‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 22 sur 127 · CONSÉILLEB DE L'EMPEREUR ET L'UN DE SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

CONSÉILLEB DE L'EMPEREUR ET L'UN DE SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE

(Ambassades de Henard, III, 82.)

Bruxelles, 1 3 novembre 1 553.

Très-chier et bien amé: Le porteur de cestes, gentilhomme anglois, nommé Guillame Pelham , désirant se retourner en Engleterre, m'a requis luy gratifier d'ung mot de lettre que fust tesmoignaige des propoz qu'il nous a tenuz passez quatre ou cinq mois, sur les humeurs lors régnans audict royaulme; ce que ne lui avons peu refuser pour le bon vouloir que nous avons cognu en luy et l'affection qu'il a aux affaires de madame ma bonne sœur et cousine, la royne d'En gleterre, encoires au temps que les affaires, devant son arrivement à la coronne, estoient en Testât que vous sçavez. Qu'est que du vivant de feu mon bon cousin le roi Edouard, deux ou trois mois devant le décès d'icelluy, ce gentilhomme s'est présenté à nous, requerrant nous déclarer aucunes choses en secret et confidence : disant estre sorty hors du royaulme d'Engleterre avec mescontentement de ceulx du conseil dudict feu roy; ce que luy ayant accordé, me tint propoz de la conspiration que lors se tenoit au préjudice du salut, bien et honneur de madicte dame la royne, avecq déclaration des ambitions et mauvais désaings d'aucuns du conseil dudict roy, bien particulièrement et avecq démonstration de bonne volunté, dont les indices se sont par trop notifiez par après. Et en cecy me mist en avant des discours pour avoir quelque nombre de gens de sa nation à sa main, lesquelz il pourroit incontinent tenir à la soulde de l'empereur, mon

DU CARDINAL DE GRANVELLE. ìk'ó

seigneur, soubz couleur du service en ces guerres que régnent sur les frontières de France , pour les employer, selon que le tamps s'adonneroit, pour le service de madicte dame. Et le trespas dudict feu roy advenu, s'est eslargist jusques à présenter sa personne pour l'exposer en chose que peult tendre au service de madicte dame et bonne sœur, et à ceste cause se transporter en Engleterre pour s'y employer et hazarder

Mais comme en affaire de si grande importance nous ne povoyons résouldre, pour non porter plus tost dommaige aux affaires de madicte dame, combien qu'il y soit persévéré et a tousiours tenu les meismes termes, avecq démonstration de bien bonne et singulière volunté; et que il a pieu au Créateur depuys confirmer à madicte dame son bon droict du royaulme, il m'a requis de povoir faire service à sa majesté impériale en ceste présente guerre, ce que fera ay accordé et luy ay faict donner traictement honorable. En quoy il s'est très-bien acquyté et a rendu bien bon debvoir, ce que n'avons voulu laisser vous escripre, affin que avecq opportunité en puissiez faire rapport à madicte dame la royne, et donner à cognoistre à sa majesté que bon jugement tenons de luy, et que l'avons tousjours trouvé très-affectioné au bien de ses affaires. A tant, etc. De Bruxelles, le xme de novembre 1 553.

MARIE

Et plus bas :

HONTZOCHÏ.

LEVEQUE D'ARRAS

A SIMON RENARD, AMBASSADEUR EN ANGLETERRE. (Ambassades de Renard, III, 84-86.)

Bruxelles, i3 novembre i553.

Monsieur l'ambassadeur : Je respondray par ceste à voz lettres des xxvine et xxixe du mois passé, vie et vme du présent; et en préalable vous verrez par les lettres que sa majesté vous escript le contentement qu'elle a de vostre négociation, et certes avec très-grande raison; et encoires que sa majesté recongnoisse voz peines, travaulx et industrie, de mon coustel y tiendray très-voulentier la main, et le contentement que j'ay de la négociation est si grand que je vous vouldroye donner de ma part les allevrices1.

Ceste négociation a esté jusques à cette heure démeslée (comme vous scavez) , de ce coustel seullement entre nous quattre ; et comme la chose est tant advancée et qu'il y fauldra envoyer personnaiges de qualité et d'estoffe pour soustenir la reputación de la royne, et leur donner l'instruction quant à l'article quii doige satisfaire par delà, et communiquer sur le tout avec aulcungs des principaulx seigneurs de par deçà, qui sont tous absentz et retirez en leurs charges ou en leurs maisons, d'où ilz sont esté tout l'esté absentz, vous entendez assez que cecy ne se pourra si briefvement résouldre. Mais je tiendray la main à la sollicitation de la besoingne, de sorte que de brief l'on passe oultre en la négociation, laquelle certes il convient poursuyvre chauldement, comme très-bien et prudemment vous a touché millord Paget.

