‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 19 sur 127 · MARIE, REINE DE HONGRIE · texte numérisé non relu

MARIE, REINE DE HONGRIE

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, III, 180.)

Bruxelles, 8 octobre [ 1 553 ].

Marie, par la grâce de Dieu, royne douaigière d'Hongrie, etc. Très-chier et bien amé : Nous respondrons aux lettres communes

Ou Sarck, située proche des côtes de mands. Cette petite île n'a jamais offert la Normandie, récemment prise par les Fia- moindre importance.

DU CARDINAL DE GRANVELLE. 121 que vous et voz collègues nous avez escript joinctement, s'adressant icelle à vous seul, présupposant que, avant que ceste arrivera, ilz pourroient estre en chemin pour leur retour; et avons fait rapport à l'empereur monseigneur, de ce que vosdictes lettres contiennent du discours que vous a fait l'ambassadeur de Venize1, fondé sur ce que le roy de France attire si souvent le Turcq en la chrestienté, dont la plus grand part des potentatz de l'Italie, et signamment ladicte seigneurie de Venize, tumbent en fraiz excessifz pour le peu d'asseurance qu'ilz peuvent prendre dudict Turcq, quoy qu'il soit de la conjonction qu'il a avec France. Et si les choses estoient par lesdicts potentatz bien entendues, et qu'ilz prinssent les choses par le boult qu'il conviendroit à leur propre bien, ilz auroient grande cause de monstrer ressentement contre ledict roy de France , voire et de se colliguer allencontre de luy; mais vous sçavez les craintes qu'ilz ont de la grandeur de l'ung ou l'autre de ces deux princes, et soing de balancer leur povoir. Et toutesfois ne sera y que bien , de quant l'occasion s'adonnera, de diviser avec ledict ambassadeur, le confermer tout ce que pourrez en l'opinion qu'il démonstre avoir, l'imprimant mal, austant qu'il sera possible, du roy de France et de ses actions, puisque il y a tant de cause, et que l'office que, en conformité de ce, il pourra faire à Venize, pourroit facillement envers aucuns faire impression; et ne sceit-on si le ressentement les pourroit attraire à faire ce que la raison vouldroit, s'ilz donnoient lieu2 à icelle

Incontinent que entendismes par vosdictes lettres que la royne auroit grand contentement, si, pour son coronnement et festins qui s'en ensuivront, elle povoit recouvrer venaison de sangler pour estre chose rare par delà et que plaît au goût de ladicte dame, nous escripvismes au lieutenant de la vénerie en Flandres , afin de en toute diligence chasser, avec exprès commandement de luy-mesmes porter en Angleterre et présenter de nostre part à ladicte royne ce qu'il

prendroit A tant, etc. De Bruxelles, le vme d'octobre.

MARIE

1 Jean Micheli. 3 (Accès.)

PAPIERS D'ÉTAT. IV l6

L'EMPEREUR

\ L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, 111,57-58.)

Bruxelles, i o octobre 1 553.

Chier et féal : Nous avons receu voz lettres du ve du présent, et par icelles veu au long le discours que faictes des divises qu'ont passé entre millort Paget et vous, et les causes qui vous ont rneu d'entrer avec luy en divises sur le fait du mariage. Et par ce qu'a passé entre vous, l'on peult conjecturer, que ne treuvant luy-même que ung personnaige seul en Angleterre dont l'on peut parler pour ledit mariage, et n'estant encoires icelluy de telle satisfaction qu'il n'y treuve à redire, qu'il ne dégoùteroit du tout estrangier ; et mesme vous ayant si particulièrement parlé de trois et déziffré ce qu'ilz jugent des condicions d'ung chacun d'iceulx, et ce que contient la fin de voz lettres des propoz que ledict Paget vous a tenu , et mesmement du prince nostre lìlz, donne quelque conjecture que peult-estre ne treuveroit-il mauvais que l'on leur en parla. Et puisque le temps dois l'advénement de ladicte royne à la coronne a jà beaucop courru, et qu'ilz démonstrent s'esbahir de ce que jusques à oyres n'ayons fait tenir propoz à la royne de mariage , le treuvant tant plus estrange pour congnoistre la confiance que ladicte dame a de nous; et jugeant qu'il soit plus que requis qu'elle ne perde plus de temps , ce qu'il emporte qu'elle laisse postérité, et davantaige qu'elle aye quelc'un qui l'assiste en ses affaires : tout ce nous fait penser, avec ce que, par voz lettres communes, nous congnoissons que l'acte de

