ÉCRITE A L'EMPEREUR PAR SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE
(Ambassades de Renard, III, 2 7/».
Sans date [ 1 2 juillet 1 553 ].
Sire, ce jourd'huy le millor Comban et le conseiller Maçon nous sont venuz treuver en nostre logis pour, de la part du conseil de la nouvelle royne receue, selon que l'avons escript à vostre majesté, nous advertir et répéter la mort du feu roy dernier, Edouard, la provision testamentaire par luy faicte à la coronne, l'institution de ladicte nouvelle royne, sa réception et approbation, et que madame Marie y contrarioit et vouloit contrarier ; et ledict conseil avoit despescbé ce jourd'huy ung gentilhomme devers les ambassadeurs d'Angleterre quilz sont rière vostre majesté, pour luy faire part de toutes choses; que nous debvions penser nostre commission et ambassade estre finie et faillie; qu'ilz sçavoient assez quelz offices que pouvoient faire ambassadeurs; que les loix d'Angleterre estoient estroictes et rigoureuses; que lesdicts du conseil n'entendoient que deussions assister madicte dame ny envoier devers elle pour la conseiller ou favorizer; que nostre charge et noz personnes estoient publicques, et que, donnant suspition, nous pourrions tumber en danger, que leur grèveroit que advînt; que ledict conseil envoioit le duc de Northumberlant et aulire personnaige devers madicte dame, non pour l'offenser ououtraiger en sa personne, si elle n'en donnoit occasion, ains pour composer les affaires et les réduyre en meilleurs termes que ne sont : tumbant en conclusion que ne deussions en façon quelconque négotier avec ladicte dame , adjoustant menasse de la rigueur de papiers d'État. — îv. 5
leurs loix barbares par la suspition etdangier qu'ilz avoient proposé. A quoy respondismes qui nos desplaisoit grandement de la mutation advenue par le trespas dudict feu roy Edouard, et que n'avions peu par l'accident exécuter la charge qui a pieu à vostre majesté nous donner envers ledict feu Srroy; que, nous confions, ladicte charge entendue fût esté très-agréable, tant pour les bonnes et mutuelles affections d'entre vostre majesté et ledict feu S1 roy, que pour tendre à fin de confirmation durable, et pour les plustôt accroislre que diminuer. Quejà çoit ladicte mort soit advenue doiz le sixième de ce moys, si est-ce elle nous a esté celée , et nonobstant icelle, le conseil nous a accordé audience, excusant que ne pouvions avoir audience devers ledict feu Sr roy; et depuys ledict conseil nous avoit faict signifier ladicte mort, avec espoir de ladicte audience, et que dez lors nous n'en avions eu nouvelle; que ne pouvions sinon juger, si le conseil eust entendu nostre charge, [qu']il ne fût entré en suspition de maulvais office contre vostre majesté, pour avoir tousjours vostre majesté fuyt toutes négotiations dissimulées etumbrageuses, et avoir tousjours procédé ouvertement et plainnement en toutes ses actions, et que pourroit estre ledict conseil n'eust tant presté l'oreille aux practiques et faintises des Françoys que l'on a faict, ny respecté les particulières affections, ambitions et avarice, pour négliger le bien publicque du royaulme et oublier la bonne et ancienne amité que vostre majesté a tousjours observé, comme elle désire faire à l'advenir. Que, comme ilz nous disoient nostre commission estre finie, que n'estoit de besoing qui nous donnassent telle instruction, pour ce que vostre majesté ne nous avoit choisi telz que deussions ignorer nostre pouvoir et le fondement d'ambassadeurs , et que à ce ilz entendissent le fourcompte où ilz estoient tumbés, tant par la publication d'aulcungs escripts et mandemens que par aullres actes. Vostre majesté nous avoit commandé leur déclairer cincq points : le premier, visiter ledict feu Sr roy et tesmoingner sa plus que paternelle affection envers luy et son royaulme ; pour le second, luy remercier et au conseil la souvenance qu'ilz ont de la paix publicque de la chrestienté
et les persuasions et exhortances proposez à vostre majesté pour pacifier le différend d'entre vostre majesté et le roy de France, et en quel terme la chose est réduicte, et ce que vostre majesté. . ; t .
