‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 104 sur 127 · CHARLES, COMTE DE LALAING · texte numérisé non relu

CHARLES, COMTE DE LALAING

(AU DUC DE SAVOIE?)

(Ambassades de Renard, V, 101-102.)

Cambrai, 27 août 1 556-

Cette lettre fournit des explications sur ce qui a été négocié à Vaucelles au sujet de la seigneurie de Crèvecœur, revendiquée par M. de Ghaulnes , sujet du roi de France, au préjudice de M. de Bevres.

(Ambassades de Renard, V, io3-io4-)

i" septembre i55b.

Sire , le connestable de France , puys la dernière lectre qui m'escri pvit du xxvi du présent moys, me manda dire par mon secrétaire , par lequel luy avois envoie le pacquet dernier que j'ay escriptz à vostre majesté, qui désireroit parler à moy avant que le roy de France partît de Fontainebleau pour Valeri, et que si voulois aller dimanche dernier devers luy, il diviseroit avec moy des articles sur lesquelx j'attendz responce puys deux moys en çà.

Ce que je fiz , et me interrogasi si j'avois eu aulcune nouvelle du faict des prisonniers, pour ce que Ton avoit respondu à l'ambassadeur Basse-Fontaine que l'on m'envoieroit la dernière et finale résolution, et que aiant ledict Basse-Fontaine esté licentié de sa majesté impériale, il fut mené au conseil de vostre majesté par le sieur d'Arras, oùladicte responce luy fut faicte. Aulquel je dis que je n'avois eu lectres puys ladicte négotiation , et que l'embarquement de sadicte majesté en pouvoit estre cause; que, aiant receu lettres de ce, je ne fauldroys luy faire sçavoir où qui fût.

Sur quoy il me dit que ledict Basse-Fontaine avoit escript que l'on vouloit que le filz x du Sr de Gonnelieu paiast la rançon d'ung prisonnier françoys qu'il a tué en prison, que n'estoit raisonnable; aussy que , en relaschant ung prisonnier françoys , l'on relaschast ung de ceulx qu'ilz détiennent par deçà; et qu'il entendoit l'on

1 Nicolas de Gonnelieu , archer de la bande du maréchal de Lamark.

usoit de grand rigueur contre les filz * des sieurs d'Estrée et de Ghaulnes : car, estant malades de fiebvres continues, Ton ne les oermectoit visiter ny loger en chambre où Ton puist faire feug ; que le Sr d'Estrée n'actendoit aultre nouvelle sinon de la mort de son fdz. Que sa majesté impériale partist vendredi dernier de Gand pour s'embarquer à Flessinghen ; que votre majesté debvoit visiter ses frontières et le roy de France aussy , qui vouldroit l'approche hit de si près que vos deux majestez se puissent embrasser ; que ledict Basse-Fontaine escripvoit il avoit doubte que le pape fût cause d'altération par les actions que Ton publioit ; que, du coustel d'Italie, il avoit nouvelles que le légat Caraffa s'embarqua le xxim du présent en la fosse du Rosne; que le Sr duc d'Albe avoit envoie par escript au pape les ressentemens il donne à vostre majesté, auxquels il avoit respondu assez bien ; que les Espaignolz que estoient en la duché de Milan marchoient contre la Toscane ; qui seroit desplaisant que le pape deust estre cause de roupture de la tresve, mais que ledici Sr roy ne peult délaisser ses [alliez]. D'aultre part, qu'il a nouvelle de Corsica que ceulx qui sont au fort de Calvi ont tué cinq ou six des gens dudict sieur roy près d'une tour qu'ilz gardoient, ce que ledi et sieur roy ne veult comporter aulcunement, et que j'en deusse advertir vostre majesté, afin d'en escripre aux Genevoys qui se contiennent selon la tresve; me parlant incidemment que le Palavisin a esté massacré en une église de Gennes cruellement. Davantaige, que les sieurs de Mailly et d'Estrée luy ont escriptz que les Espaignolz, quilz sont au fort de Hedinfort, font plusieurs insolences et destrousses sur ceulx quilz portent vivres es petits forts que les Françoys tiennent à l'entour dudict Hedinfort, qui leur a mandé de non commencer ny innover, mais aussy qui ne soffrent chose préjudiciable aulx subjeetz dudict S1' roy de France ny à leur liberté; qu'il a faict escripre aux capitaines des frontières de faire bonne garde et guet es places qu'ilz ont en charge , et qu'ilz n'entre-