la coronación a passé si paisiblement, d'entrer, le plus tôt que faire se pourra , avec ladicte royne en communicacion sur le point de sondict mariage, conforme à ce que, dois Valenciennes, vous avons derrièrement escript, sur le fondement des lettres de crédence que à cest effect vous envoyâmes lors, escriptes de nostre main. Et nous présupposons que vous pourrez dores en avant mieulx avoir le moyen, s'estant achevé le coronement, d'avoir audience avec commodité de ladicte royne, et que vous demeurerez quiete de la difficulté en quoy vous estiés pour la présence de voz collègues, qui, comme tenons , seront jà partiz , et signamment puisque par ce que vous escripvismes hier, ilz auroient congneu que nous présupposons que, sans autre nouvelle ordonnance de nous, ilz se seront licenciez et partiz, actendu que le plus long séjour qu'ilz ont fait là estoit fondé sur actendre le coronement, comme ladicte royne l'avoit désiré.

Et sera requis que , entrant en la susdicte négociation avec ladicte dame, vous faictes en préalable les excuses de la ddacion entrevenue en ladicte négociation , pour le respect que avez tenu aux empeschemens que ladicte royne a eu à sa coronation, qui vraysemblablement ne luy eussent donné le moyen de vous povoir ouyr appart et confidamment; et dois là poursuivrez ladicte négociation conforme précisément à noz susdictes lettres. Et après sera requis que vous luy dictes playnement et distinctement ce que vous avez passé avec ledict Paget, afin que , si elle n'avoit la confiance de luy telle qu'il convient pour adviser, selon nozdictes lettres, sur les moyens, vous rabillez par son advis la faulte que pourroit estre entrevenue a estre passé trop avant avec luy, si ainsi luy plaisoit et sembloit que faulte y eust. Et si elle le treuve tel que en cecy il luy semble se devoir servir de luy, pour contrepeser les desseings que l'évesque de Wincestre a pour Cortenay, vous userez en ce cas, en l'endroit dudict Paget, des termes que ladicte royne treuvera bon : tenant grand regard à luy oster dextrement l'opinion qu'il pourroit avoir conceu que vous ne traictez confidamment avec luy, luy ayant

si absolutement nyé la commission que vous avez de nous pour traicter avec ladicte royne sur le point dudict mariage; fondant vostre excuse sur ce qu'il ne vous convenoit en faire declaración sans préalablement en parler à ladicte royne et sçavoir son bon plésir, ou sur ce qu'il vous semblera plus convenir, selon que les divises se pourront adonner; tenant fin de faire cesser toute opinion qu'il pourra prendre de diffidence, afin que par icelle il ne se reboute de la bonne volente qu'il pourroit avoir à l'encheminement que l'on prétend.

Aussi direz-vous à ladicte royne que, ensuyvant l'advis dudict Paget, nous luy escripvons la lettre que vous envoyons avec ceste, et celle de crédence sur vous pour les seigneurs et conseilliers qu'il vous a dénommez, et aucunes en blanc que vous pourrez superscripre , soit pour millort Warden ou autres encores , envers lesquelz il pourroit sembler à ladicte dame qu'il conviendroit de faire quelque office de nostre part, pour faciliter la besoingne en cas qu'elle encuna au party de nostredict ñlz. Et luy direz que comme nous ne sçavons quelle sera sa volente, nous luy faisons le tout proposer conlidamment, vous envoyant toutes les lettres susdictes avec charge expresse de luy communiquer le tout, pour vous servir de ce qu'il luy semblera selon la fin à laquelle elle vouldra prétendre, et comme mieulx elle jugera convenir à son propre bien, qu'est le principal de nostre intención , comme congnoissons devoir à la confiance qu'elle tient de nous; et va la lettre, que à présent vous envoyons pour elle, si générale, afin que, sur la crédence contenue au bout d'icelle, vous luy puissiés dire, en présence de ceulx de son conseil, s'il est requis, ce que par ensemble adviserez estre plus à propoz.

