avoye envers lesdits s" empereur et archiduc, et s'ilz s'admèneroient au poinct que Madame entendoit; je lettr feitz response n avoir aultre espoir que d'impétrer d'eulx ladicte connivence , et faire que au moins il^ ne se mesleroyent en rien, aussy peut-estre ledit congé. Sur ce ilz me dirent que je deust eacoires penser et puis après les en advertyr : car il vauldroit mieulx, pour gaingner temps et despens, d'envoyer ui^ courrier vers mondit sT Tarchiduc pour obtenir ledit congé, et qui entroys sepmaynes pourroit aller et retourner ; et que je poimroye faire mon chemin devant le mois d'aost, car il se failloit résoldre, d'austant que les intelligences ne se pouvoyent plus soubstenir. Sur quoy estant arrivé en ce lieu, je leur ay escript tout Tespoir que je pensoye avoir vers lesdits seigneurs, qu'estoit [comme est cy-devant dict] ladicte connivancè et de se meder en rien^ combien que quil ne demanr doit n'avoit occasion de se plaindre (ensuyvant ce terme qu'avez aultresfois dict), et que si son altèze voulut que ce qu'avoit esté résolu devant elle ( qu'estoit d'aller treuver lesdits seigneurs) se £dist, qu'on m'en advertist incontinent pour me préparer. J'attends ce qu'ilz vouldront dire, ne pouvant, pour cette raison, encoires faire compte que je y doibve aller, et soit que j'alle ou non, vous en serez incontinent adverty, pour vous obéyr en ce qu'il vous plaira m'encharger. Et pour dire la vérité, encoires quilz envoyent ung corner pour penser gaigner temps de m'envoyer en Espaigne, je ne pourroye

partir pour celle part devant deux mois : car hier seulement me. sont venues des villes de mon gouvernement jointes ensemble lettres par où ilz me font entendre qu ik ne me veuillent plus d'obéissance comme landvpgt, ny me recongnoistre pour tel, jeusques ad ce que l'empereur leur aye déclairé qu'il doibt estre le grai^d bailly hépédi^ taire dudict gouvernement, et que l'on ayt fait les réciproques seremens accoustumez , quant ung empereur ou le grand bailly est mort. Pour à quoy mectre ordre par moy, et devant que cela soit appoincté entre ledit seigneur empereur et mondiot seigneur l'archiduc, deux mois y seront bien entièrement consumez , après lesquelx , s'il ne me survient aultre chose et que j'àye le congé de mondit seigneur l'archiduc, je pourray faire le chemin pour ladicte Espaigne.

Est^t vers ladicte dame, et m'ayant faict entendre ses correspondences et intelligences, comme il estoit aussi requis pour me faire prendre fondement, je lesay treuvé, je vous dictz, bien bonnes, et seroitbien grand mal si telles et si bonnes occasions se perdoyent, que sont (comme aussi le touchez) irrécouvrables; et entre aultres desdites intelligences j'ay veu une lettre qu'un nommé Charles de Momay, de Normandie, baron de Varembey^ ayant tout le crédit en Suède, rescript à ladite dame, par où il s'offre beaulcop, de la part du roy de Schwède, son maistre, et mesmement dict que dez que son maistre mène la guerre, il a si bien faict de son revenu, qu'après avoir esté bien payées toutes souldes, il n'y a eu année qu'il n'ayt mis argent de part, et que jamais il n'a esté touché à son trésor, et que le roy mènera la guerre contre le Dannemarquois jeusques au bon plésir et comodité de ladite dame, et encoires plus s'ofi&^e de la rendre en son bien patrimonial. Il est vray que celluy qui est à Tietmarsen,

' D'une antiquefamiUe de France, Mor- détrôné Éric XIV, alors prisonnier de son

nay, qui avait pris du service en Suède, frère et successeur Jean III, il subit un

se distingua, en i565, à la défense de procès criminel dont Fissuè lui (ut fatale.

Worborg, assiégé par les Danois, et les Quoique probaUement innocent des acca-

força à se retirer. L'année suivante il les sations portées contre lui, il perdit la téke

défit encore dans la Gothie; mais soup- sur un échafaud. çonné, en 1673 , de tenir au parti du roi

de la part de Madame, sollicite fort qu'on se haste, car cela^st jà à elle sans aulcune difficulté, si la chose ne vad au loing. ^ ^ ,

Si je vad vers lesdits seigneurs empereur et archiduc, je feray Toffice moy-mesme* envers monsieur lé duc de Wirtemberg contehti en vosditesiettres, sinon et que je ny aille, j'en useray en conformité d'icelles. De Rome, je n'ay dez longtemps rien receu, dont je m'esbeys, combien que j'ay faict recharges, et me doubte que mes lettres ne soient perdues; car, à ce qu'on me dict, toutes lettres ajlans d'Allemaigne en Italye sont tantperfumées, et passent en tant de sorte et en tant de mains, qu'il est bien possible que plusieurs s'en perdent. Je pense qu'aurez jà entendu comme monseigneur le cardinal d'Emps est faict canuneilingo de Sa Sancttté.