Léon-Anloine d'Estrées, Gis unique, Chaulnes, dont le père était gouverneur et l'autre François d'Ongnies, sieur de de Corbie.

prennent aulcune chose contre la tresve. Reprenant que ledict Sr roy a esté mal content du comte de Lude, qui a arresté le filz du duc de Vege , et qu'il a escript pour sa liberté et à certes l.

A quoy je respondis que je ne sçavoys ce qu'est du faict particulier du fdz de Gonnelieu ; que s'estoit chose raisonnable les prisonniers subjectz de vostre majesté sortent joinctement avec les prisonniers françoys, et que la pluspart offre la rançon à laquelle ilz sont obligez; quej'entendoisles filz desdictsSrs de Chaunes et d'Estréeestremyeulx traictez que l'on ne l'a informé ; mais que j'avoys occasion de luy remonstrer la cruaulté que l'on a tenu au comte d'Arc , qui passe toutes les aultres que l'on sçauroit excogiter; que l'on ne m'a encoires faict part de ce que fera vostre majesté après le partement de sa majesté impériale; que la doubte Basse-Fontaine ha des actions du pape est commune à plusieurs ; que je ne créois ledict Sr roy de France et son conseil deust aultrement juger d'icelles et des occasions qui donne à ses voisins , sinon qui ne désire paix ny la quiétude de la chrétienneté , et conséquemment je créois ledict Sr roy pèseroit de l'assister en son tort, et si aultrement advenoit , l'on jugeroit que , pendant la tresve, l'on auroit traicté avec le pape chose contraire ; quant à ce qui concerne les Genevoys et soldars dudict Hedinfort, j'en escriprois à vostre majesté.

A quoy répliquast ledict connestable qu'il avoit souvent dit [au S1 roy] les partialitez commencez par le pape ne pouvoir tendre à bonne fin; qui vouldroit bien entendre à recepvoir la rançon des prisonniers quilz sont par deçà, si leur déclaration estoit clère; mais que, comme ilz parlent de revenu d'avenne et de bled, il ne sçauroit faire estime d'icelluy. Sur ce, je luy dis qu'ilz estoient prestz de faire la déclaration requise et l'estime que l'on pouroit désirer par-devant celluy qui commectroit : car de se excuser là -dessus et les retenir, puysque les prisonniers françoys se mectent en liberté, il n'y auroit ordre. Sur quoy il me dit que le comte de Pont-de- Vaulx n'avoit encoires faict sa déclaration, qui demandoit congié pour

1 (Sérieusement.)

papiers d'État. — îv 86

aller devers sa mère pour sçavoir son revenu; qui luy vouloit accorder. Et depuys ledict comte de Pont-de-Vaulx m'a escript qui vouloit avoir caution de dix mil escuz avant que le laisser aller devers sa mère.

Ce faict, je requis ledict connestable de faire responce aux mémoires et articles de si longtemps remis en ses mains : que les parties estoient poursuyvies à grands frays et intérestz; mais il n'y a eu ordre d'avoir aultre response , sinon que le garde des sceaulx estoit malade, et que, au plus tost l'onpoura, l'on y satisfera.

Le xxix de ce moys arrivast l'ambassadeur du duc de Ferrare auprès de Fontainebleau, et envoia les lettres qu'il avoit audict Sr roy de France en court, passant oultre devers le prince de Ferrare, qu'est malade en une abbaïe qu'appartient au cardinal de Ferrare, près de Sanglis; et, par ce que l'on entend, il apporte résolution entière de la lighe entre le pape , le roy de France et ledict duc.

CGXX. PHILIPPE II

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, V, io5.)

Gand, 4 septembre i 556.

Le roy.