Et jusqu'à ce que nous entendions quelle responso elle vous aura donné, et ce que aurez pu descouvrir de Testât ouquel se trouvera la negociación, après ceste première diligence faicte, il seroit impossible que vous puissions plus particulièrement advertir des moyens et condicions que de nostre part vous devriez proposer;

Dû CARDINAL DE GRANVELLE. 125

mais bien est-y requis que nous advertissez de vostre besoingné en la plus grande diligence qu'il vous sera possible, et que tenez soing de ainsi le faire de temps à autre , puisque sçavez combien emporte à négociation de ceste qualité sçavoir de moment à autre ce que passe; et pour vous donner meilleur moyen d'y satisfaire, nous vous envoyons deux courriers, et, selon que les despescherez, vous en envoyerons des autres. Et à tant, etc. De Bruxelles, le Xe d'octobre i553.

El plus bas :

CHARLES

BAVE

L'EMPEREUR

A MARIE, REINE D'ANGLETERRE

(Ambassades de Renard, III, 61.)

Bruxelles, 10 octobre i553.

Très-haulte, etc. Nous avons entendu avec très-grand et singulier plésir, par lettres de noz ambassadeurs, l'heureux succès de vostre coronation et la grande démonstration d'esjoyssement que tous voz subjectz, tant seigneurs que autres, en ont demonstré, et que jà avyez donné commencement à tenir le parlement, pour adviser sur les affaires concernans la bonne conduite et administration duroyaulme; et louhons grandement le soin si particulier que vous en tenez. Et pour austant que nous jugeons que l'ung des plus grands biens que pourroit advenir audict royaulme seroit que vous délaissiés de vous postérité que vous peut succéder, quoy qu'il soit

de la délibération que cy-devant vous pourriez avoir faicte avant que vinssiez à la coronne; nous ne povons délaisser de vous dire, pour l'affection plus que fraternelle que vous portons, qu'il est plus que requis que vous regardez de prendre quelque party qui vous soit convenable et à propoz du bien du royaulme, et que le plus tost que y pourrez prendre determinación sera pour tous respectz le meilleur. Et n'eussions tant différé de le vous ramentevoir, ne fût esté qu il nous a semblé que avyés assez à faire à establir, pour le commencement, vostre règne, et pourveoir aux choses requises pour vostre coronation , oultre ce que nous tenyons pour certain que ceulx propres de vostre conseil ne délaisseroient de vous en faire quelque instance. Et pour austant qu'avons enchargé à nostre ambassadeur vous parler sur ce point plus particulièrement, vous priant le croire comme nous-mesmes, ne ferons ceste plus prolixe. A tant, etc. De Bruxelles, le xe d'octobre i553.

CHARLES

L'EMPEREUR

A MILORD PAGET l.

Ambassades de Renard, III, 59.)

Bruxelles, 10 octobre 1 553.

Très-chier et bien amé : Nous avons entendu les divises que, familièrement et privément, ont passé entre vous et nostre ambassadeur touchant la royne , notre bonne seur et cousine, et nous a

Indépendamment de cette lettre, il et au même personnage {ibid. P 62 peonen existe une seconde sous la même date eue dans les termes de celle qui va suivre.

esté singulier plésir d'entendre la bonne affection que portez à icelle et au royaulme d'Angleterre, et aussi à nous. Et pour austant que avons donné charge à nostredict ambassadeur vous dire aulcunes choses de nostre part, nous vous prions le vouloir croire, et tenu pour certain que nous recognoistrons tousjours vostre bonne volente et affection en ce que l'occasion donnera le moien. A tant, etc. De Bruxelles, le xe d'octobre 1 553.

CHARLES

Et plus bas :

BAVE

L'EMPEREUR

A L'ÉVÊQUE DE WYNCESTER.

(Ambassades de Renard , III , 63.)