J'ay yeu ce que m'avez escript touchant Metz, et respondant au pôinct que dictes que la chose ne seroit practicable d'avoir gens des garnisons de sa majesté, je voùs-dictz, monseigneur, que si la majesté catholicque a bien austant de gens que font trois mile ésditez garnisons, et que l'on me veuille croyre, je les feray bien venir au plus proche lieu dudict Metz, et sans qu'euk-mesmes sçaichent pour quel effect ilz seront assemblez^, et de manière que l'exécution ne sera rendue en rien plus difficile. Si sa majesté ne voulait donner lesdites gens, il en iauldra avoir des aultres en tel nombre etàrmei; car sans gens l'on ne faict rien, ny n'a esté jamais mon entente de sans eulx mectre i'emprinse à exécution. Et de faire moy-mesme; les fraiz, vous pouvez penser que l'homme n'a jamais bon cueur quant il voyd qu'avec soniionneur et sa'vye il bazarde son bien. Bien si le roy m'eust payé ce qu il me doibt, et que Ton voulust donner avec la rente (la chose succédant bien) les quarante milz escuz mentionnez en voz lettres, encoires seroye contant de mectre en hazard cela pour le service de sa majeUé , et principalement si l'on y entendoit devant ung an, deans lequel temps je tiens, avec l'ayde de Dieu, la chose infaillible, pource que la citadelle n'est encoires achevée, quelque chose que vous en ait dict monsieur de Vieilleville , car je sçay bien de quelle haulteur elle est; et fesant ainsi l'exécution à

mes fraiz , j'entendroye qu'ayant gaingaé la {^ace^ Ton soûldoyast dès lors, auxfraiz de sa majesté, les soldats qae je mèneraye, ou bien que Ton y meit aultres pour la garde. Si le roy fesoit, comme je lay dit cydevant» ladite exécution à ses fraiz> il ne pourroit perdre que xu'^escux, la chose non succédant : car Ton auroit tousjours à peu près Tai^^it des armes que seront employées. Et qu^emporte à ung tel si puissant prince xii"^ escuz ? veu qu'en manière que ce ^it, il ne sera jamais descouvert ny que cela soit faict de sa part et de son sceu; voires, comtne je Tai dict, ne sçauroit Ton dire ny Tautheur ny le chef de ladiete entreprinse : qu'est ce que je vous en peultz dire pour maintenant. Vous avez vu le mandement que le s' .d'Auzance ^, gouverneur dudict Metz, a faict publier à son de trompette, tant audid Metz, Vyc^ Thoul et Gorze Et m'esbéys de ces édictz, puisque le roy nen a jamais cy-devant faict d'aultres; et combien que par rédict du roy est porté que commissaires par luy depputez doibventTelever le revenu des places alyénées> et que par vertu dudict édict tomberont soub sa main, néantmoings Ton n'a ^coires rien veu desdicts commissaires, s'ayant néantmoins ledict s^ d'Ausance, depuis la publication dudict édkt, faict seigneur et du magistrat^ de ladite ville de Metz et de la monnoye , privilège toutesfois spécial aux bourgeois et citadins de ladiete ville « quilz, de toute mémoire, en ont joy et usé.

Je ne.doubte cpxe savez, fort bien que le cardind deLenoncourt^, à la poursuytte et suasion du cardinal de Lorraine (lequel lors gouver^ noit toute la France) , feit résignation de la temporalité de ladiete évesché de Metz au roy de France, où entrevint le consentement du lors pape; et puis après ledict cardinal de Lorraine, par ses menées, receut aprez dudict s' roy l'administration de ladiete temporalité , laquelle n'y a longtemps « et mesmes depuis la mort du feu roy Henry, il a reprins en fied de feu de très-louable mémoire l'empereur Ferdinand, que Dieu absoille; puis après, dez sont quelques

^ Voir tome VI, page A36. — * Évèque de Metz de i55i à i56i , date de sa mort ( Voir tome IV, page 5o.)

mois, ledict cardinal de Lorraine a vouia résigner à son nejpveu, monsieur de Guyse h présent, trois ou quatre des meilleurs chastel* lenyes desdicts éveschez , que peuvent avoir en revenu de xxv à xxx" escuz, pen^nt paor quelque moyen impétrer de ce faire consentement du pape, de l'empereur et du chappitre dudict Mete, et faire par ainzi prince de Tempire sondict neveu; Et pource que Salcède^, bailly dudict Met2( et ouquel estât il est devenu fort riche), tenoit en se& mains, comme encores il fait, Marsaul, Baixarat et huîtres pièces gardées par garnisons françoizes, luy voulant ledict cardinal, par quelque subtil moyen, oster ce gouvernement pour faire esditz lieux ce qu'il désiroit, il procura et conseilla en France que Ton deust donner audict Salcède Tordre ^ pour après luy dire : « Mon^ « sieur Salcède , il ne m'appartient d'avoir ung serviteur comme « vous, À cause de Tordre, » et faire que ledict Salcède quictast de son plain gré ceste administration et govemement, et qu'après il y peust mectre en son lieu monsieur de Bassompierre, comme telle estoit l'intention dudit cardinal. Mais Salcède, homme fin, caut* et ruzé, entendant cette momerye^ prévéant que telz termes hiy dehvoyent estre tenuz, a dict court qu'il aymoit mieulx Testât de bailly et le gouvernement qu'il a voit que dé porter ung 4iahle au col; et irrité de ce (obliant néantmoins les biens et honneurs qu'il tient dudict cardinal), rescripvit ceste menée au connestable, lequel, avec huîtres émulateurs dttdict cardinal, ont faict faire et procuré cest édîct. Et à ces raisons Ton dierche tous moyens pour faire venir en court ledict cardinal, où Ton tient que ledict connestable et ié chancelier luy laveront bien la teste. Auleuns sont quils disent que, venant à ladicte court ledict cardinal, Ton dissimulera avec luy, à Taccoustumé des François quant ilz ont a£Paire de quelcung, combien que le princi-