Je loue Dieu que les affaires de la religion ayent jusques à oires

1 Elrennes?

prins si bon chemin, qu'est à la vérité plus que je n'eusse osé espérer en si peu de temps; mais Dieu nous a voulsu (comme au surplus) monstrer ses miracles.

Le cardinal Polo avoit escript à sa majesté faisant instance afin qu'icelle trouvât bonne sa venue par deçà, nonobstant tout ce que de la part de sa majesté don Joan de Mendoça luy avoit déclairé; mais ayant congneu par voz lettres qu'il ne convient que pour maintenant il approche dadvantaige, oultre ce que l'on luy a envoyé les lettres de la royne à cest cffect, aussi luy a escript sa majesté et envoyé ung pacquet de Rome pour luy, par lequel le pape escript qu'il ne sçaura mieulx faire que de s'accommoder, quant à son allée ou sesiour, à ce que sa majesté trouvera le meilleur, par où je présuppose qu'il sera arresté ' .

Le pourtraict de monseigneur nostre prince, que Lucas2 a entre ses mains, est sur bois et grand, et se pourteroit mal aysément, encoires qu'il n'y aye que la teste; mais je suis après afin que la royne en envoyé ung qu'elle a de la main de Titiano, que j'espère sera par le premier corrier, et fauldra bien que faictes entendre à ladicte dame que, comme lapaincture est jà vieille, elle n'aura si bonne couleur que le naturel, oultre ce que pour maintenant il sera plus formé et barbu que lorsque la pourtraicture se fit

Au regard des occurrans, ou Bave ou moy, si sa majesté mesmes ne vous escript, vous advertissons de ce qui est d'importance, et ne vous en sçauroye dire dadvantaige, quant aux choses passées aux frontières, plus de ce que vous-mesme avez dit par delà; s'estans retirez les François après avoir bruslé aulcuns vilaiges avec la ville de Saint-Pol qu'estoit abandonnée, sans s'estre osé attacher à Renty, et sy firent trois cents Espagnolz, qu'estoient en une embûche, fuyr huit enseignes d'Allemans qui le gaignèrent aux piedz, et si trois

1 L'empereur craignait que ce prélat, gen, résidence de l'évêque d'Augsbourg. arrivé en Angleterre , ne mît quelque 2 Lucas de Cranach , célèbre peintre

obstacle au mariage de la reine avec le allemand et ami de Luther, mort à Wei-

prince d'Espagne. Il s'arrêta à Dillin- marie 16 octobre 1 535.

cents chevaulx des nostres se fussent treuvés près de là, lesdicts Allemans fussent estez desfaictz à plat; et Mr de Lalain ha prins bonne vengeance des François, [ayant] bruslé tout ce qu'estoit dois Saint- [ Amant] deçà la rivière de Somme, tirant vers Arthois.

Quant à ce d'Allemaigne , la liglie d'Haydelberg * s'est amplié à Hailprun et y a esté receu le roy, du consentement de sa majesté impériale ; au regard de celle que se traictoit à Tzeys en Bohême , les articles se sont conceuz que les députez ont prins pour les rapporter chacun à leurs maistres, afin de se rassembler ung aultre coup pour la conclusion; et si ces deux lignes passent avant, ce sera grand chemin pour appaiser les troubles de la Germanie et préparer chemin à la prochaine diette.

Le marquis Albert se renforce ce qu'il peult, et aussi font ses adversaires contre luy, se venant joindre le duc de Braunswich avec les évesques et citez. Et si est arrivé le mareschal de Bohême avec mil chevaulx du roy pour renforser le conte de Plaw2, qu'assiste ausdicts évesques de la part du roy; et n'est l'on parvenu jusques à oyres à conclusion de l'accord que le roy de Dannemarke et le marquis électeur3 procuroient, pour ce qu'ilz vouloient exclure le duc de Braunswich et les évesques; ce que le roy des Romains n'a voulsu consentir, mais bien que l'on fît tresves pour deux moys, y comprenant les susdicts duc et évesques, pour pendant ce temps achevée d'ajrranger le] tout; et l'on verra de brief que[l sera] le succès.