Bruxelles, i o octobre i553.

Très-révérend père en Dieu , très-chier et bien amé : Aiant enchargé à notre ambassadeur de dire aulcunes choses à la royne d'Angleterre , madame notre bonne seur et cousine , que nous jugeons convenir au bien, repoz et bonne administration du royaulme, congnoissant le crédit qu'avez emprès d'elle et confiance qu'elle tient de vous, et le lieu si principal que selon voz mérites et qualitez vous y tenez, vous aiant aussi de si longtemps cogneu et treuvé tousjours affectionné en nostre endroit, nous luy avons enchargé de vous en taire part , vous pryant le croire corne feriez à nous-mesme , et de tenir pour certain que nous treuverez tousjours très-affectionné en vostre

endroit, et que nous estimons le service que faictes à la royne et à son royaulme comme si c'estoit à nous-mesme , pour tenir l'ung et l'autre en égal respect. A tant, etc.

L'AMBASSADEUR RENARD

A MARIE, REINE D'ANGLETERRE

(Ambassades de Renard, III, 64-65.)

Londres, n octobre 1 553.

Présupposant que vostre majesté soit inclinée à mariaige,

pour le bien publicque, pour avoir postérité et continuer la succession de la coronne en la vray ligne directe et royale, l'on discourt quelle alliance ou parti se pourra choisir, soit oudict royaulme ou estrangier, qui sera propre et convenable et aggréable.

Et en cecy l'intention et inclination de vostre majesté est la principale, laquelle l'on confie ceulx de son conseil et aultres quilz désirent sa grandeur, repoz et assurance suyvront et accommoderont, et n'y aura contrariété ou répugnance quant Ion entendra sa volunté , soit en estrangier ou aulcun du pays et royaulme.

L'on pourra mectre difficulté en estrangier, pour ce que le peuple d'Angleterre natural ment abhorrit et hait les estrangiers.

Item, que les subjectz craindront que ung prince estrangier ne veulle changer les loix, coustumes et police du pays.

Item, les conseilliers du royaume craindront que estrangiers ne voulsît entremectre ou conseil du pays estrangiers et prandre auctorité.

Item, aulcungs particuliers quy ont crédit devers vostre majesté pourront craindre que leur crédit ne soit diminué.

Pour à quoy respondre et soldre îes difficultez, il convient peser Testât où le royaulme d'Angleterre se retreuve et les affaires de vostre majesté, laquelle a quatre ennemys certains et descouvertz : les hérétiques et scismatiques, les rebelles et adhérans au duc de Nortumberlant , le roy de France et d'Escosse et madame Elisabet, quilz ne cessent et ne cesseront de troubler l'establissement et quiétude du royaulme et de vostre majesté , selon les évidentes et notoires démonstrations que se voient, et espieront le temps et l'heure pour exécuter leurs voluntez : tellement que est nécessaire vostre majesté ayt tousjours en représentation ses quatre adversaires pour s'en garder et prémunir.

Item, vostre majesté scet les humeurs des Angloys et leurs voluntez estre fort discordantes , désireux de nouvelleté , de mutation et vindicatifz, soit pour estre insulaires, ou pour tenir ce naturel de la marine, ou pour en estre les meurs corrompuz; et que les roys du passé ont esté forcés de traicter en rigueur de justice et effusion de sang, par l'exécution de plusieurs du royaulme, voire du sang royal, pour s'asseurer et maintenir leur royaulme, dont ilz ont acquis le renom de tyrans et cruelz.

Item, vostre majesté pèsera que se que l'on dit les estrangiers estre haïz provient d'un peuple inconsidéré, et s'entend d'estrangiers mécaniques, non d'un prince qui fust appelé pour autorizer une si grande alliance que celle de vostre majesté, et duquel l'on ne puisse espérer sinon utilité publicque ou particulière, paix, repoz et tranquillité des subjectz, conservation des bons, assurance de vostre majesté, et pour accroistre la coronne d'Angleterre; non qui veulle changer les loix, sinon restituer et entretenir la vray liberté du pays, sans par luy ou ses serviteurs faire entremise en l'administration du royaulme que par le consentement et vouloir de vostre majesté et du conseil, et sans obliger le royaulme en chose quelconque pour le présent ne advenir, et sans soffrir que estrangier ayt office ny bénéfice ou pays; et ou lieu que les conseilliez gréveroient leurs particuliers, leur accroistre et confermer leur autorité, pourveu qu'ilz

soient loyaulx à votre majesté, et que ce soit prince duquel l'on puisse prandre seurté, fidélité et assurance par traicté et conditions sûres, et que ce soit prince affectionné et amy du pays et duquel le royaulme ayt la confiance.