^ FrançoieSakède^Ëspagm^, jusqu*a- du roi de Francei L*in&ne rôle q«i*il jouera

lors l*homme du cardinal de Lorraine « plus lard dans les troubles de France le

s*apprétait à renoncer aux fonctions qu*il conduiront à Téchafaud en i58a.

tenait de lui pour prendre la qualité de ' (De SaintMicheL) gouverneur de rérèolié de Metz , au nom

pal poinct pourquoy il est mandé est que dès lors qu'il sera là, ou par ampvr ou par force, l'on iuy fera renoncer au roy lesdictes chastellenyes, et que en ce lieu Iuy sera dopnée quelque récompense. Si cela se faict, il sera fort préjudiciable en la duché de Lorraine, que sera comràe dans ung filey, et comm^unceront bien les François par lesdictes çhastellenyes , comme Rembervillars, Baccarrat, Vyc et aultres, d'approcher les terres de mon maistre, voyres aulcunes de deux lieues, et les my^nnës n'en seront pas trop ioing; cela seraaussy à la grande diminution de l'empire et de sa réputation. Et encoires une chose est que. je m'esbeys grandement comme le roy catholicque souffre que l'édict cy-dessus décjairé soit esté publié à Gorze, veu que (ou je me forcompte) ledict Gorze, par le dernier traicté de paix, a esté faict et tenu neutre : car aultrêment iLfauldroit, venant dez Luxembourg à Dampvilley, tousj ours passer à ia • miséricorde des François tenans* ledict Gorze. tJne aultre nouvelleté a, depuis ledict édict, faict le roy de France, qu'eàt qu'encoires qu*il aye faict raser une abbaye de nonains audict Metz, nommée Sainct -Pierre, fondation des ducz de Lorraine, et ayant ladicte abbaye presque tout le revenu en ladicté Lorraine, et que lesdictz di|<:z en sout collateurs, néantmôihs il a faict faire commandement à l'abbesse de ne prendre aulcune coadjuteresse sans son exprès congé et consentement. Encoires a feiict ledit roy une autre novelleté, en ce que comme m' le duc de Lorraine a tenu dez ^i longtemps un certain chasteau engaigé à ses prédécesseurs par l'évesque de Verdun, par vertu du susdit édict, il s'est emparé et saisy dudit chasteau, combien qu'il dict <jue si ledict s' duc veult recongnoistre le tenir de Iuy, qui le Iuy laissera, et qu'il est bien contant : sur quoy ledit s' duc a envoyé en court de France pour envoyer faire ses plainctes; et par ce que dessus Ton peult veoir à l'œil à quelle intention tout cela se faict. AulcuBS seroyent bien de cest advis que l'empereur, qu'est tant intéressé en cela, feist faire affixer mandement très-extroict et souh grande peine aux infracteurs, par toutes lesditz éveschez, et par içelluy commander à tout, de quelque condition qu'il fiist, ne re-

congnoistre aultre pour supérieur que le Saint-Empire, ce que l'on tient pourroit bien aulcunement refroydir le roy de France en ses nouvelletez.

J'ay veu par voz lettres comme monsieur de Vieilleville a esté vous visiter, et je croidz qu'il n'est pas des plus contans, pour avoir esté abusé sur Tespoir que et le connestable et aultres luy avoyent donné d'estre gouverneur de Lyon, et depuis de Bretaigne, et qu'il est réduict de reprendre sa vieille charge, qu'estoit gouverneur de Metz; mais encoires le pis est qu'il n'y a là plus rien à escumer audit Metz.

L'on m'a dict pour certain que l'on lève en Italye douze milz hommes, tant au royaume de Naples que duché de Milan, Espanolz et Ytaliens, pour envoyer en Corsica, et que l'on a descouvert sur le duc de Florence quelque intelligence qu'il pourroit avoir avec Sampetro Corsô. Il y a aussy quebc-ungs quilz disent une chose (que je, ne croiray jamais], que Sa Sanctité a grande intelligence en ladicte duché -de Milan, où il se faict fort aymer pour quelque maulvais desseing : invention, comme je croidz, de meschans^ens et huguenots, pour mectre les princes en troubles; et que le cardinal Bmroméi ^ (soub couleur de se retirer en son archevesché et user de vye à la jhésuiste) faict ces menées.