Cbier et féal : Les contencions des limites et emprinses faictes contre la tresve en tous costelz , tant en Italie que par deçà , et ce que l'on contend des deux costelz de réduire toutes eboses es termes de ladicte tresve, demeurent sans résolution, et journellement les Francbois se traveillent d'intenter quelque ebose de nouveau , et

mesmes au costei de Luxembourg, comme vous en estes souffissamment adverty; et sy sçavez les fondements dont nous pensons nous povoir valloir pour soustenir noz prétensions, par les mémoires et quayers que vous sont esté de temps à aultre envoyez, et du discours de la négotiation dont jusques à ores vous avez eu la maniance. Et, considérans que quelque instance que vous en faictes, riens ne se pourvoye, et que toutesfois, comme dessus est dict, lesdicts Franchois ne cessent de contendré pour passer oultre , contre quoy il seroit bien povoir mectre quelque rampart.

Et remémorant ce que voz lettres du second du passé en contenoient et mesmes des propoz que vous avoit tenu le connestable , disant que l'on cessa doresenavant d'attenter d'ung costei et d'aultre, et que l'on députa commissaires , tant de la part des Franchois que de la nostre , et non-seullement par deçà, mais encoires en Italie , dont ilz se contenteroient que vous prinstes en vostre ebarge de nous escripre; il nous a semblé que cest expédient seroit le meilleur, tant pour empescher nouveaulx attentaz, comme pour essayer si ce cbemin des commissaires, qui est le plus apparent , pourroit donner quelque ouverture pour en vuyder, ou du moings pour esclarcir plus les choses, et ouvrir plus le chemin au pied que l'on y pourroit prendre : qu'est la cause pour laquelle il nous a semblé vous debvoir escripre, affin que vous regardez de, en devises avecq le connestable, faire tumber le propoz en cecy, et luy ramentevoir ce que lors il vous dit, pour luy déclairer, comme ledict propoz s'adonnera, que nous serons très-contens de choisir incontinent commissaires par deçà. Et s'il vous demande de quelle qualité , nous vous voulons bien préadvertir que nous voulions choisir à cest effect le chancellier de l'ordre , qui a eu aultreifois la maniance de choses semblables, et le conseillier Tisnacq 1, pour

1 Charles, fils de Simon de Tisnacq, Bruxelles vers le mois de mars 1 578 ,

Brabançon (V. t. Ier, 596), était secrétaire dans un état voisin de l'indigence «ayant

d'état et garde des sceaux de Philippe II servi si sincèrement et si incorruptible-

jusqu'en 1 565 , qu'il fut envoyé dans les ment. » Il était aussi trésorier de l'ordre

Pays-Bas en qualité de chef et de pré- de la Toison d'Or, sident du conseil privé. Il mourut à

estre ung de ceulx qui sont entrevenuz en la negociación de la tresve , et quy est jà imbut desdictz différentz. Que, pour Italye, aussy feronsnous choisir incontinent personnaiges, ou enchargerons au cardinal de Trente et marquiz de Piscare1 que sans dilation ilz le fâchent, et aussy pour le coustel du Siennois et aultres où il y peult avoir contension. Et sera bien que vous procurez de le faire tost, avant que le connestable en perde la mémoire, et que vous nous advertissez de ce que vous en pourrez tirer.

Nous actendons tousjours résolution sur le faict des prisonniers, ne faisant doubte que vous aurez sollicité la besoigne , et que venant le roy à Fontainebleau, Ton vous aura donné opportunité pour en communicquer; et désirons bien de , au plus tost qu'il sera possible, en estre adverty. A tant, chier et féal, Nostre-Seigneur vous ayt en sa saincte garde. De Gand, le imejour de septembre i556.

PHLE.

Et plus bas :

VAN DER AA

Moret, 6 septembre 1 556.