Et en cecy convient peser, que quant le prince estrangier n'auroit pouvoir, crédit ou autorité, et dont l'on ne peut veoir l'évident prouffit et utilité pour le présent et advenir, ce seroit pour mescontenter le peuple, qui jugeroit l'alliance povre, désaccréditée, et n'auroit respecta luy, non plus que au meindre du pays, et diroit que « solum servirei conjugio , non reipublicae. »

Item, est convenable considérer que le prince soit prince qui entretienne la noblesse , que eust moyen de soy-mesmes de l'enrichir, de l'advancer, et de, à son exemple, l'instituer es actes de noblesse, armes, et bonnes et honnestes meurs.

Item , que le prince soit tel , que non-seulement la défense du royaulme soit certaine, ains qu'elle puisse recouvrer et poursuyr les justes actions de la coronne.

Item , l'on pèsera l'aliance que le royaulme d'Escosse a prins avec France ne tendre à aultre fin, sinon que, comme France et Escosse sont anciens ennemis de la coronne, avec la conjuncture usurper ce royaulme; et si vostre majesté a veu comme les Françoys ont prac. tiqué le duc de Nortumberlant, pour avoir ce royaulme pour en exclure vostre majesté et luy procurer tous les inconvéniens scandaleux que l'on sçauroit excogiter, qu'ilz font encoires secrètement.

Item, comme vostre majesté a principal regard à la religion, s'est le seul chemin pour y parvenir que de prendre alliance correspondante.

Item, pour ce que vostre majesté pourroit désirer eaige meur que ne se treuveroit es princes, ne n'auriez qu'ilz se pourroient choisir pour l'alliance : en ce vostre majesté pèsera que est mieulx prendre la médiocrité que trop hault eaige, pour avoir enffans et postérité; qu'est le second fondement pour lequel vostre majesté se incliné à alliance. Caries désirans de cinquante ans, vostre majesté

scet les eaiges estre déclinez et l'homme eslre viez quant il passe cinquante ans, et peu de gens parvenir audit eaige, soit par l'intempérance ou aultre naturelle disposition ; et prenant un mary viez, les enfans se délaisseront en bas eaige, quilz tumberont en maint hazard, comme le feu roy Edouard; [mais] en prenant prince de médiocre eaige, qui approuche trente ans, il ne peut estre dit ny jeusne ny viez, et dont l'on pourra avoir espoir que les enfans seront norriz et adultz quant la déclination des parens viendra.

Vostre majesté ne se arresterà sur le dire particulier ou rapport que plusieurs luy pourront faire, ains pèsera l'affection de celluy qui luy parlera; car il est vraysemblable que plusieurs en tiendront propoz selon leur inclination, sans respecter la satisfaction de vostre majesté, l'utilité publicque et seurté de vostre majesté. Et comm' il n'y a personnaige ou royaulme qui puisse estre choisi pour ladicte alliance, vostre majesté considérera s'il est convenable qu'elle se marie à un sien vassal qui n'aura crédit, auctorité, pouvoir, assistance, moien, [elle] qui n'a veu ny sceu que s'est du monde, pour avoir esté norrie en servitude et n'estre jamais sortie d'Angleterre; duquel le royaulme ne peut attendre proufïit ou advancement, et meins vostre majesté se peult confier qu'il doige respondre à l'expectation que l'on pouroit prandre de luy, et sera i'effect de l'alliance simple mariaige, et dont vostre majesté sera peu autorizé, et dont le conseil peult prandre la mesme crainte que d'estrangier, ou plus grande.

