A LA REINE DOUAIRIÈRE DE HONGRIE
(Ambassades de Renard, III, 323.)
[Londres] 21 octobre 1 553.
Madame, Adriani Croie, qui surprint l'isle du Sercq, aiant icy long temps séjourné, attendant la responce et résolution de sa majesté sur ce que lui avons escript, et entendant que sa majesté n'en sçauroit tirer grande commodité, ains plustôt fraiz et dépens, s'est parti de ce lieu assez mal content; et, avant que partir, il a vendu l'artillerie et munition que treuva en ladicte isle à ung Angloys demeurant en l'isle de Godreney1, et ne sçavons encoires que aura faict de ladicte isle, si aura desmoli le fort, si l'aura abandonné, ou
' (Guernesey?)
s'il en auroit traicté suspectement avec aulcungs Françoys quilz le chevaloient1 par deçà; combien que luy aions défendu de non le faire, luy promectant que desmolisant le fort, l'on le feroit soubz main récompenser, tant d'une pièce d'argent que par ung conger que l'on luy feroit avoir de tirer de ce peys troys ou quatre cens tonneaulx de cervoise. Et en attends la certaine nouvelle dont je feray part à vostre majesté.
Le Sr de Tremessan arriva en ce lieu, il y a passez huict jours, qui fit présent à la royne d'Angleterre d'un sanglier de six ans, d'assez bonne venaison, que ladicte dame vist très-voluntiers , et l'a enchargé faire ses remertiations et recommendations très-affectueuses à vostre majesté, com'il fera à son retour.
Madame, divisant ces jours passez avec l'ambassadeur de Venize, je fiz l'office que m'a commandé vostre majesté par ses dernières; mais, pour avoir tant à cueur que ladicte dame ne se marie à son alteze, il obliera tous offices concernans le publicque de la chrestienté pour seconder les practiques particulières des Françoys sur ce poinct et les promouvoir; tant ont ces Vénitiens leur particulier en recommandation qui postposent le publicque, qu'est respect calamiteux et intérassable audict publicque.
L'on a publié par deçà vostre majesté debvoir partir de brefz pour aller en Allemaigne, pour les effectz comprins es lectres que vont avec cestes, adressez à l'empereur, comme vostre majesté verra
1 Pressaient.
L'EMPEREUR
A SIMON RENARD, SON AMBASSADEUR EN ANGLETERRE
(Ambassades de Renard, III, 68.)
Bruxelles, 27 octobre 1 553.
Chier et féal : Ceste sera pour vous respondre sur ce que vous avez passé avec eeulx du conseil d'Angleterre touchant l'isle de Sercq, en conformité de ce que aussi l'on en a dict icy à l'ambassadeur dudict Angleterre, qu'est défaire entendre ausdicts du conseil que l'affection que nous portons à la royne d'Angleterre, madame nostre bonne seur et cousine, est telle que nous désirons, en tout ce qui nous est possible, accommoder ses affaires, et que en cecy mesmes le peultelle veoir du soing qu'avons tenu pour éviter que Adrien Croie n'abandonna ladicte isle que préalablement l'on ne sceût de ladicte dame et de sondict conseil si c'est chose dont elle se peut accommoder; et mesmes pour rompre les fins et desseings que les François peuvent avoir eu all' encontre le royaulme d'Angleterre, lorsqu'ilz se déterminarent de la fortiffier, qu'est vraysemblable la lin à laquelle ilz ont prétendu , puisque estant si esloignée de noz pays , il n'y a apparence que d'icelle puissions recevoir dommaige. Mais au regard de ce qu'il a semblé à ladicte royne et ceulx de son conseil que la démolition du fort se devoit faire après avoir serché les moyens que l'on pouvoit avoir de ce faire, nous treuvons qu'il est impossible le povoir achever de si loing, synon avec très-grande longeur de temps, grandz fraiz et hazard, actendu que plus s'avanceroit la besongne de la démolition, plus grand nombre de gens seroit requis
pour l'asseurance de ceulx qui y besongneroient, estant la France si proche que en quatre heures, par ung temps froit, ilz pourroient aborder à ladicte isle avec le nombre de gens qu'ilz jugeroient convenir, pour oultraiger ceulx qui besongneroient à ladicte démolition. Et en ceste saison la navigation est fort incertaine pour y envoier gens dois icy, et si ne se pourroit faire icelle sans l'assistance des isles d'Angleterre voisines, que donneroit la mesme cause aux François de se ressentir contre les Anglois; ny véons que y puissions faire autre chose pour accommoder ladicte dame, synon de commander bien expressément audict Croie que, pour riens du monde, il en traicte avec les François, selon les lettres que vous envoions à luy à cest effect cy-joinctes. Et reste que ladicte dame face examiner avec son conseil comme mieulx elle en pourra convenir avec luy, soit la prenant de sa main , comme chose que n'est plus en celle des François , ou faisant semblant de l'en débouter par la force , pour la probable crainte que ceulx des isles voisines peuvent avoir des dommaiges que dois là telles gens leur pourroient faire; et sur ceste coleur la démolir, ou comme mieulx en faire leur semblera convenir. Et il est apparent qu'ilz en feront moins de scrupule maintenant, puisque, à ce que l'on entend par voz dernières lettres, ilz ont jà traicté avec ledict Croie pour l'artillerie qu'il a treuvé en ladicte isle h
Les remonstrances que feites des oultraiges que les François ont fait es portz et estroictz d'Angleterre sont estez très à propoz, et désirons bien sçavoir ce qu'a esté ordonné pour le remède, en quoy nous
confions que ne obmectrez d'en tenir le soing et le solliciter A
tant, etc. De Bruxelles, le xxvne d'octobre i 553.
