‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 32 sur 127 · DE LALAING · texte numérisé non relu

DE LALAING

J. DE MONTMORENCY, Ph. NIGRY.

ik.

CHARLES-QUINT

A SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE

(Ambassades de Renard, III, 119-122. )

Bruxelles, a4 janvier i553, V. S.

1er FRAGMENT.

Et afin que, le povoir1 venu, vous puissiés sans scrupule

quelconque de la royne, passer oultrc à la contractation du mariage, nonobstant la proximité de consanguinité, nous vous envoyons le brief dépesché par sa saincteté, que luy pourrez communicquer à part, pour non donner scrupule à ceulx de par delà. Et luy direz davantaige que, pour plus grande seurté, les bulles se dépeschent que nous attendons de jour à aultre, encores que ledict brief souffit pour l'entière asseurance de sa conscience, comme luy pourrez remonstrer si elle y faisoit scrupule; pour lequel luy oster du tout en ce qu'elle le pourroitmeclre, et aussi pour appaisement de la nostre et de nostredict filz, en ce qu'on pourroit dire les ministres d'église, etmesmes les évesques de par delà, ne pouvoir avoir légitime administration des sacremens pour estre esleuz et instituez par personnes séculières et non ecclésiastiques; aussy pour pourveoir atout, nous avons escript à Ptome pour obtenir dispense de sa saincteté, afin que l'ung desdicts évesques de par delà, nonobstant ce que dessus, peut légitimement et avec l'auctorité de sadicte saincteté entrevenir à la sollemnité dudict mariage par motz de présent, et aussy au temps de la consummation faire les bénédictions accoustumées : sur quoy nous n'avons encores responce. Et pour oster toutesfois occasion de longueur,

1 Le plein pouvoir de l'infant don Philippe.

nous avons pensé que ì'évesque Constatus1, qu'est des vièz et institué au temps que l'auctorité du saint-siége apostolicque estoit observé par delà, pourroit en cecy entrevenir à ce que passissiés avec icelle comme procureurs; et venant nostredict filz pour consumer ledict mariage, il pourra amener quelque prélat en sa compaignie, lequel lors pourroit faire l'office , dont aussi luy donnons advertissement.

Et pour austant que par vosdictes lettres, tant communes que particulières, vous nous advertissez que ceulx que ladicte royne veult envoyer en Espaigne devers nostredict filz sont jà prestz à partir, et que, à ceste cause, il vous sembleroit que vous, mon cousin, le sieur d'Egmont, pourriez user de ceste oportunité, en cas que lesdicts ambassadeurs de ladicte royne se partent avant la passation du mariage par motz de présent; en ce cas vous, mondict cousin le comte d'Egmont, procurerez de passer avec eulx comme dessus, et lors sera y requis que vous, le sieur de Courrières, et vous le lieutenant d'Amont, ambassadeur ordinaire, demeurez ensemble par delà afin que, venant le povoir, vous deux, selon les termes d'icelluy, puissiez entrevenir de la part de nostredict filz à la passation dudict mariage par motz de présent; mais en cas que le passaige desdicts ambassadeurs de la royne se differoit jusques ledict mariage par motz de présent [fust] passé, puisque le parlement de vous, mondict cousin d'Egmont, ne debvra estre plus tost, vous pourrez en ce cas entrevenir avec ledict lieutenant d'Amont audict mariage par motz de présent pour nostredict filz, et vous, ledict sieur de Courrières, ou dict cas retournerez icy avec les dessusdicts sieurs de Lallaing et chancellier de l'ordre.

Quant aux présens que se debvront faire, nous attendons vostre advis , selon que, par ce que vous escripvit dernièrement l'évesque d'Arras, vous aurez entendu ; et ce pendant l'on vous envoyé les trois mil escuz dont lesdictes lettres faisoient mention , pour les répartir où que verrez convenir, selon que vous a desjà esté escript , et de-

1 Ou plutôt Ponstal , déposé sous le chement à la religion catholique, el rétabli règne d'Edouard VI, à cause de son alta- sur son siège episcopal par la reine Marie.

i 90 PAPIERS D'ETAT

meurons au surplus très-fort satisfaict du bon debvoir que en tout avez rendu , et de ce que congnoissons évidamment que la bonne conduicte et familière conversation de vous et vostre compaignie ont peu beaucop pour encheminer la bonne volunté de ceulx de par delà; que tenons à service très- agréable.

Quant aux propos que non-seullement le roy de France, mais aussi le connestable, ont tenuz à l'ambassadeur Wothon 1 touchant la paix, et aussi quant à la tresve, pour avec meilleur commodité négocier ladicte paix; et davantaige ce que en ceste conformité l'ambassadeur de France résidant par delà en a parlé à millort Paiget, il sera bien que vous respondez de nostre part que nous avons toujours eu et avons encores2

Davantaige , pour observer ce qu'est de coustume en négociations de telle qualité, il nous a semblé que, le mariage conclut par motz de présent, et avant que prenez congé de ladicte dame, il convient de faire présent à icelle de nostre part de quelque baghe et joyaulx de valeur; et à ceste cause, vous envoyons-nous une d'ung diamant fort riche et bien garny, que présenterez à ladicte dame de nostre part, • pour tesmoignaige que la recognoissons, oultre l'ancienne consanguinité et le respect que luy debvons tenir pour le lieu qu'elle tient, pour propre fdle par ceste nouvelle alliance, la priant qu'elle l'accepte avec aussi bon vouloir comme est celluy dont elle procède.

Et au regard des présens qu'il conviendra faire à ceulx de par delà qui ont assisté en ceste négociation , et aussi pour gaigner la volunté d'aulcuns de plus d'importance , sur quoy nous vous avyons fait escripre par l'évesque d'Arras, pour vous renfreschir la mémoire de ce que jà cy-devant en avions escript, nous avons veu ce que sur ce nous respondez; sur quoy nous eussions bien désiré avoir vostre advis plus particulier pour aultant que , congnoissant comme faictes les personnaiges , les ayans veuz par delà etl'extime que l'on enfaict, vous eussiés peu plus seurement arbitrer ce dont ilz se contente-

1 Le docteur Wothon, doyen de York et de Cantorbéry, ambassadeur d'Angleterre à la cour de France. — s Lacune considérable dans le manuscrit.

roient; et nous trouvons enveloppé avec la généralité de vostre responce, et mesmes pour estre le nombre grant, sans nous dire pour advis aultre chose synon qu'il ne fault donner peu , pource que par delà l'on en tiendroit peu de compte : mais de ce ne povons-nous entendre ce que l'on extimeroit peu ou assez. Et pour vous donner moyen de plus certainement nous y donner advis particulier, comme désirons que faictes , nous avons pensé à ung expédient duquel , à ce qu'il nous semble, vous pourrez très-bien servir, et mesmes que cy-devant nous souvenons avoir usé de mesmes lorsque, passant en Angleterre, nous distribuâmes quelque notable somme entre les ministres *

2e FRAGMENT.

de quelque sévérité, ce fust pour donner quelque frain ;

pource que nous considérons que, en telles praticques, quant les chiefz défaillent, icelles tumbent d'eulx-mesmes. Mais il fault que le tout se guyde par le conseil de par delà, et que ce que vous descouvrerez desdictes praticques et menées se déclaire incontinent à la royne et sondict conseil, et mesmes ce dont il y aura fondement, alin que les choses que se pourroient dire sans fondement ne mectent en craincte non nécessaire ladicte dame, que luy peust donner désespoir d'y remédier. Et incontinant que aurons résolu sur ce que, comme dessus est dict , nous pourrons faire pour de nostre coustel obvier aux emprinses et menées françoises, nous vous en advertirons, afin que ceulx de vous qui demeureront le lacent entendre à ladicte dame et ceulx de sondict conseil; n'estant de besoing que, à l'occasion de ce que dessus, vous, lesdicts sieur de Lallaing et chancellier de l'ordre, vous détenez plus longuement par delà, ny aussi vous le sieur de Gourrières, n'estoit que le sieur d'Egmont se partît pour Espai gne avec les ambassadeurs que ladicte royne y veult envoyer, avant le povoir de nostredict filz venu et le mariage par motz de présent contracté, selon qu'il est déclairé cy-dessus; ains que

1 Nouvelle lacune non moins importante.

venez pour aussi nous advertir de Testât ouquel vous laisserez les affaires de par delà, desquelz vous, ledict lieutenant d'Amont, tiendrez soing pour nous en advertir de temps à aultre , selon qu'il est que plus requis pour tous respectz. A tant, etc. De Bruxelles, le xximc de janvier 1 553.

L'ÉVÈQUE D'ARRAS

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, III, 199.)

Bruxelles, 24janvier i554.

M. l'ambassadeur Nous n'avons pour le présent nouvelles

que soient d'importance, hormis que les commissaires du marquis Albert démonstrent qu'il se contentera de la responce que sa majesté luy a faict, affermans qu'il n'a riens conclu avec France au préiudice de sa majesté, et que les négociations de ses gens celle part sont esté ¡ondées principalement pour traicter de la rançon du duc d'Aumale1.