Sire , il y a arrivé ung gentilhomme devers le roy de France que le duc Octavio luy a despeché, pour l'advertir que vostre majesté

1 Ferdinand - François d'Avalos, mar- de Trente, devint vice-roi de Sicile, et quis de Pescaire et del Guasto. En i 562 mourut en 1 5^ 1 . il était ambassadeur d'Espagne au concile

luy a rendu la ville de Plaisance, retenant la citadelle; que le cardinal Farnese est remis en l'évesché de Montréal; que Ton marie son filz à la fille du Sr duc de Florence, et conséquemment qui se tient satisfaict de vostre majesté et appointé; qu'il n'a peu refuser l'accord pour luy estre tant advantageux, dont il présume ledict Sr roy de France ne prandra mescontentement ny opinion qui doibge redonder à son déservice, pour ce qui se contiendra comme neutre. Ce que ledict Sr roy n'a peu bien prandre, quelque chose qu'il en ayt dissimulé , et ne s'est contenu de dire que l'ingratitude de l'Italien passe toutes les aultres; et m'a l'on adverty que ceste nouvelle a esté fort désaggréable , pour ce qu'ilz estimoient s'ayder toujours du passaige et ville de Parme, comme du passé.

Aussy m'a l'on advisé que le duc de Ferrare s'est monstre plus difficile à la conclusion de la lighe que l'on n'eust creu ny pensé par deçà, et qu'il n'y a encoires rien de parfaict sinon parolles; et entre l'on en suspition contre luy qu'il soit esté dissuadé par practicques de vostre majesté et par l'accord dudict duc Octavio, jusques à dire que le prince de Ferrare faict du malade pour non recepvoir visaige si descontent que celluy qui treuveroit dudict Sr roy de France ; et davantaige l'on m'a dict que ledict duc de Ferrare a favorizé aulcungz impériaulx quilz sont passé par ses terres. Comme qu'il en soit, les choses ne sont si certaines de ce coustel-là que l'on avoit publié, et n'est encoires esté en court l'ambassadeur dudict duc depuys qu'il est de retour de Ferrare : le temps apprendra le surplus.

Le connestable aiant persuadé la tresve , se treuvera empesché de la charge1 que l'on luy donnera, qu'elle soit préjudiciable aux affaires dudict Sr roy de France, et que par icelle vostre majesté ayt remédié ses affaires, se soit establie en l'administration de ses réaulmes, ayt eu temps pour entendre la conduicte de toutes choses , de rallier les amys et potentaulx dévoiez en tous coustelz ; qu'elle ayt rompu la lighe traictié par le cardinal de Lorenne ; que pendant icelle ledict duc Octavio se soit recongneu ; que l'Italie se soit remise et re-

1 Imputation, reproche.

conferme du danger où l'on l'a veu : et conséquemment que les affaires publicques soient aussy doubteux ou plus pour les Françoys que pour vostre majesté, ce que ledict cardinal de Lorenne ne taist; et prévois, si quelque mutation survient préjudiciable aulx Françoys, le connestable pouroit passer fortune [contraire], en quoy ne luy proufitera la prison de son filz [et de ses] parens, et qu'il ayt entremis l'admirai de Chastillon, son nepveur, pour vacquer à ladicte tresvc, lequel jà areceu plusieurs démonstrations contraires à ce qu'il espéroit, et est en sa maison depuys troys moys, sans en bouger.

Les Françoys font publier que la responce que le sieur de Vauldemont a faicte au sieur de Guyse, sur ce que l'on a faict entendre du véaige dudict Sr roy de France en Lorenne et Nancy, pour le mariaige du Sr duc de Lorenne avec sa fdle, soit esté consultée à vostre majesté, et n'attendoient que le Sr de Vauldemont en deust user si discrètement , jugeans que leur practique et déseing soit préveu et descouvert, et qu'il ayt intelligence avec vostre majesté. Sur quoy l'on tient que ledict Sr roy il procédera par la force, pour intimider la Lorenne, et que la munition que prépare ledict sieur de Guyse servira à cela, et aussy le passaige des lansquenetz que l'on dict le marquis Albert, et aultres capitaines alemans à la dévotion de France, doibvent conduire. Mais l'on ne m'a peu descouvrir si sur ladicte responce ledict véaige se fera ceste année ou sur le printemps, et sera aisé que vostre majesté entende, du coustel de l'Alemaigne, l'appreste qu'il y peult avoir : asseurant vostre majesté que l'on a despeché audict marquis Albert, comme l'ay touché par mes lectres. Jay ung homme es frontières de Lorenne et Alemaigne, qui n'en bougera qu'il n'ayt certitude de passaige et veue desdicts lansquenetz, et luy remémore expressément pour y demeurer et aller de lieu à aultre où lesdictz lansquenetz passent ordinairement.