Je tiens qu'avez entendu comme le roy de France a renouvelle rédict de la religion; l'on ne sçayt si c'est pour craincte que les huguenotz n'intentent quelque chose, ou qu'il veuille temporizer avec eulx, jeusques ad ce qu'il retourne. Par ledict édict est permis à chacun gentilhomme d'avoir en sa maison ung prédicant pour prèscher et administrer à l'uz calviniste , combien que par l'aultre édict cy-devant n'estoit qu'au gentilhomme ayant la haulte justice. Pourroit

* Charles Borromée , neveu de Pie IV, pontife la permûsion d*aller résider en son

avait élé fait cardinal et archevêque de Mi- diocèse, il devint, à Tinstar d^Ambroise,

lan en 1 56o ; mais livré d*abord à la vie le plus illustre de ses prédécesseurs , un

politique, il y consacra ses principaux soins. modèle de sainteté et de toutes les vertus

Ce ne fut qu en 1 565 qu il prit les ordres chrétiennes. Sa mort, arrivée en novembre

sacrés, et qu'ayant obtenu du souverain i584f excita un deuil général.

estre aussi qu on crainçt le parti des cardinal de Lorraine et Condé, qui seroit grand estant assemblé, et que par le moyen dudict édict l'on le pourroyt ameindryr avec l'assistance des huguenotz.

Monseigneur Tarchiduc Charles est allé en Stirye pour mectre ordre en ses affaires; je ne sçay pas comme il aiura poturveu, avant son partement, sur le faiçt d'Escosse; et est retoiuné le conte d^Elfenstain à Innsprug/ lequel a esté confermé gouverneur de ces contrées-là.

Les François publient que le prince de Bohesme soit espousé avec madame Marguerite, seur du roy, ce que je ne peultz croyre.

L'on escript que le conte d'Egmont doibt aller en Espaigne ; je vous prie très-humblement, s'il en est quelque chose, de m'en faire part, et aussy s'il est vray que les huguenotz ont voulu surprendre Béthune, de quoy le bruict est grand, avec de ce que pourrez entendre du traicté entre les s" cardinal de Lorraine et Condé , qu^a esté faict À là Marche, près de Nostre-Dame de Lyesse.

Les nopces de don Loys de Gonzaga avec la duchesse héritière de Nevers sont esté faictes à Paris ^

Post scripta. Il est advenu le jour de l'an derrier passé, au lieu de Lademburg^, ville appertenant à mons' Tévesque de Wormes' (la moitié de laquelle ville ses prédécesseurs par cy-devant, et sont seulement quarante ans, pour estre mieulx maintenuz en icelle, ont donné aux contes palatins électeurs, y ayant à ceste cause l'électeur palatin moderne * mis en ladite moityé un prédicant), que fesant ledit sieur évesque chanter les vespres solennellement {chose requise audit jour) sur ce qu'il tient en ladicte ville, en laquelle il faict sa continuelle résidence, ledit prédicant, av^ telz meschans et malheu-

* Voir tome IV, page 568. * Frédéric III, premier électeur palatin

* Entre Heidelberg et Maobeim , sur lé de la branche de Simmem, et fils de Necker. Jean II, duc de ce nom, avait succédé,

^ Cétait alors Thierry de Pettendorf en iSSg, à l'électeur Ottpn- Henri, son qui occupait le siège, de i55a k i58o. cousin.

reux, pour perturber le service divin, vindrent en Téglise où lesdites vespres se chantoyent, où, avec grande dérision, ilz commençarent à chanter pseaulmes à Thuguenotte et aultres meschançetez. Ce qu'eslïieut Tévesque de partir de son siège (car il estoit présent, chantant lesdites vespres), et venir au devant dudit prédicant, je dictz à rencontre, non sans grande colère et avec termes de bien grande raison, pour obvyer à plus grand mal. Mais cela ne répara en rien la maulvaise intention dudit prédicant, qu'il se meit en telz propos avec ledit sieur évesque (oïdtrè toutesfois la volunté ny adveu d'aulcuns habitans de ladite ville huguenotz assistans), qu'il ne parloit que par termes de ^oy, avec beaulcop de maulvais prôpoz (dont telles gens sont foumiz) , si que ledit sieur évesque , fort homme de bien comme je l'entendz, de bien bon lieu, prince de Tempire, et encoires plus luy^ conunenchant sa vocation, ne peut se contenir, que, tant du livre d'oraisons qu'il tenoit en ses mains qu'aultrement, il ne frappast ce prédicant comme il feit, sil qu'il le feit tumber en terre. Mais pour cela la feste n'a esté faillye , car s'en ayant ledit prédicant plainct au conte palatin, qui ne l'a treuvébon envers ledit sieur évesque, comme il est à penser, et en luy en £aisant quelque démonstration, ledict sieur évesque est contrainct de se retirer ou à Wormes ou en quelques aultres siennes seignemîes.

* (Prédicant)

LE BARON DE SILLIERS

AU BARON DE BOLWILLER

( Mémoires de Granvelle , XVI , 1 85- 1 86. )

( S. ).) Pénultième janvier 1 564 , V. S.