Et quant à Corsica , l'on nous en donne très-bon espoir, et afferment ceulx qui sortent journellement de Saint-Florenso que, si les galères de France ne les secourent deans quinze jours, ilz n'ont moyen de se soustenir, pour la faulte qu'ilz ont de toutes choses ; et la tormente a traicté de sorte les galères de France depuis peu de jours, qu'elles auront bien affaire de sortir du port de Marcelle de deux mois ; et si cependant les galères d'Espagne que l'on a appelle arrivent, et les trois mil Espagnolz que monseigneur nostre prince y a

1 Claude , duc d'Aumale , frère du duc marquis Albert de Brandebourg le k node Guise, fait prisonnier de guerre dans vembre i552. Il ne recouvra sa liberté un combat qu'il avait livré en Lorraine au qu'à la fin d'avril i55/i. (III, 61 a, note 1")

envoyé, j'espère que les affaires des François tant auclict coustol que en Italie ne se pourteront pas bien. Vray est que, pour vous dire le tout, ilz ont ratainct aulcungs de noz gens en Piedmont, qu'estoient de Vellefournière , ce que aulcungs imputent à l'imprudence ■ de leur chief , don Alvaro de Santo ; et enfin la guerre pourte lelz azartz , et mesmes quant la conduyte n'y est si bonne qu'il conviendroit, etc De Bruxelles, ce xximc de janvier i55/i.

AMBASSAIEt ANTOINE DE NOA1LLES

A HENRI II, ROI DE FRANCE. (Ambassades de Renard, III, 12 3- 12 à.)

Londres, 26 janvier i553, V. S. !

Sire, depuis le partement de Lamar[que2, j'ai] fait deux dépesches des xxie et xxmie de [ce mois, par] lesquelles j'advertissois vostre majesté de Testât [auquel] sont toutes choses par deçà, mesme comme pour [raison de] millord de Cortenay, que a descouvert l'entreprinse qu'[on] avoit faicte en sa faveur, les entrepreneurs d'icelle est[oient] maintenant contrainctz prandre les armes six sepmaines ou deux mois plus tôt qu'il n'estoitbesoing; vous asseurant, sire, que maistre Thomas Honiet3, qu'est l'ung d'iceulx, n'a failly à ses amys, ainsi qu'il leur avoit promis de se mectre aux champs, ce qu'il feit dez hier avec telles forces que luy augmentent d'heure à autre, que cette

1 Cette dépêche , avec plusieurs va- 3 Thomas Wiat. Il assembla près de six

riantes et des lacunes, se trouve imprimée mille hommes dans le comté de Kent, et

dans les Ambassades de MM. de Noailles , parvint à arriver à leur tête jusque dans

III, 43-46. les faubourgs de Londres.

5 Agent de l'ambassadeur de France.

royne et ses conseilliers s'en treuvent fort estonnez , délibérant d'envoyer le duc de Norfoc, conte d'Estingues l, grant escuyer et tout ce qu'elle pourra promptement assembler pour les rompre, avant qu'ilz soient plus fortz et joinctz avec les autres entrepreneurs qui les doivent secourir bientost. Ce qu'a trouvé fort difficile à faire ladicte dame, de tant que ceulx-là dont elle se cuydera asseurer seront pour tourner avec ledict Honiet. Madame Elizabet s'est retirée trente mil plus loing qu'elle n'estoit, en une autre de ses maisons, où, comme l'on dict, elle a desjà assemblé des gens à sa dévotion, estant souvent visitée par escript de la part de cette royne, pour les soubçons que l'on a d'elle. J'ay recouvert le double d'une lettre qu'elle escripvoit à la royne que j'ay fait traduyre en françois, que j'ay icy enclose.

Le comte d'Egmont et aultres impériaulx se treuvent en ce lieu bien esbayz, de façon qu'ilz se sont tous retirez en deux ou trois logis joignantz l'un à l'autre et [doit ceste] royne deans lundy prochain se reti[rer en la] Tour, où il y a, comme il se dict, bien peu de [pouldres, parce] qu'elles ont esté prinsespour les partisans . . . .] Aultres dient qu'elle s'en pourra aller à Winsorre, pour [icelluy] estre chasteau assez fort à résister pour [quelque] temps contre lesdictes communes. Le marquis de Norta[mpton], qu'estoit en liberté y a bien ung mois, et quelques autres chevaliers ont esté à ce matin reserrez en ladicte Tour.

Ce pourteur est le 1111e des miens, comptant Lamarque, par lesquelz j'ay dépesché vers vostre majesté, sans en avoir eu nouvelles; je me plaindray de ce que la barque de Boulongne est si négligente à les recevoir. J'ay doubte que d'icy en çà les passaiges ne soient fermez; que me fait supplier très-humblement, sire, si par cy-après vous n'avez si souvent advis de la disposition des choses de deçà, de m'en tenir à cette occasion pour excusé. Toutesfois je y feray tout debvoir possible pour en tenir le plus souvent que pourray vostre majesté advertie, laquelle je supplie le Créateur, etc. De Londres, ce xxvi de janvier i 553.

' Hastings.

DU CARDINAL DE GRANVELLE. H).r>

Sire, craignant que cedict porteur ne soit ¡•dépouillé des] lettres qu'il porte, je luy en ay baillé d'aultres [à part], afin que, advenant cest inconvénient, il [les peust] libéralement donner à ceulx qui l'en resercheroient, pour saulver ceste-cy. Toutes dioses, grâces à Dieu, sont en bon chemin, et bientost j'espère que vostre majesté en aura d'autres nouvelles, suppliant très-humblement icelle commander qu'il ne soit fait à nul Anglois aucune deffaveur, et que pa reillement l'on ne courre sur leurs terres, mais au contraire leur faire et souffrir par les vostres, soubz main, tout plaisir et bon traictement. L'on attend d'heure à autre l'émotion en ceste ville, que donne une grande craincte à tous les estrangiers, de quoy je ne suis sans peine pour mon interrest particulier; mais je ose dire que tous les impériaulx sont encores en plus grande.

Je viens destre asseuré comme les navires de cette royne qui sont en cette rivière ont esté saisies par maistre Honiet et autres, ses compaignons entrepreneurs.

L'EMPEREUR

A SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE

(Ambassades dePienard, III, 201-206, et 2 §0-239.)

Bruxelles, 3i janvier i554.

Mes cousins, très-chiers et féaulx : Nous avons receu vos lettres tant communes que les particulières de vous, le lieutenant d'Amont, ausquelles lesdictes particulières se réfèrent, en datte des xvmc et xxme de ce mois , et tenons en préalable à service très-agréable le soin que tenez des affaires en ce coustel-là, et de nous si particulièrement advertir; et appercevons assez par vosdictes lettres que les

choses ne sont sans difficulté en ce coustel-là, et que, sans y tenir soigneulx regard, facillement y pourroit succéder mouvement, pour les practiques françoises et les autres causes et raisons plus particulièrement contenues en vosdictes lettres. Sur quoy ne vous sçaurions escripre pour le présent davantaige des moyens qui seroient à propoz pour y obvier plus de ce qu'en avez entendu par plusieurs nos lettres, et principallement d'estre soigneulx pour descouvrir les menées pour les opprimer avant quelles puissent croistre ny prendre plus de fondement, accompaignant la bonté et clémence de la royne d'austant de sévérité comme il est requis pour mectre craincte aux chiefz età quiconque vouldroit emprendre émotion, et pour contenir le peuple, lequel, sans teste, ne pourroit faire chose que fust de durée ; et toutesfois fault-il avoir grand regard au mal que pourroit faire icelluy en une première impétuosité. A quoy peuvent grandement servir les apprêtz que ladicte dame, comme vous écrivez, faict par l'advis de son conseil pour appercevoir gens de guerre et en lever aulcuns pour sa seureté, pourveu toutesfois qu'elle ayt bon regard de non se forcompter au choix, et que ceulx qu'elle vouldra employer lui soient confidens et bien affectionnez.

Et puisqu'elle a faict publier le mariaige par tout le royaulme, il est aussy requis gaigner gens lesquelx, à tous coustelz, embouchent le peuple pour leur faire entendre le prouslit que succédera au royaulme de ce mariaige, et leur oster l'umbre qu'ilz pourroient avoir du gouvernement d'estrangiers, selon que les articles et condicions du traicté et la promesse particulière donnent souffisant argument pour ce faire. Et certes nous congnoissons assez que «le brief passaige du prince nostre filz eust pu servir beaucop, se conduysant envers les Anglois comme nous espérons il fera, pour donner appaisement au royaulme , despérer les praticques de France et ayder la royne avec ceulx du conseil à l'establissement de toutes choses. Mais comme n'avons encoires de luy nouvelles certaines de Testât ouquel se retreuvent les apprestes pour son passaige, ny du temps certain ouquel il se pourra embarquer, combien que aulcuns particuliers qui escripvent

de la coste d'Espaigne donnent bon espoir de son brief passaige; si n'en sçaurions-nous affermer aulcnne chose de certain. Vray est que les vents ont courru telz, que nous avons bon espoir quii ne tardera que n'en ayons nouvelles; et peult-estre avant l'arrivée de ceste en aurez-vous jà receu, et le pouvoir qu'il vous debvoit envoyer, lequel venu, ne faisons doubte suyvrez ce que vous avons escript par noz précédentes. Et cependant, nous sollicitons par toutes noz lectres sa briefve venue , l'advertissant de ce qu'il nous semble convenir pour venir pourveu de tout ce qu'est requis à l'effect susdict. La faulte que ladicte royne a, comme nous présupposons, de finances, vient d'aultant plus mal au propos que, pour ces guerres passées, les nostres sont en Testât que vous pouvez assez penser. Et toutesfois ne voudrions-nous délaisser de donner toute assistance possible à ladicte dame, en tout ce que luy pourroit survenir; mais quant à ce que faictes mention en vosdictes lectres de l'assister par mer et par terre , nous ne véons quelle ayde par terre nous luy sçaurions donner pour le présent, que ne fust dangereuse et fort suspecte à ceulx du royaulme , tant pour ce que gens de guerre, quelque disciplinez qu'ilz soyent, desquelz l'on treuve fort peu aujourd'hui, ne vivent jamais si règlement qu'ilz ne facent foule ou pays où ilz se treuvent, et tout désordre que lesdicts gens de guerre feroient irriteroit tant plus les Anglois , que les François héi éticques et autres descontans procureroient de le faire treuver plus maulvais; et avec l'argument des dommaiges que souffrirpient ceulx qui s'en trouveroient chargez, toutes sinistres persuasions seroient plus facilles, oultre la craincte et doubte que ceulx de la nation auroient que les estrangiers la voulsissent subjuguer. Et à ceste cause, nous susmes résolu de pour maintenant nous arrester à nous préparer pour l'ayder par mer, puisque aussi est-ce que en ceste saison plus emporte pour éviter que les François ne puissent gecter gens de guerre en l'isle, à la faveur de ceulx qui sont contraires à ladicte dame, ny en passer en Escosse ou Irlande pour inquiéter le royaulme. Et pour ce faisons pourveoir à l'équipaige de quatorze batteaulx de guerre,

lesquelx, se joignans avec ceulx de ladicte royne , pourront estre facillement supérieurs en la mer, et oster tout espoir aux François de sortir de leurs ports; et si faisons sortir six batteaulx avanturiers bien équipez pour endommaiger la coste de France , et faire tout le dommaige qu'ilz pourront, à ceulx quilz navigent de ce coustel-là.