FRAGMENT DUNE LETTRE
ÉCRITE A L'EMPEREUR PAR SES AMRASSADEURS EN ANGLETERRE (Ambassades de Renard, III, 268.)
Sans date [16 juillet i553].
Sire , le trezième de ce moys les Srs Priveséel, le comte d'Arundel, le comte de Scrosbery1, le comte de Pembroc, le millor Brontbom, Maçon et le docteur Piètres, que desclairoient estre du conseil du feu Sr roy d'Angleterre dernier, nous envoiarent ung gentilhomme par lequel ilz nous firent advertir qu'ilz nous attendoientpour l'eflect de l'audience qu'ilz nous avoient donné. Et nous treuvasmes incontinant devers eulx, auxquelz répétâmes les cinq points qu'avions déclairés aux Srs Comban et Maçon , et signantement insistâmes sur le quatrième, dont avions faict particulière mention par nos dernières à vostre majesté, pour servir à la seurté de madame Marie, défonder les practicques françoyses, effacer les suspitions qu'ilz ont conceuz contre vostre majesté et ses ministres, et pour les révoquer de l'inclination contraire au bien de paix et voisinance où les particulières affections les pouroient avoir traduit; proposant les moiens contenuz en l'instruction de vostre majesté, signantement quant au mariaige. Et eussions désiré que le duc de Northumbellant y fût esté pour accomplir en son endroit la charge qu'avions devers luy; mais il estoit
1 Talbot, comle de Shrewsbury.
parti le mesme jour avec le duc de Suffolc et aultres personnaiges dénomez en nos précédentes , pour avec grande assemblée de gens de guerre aller devers madame Marie. Et fut nostre propoz si bien prinspar lesdicts représentans ledict conseil (si les visaiges ne nous trompent), par la déclaration que leur fismes de la bonne affection que vostre majesté portoit au royaulme , qu'ilz nous respondirent leur intention estre aussy réciproque, et de inviolablement observer bonne voisinance, et que telle ambassade leur estoit grandement aggréable, dont ilz feroient part aux aultres S" du conseil, pour nous respondre ce qui seroit par euk advisé. Et sur ce que leur [fusi] dit de nostre congé pour les raisons qu1 avons escriptes à vostre majesté , dz nous priarent de ne partir que ladicte responce ne fût faicte, nous disans qu'ilz clespesclioient ung gentilhomme devers vostre majesté, lequel viendroit devers nous pour sçavoir si luy commanderions aulcune chose en court; auxquelz respondismes que nous attendrions tant qu'ilz vouldroient étrusques ilz nous auroient faict responce, laquelle nous ferons entendre à vostre majesté.
Ce jourd'huy avons receu les lettres que a pieu à vostredicte majesté nous envoier du xie de ce moys, au contenu desquelles nous semble avoir satisfaict , hormis que n'avons parlé au duc de Northumbellant; et nous semble, sire, que l'audience qu'il nous eust peu donner fût esté inutile, attendu que la royne nouvelle est jà receue, et que ledict duc est en armes pour aller treuver madicte dame Marie, et tenons pour certain que avant quatre jours madicte dame sera en ses mains et puissance , si elle n'a force au contraire pour y résister; advertissant vostre majesté que ledict duc faict gens de guerre où il peult et se tient fort par mer et par terre, de sorte que ne véons que ceulx quilz auroient affection secrète envers madicte dame se puissent ou osent déclairer ou eslever, d'aultant qu'dz n'entendent que madicte dame aie port, faveur ou assistance de vostredicie majesté. Et n'avons confirmation que madicte dame soit favorisée par tant de gens comme l'on l'avoit publié et que l'avons escript à vostre majesté; ains par le contraire ladicte dame nous a despeché
ung homme ce jourd'huy, prr lequel elle nous a envoie la copie des lettres que ceulx du conseil luy ont rcspondu aux lettres qu'elle leur avoit escriptes, et faict verbalement déclairer quelle véoit la destruction où elle tumberoit , si elle n'estoit assistée de vostre majesté et nous; et interrogant ledict messaigier de la compaignie qu'elle pouvoit avoir, il nous a dict qu'elle avoit cinq ou six cens personnes à l'entour d'elle, et qu'elle se partoit pour aller à Framingham, et que y avoit eu plusieurs gentilhommes devers elle, mais qui ne sçavoit à quel effect
FRAGMENT D'UNE LETTRE