‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 23 sur 127 · MARIE, REINE DE HONGRIE · texte numérisé non relu

MARIE, REINE DE HONGRIE

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, III, 87-88.)

Bruxelles, 19 novembre 1 553.

Marie, par la grâce de Dieu, reine douairière d'Hongrie, de Bohême et régente.

Très-chier et bien-amé : Nous avons receu vos lettres du vme du présent , et par ce que écrivez à l'empereur, mon seigneur, entendu Testât auquel se retreuve vostre négociation du mariage, que me semble a pris jusques à ores bon chemin, et que vous y avez dextrement et prudemment procédé. Et pour austant que la principale response sur vosdites lettres consiste sur l'envoi des personnaiges qui devront proposer la matière comme il convient à la réputation de la dame, ce ne pourra estre sitôt, pour ce qu'il convient choisir personnaiges de qualité , lesquels requerront aulcuns jours pour s'apprester avant que se mettre en chemin. Et pour prendre résolution et déterminer de ceux que y devront aller, sa majesté a fait advertir aulcuns principaulx sieurs de par deçà pour se treuver ici le xxn de ce mois , pour communicquer avec eux sur ceste négociation et encheminer ceux qui y devront aller, lesquelz nous procurerons ilz se partent au plus tôt que possible sera ; vous recommandant de entretenir ce pendant la bonne volunté de la royne, et de gaigner celle de ses conseilliers, comme il convient au parfaict de l'encheminement de ladicte négociation ; et sera bien que de temps à aultre vous advertissiez sadicte majesté de tout ce que vous pourrez descouvrir

des humeurs de ce cousté-là, et même comme telle négociation se prendra par delà, tant de la noblesse que du peuple, puisqu'il est apparent que, se démeslant la chose par tant de gens, l'on commencera de descouvrir plus clèrement comme les dessusdicts le prendront. Et ne sera besoin que , aux lettres que vous nous pourrez escripre, vous répétez ce que contiennent celles à sa majesté impériale, puisque je vois icelles, se pouvant excuser ceste peine , tant à vous d'écrire , que à nous de lire le mesme deux fois.

Au regard du désir qu'escripvez que ladicte dame a que puissions nous-mesmes aller par delà , vous la pourrez asseurer, lui faisant nos affectueuses recommandations, que ne désirerions moins de y aller, pour la voir et pour nous employer de plus près en si bonne euvre , mais que ne véons comme les affaires de par deçà, èsquelles nous soulageons sadicte majesté le plus que nous pouvons, le pourroint comporter et mesme pour longtemps. Mais venant au parachèvement d'icelle négociation , nous ne sommes hors d'espoir, comme vous lui direz, qu'il se pourroit adonner l'opportunité de faire ce voyaige, et mesme v venant le prince, monsieur nostre neveu, et que nous le procurerons aultant qu'il nous sera possible.

Et vous lui direz dadvantaige qu'ayant entendu, par ce que escripvez à l'évesque d'Arras, le désir qu'elle avoit de veoir la pourtraicture dudict sieur prince, que nous vous en envoyons, avec ceste, une faicte de la main de Titiano il y a trois ans , jugée par tous , selon qu'il estoit lors, fort naturelle. Vray est que la poincture s'est un peu gastée par le temps et en l'apportant dois Ausbourg ici; si est-ce qu'elle verra assez par icelle sa ressemblance, la voyant à son jour et de loing, comme sont toutes poinctures dudict Titian que de près ne se recongnoissent; et jugera assez que ce n'est chose faicte à la main, pour être la poincture faicte de si longtemps. Et si pourra, de ce qu'estoit lors, conjecturer le progrez qu'il aura faict par l'adjonction de trois ans davantaige d'eage, et lui présenterez ladicte poincture de nostre part avec une seule condition, qu'est de ravoir

icelle comme chose morte, lorsqu'elle aura le personnaige vif en sa présence. A tant, etc. De Bruxelles, le xix de novembre i 553.

MARIE

Et plus bas :

BAVE

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