Et davantaige pour satisfaire à ce que mectez en avant de pour contanter les Anglois, et retirer aulcungs qui pourroient faire dommaige aux affaires, et retenir aulcungs capitaines de ce coustel-là en nostre service, n'estant arrivé le billet des douze dont vosdictes lectres font mention, nous ne pourrions, comme vouldrions, en faire le choix; et puisque ainsi est, et pour y procéder plus seurement, nous semble que le mieulx sera que vous communicquez sur ce poinct avec la royne , pour entendre d'elle et ceulx de son conseil lesquelx seroient plus à propoz de retenir à la fin susdicte, auxquelx l'on peut comectre de lever, pour nous en servir à son temps, jusques à quatorze cens bons hommes de pied de ladicte nation, les repartissant de sorte, que selon leur qualité ils eussent charge dont ilz se puissent contanter; et de l'advis que vous donnera sur ce point ladicte dame nous pourrez advertir, et des noms et qualitez des capitaines, afin que tant mieulx nous puissions déterminer à la résolution que en vouldrons prandre.

Quant à la venue de Cortenay par deçà, elle seroit pour tous respectz fort à propos, comme aussi seroit-il que, selon la conclusion prinse, l'on s'asseurât et mist en la Tour la dame Elizabet, si l'on a cause et argument souffisant pour justisfier par delà ce que l'on en feroit. Et puisque ce sont les principaulx sur lesquelx se puissent fonder les practiques, il est bien de s'en asseurer par le meilleur moyen que faire se pourra; et tant plus qu'il est vraysemblable que, pour non leur desplaire et non les avoir contraires cy-après, aultres n'oseroient se faire chiefz de telz emprinses, ny auroient la couleur ny fondement de ce faire, ny encoires l'auctorité vers le peuple. Vray est que la couleur que l'on a prins de faire venir icy ledict Cortenay cesse, actendu que nous avons jà, comme aurez entendu, juré le traicté en

présence des ambassadeurs ; mais fust oires soubz umbre de nous visitera l'occasion de l'indisposition qu'avons de la goutte, ou pour nous asseurer de la part de la royne que , nonobstant qu'elle n'aye donné encoires sa ratisfication pour attendre celle dudict prince nostre fils, elle tient les choses pour toutes résolûtes, ou autre couleur que ladicte royne pourra treuver selon qu'elle doit mieulx congnoistre de quelle charge ledict Cortenay se contanteroit, il ne pourroit estre sinon très à propoz, que comme on l'a jà advisé, qu'il vînt icy; et y estant une fois, il seroit facille à ladicte dame de après luy commander y faire plus long séjour, à couleur de luy vouloir donner quelque autre commission pour traicter avec nous; et nous le ferions recevoir et traicter de sorte qu'il auroit cause se contenter. Et il n'y a doubte que pendant son absence l'on congnoistroit mieulx quelle seroit l'inclination du peuple d'Angleterre en son endroit, et selon ce regarderoit l'on comme l'on se debvroit conduire envers iuy.

Le cardinal Polo arriva en ce lieu le vingt-cinquième du présent, où il fut receu comme légat, et à ce que l'on entend par deux qui ont divisé avec luy, et selon aussi qu'il a dict aux ambassadeurs de ladicte royne, il congnoist que la saison n'est à propoz pour se servir de la légation que le pape luy a donné pour ce coustel-là; et se monstre déterminé de attendre le temps et se tenir pour affectionné serviteur de ladicte royne, s'arrestant pour le présent à la commission que sa saincteté lui a donné de procurer la paix. Sur quoy nous luy donnerons audience au plus tôt que nostre disposition le pourra comporter, et ne fauldrons de vous advertir de tout ce qu'il proposera, soit en ce poinct de la paix ou aulire, pour en faire part à ladicte royne. Et puisque les François n'ont passé plus avant avec l'ambassadeur Wothon sur le poinct de ladicte paix, et que aux Anglois mesmes la tresve ne sembleroit à propoz, nous ne vous dirons sur l'ung ny l'aultre pour ceste fois davantaige, nous remectant à nos précédentes; et l'on verra si sur l'ung ou l'autre desdicts poinctz lesdicts François vouldront dire plus avant, et ce que millor Paiget pourra descou-

vrir des alliances que l'ambassadeur de France luy avoit mis en

avant, pour selon ce regarder ce qu'ilz vouldront dire davantaige.

Touchant ce que l'on vous a mis en avant de demander saulfconduict pour faire passer un gentilhomme anglois en Espaigne, nous avons jà escript au prince nostre fìlz, et par mer et terre, tout ce que luy pourrions escripre; et si doubtons très-fort que, encoires que les François donnassent ledict saulf-conduict et qu'ils se montrassent francz et libéraulx, toutesfois, selon que l'on congnoist leur façon de faire, il est apparent que, venant sur les frontières vers Espaigne, ilz le détiendroient avec couleurs serchées sans le laisser passer; et que encoires qu'il passât, ce seroit après avoir esté examiné les lettres qu'il pourteroit. Et toutesfois nous samble-il très-bien que ladicte dame face demander ledict saulf-conduict, quant ce ne seroit que pour, s'ilz le refusoient, que toutesfois ne nous samble vraysemblable, faire le mesme quant aux François quilz vouldroient passer par Angleterre en Escosse ; et s'ilz l'accordent, si l'on en a besoing et il semble qu'il convienne, l'on s'en pourra servir, et synon il ne se pert ny adventure riens pour demander ledict saulf-conduict.

Depuis ce que dessus escript, le maistre des postes de Londres a escript doiz Calaix, qu'il auroit là entendu que en Angleterre il y avoit quelque motion et que le peuple eust prinz les armes, sans entrer en autres plus particuliers advis ; désirant entendre si , avec le pacquet qu'il porte, qu'est d'importance, comme vous entendrez, il debvoit passer oultre. Et combien que pensons que peult-estre seront-ce les gens que ladicte royne a faict lever pour sa seurté, et que à Calaix, selon que l'on a accoustumé de y forger nouvelles, l'on pourroit avoir prins les choses au pis ; si est-ce que nous en susmes en peyne, et nous a semblé debvoir tant plus haster l'envoy de ce courrier pour vous porter ceste, pour à son retour sçavoir de voz nouvelles, combien que nous confions vous n'aurez délaissé, s'il y a chose d'importance, de treuver moyen de nous en advertir et faire entendre bien particulièrement le tout, puisqu'il est requis, afin de veoir s'il seroit besoing faire quelque chose de nostre coustel.

De quoy et ce pendant, et pour plus de seurté, avons faict encharger audict maistre des postes de faire retourner ledict pacquet qu'il porte, à Gravelinges, s'il a nouvelle que ledict mouvement continue, jusques luy mandons autre chose, et ce pour non le avanturer, estant, comme dessus est dict, de l'importance qu'il est. A tant, etc. De Bruxelles, le derrier de janvier i55-4.

CHARLES

Et plus bas :

BAVE

L'EMPEREUR

A SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE

(Ambassades de Renard, III, 125-126.)

Bruxelles, 1" février [1 554].

Mes cousins, très-chiers et féaulx : Ceste sera pour vous envoyer les deux pouvoirs du prince nostre fdz , lesquelx arrivarent hier soir et ont passé par France soubz couverte dissimulée : l'un général, pour en cas que l'on ne treuva bon que en public l'on passa le mariaige par motz de présent, duquel il convient en tous cas s'asseurer, soit en public, que en cas que en ce il n'y eust apparence d'inconvénient, ou du meing en secret, actendu que sans ce il ne conviendroit que nostredict iilz se meît en chemin pour son passaige. Et si ledict pouvoir vous treuve encoires tous là , vous vous en pourrez servir ensemble, et sinon et que jà fussiés partiz, suyvant les lettres que vous avons escriptes du vingt-quatrième du passé, dont la copie va avec

cestes (afin que sy le maistre des postes, qu'est le pourteur d'icelles, ne soit encoires passé pour doubte des troubles en ce coustel-là, vous saicbez le contenu) , ceulx que seront demeurez pourront passer oultre en vertu d'icelluy, affin que ledict mariaige contracté par motz de présent, vous, nostre cousin, le Sr d'Egmont, allez en Espaigne pour donner compte à nostredict filz des termes èsquelx se retreuve la négociation et de Testât des choses d'Angleterre, et pour solliciter sa venue suyvant la commission que vous en avons donné.