Mons% le xxvin*^ de ce mois ay recei; voz lettres du xxiiii dudict; et quant à la résolution que Madame debvroit prendre touchant voz voyaigeSf soit pour Austriche ou pour Espaigne, son ahëze s* est résplue que ce sera pour Espaigne, s'il vousplayt^ et ce pour les raisons suyvantes :

En premier lieu pour gaigner le temps : car il semble estre de besoing qu avec icelluy tous deux se facent; et commanceant par Austriche et finissant par Espaigne, il y auroit ung trop grand laps de temps et trop préjudiciable pour le bien des afiFaires, lesquelx vont meurissant tous les jours de plus en plus, de sorte quil n'est plus convenable de le perdre. En après son altèze considère qu'en Espaigne ne serez accompaigné de tant de soubçons, conune est vraysemblable sériés en Austriche ; car de là il n'y a nul conseil saxon, ny nulle craincte d'aulcune dame ^ quil vous peust nuire ny porter dommaige, comme doubtez et dictes; tant plus qu'allant en Austriche, il y a, ad ce que son altèze a entendu de vous, bien petite espérance.

Se doit, à mon jugement, considérer aussy que les premiers conseilz, tant de monsieur le cardinal de Granvelle comme vostres, ont

^ L^épouse d* Auguste, électeur de Saxe, était la sœur de Quistian III, roi de Danemarck.

tousjours conclud pour Espaigne et non pour Austriche; ayant esté fondé sur ce que souvent vous ay escript, que parmy les affaires de Madame le service du roy y estoit comprins, comme seroit saggrandir du costel de delà, avec Tasseurance de ses pays d'embas, oultre la justice qu il exerceroit restituant son altèze es royaumes, avec laquelle il pourroit capituler tout à son bon plésir. Je laisse qu'avec le temps la restitution de la religion en pourroit deppendre.

En oultre, la chose plus requise à ce subject y est semblablement annexée, c'est assavoir la conivance de sa majesté avec Tadvancement de deux ou trois cens milz escuz par vous aultresfois mentionnez. Je laisse qu'à dire il semble que les attires de Madame touchent assez de plus prez le roy que non l' Austriche ; par conséquent il sera plus incliné.

Ce que dessus m'a cominandé son altèze vous escripre pour sur ce en avoir vostre dernière résolution; assavoir s'il vous plairoit, pour son service, entreprendre ledit voyaige d'Espaigne, auquel semble à icelle que pourrez estre accompaigné des moyens et faveurs do M. le cardinal de Grandvelle , qu'il ne vous seroit qu ung grand solaigement et à son altèze service; ce qu'il ne vous adviendroit du costé d' Austriche. Et lorsque sur cestes on aura respondu, on pourra passer oultre, tant pour voz instructions et despens que pour obtenir vostre congé de monseigneur l'archiduc; parquoy Madame vous prie, pour le bien du négoce, vous ne veuillez tarder la response.

Quant aux novelles de par delà, je vous veulx bien advertir pour chose certaine, que dernièrement mons' le cardinal de Lorraine, accompagné de mons' le duc de Guyse, son nepveu, avec leur suytte ordinaire, entrans dans la ville de Paris, furent assailliz par le mareschal de Montmorency avec plus de six-vingtz chevaulx armés; de sorte qu'estant quelque coup de pistolet tyré, si ledit s** cardinal ne s'eust saulvé bien vistement en une maison, l'on doubte qu'il eut demeurré sur les quarreaidx; et veult-on dire pour occasion que ledit s^ mareschal (du moins si en prent-il l'ombre) ne vouloit souffryr que ledit s' cardinal entrast avec sa guarde , asçavoir arquebouziers à

cheval. Ce que, monsieur, je vous donne à considérer quelles choses en pourront survenir à Tadvenir, veu la conséquence du faict et la qualité des personnes ^

LE PRÉVÔT MORILLON

(Lettres de Morillon, II, aoo-ao3.)

Bruxdies, 3i janvier et i'' février iS65.

Monseigneur, ceste servira de responce à la vostre du vn* de ce mois, escripte de la main de vostre illustrissime seigneurie, que faict hien de n'escripre tant en Espaigne. Del Canto en faict assez et n ohlie rien, qu est pour ce malvoulu des seigneurs; mais poiu* cela ne le délesserat-il, que me faict croire que Ton ne se fiera en Erasso

J'ay veu ce qu'escripvez à M. le président, que m'a tenu long propos de sa retraicte, et de se vouloir tenir quelque temps in patria, et se persuade d'estre fort hien avec les seigneurs *. Je luy ditz qu'il se forcomptoit, et qu'ils ne luy voulloient, ny à Barlaymont, mieux que à vostre illustrissime seigneurie, mais que Ton dissimuloit « ut tanto « videretur justior causa adversus D (Granvelle), sed rationem odii « eandem. » Je vouldroie qu'il n'heust esté chancellier, que Tattant faict plier.