Les sieurs de Guyse et d'Aumale s'attendent en court deans dix jours, et le sieur de Vendosme aussy pour ceste Sai net-Michel, pour ce que l'on propose de donner l'ordre de France au Sr daulphin.

Je sçay pour vray que ledict sieur de Vendosme est fort irrité de

ce que Ton veult empescher et défendre le cours de la monoie qui forge par deçà , et que ledict sieur roy ne peult comporter qu'il en forge.

L'AMBASSADEUR RENARD

A PHILIPPE II

(Ambassades de Renard, V, 109.)

Moret, 7 septembre 1 556.

Sire, puys mes dernières lectres, j'entendz que Sipierre1 est allé en Alemaigne devers le roy de Bohême , pour le visiter et descouvrir son humeur envers vostre majesté, et oudit véaige entendre ce que passe en la Germanie : si Ton faict gens de guerre pour envoier en Italie, s'il y a quelque mouvement contre le pape et faire offices accoustumées aux Françoys en tel scrupule où ilz sont.

Aussy entend-je que le pape liève six mil Suysses pour son service, et que le roy de France a accreu de deux cens lances qu'il envoie en Italie, qui font en tout six cens lances.

L'abhé de Sainct-Salutz est parti de Paris; mais l'on ne scet, à la vérité, s'il est allé en Flandres, ou Angleterre ou Italie, pour ce que son partement a esté si secret, qui ne s'est sceu de six jours après; et où qu'il soit allé, vostre majesté face prandre garde sur luy : car il est du tout à la dévotion de ceulx de par deçà et du cardinal Caraffa.

Le véaige du roy de France en Lorenne est résolu; mais l'on ne

1 Philibert de Marsilly, seigneur de Si- chise et sa loyauté. En i55y il fut nommé pierre ou Cipierre, aussi distingué par sa gouverneur du duc d'Orléans, depuis bravoure et ses lumières que par sa fran- Charles IX. «

scet si se sera tost ou tard, comme j'entendz, après cest Saint-Michel,

ou en l'hivers, ce que Ton poura descouvrir avec le temps.

Les Françoys publient que vostre majesté a accordé en dot à la fille du sieur duc de Florence1, en faveur du mariaige d'entre elle et le filz du sieur duc Octavio, Testât de Sennes, qu'accroist le resentement ilz ont de l'accord faict par ledict duc Octavio avec vostre majesté; et est jà bruict par deçà que Ton osterà au cardinal Farnese les bénéfices qui tient en France , et qu'il ne retournera à Rome du vivant du pape à présent.

FRANÇOIS BONVALOT

A CLAUDE DE VERGY

(Mémoires de Granvelle, V, 122-123. )

[Besançon] 10 septembre 1 556.

Monsr, je receuz hier de monsr d'Arras, mon nepveur, les lectres que présentement je vous envoyé, ausquelles j'ay joinct l'extraict d'ung article de celles qu'il me escript, qui sont, comme il le mande, de postérieure datte des vostres. Par ledit article vous entendrez les termes où se retreuvent les affaires de ce pays, et qu'il est nécessaire que l'on prévienne messrs des Lighes, lesqueulx, comme je pense, ne vouldront, non plus que du passé, estenter2, ou du moingz entreprendre ce que, suyvant les brisées du temps passé, l'on leur vouldroit suader quant à l'envahissement et repartement de ce païs, tant en considération de la lighe héréditaire, aux conditions de laquelle

' Lucrèce de Médîcis. Elle épousa, en rare deux ans auparavant. — a ( Atteni56o, Alphonse II, devenu, duc de Fer- ter?) — 3 Partage.