CHARLES
Contresigné :
BAVE
1 Elle fut reprise par Martin du Bellay- dans les premiers jours du mois de no- Langey, lieutenant de roi en Normandie, vembre.
PAPIERS D'ÉTAT. — IV. l8
L'EMPEREUR
A SIMON RENARD, SON AMBASSADEUR EN ANGLETERRE
( Ambassades de Renard , III , 70-7 1 . )
Bruxelles, 28 octobre i553.
L'empereur et roy.
Chier et féal : Ceste sera pour respondre à vostre lettre du xxin , par laquelle nous avons entendu particulièrement les persuasions dont oht usé les évesque de Wyncestre, contrerôleur et aultres nommez en vozdictes lettres, pour encliner la volente de la royne envers Cortenay, et la détorner de toute opinion qu'elle pourroit prendre de s'alier avec estrangier; et selon que l'on peult prendre conjecture de voz lettres précédantes, il est apparent que ce soit esté ung jeu jouhé par ledict évesque de Wyncestre, ayant répartv les argumens entre luy et les autres, pour plus efficacement faire cest office; et sont esté les termes très-à propoz que ladicte royne a tenuz pour copper ce chemin audict évesque, lequel, se véant descheoir de l'espoir qu'il a eu jusques à oyres de povoir conduire ceste négociation pour Cortenay, s'accommodera peult-estre à se ranger à l'oppinion des aultres , pour, en cas que l'on vînt au-dessus , non perdre le gré.
Et puisque jusques à oyres la présence de voz collègues n'a donné lieu à ce que vous soyez servy des lettres que vous sont esté envoyées, suyvant Tadvis de Paget, appreuvé depuis par ladicte royne, l'on ne peult encoires clérement veoir quel espoir l'on pourra prendre de la negociación. Bien tenons-nous pour certain que y ferez jusques au boult l'office que nous confions de vous; et le chemin
que y prent ladicte royne fondé au bien publicque du royaulme et pour le substenement d'icelluy et de son auctorité contre toutes praticques internes, et ce que l'on voit de la fin des François mectans le pied si avant au royaulme dEscosse, est à nostre advis très à propoz.
Mais, au regard de ce qu'elle vous a mis en avant qu'il seroit bien que dois icy luy envoissions les condicions et articles du mariage , vous luy pourrez remonstrer que, les tenant secrètes, elles ne serviroient de riens, et les publiant avant que destre assheuré de sa volente et de ce que lestât présent du royaulme pourra comporter, c'est cbose que tumberoit en très-grande desréputation du prince nostre filz si, par quelque boult que ce fût, la négociation ne s'acbevoit ; et est cbose plus convenable que les articles se mectent en avant de ce coustel-là, et que acceptant le party ilz dient avec quelles condicions. Bien pourrez-vous certisfier à ladicte royne et assheurer de nostre part que, pour la grande amour et affection que luy pourtons, et respect que tenons au bien de son royaulme, que nous ne ferons difficulté quelconque sur les condicions contenues en vosdictes dernières lettres du xxine, par où semble que tout le soubson que l'on pourroit prendre par delà, mesmes entre ceulx du conseil, des incommoditez qu'ilz pourroienl recevoir de ce mariage, cessera entièrement, et congnoistront évidamment que, par le moyen de ceste afiance avec les condicions susdictes, ilz auront plus grande et plus sheure part en l'administration du royaulme, que si autre, quel qu'il soit, naturel d'icelluy, parvenoit à ceste afiance.
Ce nous est singulier plésir d'entendre, par ce que contiennent vosdictes lettres, que les affaires du parlement preignent bon chemin, et est vraysemblable ce que escripvez, que la faveur que l'on y a fait audict Cortenay soit esté par negociación dudict évesque de Wyncestre , et du tout endressée à la fin qu'il tient de promovoir ledict Cortenay à la coronne, et portent avec soy, à nostre advis, les pratiques qu'il a révélez quelque umbre; et nous ferez service agréable de nous informer du succès ultérieur et de ce que l'on en descouvrira
d'avantaige : vous recommandant tousjours de tenir soing de nous advertir bien particulièrement de tous occurrans. Et sur ce que vous escripvîtes par vos pénultièmes des bravetez dont a usé le roy de France sur le point de la paix, il n'y a que dire pour maintenant, jusques à ce que, s'estant radoulcy et recongnoissant le besoing qu'il en aura, mencionné en vozdictes lettres, il vienne à parler plus doulx. Bien désirons-nous, et sera très à propoz que , s'il en fait quelque ouverture à ladicte royne , que vous tenyés la main à ce qu'elle ne le reboutte , ains qu'elle nous face advertir en quelz termes l'on luy en aura parlé, afin que, selon ce, puissions parvenir à ce que plus nous conviendra. A tant, chier et féal, etc. De Bruxelles, le xxvine d'octobre i 553.
Et plus bas :
CHARLES
BAVE