' Voir la réponse du baron, n'GLXXX «affections impétueuses, et pour peu il

ci-après. « s^esmeut ou à joie on k regret; il change

* Dans une dépêche de la veille (LeffTM^ «de condition et h^on en plusieurs en-

II, 195), Morillon, parlant du président «droictz.» Viglius , écrivait au cardinal : « Je veoy ses

J'ay plus d'une fois veu, et arec singulier plaisir, ce que vostre illustrissime seigneurie escript à Madame, qui je ne sçay si de cest an elle aurat veu plus véritable almanach ; et je pense qu'elle ne vouldra faillir d*y respondre , du moins par termes généraulx et officieux, selon quelle en est très-bon ouvrier. Le président, depuis en avoir heu lecture, me samble avoir prins plus de cueur. Mais, sur nia foy, il y at trop peu d'arrest en luy.

La détermination du retour de vostre illustrissime seigneurie me samble fort bien ainsi, et ne convient devant la venue du roy. Ce pendant Ton verrat comme yrat le monde, et je croy que son altèze gratterat plus d'une fois sa teste et aurat une infinité de crève-cvieur; mais puisqu'elle at commencé la dansse , qu'elle l'achève. L'on sçait fort bien icy que n'estes par de là ^ans très-grande correspondance et du maistre et de ses principaulx ministres, ny aussi sans entremise; et que ce que l'on traicte avec les Suysses regarde plus avant.

Monsieur d'Egmont^ est encores à Cambray fort fâché, ad ce que l'on m'a dit, d'estre parti si tost d'icy et devaùt son sauf-conduict venu, que le contrainct de faire là si long séjour ^, et encores plus du différent survenu entre monsieur de Cambray et le sieur de Bréderode, luy présent, dont l'on at parlé estrangement et diversement par tout, et comme si l'on auroit mal traicté ledit sieur de Cambray en sa personne , mesme le filz du conte de Mansfeldt '.

^ «C'est un bon seigneur, vaillant et • magnanime , et j'espère que parddà Ton « luy ouvrirat les yeulx et qu il congnois- « tra peu à peu Renard , et comme il a esté «repeu par luy de bourdes et de men- « songes. ■ ( Morillon au cardinal , le 6 février; Lettres, ao4-ao6.)

^ « n est parti le premier de febvrier, a et Ion at des nouvelles qu'il est passé à « Paris , où le gouverneur Montmorency « Tat fort bien traicté. ■ (Note marginale de Morillon.)

' Qiarles, fils né du premier mariage

de Pierre -Ernest, comte de Mansfeld, « étoit jeune et volontaire. ■ Il fit avec son père, en 1 566, une campagneau profit de la cause des catholiques de France, où il commandait un régiment de lansquenets , et y retourna Tannée suivante , à la suite de l'arrestation des comtes de Homes et d'Egmont , qu'il avait hautement improuvée. On le revit dans les Pays-Bas après le départ du duc d'Albe, tantôt revêtu du grade de capitaine général de la mer, tantôt de celui de général de l'artiUerie. U y servit successivement la cause des états , puis , à par-

Monsieur le président de Malines' m'escript que ce ne sont esté que propos fâcheulx ; et en ceste conformité s'en est excusé personelement ledit sieur de Brederode vers son altèze, que luy dît qu elle estoit joieuse qu'il ny avoit esté dadvantaige que paroles; mais qu'il se

fut fort bien passé de les dire L'on dit que ce lut à raison de la

pension de un™ florins que ledit sieur de Brederode prétendt estre injustement détenuz à son frère par ledit sieur de Cambray, duquel je seroie marri, si pour desguiser le faict il se seroit lessé induire de faire ung appoinctement indigne de soy et du lieu qu'il tient, puisqu'estant sur son fumier, et seignevur de la cité qu'est de l'empire, et luy prince d'icelluy, il avoit assez de moiens pour faire ressentir ces jeusnes seigneurs de l'oultraige et insolence que l'on at dit si assuréement ilz luy ont faict plus que de paroles, et dont tous gens de bien sont fort offensez, disans que l'on veult faire le mesme icy que en France Montmorency à M. le cardinal de Lorraine. Le marquiz de Berghe ne fust audit débat, et je pense bien qu'il tient tant de la lighe que tout luy sera bon et que l'on Tavallera comme sucre. Touttefois par telz moiens s^achèvera quelque jour la feste. Le sieur de Culejubourcb , que voulloit aller avec ledit sieur d'Egmont, est retoiu*né, et s'il at telle part audict acte comme l'on dit, il ne fût esté bien venu en Espaigne.

Renard escript à M. LuUin comme il at heu fort grate audience de sa majesté, et qu'elle luy a monstre bon visaige. Baptiste^, frère du maistre des postes, escript qu'il ne l'at heu beaucop prez si grate comme peult-estre il fera entendre icy par ses lettres. Le forier

tir de 1 682 , celle du roi. Étroitement lié k Frédéric de Champagney, frère cadet du cardinal de Granvelle, il correspondait avec lui , et il nous reste plusieurs de ses lettres. tCest que (dit quelque part Mo- • rillon) il parle et écrit fort bien et a t beaucoup d* esprit. > La fin de sa carrière se passa dans les guerres de Hongrie , où il servit l'empereur en qualité de lieute-

nant général de ses armées, et il y périt le 7 août 1 595 , d une manière lamentable : c'est tout ce que nous savons de sa mort Marié deux fois en France, il épousa en troisièmes noces Marie-Christine, Tune des filles de rinfortuné Lamoral d*Egmont, qui lui survécut jusqu'en 16a a.