Aussi vous envoyons-nous avec cestes le brief que sa saincteté escript à la royne d'Angleterre pour asseurer sa conscience quant à ce mariaige , en deux pointz : l'un affin que l'un des prélatz de par delà puisse faire les bénédictions matrimoniales et faire légitimement aultres choses, mesmes, suyvant la coustume de nostre mère saincte Eglise, à la contractation de mariaige, pour en cas que prélat usant de la grâce et communion du sainct-siége apostolique ne se trouve présent pour faire l'office, selon que ci-devant vous avons escript; lequel brief va en cest article clausulé comme verrez par la copie; l'aultre est afin que en tout temps, encoires qu'il fust prohibé , ledict mariaige se puisse célébrer et consummer, duquel brief il ne sera besoing que vous servez sinon quant verrez qu'il sera requis, pour non rebouter plus tôt la volunté de ladicte dame, ne la pressant sur ce poinct de se marier hors de temps, synon en bonne conjuncture et quant il sera requis; et jusques lors le pourrez garder sans luy en faire mention.

En cest instant sont arrivez voz lettres des xxvir3 et xxixe du passé , apportées les dernières par le sieur de Sainct-Martin , par lesquelles avons entendu les provisions que la royne et ceulx de son conseil donnent pour appaiser les troubles, et que jà l'on avoit nouvelles que celluy 1 de West fust appaisé. Combien que lesdictes lectres ne soyent encoires du tout déziffrées, à quoy l'on besongne en toute diligence, si nous aicy semblé non debvoir détenir ce dépesche, affin que les pouvoirs viennent tant plus tôt entre voz mains pour vous en

(Le quartier ?)

servir, et que si jà ne vous estiés mis en chemin pour vostre retour, vous le puissiés faire incontinant, pour non donner traveil par delà: suyvant toutesfois que ]a royne , pour aulcunes choses que pourroient advenir, n'eust besoing de vostre présence, auquel cas serions d'advis que vous accommodissiés à ce qu'elle et ceulx de son conseil treuveroient pour le mieulx; et sinon tant plus tôt sera vostre retour, et plus mieulx semble-il qu'il sera à propoz.

Vous advertirez ladicte dame des diligences que nous faisons de ce coustel pour armer par mer, oultre ce que nous espérons que le prince , nostredict filz , doit faire du sien et par-dessus la flotte des marchans que aussi se prépare, que servira tout en ung bescing pour assister aux affaires de par delà, leur estant laide par mer, comme tant vous avons escript, moings scrupuleuse et plus à propoz de leurs affaires, puisqu'il nous emporte tant de sçavoir quelle fin prandra ceste émotion. Oultre ce que véons pour certain que de vous-mesmes tiendrez soing de nous en advertir, nous ne voulons délaisser de la vous rementevoir; en quoy nous ferez service trèsagréable. A tant, etc. De Bruxelles, le premier de février.

CHARLES

Et plus bas :

BAVE

En signant cestes, nous avons veu les ziffres de vosdictes lettres, et pour ce que par icelles, comme aussi par voz précédentes, persistez à ce que d eussions assister ladicte royne, selon que entièrement elle se confie de nous, nous désirerions bien que, suyvant ce que vous escripvismes devant-hier, nous escripvissiés quelle seroit l'assistance que ladicte dame désireroit, et oultre les batteaulx, que comme nozdictes lettres contiengnent, faisons armer, ce qu'elle vouldroit avoir gens de guerre, fussent Allemans ou aultres, et le moien qu'ilz [auroient] pour les faire désembarquer, afin que, selon ce , puissions mieulx regarder de faire pour elle et son assistance tout ce qu'il nous seroit possible.

L'EMPEREUR

A SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE

( Ambassades de Renard, III, 1 2 7-1 2 8, et 2 k 1 bis, 2 Zt2 .)

Bruxelles, 4 février 1 553 , V. S.

Mes cousins, très-chiers et féaulx : Nous avons veu par le deschifrement de voz lettres que le sieur de Sainct-Martin nous a apporté, selon que par celles que vous escripvismes hier avez entendu, Testât pour lors des affaires d'Angleterre, et que, grâces à Dieu, les choses commencent à prendre meilleur chemin et les forces des mutins à se séparer; et ne faisons douhte que ayans receu nosdictes lettres précédentes, vous aurez fait l'office que vous enchargeons par icelles, pour entendre de la royne et ceulx de son conseil si elle a besoing de prompt secours et ayde , et de quelle qualité , pour non faire chose que, ou lieu de penser ayder, luy peust porter préjudice, et jusques alors ne sçaurions faire davantaige plus de ce qu'aurez entendu des basteaux que faisons armer en diligence , oultre les flottes que, tant de ce coustel que de celluy d'Espaigne, s'apprestent. Et mesmes que ayant fait demander à l'évesque de Norwitz si, de la part de ladicte dame ou de son conseil , l'on luy escripvoit de faire instance pour avoir quelque assistance, il a dict que non, voire et qu'il doubte, comme aussi il est apparent, que si nous faisions passer gens par delà, il seroit à craindre que le peuple d'Angleterre en monstreroit plus grand sentement, et inclineroit tant plus à la dévotion desdicts mutins; et jusques ayons responce sur ce poinct, nous ne voyons quelle aultre résolution vous puissions donner.

Et quant au passaige de vous, le sieur d'Egmont, pour Espaigne ,

et retour de vous autres, demeurant seullement vous, le lieutenant d'Amont, après le mariaige passé par motz de présent, pour lequel vous envoyasmes hier les povoirs venuz d'Espaigne, nous vous avons donné par noz précédentes tout resclarcissement que sçauriés désirer. Reste que, comme aussi vous avons escript, vous soyez vigillantz pour entendre et descovrir de ce que passe, et nous advertir curieusement et de temps à aultre de tout; et mesmes désirons sçavoir ce que l'on aura descouvert davantaige des praticques de France , et si l'on aura treuvé que madame Elisabet y aye prins la résolution que l'on aura prinse en ce que concerne sa personne ; ce que contient le dézifïrement des lettres de l'ambassadeur de France; si le marquis de Nortanthon, comme voz lettres contiennent, est en la Tour et pourquoy; si millord Coban sera demeuré ferme pour le service de ladicte royne; Testât de ladicte dame et quel nombre de gens elle a en campaigne de pied et de cheval, et en quel estât est l'équipaige de ses basteaux de guerre , attendu que ce que vous escripvez que Honiet aye tiré aulcunes pièces d'iceulx nous donne conjecture que nonobstant que piéçà ladicte royne eust ordonné ilz se missent en ordre, ilz ne seront peult-estre tost prêtz. Davantaige que vous pourrez entendre de la force des François, et mesmes ce qu'ilz peuvent avoir armé par mer, et encores par terre es costes de Bretaigne et Normandie; et quant pourrez avoir nouvelles certaines vous envoyez personnaiges que, soubz couleur de marchandise ou aultre, voisent sur les lieux pour s'en informer, et que ce soient gens qui puissent faire rapport de ce qu'ilz auront veu eulx-mesmes, et non seulement par ouïr dire. Aussi désirons-nous fort entendre l'estrange cause que Paiget a dict y avoir pourquoy l'on n'ayt communicqué avec vous plainnement sur Testât des affaires , laquelle il a dict ne voulloir ne povoir dire, ains désiroit que ladicte dame l'entende de tout le conseil : car il pourroit estre que Ton pourroit descouvrir chose de ce que ceulx du conseil de par delà peuvent avoir en Testomach.

Vosdictes lettres contiennent aussi que la négociation du mariage demeureroit suspense : ce que nous entendons soit pour aultant que

le povoir n'estoit arrivé, sans lequel vous ne pouvez passer plus avant à la contractation d'icelluy par motz de présent; et si toutesfois, par ce vous avez entendu ou entendez aultre chose, il sera bien que nous en faictes spécialle déclaration , et que aussi nous advertissez si aurez receu toutes noz lettres, et nous ferez service agréable de nous si particulièrement satisfaire à tous les poinctz susdicts.

Et pour ce que par vosdictes lettres faictes aussi mention du peu ou point d'argent que ladicte royne a, et qu'elle n'a moyen de faire finance ou royaulme, il nous semble que, selon le crédit qu'elle a acquis en Anvers, pour avoir payé et satisfaict aux debtes du feu roy Edouartson frère, que si elle y envoyé pour faire finances de quelque bonne somme , qu'elle la pourroit recouvrer et treuveroit marchans que y entendroient, dont pourrez advertir ladicte dame, afin que si elle voit qu'il soit requis, elle y envoyé et par ce moyen puisse estre secourue de la nécessité en laquelle, à faulte d'argent, elle se pourroit retreuver. A tant, etc. De Bruxelles, le 1111e de febvrier 1 553.

CHARLES

Et plus bas :

BAVE

L'AMBASSADEUR RENARD

A CHARLES-QUINT

(Ambassades de Renard, III, 2 84-2 85.)

Sans date [8 février 1 554 1.

1er FRAGMENT.

L'on tient que deans demain Wietz sera prisonnier [es

mains] de la royne, et que tout le tumulte excité [ceste part] sera appaisé.

J'ai conseillé à ladicte dame pour incontinant envoyer après ladicte Elisabet1 pour la saisir; car je crains qu'elle se retire.

L'on avoit convenu avec ung batelier, mais le vent a esté [contraire] tellement que ledict sieur de Saint-Martin print son chemin par la Tamise jusques en la maison millor Warden2.

2e FRAGMENT.