nous avons tousjours satisfaict, que pour avoir eulx-mesmes procuré la neutralité pour cinq ans. Et ne peult tarder que le roy de France ne se déclaire quant à l'observance d'icelle , s'il est vray ce que l'ambassadeur Renard en a escript, puisque de la part du roy nostre sire luy a esté envoyée sa déclaration; sy est-ce qu'il ne fault s'endormir et laisser abuser. A ceste cause, monsr de Thoraise etmoy avons incontinent envoyé devers celluy que vous sçavez estre nommé Tamy, duquel nous aurons bientost response, et confions qu'il continuera le bon office dont il a tousjours usé en faveur de ce pays. J'ay aussy incontinent, interrogé monsrl de* Vaulcluse , quy vient naguères de Berne , s'il avoit quelque cbose assenty de l'emprinse avantdicte, et m'a dict que non et qu'il ne pense point qu'il en soit nouvelles. Son cousin, Antoyne de Diesbach , est arrivé en ce lieu pour aller devers vous et monsr d'Aultrey; de luy en pourrez-vous , monsr, assentir quelque cbose. Et pour satisfaire de ma part au surplus de l'article des lectres dudict Sr d'Arras, de vous advertir de ce qu'il me semble se debvoir faire, c'est, soubz vostre meilleur advis et des seigneurs esqueulx vous en communiquerez , d'encbarger monsr de Dissey d'assentir au voyage qu'il doibt faire aux Ligbes s'il sera question de ceste emprinse, et qu'il use discrètement de remonstrances conformes à ce que contient ledict article , sans démonstrer que nous soyons en trop grande craincte, ny que l'on les recherche trop ardemment en plus estroicte alliance; mais seullement par doulceur, afin qu'ilz ne faissent eulx-mesmes le cas plus dangereux qu'il n'est, pour enchérir la marchandise; joinct que l'on les pourroit adviser de ce à quoy ils ne pensent pas présentement. Si toutesfois, par ce que ledict Sr de Dissey treuvera, estant sur le lieu, ou par la responce que monsr de Thoraise et moy actendons, l'on congnoist qu'il faille parler plus ouvertement, l'on le pourra faire, et advertir diligemment ledict Sr de Dissey de ladicte responce : en quel cas, monsr, il vous plaira prendre garde, et recommander expressément que ledict amy ne soit descouvert, lequel, comme je tiens vous avez par cy-devant sceu,

1 (Le prieur )

a esté grandement suspitioné et travaillé des siens pour ceste occasion. Et de vray ses bonnes œuvres ont passé au sceu de trop de gens, qu'a esté la cause de l'ennuyt qu'il en a cuidé souffrir.

Pourtant vous supplie-je, monsr, que ceci demeure à vous seul, et je nefanldray vous donner incontinent advis de ce que j'entendray; et si vous treuvez bon d'escripre au sieur Claude Francliet, de Ponterlier, qu'il faise ung tour aux Lighes, soubz couleur de quelque aultre négotiation, pour descouvrir ce qu'il pourra, m'envoyant voz lectres, je les luy adresseray et manderay les moyens qu'il debvra tenir. Il a très-bonne cognoissance^iusdites Lighes et beaucoup d'amys. Pleust à Dieu que mon nepveur, monsr de Chastelroillault, fût au pays! Il pourroit en ceste conjuncture faire notable service

CLAUDE DE YERGY

A FRANÇOIS BONVALOT

(Mémoires de Granvelle, V, 1 35. )

Champlitte, 10 septembre 1 556-

Mons1, j'ay, ses jours passez, receu des lectres du trésourier de Salins \ avec la coppie du translat des lettres escriptes à Franchet par messrs de Berne, queje vous envoyé joincte à cestes2, contenant que la dielte, qu'estoit assignée au xxe du présent, est remise au xie d'octobre, que me fait présumer que noz voisins y pouroyent avoir mis la main. Il est bruict quilz font entreprinse du coustel d'Escosse; il fait à craindre qu'ilz ne veullent aller d'ung aultre coustel. J'ay

1 Bonnet-Jacquemet , mori en i58o. dans les Mémoires de Granvelle, V, 187. (Voir ci-devant , page 355.) Sa leltre à 5 Elles sont datées du 3i août.