' Jean de Berghes , sieur de Waterdick.

• (De Taxis.)

Siguan*e, qui Tat logé pour $on argent, escript qu*il at heu Faudience, et que le véant le roy impotent, il le feit asseoir, et que quant i} avoit achevé son harengue; sa majesté luy dit qu'il estoit venu à maulvaise heure pour ce qu'elle alloit dehors pour les festes, et que à son retoiur elle luy feroit responce ; qu'est tout ce que dit la lettre dudit fbrier.

Touttefois l'on escript de là comme il at publié qu'il doibt de bref retourner icy bien dépesché, qu'est selon ses artifices accoustumez. Et l'on m'asseure qull at escript à sa femme une longue lettre en chyflFre, que n'est bon signal, et qu'il a dict au roy d'avoir moien pour augmenter le domaine de par deçà de six cens mil escuz par an (qu'est le mesme de Moron); que sa majesté n'at que faire de venir par deçà, donnant quelque ordre à la religion, conune si en cela il n'y auroit que faire. JTentendz qu'il escript à son altèze que vostre illustrissime seignéinrie faict vers le roy ce qu'elle peult pour estre renvoyée icy.

Feu monsieur de Liège est trespassé^ Ainsi vacque la prévosté de Saint-Salvador d'Utrecht, que monsieur le prince demande pour son petit frère, estudiant à Louvain *. Si le roy demande avis à Madame, il serat à souhaict : car elle en at bonne main et s'est fort bien emploiée pour Anvers, exténuant ce du tumulte; et dit monsieur le président sçavoir de bon lieu que lors Armenteros dit à atdcuns du magistrat de cette ville que l'on debvoit considérer combien en ce besoing son altèze luy povoit vers le roy favoriser, et que suyvant ce s'est faict miracle de doze mil florins , dont ledit Armenteros at heu les deux^. Il n'est à croire ce que passe de grâces et pardons^ jusques pour les faulx monnoieurs. Le chancelier de Brabant^ n'y trouve nulz os : Hœc sunt notissimà!

Monsieur le président veult que je face entendre à vostre illus-

^ Cet évéque, Robert de Berghes, mou- la Moockerheyde, frontière de Gueldre.

rut le 36 janvier 1 565. ^ Ou deux mille. ■ H ne dit unde, » {Note

* Henri de Nassau, né en i55o, et da cardinal)

tué, le i& avril ib'jà, à la bataille de ^ < Ce chancelier (Schey (ne) est en fort

PAPIERS D»iTAT. — VIII. 85

trissime seigneurie que, au congié prendre du conte d'Egmont, madame de Parme lui dit qu'il se souvînt de déclarer au roy votre ambition et abus en ce des éveschez, et qu'il répondit prudanmient que ce seroit mieidx que elle Tescripvît au roy. J'ay obéi au président, et ne peult nuire que le saichez, faisant samblant que ne le sçavez. Le milleur que je saiche est que personne ne sçait mieux conune cecy vat que le roy, et ce que vostre seigneurie y at gaigné.

Hier ont aux primes signé les estatz de Brabant et Bruxelles, avec condition que Ton ne leur demandera rien jusques ilz auront trouvé le moien pour paier leur cote, que sera, comme j'entendz, de faire paier [à] touttes personnes privilégiéez, accises et impostz. Et combien que Tayde soit signée , si serat icelle difficile à recouvrer, n'estans encores accordez Jes moiens pour la lever. Touttefois le chancelier 'de Brabant demande quatorze mil florins pour l'avoir dressé , ou pour mieulx dire, gasté. Et si l'on procède, ad ce que aulcuns prétendent, de réduire le Philippes-taller à xxx pattards, que l'on tient procéder de Schetz, pour ce que les paiementz de l'ayde approchent, il y aurat fort grande difficulté et crierie. Le privé conseil l'at contredit. L'on demande l'advis des aultres consaulx, encores qu'il se peult veoir clèrement à quoy il tend : que c'est pour ung temps servir le particulier, et après le remectre au vieil poinct, que sera double dommaige aux subjectz.

Les estatz de Flandres, Hollande et Haynault sont icy. Ceulx de Flandres font instance pour veoir l'acte de l'accord de ceulx de Brabant, et dient en avoir charge expr vers leurs maistres, avant que do ne soit pour aussi mectre en avapt me dit que, ad ce que l'on luy es preste fort de venir, ce que tous

piz en piz , et

omme vostre il

^ille de Bruxelles, est fait grandes

mutation survient, que ce sera par faute de paier les garnisons. Uon dit que le duc Auguste , le landgrave et le palatin font gens.

Stratius aurat bientost son soucq^ de son nouveau parti. Aussi aurat-on de luy M. de Montigny veult mener, pour la négociation, d'Angleterre , Backersele^ en sa compaignie. Je ne sçay comme Assonleville s'en contentera. Il y a tombé quelque difficulté sur le mariage dudit sieur : son frère et oncle doibvent aller avec luy poinr le résouldre avec la princesse d^Antoing ^.