Puis les dernières envoyées au Srde Vandeville pour faire

tenir à vostre majesté, les Srs d'Egmont, de Lalaing, de Corrieres et Nigry, par l'advis du conseil de la royne d'Angleterre, sont partiz2 pour retourner devers votre majesté, pour raison du trouble et motion mentionnées èsdictes lettres dernières , pour n'avoir eu nouvelles ou responce de vostre majesté, pour éviter occasions et dangiers, et signamment pour n'avoir négociation en main méritant séjour, selon que plus amplement ilz réciteront à vostre majesté. Et au temps qu'ilz prindrent congé, ladicte dame, ses officiers et con-

1 Celte princesse fut enfermée à la Tour, 2 Ils partirent le 3 février avec précipi-

puis confinée à Woodstock. tation, à cause des succès de Th. Wyat.

seilliers estoient fort cstonnez d'entendre que Wietz approucha ceste ville de Londres avec trois mil hommes, et quelle n'eust résistance prompte ny confiable, craignant mesmes plusieurs héréticques de ladicte ville avec lesquelz ledict Wietz avoit intelligence; et principalement , pour ce que par les lettres de l'ambassadeur de France dézifrées *, l'on s'aperceut comme toute la rébellion se faisoit en faveur de Cortenay, aucteur d'icelle , et que Elisabet faisoit gens de guerre de son coustel; que aulcuns du conseil estoient de la

par[tie ], touchoient les ungs aux [aultres et] en estoient cause:

les ungs disans que le cbancellier [avoit] esté trop hâtifz es choses de la religion, qu'il avoit esté trop sévère par l'emprisonnement de Wothon et d'autres hérélicques; les autres disans que le conte d'Arondel et Paiget en avoient donnez l'occasion pour avoir conseillé le mariaige de ladicte dame avec son altèze; les autres, que la rébellion venoit de la meute et invention de ceulx du conseil pour porter la querelle dudict Cortenay et de Elisabet. Et sur ces reproches, division, partialité et trouble, l'on disputa longuement comme et par quelle voye l'on assureroit la personne de ladicte dame , où l'on la retireroit, disans que se seroit pour le mieulx aller en la Tour de Londres, quilz à Vindsor, quilz se mectre entre le peuple cathoiicque et se fortiffier en campaigne, actendant secours. Ceulx qui tenoient le parti de Cortenay mectoient en avant qu'il seroit bon que ladicte dame se retira à Calaix, où elle pourroit estre assistée de vostre majesté, et ung espie, nommé Flores, héréticque parfaict, s'adressa au Srde Lalaing pour l'emboucher de ce, puis vint à moy après son parlement pour faire le semblable office , que je rejecta, de façon qu il s'aperceut que j'entendois le mistère et tiens qu'il soit de présent à la Tour, pour ce que j'en donna advis à ladicte dame. Enfin le conseil s'est résolu que l'on envoyroit le grand-escuyer et Cornuailles devers ledici Wietz avec instruction et charge de luy dire que l'amas de gens de guerre qu'il avoit faict contre ladicte dame estoit crime de lèse-magesté, tendant à perturbation de son règne contre la tran- 1 Voir le n° LXV.

DU CARDINAL DE GRANVELLE. 209 quillité et liberté d'icelluy; que la publication il avoit faicte pour esmouvoir le peuple estoit faulce et inventée ; que si luy ou aultre avoit occasion de remonstrer aulcune chose, il le debvoit faire par requeste et non prandre les armes en main contre sa princesse et royne; que s'il prenoit fondement sur le mariaige qu'elle avoit contracté avec son altèze , et treuvoit

3e FRAGMENT.

Je fus de la mesme opinion qu'elle fit entendre [à son

conseil] estant fort perturbé; aulcuns d'eulx persistoient [sur cet article1], singulièrement le chancellier, les autres non; ce fut elle [qui montra] tel cueur, qu'elle dict ne se vouloir retirer si le conte de [Pembroch] et Clinton vouloient faire leur debvoir; et incontinant envoya devers eulx, qui la suppliarent ne bouger, l'asseurant que Dieu luy donneroit victoire. Et en toute diligence firent assembler leurs gens de chevaulx et de pied et se camparent en la plaine devant Saint- Gems2, firent trancliiz , plantarent l'artillerie, mirent en bataille leurs gens de pied qui montoient près de dix mil hommes , formarent trois beaulx et bons escadrons d'environ quinze cens chevaulx , attendais la venue dudict Wyetz, qui pensant les forces de ladicte dame n'estre telles, et pensant les conjurez et héréticques debvoir prendre son parti, comme homme désespéré print le chemin de SMjems sans ordre , et passa jusques en la ville avec trois ou quatre cens hommes; et les gens de ladicte dame mirent en fuyte et rote3 les autres rebelles, en prindrent prisonniers jusques à quatre ou cinq cens, en tuarent environ deux cens, en blessarent aultant ou plus. Ledict Wyetz fut prins à la porte de la ville; tous les capitaines prins, Pelham tué, Alper4 prisonnier; et ainsi Dieu donna victoire à ladicte dame sans perdre que deux hommes et trois qui furent blessez, qu'est miracle évident. Le conte de Pembroch, Clinton,

1 (De quitter la capitale?) 3 Déroute.

2 Saint-James. * Le chevalier George Harper.

Foaltre1, Guerret, Warmon, Brun et la noblesse firent grand debvoir; Cortenay et le conte de Orcestre2, pour leur première guerre, se reti rarent arrière contre la court, sans cop frapper, et disoient que tout estoit perdu, que la victoire estoit aux ennemys, qu'a esté singulièrement noté, et a conferme ce que l'ambassadeur de France escripvoit, que l'emprinse se faisoit pour luy; avec ce, il tint propoz fort ligiers et dangereulx au conte de Luig3, luy disant qu'il estoit aussi bon comme Pembroch, et qu'il ne le vouloit obéyr, car l'on le tenoit à suspect. Et quant [Thomas Corjnouaille, qu'est homme [dévoué] à ladicte dame, [luy4 dict] qu'il ne faisoit l'office qu'il avoit promis, ny le debvoir auquel il estoit obligé, ce néantmoins il monstra ce qu'il avoit deans le cueur, dont la dame est fort irritée et en délibération consulter avec son conseil ce qu'elle doit faire de luy et de ladicte Elisabet, qui se fortifie en sa maison, où elle est malade; et par rapport que l'on a, elle deppend plus de victuailles en huict jours qu'elle ne souloit faire en ung mois.

Le mesme jour, ladicte dame a eu nouvelles de la prinse de millor Thomas5, le second frère du duc de Suffoc, et que Croff6 estoit aussi prisonnier.

Ledict duc de Suffoc a escript sa confession de sa propre main et signé, confessant que le regret de sa détention et arresi, le peu de compte que le conseil a faict de luy, la crainte qu'il eust quant Variiez [sic) fust prisonnier, la practique de Pierre Caro7 et de Croif, qui avoient entreprins de faire royne madame Elisabet avec plusieurs autres conspirateurs , l'avoient meu de laisser le parti de ladicte dame et se joindre avec les rebelles, et mesmes que son frère Thomas l'avoit persuadé jusques au boult et que ledict Thomas

1 (Fitz- Walter ?) de la Tour de Londres sous le roi Edouard

2 Worcester. 11 échappa au supplice , et la reine Eli

3 Ce nom, surchargé dans notre mi- sabeth le fit gouverneur de Barwick. nute, est fort difficile à lire. 7 Pierre Carew s'était réfugié en France;

1 (A Courtenay.) il reparut sous le règne suivant, et se dis-

5 Gray. lingua dans les guerres d'Irlande.

James Grofft, qui avait été lieutenant

avoit practiqué lcdict Pcmbroch, mais qu'il n'avoit voulu préster l'oreille à ce; demandant marcy et non justice. Ledici Thomas estant prisonnier a escript lettres à ladicte dame pour miséricorde; mais elle est déterminée de passer ses affaires par la justice requise , puisqu'il ont mésusé et abusé de sa clémence et miséricorde, et de incontinant leur faire trancher les testes.

Si son commandement a esté fait, l'on trancha mardi la teste à Jane de Suffoc, mais je ne le sçay encoires.

Incontinant que la bataille fut donnée, le conte de Pembroch et tous les gentilzhommes et millors vindrent devers ladicte dame pour luy annuncer les bonnes nouvelles, laquelle leur remercia avec pro-

poz tant convenables et si propres qu'ilz se prindrent tous

L'AMBASSADEUR RENARD

A CHARLES- QUINT

Sans date [ vers ie i/i février i554],

FRAGMENT

Ledict conseil m'a advertí comme les gentilzhommes de

Galles, de West, de Nort, se sont de leur mouvement assemblez et juré fidélité et service entier à son altèze et ladicte royne, maintenir le mariaige contracté, et ceulx du coustel de Pienone1 ont escript à ladicte dame comm'ilz ont pourveu pour recepvoif son altèze honnorablement et seurement; et jà le peuple de Londres commence à se recongnoistre et dire que son altèze sera le bien-venu, pourveu

Plymouth.

qu'il ne amène souldars estrangiers; et m'a usé ledict conseil de termes et familliarité comme si jà l'alliance estoit consommée, confessant que la seule constance de ladicte dame avoit causé la victoire: car se retirant de Londres, Testât de tout le royaume estoit perturbé et en dangier de ruyne.

