‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 2)Chapitre 7 sur 77 · LE VI' JOUR DE JUING · texte numérisé non relu

LE VI' JOUR DE JUING

(Mémoires de Granvelle, XII, lig.)

Premiers, que la royne d'Escosse avoit grand part à Famytié des nobles d'Angleterre , et qu'ilz la tenoient (sans faulte) royne après le décez de la royne moderne, laquelle ne peidt durer longuement, selon les apparences des maladies estranges qu'elle a.

Enfin, que les choses sont en telz termes contre ladicte royne d'Angleterre, que, si n'estoit le serment que lesdicts nobles ont à elle, ilz la déjecteroient à l'occasion des troubles qu'elle cause journellement audict royaulme , dont démonstrent assez (par cela) qu'ilz ne désirent son long règne. Et à l'eflFect de ce, ung nommé F. B. , résident en Anvers, qui traicte les affaires que ladicte royne ^ a en France , à cause de son douaire , lequel s'est icy trouvé avec ledict gentilhomme [escossois], m'a monstre ime lettre, venant d'ung personnage bien apparent d'Angleterre, tirant à mesme dévotion que sçavez.

Et à ces fins ledict B. a dict, en ma présence , audict gentilhomme, fidel serviteur de ladicte royne, qu'il luy deust dire de sa part, comme

la supplioit de vouloir tamporiser autant qu'elle pourroit, en démonstrant plustost vouloir estre aUiée en Escosse que autre part, ou faire semblant d'entendre à ung mariaige que l'on luy mect en avant de par ime dame d'Angleterre, nommée madame Margueritte^, que prétend à la couronne, comme proche du sang, laquelle a ung

' D*Ëcos8e. don , était petite-fille de Marie, Tune des

* Marguerite, fille de Henri Qifford, sœurs du roi Henri VIII, qui, devenue

comte de Cumberland, etd'Ëléonore Bran- veuve de Louis XII , roi de France , épousa

beau joesDe filz , qu'elle nourry avec elle en nostre anchienne religion, pource quelle est fort après pour l'allier audict Escosse; de tant mesme que ledict gentilhomme m'a dict que ladicte dame Mai^eritte doit avoir tenu propoz, que combien elle se tiengne fort proche de ladicte couronne d'Angleterre, que toutesfoys elle y tient la royne d'Escosse plus proche, et, par telz moyens, ladicte royne pourra ce pendant faire ses afiaires.

Aussi le susdict B. a samblablement, en ma présence, bien donné à entendre audict gentilhomme que si ladicte royne sa maistresse n'avoit benne apparence à ladicte couronne d'Angleterre, qu'elle n'aiu*oit que faire de prétendre où que sçavez; et le mesme luy ay-je aussi dit. Et comme il commenchoit à prendre, sur ce, congé de moy, il me dit qu'il nous convenoit donner garde d'un secrétaire de ladicte royne sa maîtresse, nommé Rollez, Franchois naturel, et donné à ladicte royne par la royne mère de France , afin qu'il fiist à sa poste ^ , pour estre par luy advertye de ce que se traicte audict Escosse , où l'on n'a trop de confidence de luy. Il s'est quelquesfois trouvé à Bruxelles, ne sçay si l'aurez congneu.

Au surplus, ce pendant que lesdicts gentilzhomme et B. estoient encores icy, arriva mon lacquay , lequel avoit menez les petitz chiens à ladicte royne, qui m'a apporté lectres d'elle, par lesquelles, après le remercyment qu'elle me faict de mon présent, elle me faict mention de ses prétextes que sçavez, dont les motz s'ensuyvent :

« Quant aux aultres pointz dont je vous avois escript par Hesem , je « vous supplie, selon vostre promesse, m'en mander des nouvelles : «car, pour beaucop de respectz, j'ay nécessairement affaire d'en « sçavoir la vérité , et ne puis estre longuement sans me résouldre ■ sur ce que vous sçavez, pour en estre pressée de beaucop d'en- « droitz. Je ne vous puis dire aultre chose. «

Charies BraDdon, duc de Suffolk. Mar- Il parait qu*il est ici question du premier,

guérite, qui mourut en 1696, avait eu de mort à la fleur de son âge. son mariage avec Henri Stanley, comte de ' (Volonté, disposition.)

Derby, deux fils , Ferdinand et Guillaume.

AU BARON DE BOLWILLER

( Mémoires de Granvelle, XII, i46. )

Baudoncourt , 7 juin 1 564 .

Monsieur, les lettres que vous m'avez envoyé de sa majesté impériale, signées de sa propre main, sont du xni* de may et en résponce de celles que je luy avoye escript des affaires de madame de Lorraine, signamment en ce de Tévesché de Toul, me coppant sa majesté du tout la broche, et déclarant sa résolue volenté de non vouloir en façon quelconque que la négociation passe avant, s'esbéhissant que ladicte dame en continue la poursuytte, nonobstant la résponce négative et résolue que sa majesté en donna de bouche & Francfort, et ce que despuis, par lettres, sadicte majesté en a respondu à ladicte dame , dont Ton m^envoye la copie. Et se plainct sa majesté de ce que, nonobstant le refuz d'icelle, ladicte dame en aye faict faire poursuytte à Rome, n'estant question du spirituel, ains seullement régales et temporel, dont sadicte majesté prétend la congnoissance lui appartenir, et non à aultre. Aussy me dict sadicte majesté résoiuement qu'elle ne treuveroit bon que, ny par practique ny auhrement, ladicte dame meut chose que peust susciter trouble publique; me disant que ce qu'elle m'en escript soit sur fondement qu'elle aye entendu que aulcungz luy mectent practiques en avant pour Dahnemarche; et je me doubte que ce soit information que doit venir du duc de Saxe, si proche allyé du roy de Dannemarche. Et comme vous sçavez que sadicte majesté impériale entend l'affaire de ceste sorte, tant plus convient-il quë^ les choses se suspendent pour main-

tenant , en attendant la venue du roy nostre maistre : et ce pendant les deux roys se consumment, continuant, comme vous sçavez, la guerre.

L'on m'escript aussi de la griefve indisposition de sadîcte majesté, sans toutesfois me despérer du tout de sa convalescence ^ ; et Dieu doint que le succès en soit bon : mais, à la vérité, je crains le contraire.

Le roy de France doibt jà estre à Mascon, selon que icy nous comptons ses journées; je vouldroye qu'il fust à Lyon, et qu'il eust jà donné pour tout bon ordre pour le soubstenement de la religion.

Le chevalier de Villegaignon a esté aux baings de Plombières, pour la blessure qu'il reçut en la bataille , suyvant le party de monsieur de Guyse. Il désire se treuver en la court de l'empereur pour oster, comme il dict, beaulcoup de princes de la Germanie du mescompte auquel les mectent aulcungz François, leur desguysant les afiaires de France et la secte des huguenotz contre véritez. Il abonnes lectres humaines et le tenoit feu l'empereur, nostre bon maistre, pour vaillant honmie, l'ayant veu, en Argel, à la besoigne ^, Je luy ay dict que je vous advertiroye de sa délibération; il debvoit partir pour aller à Vy, et, s^îl s'adresse à vous, le pourez veoir voluntiers,

vous souvenant tousjours toutesfois qu'il est François Et me

recommandant, etc.

' «L*empereur est toujours malade; t XIII, pag. 58.) Ce monarque mourut

« mais on ne fait pas la chose grande ni quinze jours après. • petite. B (Lettre de Bolwiller au cardinal , * Il a composé en latin un récit de cette

du lo jniBet 1 56A; Mémoires de GranoelU, expédition.

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