Le Sr don Fernando de Gonzaga estoit en campagne pour entrer au pays occupé de l'ennemy ou coustel de Piedmont, ouquel Dieu doint plus heureux succès à l'advenir que jusques à oyres. Le prince Doria, avec dix mille piétons et trois cents chevaulx, se treuve à présent sur l'isle de Corsica pour recouvrer ce qu'a esté perdu en ladicte

1 Conlre le marquis Albert de Bran- ì Henri, comte de Plaw, burgrave de

debourg. L'évêque de Passau représenta Misnie et chancelier de Bohême, mort

ie roi Ferdinand à l'assemblée de Heil- l'année suivante au siège de Plassenbourg.

bronn. 5 De Brandebourg.

isle et en déchasser les François. Le cardinal Salviati3 est mort; aussi est le marquis d'Aguilar; Dieu leur pardoint à tous deux! Ung galion est arrivé des Indes enEspaigne avec l\.5om ducatz, que donne nouvelles de xv aultresnavières que suyvent, que d'heure à aultre Ton actendoit , et portent, à ce que l'on assheure, ensemble quattre milions et dadvantaige; certiffient ceulx qui viennent audict galion que le trouble suscité dois la mort du vice-roy du Pérou aux Indes estoit appaisé et les culpables chastiez.

Je n'ay faict semblant de ce que vous m'escripvez quant à Schafne, comme aussi je ne feray, si avant que l'empereur ne presse pour avoir responce sur ce que 2

J'ay enchargé que l'on vous envoyé deux corriers, et n'y aura faulte au payement de ceulx que vous dépescherez Et nie recommandant cordialement à vostre bonne souvenance, etc. De Bruxelles, le xme de novembre 1 553.

Vostre bon confrère et amy,

MARIE, REINE D'ANGLETERRE

A FERDINAND, ROI DES ROMAINS3

(Ambassades de Renard, III, 297.)

Londres , novembre [ 1 553].

Monsr mon bon frère et cousin : J'ay receu deux voz lettres, l'une par l'ambassadeur de l'empereur devers moy, l'aultre par le secré-

1 II était Florentin, et de la faction ì Lacération de la dépêche,

française, qui l'avait mis en avant pour 3 La minute de cette lettre est écrite

succéder au pape Paul III. de la main de Simon Renard.

taire du Sr Martin de Guzman : et quant à la première, je tiens que ledict ambassadeur vous aura escript ce je luy dis; quant à la seconde, je vousmercie très-affectueusement, monsieur, la bonne souvenance qu'avez de moy, de mez affaires et de ce royaulme , la grande et sincère affection que vous et monsr l'archiduc, mon cousin, me portez et l'honneur que me faictes par conseiller ouverture de mariaige ; en quoy faictes office de bon et vertueux prince, parent et amy, que accroist l'obligation que j'ay envers vous dèz longtemps. Vous advertissant que ceulx de mon conseil, voire le parlement de ce royaulme, m'ont persuadé de nie incliner à mariaige,jà çois ma propre affection et eaige dissentit, soubz espoir de postérité, bien et tranquillité du royaulme par moien d'icelluy; me faisant assez entendre par motz couvers et retenuz que , combien la volunté de ceulx quilz entrent en mariaige doige estre libre, si est-ce, pour beaulcop de respeciz, ilz désiroient que ce fût à personnaige du royaulme, si se treuvoit en icelluy à propos. Sur quoy je n'ay encoires prins aultre résolution, pour estre tant empesché es choses concernans l'establissement de ce royaulme, le parlement, la religion, la police et bonne administration de justice, que je n'ay eu loisir communicquer avec mondict conseil ce qu'il convient sur ce point, qu'est de conséquence et importance telle que considérez par voz lettres. Mais aiant advisé avec icelluy, que sera après ledict parlement, je ne fauldray de vous informer de la résolution en toute confidence et bonne correspondance; et n'est besoing avoir aultre tesmoignaige des grandes qualitez et vertuz qui sont en monsr mon cousin l'archiduc, pour ce que les cffectz et actions les tesmoingnent assez. Vous priant, monsieur, prandre ma responce de bonne part, comme procédant de celle qui veult à jamais demeurer vostre humble cousine et bonne seur et amie, priant le Créateur qui vous doint, monsr mon bon frère et cousin, en toute prospérité, bonne et longue vie. A Londre, le. . . de novembre.

MARIE

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