L'ambassadeur de Venise a demandé audience pour conjouyr la victoire et prospérité de ladicte dame , qui luy doit respondre selon ce que son conseil luy a donné, qu'est par termes de dissimuler, oblier le maulvais office que ont fait les pilotes et capitaines de la naviòre vénitienne qui ont donné artillerie à Wyet. L'ambassadeur de France n'a demandé audience à ladicte dame, sinon du conseil, et, selon que j'ay préveu dez longtemps, il est impossible que l'Angleterre n'entre en guerre avec les François, et qu'ilz 1 ne assistent vostre majesté. Sur quoy il emporte votre majesté face la démonstration ii luy semblera convenir à ce que, si les princes de la Germanie l'invehissent, elle s'aide desdicts Anglois contre les François, et qu'elle advise pour entretenir les contes de Pembroch , d'Arbye2, admirai, Guillaume Clinton etaultres de service, quant il plaira à vostre majesté lever le nombre de gens de pied par deçà qu'elle a advisé : ce seroit pour commancer et occasion à plusieurs à sondict service; me remectant néantmoins de tout ce qu'il luy en plaira arbitrer pour le mieulx.

Ladicte dame actend en grande dévotion la ratification de son altèze ; et la dispence du pape, comme faict ladicte dame aussy.

Millor Foatre, qui va par delà, est fils du conte de S 3 et

est parsonnaige entendu en langaige et je prie vostre majesté

le face recepvoir selon il luy semblera pour le mieulx.

.... Le conte de Pembroch m'a envoyé Matcon , qui a servi l'année passée vostre majesté, pour me confermer la volunté il a au service de vostre majesté et son altèze, et que, en ce que vostre majesté le vouldra employer, il effectuera son commandement. Ledict

1 (Les Anglais.) 3 (Stanley?)

2 Derby.

Matcon a faict très-bon debvoir pour le service de ladicte dame, m'aiant prié escripre ses excuses à vostre majesté de ce [qu'jil a plus tardé et séjourné par deçà qu'il ne pensoit, et pour le recommander à vostre majesté; et si elle se resoilloit faire quelques gens de pied par deçà , elle en pourroit faire parler audict Matcon , si elle le trouve bon.

Cestes escriptes, ladicte dame m'a mandé que Cortenay estoit arresté au logis du conte de Sussex.

Plusieurs sont après pour persuader ung parlement pour en[tendre] résolulivement l'intention du mariaige de son altèze, à ce qu'il n'y ayt à advenir difficulté.

Le duc de Suffoc et son frère Jehan sont esté amené ce jourdhui en la Tour.

Le chancelier et Arondel1 sont en grande querelle, et Paiget est avec Arondel et le secrétaire Piètre, qu'est partial et dangereux pour les affaires de ladicte dame.

J'ay confirmation de bon lieu que les princes d'Allemaigne et le roy de Dannemarch avec eulx ont une emprinse sus contre vostre majesté, qui doibvent exécuter ce printems pour raison du marquis Albert; qu'ilz dient vostre majesté ne observe le traicté faict et passé, ny les pourvoye de qu[oi que ce soit] , comme elle avoit promis , et pource qu'elle néglige les affaires de l'empire, qu'ilz dient; et m'en a l'on parlé de telle affection que les larmes estoient aux yeulx. Aussi a-t-on receu lectres que le roy de Boihème estoit de la menée, jusques à prendre diffidence des affaires2 es pays d'en

bas3

1 Le comte d'Arundel , grand maître " et 3 Lacunes pai- altération de la dé-

de la maison de la reine. pêche.

L'EMPEREUR

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, III, i3i-i32.)

Bruxelles, 18 février 1 553 , V. S.

L'empereur et roy.

Chier et féal : Aiant receu voz lettres des v et vme du présent, avec les pièces y joinctes, et par icelles entendu la particularité de l'heureux succès qu'il a pieu à Dieu donner aux affaires de la royne et rendre les chiefs de la conspiration, demeurez en vie, entre ses mains, et veu comme en tout avez usé, qu'a esté à nostre très-grant contentement, nous nous sumes délibéré de renvoier par delà nostre cousin le conte d'Egmont, avec les povoirs du prince nostre fdz, et l'instruction telle que verrez, à laquelle nous remectrons, puisqu'elle est commune pour vous deux, et ne vous ferons longue lettre, actendu que ladicte instruction satisfaict à la plus grande partie de ce que vous avez escript et à ce que vous sçaurions respondre, selon Testât présent des affaires : ne faisant doubte que tiendrez regard d'encheminer ledict sieur d'Egmont et de négocier en tout conforme à ce que, par ladicte instruction et noz précédentes lettres, vous aurez clère cognoissance de nostre intención. Seulement adjousteronsnous que nous désirons que vous vous informez plus particulièrement, par tous les moiens que verrez convenir, pour advérer plus par le menu ce que vosdictes lettres contiennent de la promesse faicte par le roy de France au duc de Clèves, à l'instance de sa seur1

' Anne de Clèves, fdle du duc Jean III i54o. Elle fixa son séjour en Angleterre, et de Marie de Juliers, quatrième femme où elle mourut en 1Ò57. du roi Henri VIII, mariée et répudiée en

délaissée par le feu roy Henry, par le moien de madame Elisabet, afin que, selon le fondement que l'on y treuvera, nous puissions tant mieulx regarder ce que nous devrons faire de nostre coustel ; ne faisant doubte que, considérant la royne comme cecy nous emporte, elle vous donnera toute l'assistance requise pour descouvrir le fondement qu'il y peult avoir en cecy.

Aussi sera-y requis que vous enfoncez plus avant les practicques dont vosdictes lettres font mención, que le cardinal Polo et Bonvisi tiennent au préjudice de nostre intención, dontjusques à oires n'avons descouvert aulcune chose; ny est entré le cardinal avec nous en aultre négociation dois sa venue, synon de discourir et communicquer pour treuver quelque moien pour attacher la practicque de paix avec France, qu'il dict estre la principale charge que pour maintenant il a de sa saincteté; combien que jusques à ores il n'a mis en avant chose sur quoy l'on puisse faire fondement : et vous serez adverty de ce qu'il pourra cy-après mectre en avant davantaige.

Quant à lever gens de guerre anglois, dont ci-devant vous avyons escript, s'estoit satisfaisant à ce que vous avyez mis en avant; et puisque les choses sont en aultres termes, vous le pourrez délaisser ainsy, sans pour maintenant en faire aultre semblant.

Quant aux occurrans, ce que s'offre pour le présent est que le duc de Florence, ensuyvant aulcunes négociations dois quelques mois tenues avec luy, a assailly de quatre costelz, le xxiiir0 du mois passé, Testât de Sènes, et faict de sorte que l'une des emprinses qu'il avoit sur ung fort qu'est à la porte Camolea de ladicte ville de Sènes1, dois où se domine la pluspart de la ville et que lesdicts François avoient construit pour dissimulément y faire ung chasteau, a esté occupé et rendu entre noz mains par les gens que conduisoit celle part le marquis de Marignan2; et ne sçavons encores ce que sera succédé depuis, synon que ceulx qui avoient faict l'envahie des autres costelz

1 Pierre Strozzi défendait Sienne an Marignan, né de basse extraction, mais

nom du roi de France. qui parvint par ses qualités militaires aux

ì Jean-Jacques Medichino, marquis de plus hauts emplois dans les armées impé-

s'alloient joindre avec iedict marquis, pour vivement povoir faire

plus grand effort contre ladicte ville.

Et quant à Corsica, les François qui sont à Saint-Florenço y estoient en très-grande nécessité, et jà commençoient à parlementer, y estans serrez de sorte, dois l'arrivée des mm Espaignolz que le prince nostre fdz y a envoiez et cent que l'on y a envoiez dois Lombardie, oultre ceulx qui y estoient jà (quatre enseignes d'Allemans et quatre Italiens), que l'on a bon espoir, avec l'aide de Dieu, en venir tost au-dessus, s'estant jà retire le sieur de Termes, qu'esloit à vin miles près ledict Saint-Florenço, dedans l'isle, aux lieux que luy ont semblé plus sheurs. Vray est que de Marseille estoient sorties jusques à xxxiin gallères pour secourir ladicte isle, qui par ventz de levant avoient esté retenues, jusques aux dernières nouvelles qu'en avons heuz, aux isles Saincte-Marguerite. Et au surplus, les practicques des François en Allemaigne continuent, et l'on est après tout ce que l'on peult, pour les descouvrir et contreminer; et sera bien que continuez d'advertir continuellement de tout ce qu'en pourrez descouvrir et entendre, et aussi de ce que se faict en France, le plus au vray que faire se pourra, puisque avez bien la commodité d'y envoier gens. A tant, etc. De Bruxelles, le xvme de febvrier i553.

CHARLES

Et plus bas :

BAVE

r.iales. Il mourut à Milan, au mois de no- Jean-Angelo, fut élevé à la papauté et prit vembre 1 555. Quatre ans après , son frère , le nom de Pie IV.

LEVEQUE D'ARRAS

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, III, 217-2 18.)

Bruxelles, 5 mors 1 55-4.

Monsr l'ambassadeur: Dois le partement de Mons1 d'Egmont, j'ai receu voz lettres des xxme et xxvie du mois passé, et pource que ledict Sr sera (comme je présuppose ) jà arrivé , et que vous avez veu les instructions qu'il pourte avec les pouvoirs, présentz et argent, je tiens que vous demeurerez satisfaict quant à la résolution pour laquelle, par vos dernières, vous faictes instance, ne sçachant, comme je présuppose, que ledict sieur d'Egmont fût si près de vous, lequel le courrier qui aappourté les lettres rencontra assez près de Londres.