M. de Vergy, du 6 de septembre , se trouve

entendu que ses princes de France1 sont àNanssy, et présume Tonque s'eut pour encheminer la venue du roy de France. Toutes ses choses nous doibvent tenir en doubte; et vous prye rn'envoyerbien amplement vostre advis sur le voiaige de monsr de Discey, pour elîectuer la charge qu'il a de leurs majestez devers messrs des Lignes, nonobstant ladicte continuación , pour adviser avec les ambassadeurs de Millan et de Ferrette quilz sont ordinaire, sur le fait de sadicte charge, et peser s'il sera bon de anticiper ladicte diette, et que ledict trésourier et monsr de Romain2 allassent avec ledict Sr de Discey pourter la gracieuse recongnoissance, et faire tout ce qu'il semblera convenir de la part du pays, bien et seurté d'icelluy. J'ay fait le mesme advertissement à monsr de Baulme. J'espère que tous deux pèserez les affaires ainsi qu'il vous semblera estre requis pour le service de leursdictes majestez, bien et repoz du pays. Et me recommandant, etc. De Champlite, ce xe septembre i556.

Le tout à vous faire servyce et bon amy. C. DE VERGY.

CLAUDE DE VERGY

A FRANÇOIS BONVALOT

(Mémoires de Granvelle, V, 139.)

Champlitte, 12 septembre 1 556.

Monsr, je reçut hier, environ les six heures du soir, voz lectres , ensemble celles de M. d'Arras et l'extraict de l'article de celles qu'il

1 Ou plutôt de Lorraine, de la maison main , docteur en droit et conseiller au de Guise. parlement de Dole. En 1 56 1 il fut nommé

5 Charles Granrljean , seigneur de Ro- membre du conseil privé des Pays-Bas.

vous a escriptes y joinct; et m'a esté plaisir d'avoir entendu des nouvelles dudictS1- d'Arras, pour ce qu'il y a long-temps que je n'en avoie heu, et sy luy ay escript trois ou quatre fois. C'est grand déplaisir pour ce pays icy de ce qu'il a laissé la congnoissance des affaires d'icelluy : car il n'y a personnaige à l'entourt du roy qui les sceut mieulx entendre que luy, y ayant le debvoir et l'affection, comme je tiens il se congnoistra cy-après.

C'est tousjours bien de ce que sa majesté royalle a jà envoyé à l'ambassadeur Piegnard la ratiffication de l'observance de la neutralité \ et ne pcult guère tarder que le roy de France ne se déclaire quant à l'observance d'icelle. Si est-ce qu'il ne fault délaisser, suyvant vostre bon advis, d'envoyer devers messrs des Lighes, pour effectuer le contenu de vosdictes lectres. Quant au personnaige, je tiendray main d'ensuyr ce que m'en escripvez; car il n'y auroit propos, pour avoir bien fait, qu'il en receut desplaisir et dommaige, de quoy il me déplairoit grandement. J'escript à Franchet pour se treuver devers vous, pour luy dresser les moyens qu'il debvra tenir au voiaige des Lighes, et suis bien de vostre advis qu'il voise là faire ung tourt, que me semble ne sera sans fruict. Il est bien mal à propos de ce que monsr de Chasteauroillauld n'est au pays; il pourroit en cest affaire beaulcop plus qu'un aultre, que n'entendroit lesdictes affaires si bien que luy, les ayant dès si longtemps négociez,

Je tiens qu'avez receu les lectres que je vous ay escriptes, et pense que m'envoyrés sur le contenu d'icelles votre bon advis. J'ay escript de mesme à messrs de Baulme et de Rye , et après avoir receu leur advis, je vous feray l'entendre incontinant. Quant ledict Sr de Chasteauroillauld passa icy, allant à la court, j'escriptviz à monsr de Challant 2 pour soliciter vers monsr le duc sa dépesche et brief re-

1 (Des deux Bourgogne.) qui l'employa dans plusieurs négociations

2 René, comte de Challant, seigneur importantes. Quoique marié quatre fois, deValanginetde Bauffremont,fds de Phi- il ne laissa que deux filles de Mancie de libert de Challant et de Louise, dame de Bragance, sa seconde femme , et mourut Valangin, était sujet du duc de Savoie, en i565.

tourt Ce seroit plaisir qu'il fust icy pour les raisons que savez.

Le surplus sera me recommander, etc. De Champiite, ce xne septembre i 556.

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