Et pourra vostre majesté tirer de ce sommaire le pro et contra, pour s'en aider en ce que luy semblera, la suppliant très-humblement le prandre de bonne part et le tenir secret comm' il convient.

L'EMPEREUR

A SIMON RENARD, SON AMBASSADEUR EN ANGLETERRE

(Ambassades de Renard, III, 60.)

Bruxelles, i5 octobre 1 553.

L'empereur et roy.

Chier et féal : Nous avons receu voz lettres du xne du présent, et par icelles entendu ce qu'avez passé avec la royne, madame nostre bonne seur et cousine, touchant le mariage; et [pour austant] que la resolución vient tumber au mesme [de la] communicacion que vous avez tenue [avec millord] Paget, et que desjà vous y avons [sur ce envoyé] les lettres de crédence pour ladicte royne et ceux qui vous sont esté dénommez par [ledict] Paget, en blanc, que nous présupposons seront jà [arrivéez], et lesquelles vous n'avez receu sitost [pour ce] que, à ce qu'avons entendu, les courriers [qui vous] pourtoient ladicte despeche sont esté détenuz [pour quelque] temps à Calaix; il nous a semblé comme qu'il [soit] vous devoir escripre ces deux motz, afin [que ne] demeurissiés en suspens, et que si desjà [vous] n'eussiés délivré lesdictes lettres à ladicte royne et [parlé] à elle en conformité de nosdictes secondes lettres, ce que pensons toutesfois aurez fait, que le fésiez incontinent et les offices sur lesdictes lettres de crédence, telz qu'elle jugera plus convenir. Vous servant, pour la persuader, des argumens contenuz en nos premières lettres et desdictes dernières, selon que verrez la conjuncture des [temps] et la négociation le povoir adonner; et ne vous povons donner plus particulière règle [sur ce], que n'ayons veu ce que enfin résultera d'icelle] négociation, et l'apparence qu'il y aura de ce que

[s'] en debvra actendre. Et comme il nous emporte grandement pour tous bons respectz de l'entendre, vous nous ferez service agréable d'y user de diligence; et si remectrons [nostre] response sur voz lettres du xe, tant toucbant l'isle de Sercq que autres points desquelz avez négocié avec ladicte royne, aune autre occasion, que sera le plus tost que fère se pourra. A tant, etc. De Bruxelles, ce xvc d'octobre i 553.

Conlre-signé :

CHARLES

BAVE

LEVEQUE D'ARRAS

A SIMON RENARD, AMBASSADEUR EN ANGLETERRE. (Ambassades de Renard, III, 66.)

Bruxelles, i5 octobre 1 553.

Monsieur l'ambassadeur : Oultre ce que l'empereur vous escript, comme vous verrez, il m'a commandé de à part, et au desceu de la royne de Hongrie et de Praet, vous advertir qu'il désire que vous vous servez de tous les argumentz contenuz aux deux lettres, pour veoir s'il y auroit apparence de conduyre le mariaige pour le prince; et au deffault de ce, si vous véez que l'on eust par delà plus d'inclination à Cortenay, usez très-grande diligence pour, sans en faire semblant à aultre qui que ce soit, m'en advertir afin que l'on se conduyse selon ce. Car, comme vous sçavez que de Portugal l'on envoyé par delà ung ambassadeur, celluy qu'est icy faict fort vive instance pour avoir faveur de sa majesté, et l'on l'entretient le mieulx

que l'on peult, pour veoir ce que succédera de vostre négociation, afin que l'ung n'empesche l'aultre. Et gardez-vous bien de parler chose que soit préjudiciable contre ledict Gortenay; car n'y parvenant ledict prince , peult-estre n'y auroit-il aultre pour qui l'empereur voulsît plus faire : mais ne faictes nul office exprès pour luy que , après avoir adverty de ce que résultera de vostre besongné , sa majesté vous face encharger sur ce point ce qu'elle résouldra que vous y doibgiez faire. Et à tant, etc. De Bruxelles, ce xve d'octobre i553.

Vostre bon confrère et amy, L'ÉVESQUE D'ARRAS.

L'AMBASSADEUR RENARD

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