Et comme les lettres, que depuis vous avez escript, sont principallement advertissementz qui ne requièrent pour la pluspart aulire responce, sinon pour vous certifier le contentement que sa majesté prend de vostre diligence, et vous exhorter à la continuation , dont je ne fayz doubte que de vous-mesmes vous tiendrez soing, sa majesté a différé jusques à oires de vous y faire aultre responce, avec ce que, pour vous dire le tout, l'on estoit après pour practiquer en Anvers ung change de cent mil escuz pour la royne d'Angleterre, pour lesquelz la royne d'Hongrie se debvoit aussi obliger; mais comme à l'opinion des marchans d'Anvers, confirmée par celle de Bonvisino, [ne] sont encores si asseurés comme il seroit requis, pour les bien asseurer, l'on n'a sceu encores venir au bout de les recouvrer, et en ce seul poinct consiste la dilación de la responce, dont toutesfoys ne ferez semblant jusques l'on vous advertisse de ce que se pourra

PAPIEP.S D'ETAT. IV. 28

enfin faire. Cependant je n'ai voulsu délaisser de , pour satisfaire à vostre désir, vous redépescher ce pourteur, et vous advertir de l'arrivée de vosdictes lettres, vous priant de continuer d'advertir de tout ce que passe, et signamment de ce que se fera en l'endroit de Cortenay et de madame Elisabet, et si Paget est de retour en court ou non; quelle forme d'establissement prengnent les affaires de la royne ; ce que vous entendez du coustel de France , tant par ceulx que ( selon que je présuppose) vous aurez envoyé aux havres, pour oculairement veoir ce que l'on y arme, comme aultres par le moyen desquelz vous puissez entendre ce que l'on faict audict France : quelles préparatives de guerre, quel moyen de finance, quelles practiques, avec qui et de quelle qualité, pour tousjours nous assheurer tant plus de ce que l'on en descouvre par aultre coustel , afin d'avoir tant meilleur moyen pour contreminer le tout.

Aussi sera-il requis que vous soyez vigilant pour de temps à aultre advertir monseigneur nostre prince de Testât des. affaires en ce coustel-là, puisque il lui emporte tant d'en sçavoir la particularité, doigeant faire le voyaige dont à présent il est question.

Vous pourrez assheurer par delà que noz quatorze basteaulx de guerre sont prestz pour en quatre jours les mectre en mer, fornis de toutes choses et de gens, toutes les foys qu'il sera de besoing; mais il sera requis que, pour prendre pied de ce qu'ilz debvront faire, vous regardez de nous esclercir les pointz suyvans, à sçavoir: si réalement les Angloys arment navires de guerre, quel nombre et de quelle qualité, à quelle fin; s'ilz pensent rassembler tous leurs navires ensemble ou les répartir es ports, ne retenant quelque nombre d'iceulx joinctz, pour courrir çà et là pour assheurer la coste, et quel nombre en ce cas ilz députeront à cest eflfect, et pour quant ilz seront prestz; s'ilz prétendront se vouloir joindre avec les nostres et quelle intelligence et correspondance ilz vouldront en ce cas tenir avec iceulx : vous priant que, pour satisfaire à tout ce que dessuz et au surplus contenu en ceste, voz lettres viennent adressées à sa majesté mesme.

Le cardinal Polo estoit jà party quand vos pénultièmes lettres arrivarent, et soubdain je luy envoyay celles que la royne luy escripvoit, par courrier exprès, par lequel il m'a respondu ce que vous verrez par sa propre lettre joincte à ceste; et depuis, j'ay entendu que celluy qui debvoit envoyer est passé secrètement par icy et va en Angleterre.

L'on m'a communicqué secrètement une lettre que le cardinal Farnese luy a escript, par lesquelles, après luy [avoir] donné compte des troubles d'Angleterre , en laquelle narration il y a beaucoup de choses songéez à plaisir et que ne passarent oncques, il vient finallement à conclure par l'exhorter à ce qu'il voy se en Angleterre , pour ayder aux affaires de la religion et soustenir la liberté de sa patrie; luy ouffrant assistance et bonne correspondance de la part de France. Je ne sçay ce qu'il fera où il va1; mais il me dict au partir qu'il espéroit de persuader plus facillement aux Françoys de condescendre à bon accord , pour s'estre les choses d'Angleterre réduytes en estât plus paisible. Et enfin, il n'a icy négotié aultre chose, synon sur ce qu'il a voulsu persuader la voulenté de sa majesté impériale à la paix. L'on s'est arresté à ce que, quant, du coustel de France, l'on viendroit à proposer moyens raisonnables et telz que l'on congneut par iceulx que l'on veulle une paix certainne et vraye, et non paliée et déguysée pour faire pis, sa majesté impériale postposera ses justes resentementz, que particulièrement il peult avoir contre le roy, au bien publicque.

J'ay veu ce que vous escripvez par vos dernières des propoz qu'ont passé entre vous et l'ambassadeur de Venise, et l'ay faict lire à sa majesté, laquelle estoit informée de ce qu'estoit passé, ayant parlé comme je fis au secrétaire de son sceu et conforme à son intention, mais non pas si cruement comme ledict ambassadeur vous a dict : car, en préalable, je luy remerciay la congratulation qu'il faisoit de la part de la seigneurie, adjoustant que sa majesté et nous tous te-

1 II s'était rendu en France pour porter le roi à faire la paix avec l'empereur, mais il n'y put réussir.

nions pour certains que ladicte seigneurie et luy auroient très-grand contentement de veoir que les choses passassent si bien en faveur de la royne ; mais que je ne luy vouloye celer le peu de contentement que l'on avoit de veoir que leur ambassadeur en Angleterre , nonobstant qu'il fût admonesté, continua ses maulvais offices pour, contre la charge qu'il avoit de ses supérieux et par passion particulière, s'opposer à une si bonne œuvre comme est ce mariage, lequel toutesfois j'espéroye se feroit en despit de luy. Et velà comme formalement passarent les parolles; et enfin ne sçauroye dire dadvantaige, quant audict ambassadeur qu'est par delà, de ce que sa majesté en a donné de charge à Monsr d'Egmont, sur l'information que l'on a heu de ses actions par vos lettres.

Je vous envoyé les unctions que vous m'avez cy-devant demandé de la part de la royne, queje vous prie luy délivrer avec mes trèshumbles recommandations.

De Gènes et de Corsica nous actendons journellement, et avec grand espoir, bonnes nouvelles; et combien que, nonobstant la perte d'une galère de France, et que trois soient esté si mal traictées de la tormente que l'on a esté contrainct de les laisser au port, les autres , au nombre de xxvin, estoient parties, forsans le temps, pour s'essayer d'aller secourir l'islede Corsica. Maisj'espère qu'elles seront arrivées tard; et, combien que à Gènes l'on n'en eust encoires nouvelles pour le maulvais temps, la place de Saint-Florenzosera jà rendue, selon les termes esquelz elle estoit lorsqu'en vindrent les dernières nouvelles.

Nous avons nos négociateurs et practiqueurs en Allemaigne à tous coustelz ; mais encoires n'y a-il chose de certain qui soit d'importance méritant en donner grand advertissement.

Le Sr don Fernande Gonzaga1 a escript à l'empereur qu'il vient,

1 Ce seigneur, qui avait le gouverne- rage , mais féroce et sanguinaire et d'une

ment du Milanais, le perdit dans cette avarice insatiable. (Voir tome II, p. 43g ,

même année i55A, et mourut trois ans note 4-) après. C'était un homme d'un grand cou-

selon ce que sa majesté luy a permis. Vray est qui se détenoit ung petit, pour empescher que les François ne passassent oultre de deux ou trois places non fortes que sont près de Velle-Fournière.

Je ne travailleray par mes lettres, pour maintenant, Monsr d'Egmont, pource que je suis assheuré qu'il aura bien par delà en quoy employer le temps, oultre ce que je tiens vous luy ferez part du contenu en ceste. Bien vous prié-je luy présenter mes humbles et très-affectueuses recommandations.

Et à tant, etc De Bruxelles , ce ve de mars 1 55,4.

Vostre bon confrère et vray amy,

LEVEQUE D'ARRAS

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, III, 219.)

Bruxelles, 16 mars 1 554-

Monsr l'ambassadeur : Ces deux motz seront seullement pour accompagner le Sr don Joan de Mendoça, que l'empereur et la royne de France envoyent en Portugal deverz le roy et la royne, et principallement devers la fille de ladicte royne de France. Je vous prie de me faire ce plaisir de le veoir voulentiers et de luy donner toute faveur et assistance requise pour son bon et brief passaige ; et joinctement vous diray-je par ceste que voz lettres du vine sont arrivées, par lesquelles l'empereur a heu le contentement austant grand que

vous sçauriez penser, et avec bonne raison , véant les choses si bien encheminées en ce coustel-là. Je crois qu'il vous respondra tost , et aussy feray-je lors à celle que vous m'avez escript; mais ce pendant je ne veulx délaisser de vous advertir que je me double que ce que vous escripvez à sa majesté ne satisfera à ceulx de par deçà, pour responce de ce queje vous escripvisdu ve, touchant les choses que l'on désiroit sçavoir de l'armée de mer des Anglois, pour, selon ce, se résouldre en ce coustel de la nostre; et mesmes ce que lesdicts Anglois pensent faire avec icelle, soit de la tenir ensemble ou la séparer parles portz, délaissant une partye que puisse aller çà et là, le nombre d'icelle, la correspondance qu'ilz vouldront tenir avec les noslres; sur quoy il sera bien que vous revéez mesdictes lettres et ce que vous avez escript, pour satisfaire catégoriquement à tous lesdicts poinctz que sur cecy vous ont esté mis en avant, afin de donner à ceulx icy plus de contentement, et que l'on y puisse prendre meilleure et plus assheurée résolution de ce que l'on y vouldra et pourra faire. A tant, me recommandant affectueusement à vostre bonne souvenance, etc. De Bruxelles, ce xvie de mars 1 554.

Vostre bon confrère et amy, L'ÉVESQUED'ARRAS.

L'EMPEREUR

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renaud, III, i35-i36.)

Bruxelles, 19 mars i553 , V. S.

L'empereur et roy.