Vostre illustrissime seigneurie at très-grande raison de plaindre la religion qui se perd. Ilz se tiennent beaucop de conventicules en ceste ville. Si Dieu n y remédie plus que les hommes, il ne fauldra guerre pour ung jour faire tomber la fouldre sur noz aultres; et ne fault qu'un cbief, et lors verroient les abbez de Brabant comme ilz seroient respectez.

Titelmannus est icy, qui a parlé à son altèze, que l'exhorte de procéder modestement à cause des dstngiers. Il me dit Uiy avoir respondu qu'il n'y en auroit aulcung si l'on faisoit bonne justice, et que la faulte d'icelle cause le dangier, et fera dadvantaige si Ton n'y pourveoit; que l'on luy donne adsistence et qu'il respondra pour

Flandres qu'il n'y aurat aulcun désordre Ce dernier de janvier

Le premier de febvrier s'est le chancelier de Brabant, en plein conseil, choleré contre le conseillier Maes à cause que il venoit si tard, qui ne luy a cédé; et sont venu à se injurier l'ung et l'autre de telle sorte, que tous les conseilliers en sont estez scandalisez, et ne tint à rien qu'ilz ne se entrebattissent, si l'on les heust lessé faire. Maes s'est plainct le premier. Son altèze veut sçavoir que c'est, et a faict examiner les plus anciens et demandé l'advis* de tout le conseil

' (Soûl.)

* Jean de Casembrot, seigneur de Backerseele, originaire de Bruges, «docte et «vertueux, aimé et chéri par le comte « d^Egmont, dont il étoit le conseiller et le « secrétaire. * Arrêté en même temps que

comme elle en debvrat user. Ils montrent tous deux qu'ilz ne sont

saiges, et se sont faict grand déshonneur.

Monsieur le président m at dict avoir entendu d*ung mien confrère que Armenteros at demandé mil escuz à celluy que prétend à Fabbaye d'Haultmont. J'ay parlé audit confrère, que m^asseure le mesme , et que Ton est parti sans rien faire.

Ainsi que Ton pensoit dépescher Moron et lui donner les lettres d'advis de ceulx des finances à sa majesté sur son besoigné, il at demandé argent pour faire le voiage, et de veoir le contenu desdictes lettres, disant qu il vouUoit veoir ce qu'il portoit. Je ne sçay s'il aurat argent, si ne serat-ce comme il vouldroit; mais j'entendz quil est arresté qu'il ne verrat lesdites lettres, si de faict il ne les ouvre, que lui cousteroit chier. Et si n'y trouverat-il chose que luy plaise, mais tout au contre de ce qu'il at miz en avant. Sur ce que monsieur Damhoudre, ad ce que l'on m'at compté , luy feict un jour tel queritur comme il mérite, disant que en ceste court et pays l'on s'y est tousjours conduict selon l'équité et raison, selon les bonnes coustumes, droict escript, canon et civil, lui demandant auquel de tout ce il entendoit fonder son miz en avant, et puis adjousta que quand Nostre Seigneur avoit miz Adam au paradis, où il avoit transgressé son commandement, il ne le meicl point dehors que premier il ne luy dict: Quidfecisti? Et que aussi ce n'est raison que le prince mecte dehors ceulx qu'il at institué en office, sans en préalable cognoistre en quoy ilz ont mal versé. C'est ungne similitude joieuse , mais que remarcque la légierté de ce gentil inventeur.

Barlaymont n'at tant dict ; mais il at tenu ferme et tient journelement, allant bon chemin pour maintenir l'auctorité du maistre s'il estoit correspondu. Pour ce que Damhoudre dit librement , Madame dit qu'il Ressemble Stella le pensionaire, et qu'il est mutin. Elle en dira d'aultres quelque jour.

« sible les éviter si Ton ne hoste Tung des ■ pourveoir tous deux ailleurs. » ( Note mar- • deux, et qu'il D*y aurat que bien de les ginale de Vaatenr Je la lettre,)

Uescoutette^ de Bois-le-Duc at troussé une bonne partie de réaulx d'Espaigne que aulcuns Italiens envoioient à Bâttenborch pour faire forger de la Qieschante monnoie. L'on luy at escript d'icy de lâcher sa proie. H dit qu'il n'en fera rien, et est icy deffendant sa cause et demandant justice ; et ad ce que je veoy est bien délibéré de tenir bon. Les tromperiez que Ton faictaux monnoies, que chascim forge comme il luy plaît, portent grand dommaige aux pouvres gens, et feront dadvantaige si l'on n'y pourveoit. Le payz se remplit de maulvais argent que ne s'exillera sans très-grande perdte. Le conte de Hornes foi^e, le prince et Meghe forgeront. Les Lombardz, que monsieur le président avoit réduict à ung quart moings de gain , avec aultres salutaires restrictions, Armentero intercessore , moiennant doze mil florins que son altéze et luy auront, sont apparens de retourner, à la foule du peuple, sur l'ancien pied, Viglio tacente, auquel je ditz qu'il debvroit protester à rencontre : « Sed non auderet in taiti prsesente occasione vel hoc « quidem. Ideo non miror si audet Armenterus. »

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