Chier et féal : Nous avons receu voz deux lettres des vme et ixe du présent : la première de nostre cousin le sieur d'Egmont et vous par ensemble, et l'autre de vous; et pour estre ledi et sieur d'Egmont jà party, la responce s'adressera à vous seul.

Nous avons veu par lesdictes lettres le discours de vostre besongné, suivant l'instruction que ledict sieur d'Egmont porta, en quoy avez si bien et prudemment enebeminé le tout que nous en avons entier contentement et le tenons à service très-agréable ; et nous a esté ebose de très-grande satisfaction veoir comme la roync et ceulx de son conseil ont procédé, etl'assbeurance si grande qu'ilz donnent que la venue du prince nostre filz par delà n'y puisse causer aulcun trouble. Si est-ce qu'il sera de besoing que vous continuez le soing qu'avez tenu jusques à présent pour descouvrir comme toutes choses passent par delà, et que vous y soiez d'austant plus vigilant, comme ledict passaige est plus proche, pour en advertir de temps à aulire nostredict filz, puisque selon ce se doit-y régler en sondict passaige, et que vous luy faictes aussi sçavoir toutes les nouvelles que vous pourrez avoir certaines et avec fondement des apprestes de mer que font les François, actendu qu'il luy emporte tant y tenir respect pour, selon ce, s'encheminer soit du coustel de Hantonne1, en cas

1 Hampton.

que la flotte qu'il prépare soit supérieure à celle de France, ou synon par celluy de Bristoul, où, avec moindre nombre de navières, il pourra venir plus sheurement. Bien entendu toutesfois que, pour cstonner les François et les désespérer de povoir faire effort par mer que puisse empescher le passaige de nostredict fdz, nous faisons haster en toute diligence l'apprest de soixante jusques à imxx hulckes grandes de Hollande , qui vont de conserve en Andelosie pour leurs négociations, lesquelles doyvent prendre le chemin de la Corongne, où nostredict filz doit embarquer, et, s'il en avoit besoing, pour les joindre avec les soixante ou peult-estre plus grand nombre qu'il faict apprester : il n'est au povoir de France de faire semblable équippaige. Quant à celles de guerre qu'avons jà dois quelque temps prestes, nous les entretiendrons ainsy jusques nous aions entendu que celles d'Angleterre soient prestes, et que entendions quelle correspondance l'on vouldra tenir avec icelles du coustel dudict Angleterre; sur quoy il sera bien que satisfaictes bien particulièrement de point à autre à ce que sur cecy, dois peu de jours, l'évesque d'Arras vous a escript par nostre ordonnance.

Nous avons aussy receu les ratini cations et l'instrument du mariage par motz de présent, et l'aiant fait examiner particulièrement, le tout nous semble très-bien et suivant la correspondance que nous attendions de ladicte royne, à laquelle vous remercierez de nostre part, toutes les fois que l'occasion s'adonnera et verrez qu'il viendra à propoz, la très-grande affection que en tout elle démonstre avoir en nostre endroit et de nostredict filz , louhant sa vertu et magnanimité, [et que] avec l'aide que Dieu lui a donné, les choses soient si bien passées, avec l'espoir et apparence qu'il y a de plus grand establissement tous les jours en ses affaires : l'exhortant tousjours à tenir le soing qu'il convient de son assheurance, et pourveoir aux choses dois le commancement, sans attendre que les practiques que pourroient estre contre elle prengnent pied, s'asseurant de ceulx qui la pourroient mouveoir; que, comme vous avons escript et contenoit ladicte instruction , l'exécution et chastoy de ceulx qui le mé-

ritent se face tost, usant, à l'endroit de madame Elisabet et de Cortenay, comme elle verra convenir à sa sheureté , pour après user de clémence en l'endroit de ceulx qu'il luy semblera , afin de tost rasseurer le surplus, pour les raisons ci-devant tant particulièrement touchez. Et à nostre advis, doibt ladicte dame bien considérer de esloigner pour maintenant Londres le plus qu'il luy sera possible , pour estre chief-ville du royaulme, et sur laquelle se faict par delà principal fondement; et ferez en son endroit l'office que sur ce verrez convenir, ou le délaisserez selon Testât auquel verrez les choses : puisque si jà elles estoient prestes pour aller ailleurs, et que au changement il y peut avoir difficulté , il ne seroit convenable la travailler sur chose faicte. Et aussi sera-y bien que tenez la main à ce que , si l'on advère l'intelligence que celluy qui a charge de Douvres tient avec les François, que l'on regarde de s'en saisir par temps, pour y remédier.

Et puisque, comme vous escripvez, il sera à propoz que dois maintenant nous envoions quelc'un de ce coustel qui tienne soing d'encheminer toutes choses comme il convient pour l'arrivée de nostredict lilz , considérant l'expérience que dois longtemps le sieur de Corrieres a des choses de par delà , et la cognoissance qu'il a des personnes, non-seulement du coustel d'Angleterre, mais aussi de ceulx d'Espaigne qui pourront venir avec nostredict filz, pour les accommoder les ungs avec les autres, nous nous sumes délibéré de l'envoier celle part et le faire partir tost, pour se treuver au lieu où vraysemblablement nostredict fdz pourra désembarquer, afin que prenant plus particulière cognoissance d'iceulx, il puisse, où qu'il arrive, mieulx satisfaire à l'effect susdit; et si envoierons joinctement avec luy nostre alcade , pour ce que nous aiant jà si longuement servy hors des royaulmes d'Espaigne, et estant plus accoustumé avec ceulx qui ne sont de sa nación, il pourra mieulx servir à nostredict filz pour faire cesser tous désordres, que ne feroit ung autre venu cruement d'Espaigne.

Au regard des pensions et présens, afin que nostredict filz gaigne

en ce coustel-là plus d'affection et crédit, il nous a semblé le mieulx que luy-mesmes les donne, dont bien particulièrement l'avons adverty par le dernier courrier que luy avons dépesché , et afin qu'il vienne pourveu selon ce; et cependant il sera bien que vous nous esclarcissez le plus que vous pourrez la particularité des billetz que nous avez envoiez tant sur lesdictes pensions que présens, et aussi de ceulx que l'on prétend par delà que nostredict filz devra prendre en son service, que ne se peult bien comprendre desdicts billetz sans avoir plus d'esclarcissement, que vous pouvez mieulx donner, aiant sur ce communiqué avec la royne et ceulx de son conseil.

Nous ferons examiner Dubois sur les propoz que dictes il doit avoir tenu de vous, pour faire, selon sa responce, comme nous verrons convenir à vostre descbarge et satisfaction ; et pourrez accepter le présent que vous a faict la royne, sans scrupule. A tant, etc. De Bruxelles, le xixe de mars i 553, avant Pasques.

CHARLES

Contresigné :

BAVE

L'EMPEREUR

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, III, 187 et suivantes.)

Bruxelles, 2 avril i554.

L'empereur et roy.

Chier et féal : Nous avons receu voz lettres des xv, xvi , xxn et xxme du mois passé, et louhons grandement que si particulièrement

nous advertissez de tout ce que vous povez entendre de Testât des affaires d'Angleterre, congnoissans assez que la difficulté que vous mectez à la venue du prince nostre filz celle part en ceste saison procède du zèle et affection que vous luy portez, et la doubte qu'avez, comme bon subject, de ce que luy porroit advenir au préjudice de sa personne.

Si est-ce que estant j à les choses enchemynées si avant qu'il ne convient faire aultre démonstration que de désirer le parfait ; et véant aussi le désir de la royne si expressément tesm oigne par voz lettres, et considérant en quoy elle s'est mise pour l'affection qu'elle nous porte et à nostredict filz, tenant aussi regard â ce que qui se vouldroit fonder sur la conjecture des inconvéniens qui pourroient advenir, il n'y auroit nul temps auquel l'on le peust asseurer de venir, sans quelque tel bazard , à la consumation du mariage auquel l'on a jà passé si avant; et qu'estant toutes choses prestes pour sondict passaige, ce seroit chose de très-grande desréputation y vouloir faire changement, et que donneroit augmentation de cueur aux ennemys et malveullans, et le feroit perdre à ceulx qui sont bien affectionnez: qu'est chose que, avec très-grande raison, ladicte royne pourroit sentir griefvement; et que de passer nostredict fdz droit icy, costoyant si longuement le royaulme d'Angleterre, ce seroit pis, comme vous le povez considérer, oultre ce que les praticques que les François avoient meuz celle part en cinq ou six mois sont, par la victoire qu'il a pieu à Dieu donner à ladicte dame, rompues, et que dicy à septembre ilz auroient temps pour en movoir des nouvelles, que leur seroit plus facile pour les raisons susdictes; nous nous sumes résolu à ce que, si il ne survient autre chose qui donne plus certaine conjecture de plus grand mouvement, nostredict filz passe. Et doubtans que, ayans receu voz lettres et les copies de celles que nous avez escriptes, il y eust quelc'ung de ceulx qui désireroient son séjour en Espaigne qui luy meist son passaige en plus grande difficulté, nous luy avons dépesché, par plusieurs coustelz , en toute diligence, afin que, par ce que vosdictes lettres contiennent, il ne se laisse

destourner de la détermination qu'il a prinse de briefvement passer; et sera bien que, sans faire mention à ladicte dame que l'on aye mis scrupule ou difficulté audict passaige, vous l'asseurez des diligences qui se font en Espaigne pour encheminer icelluy, luy donnant espoir qu'il sera de brief là, comme aussi nous l'espérons avec l'aide de Dieu. Et ceste opinion de son brief passaige pourra peultestre beaucop servir pour rompre praticques, par désespoir de les povoir conduyre à fin avant sadicte arrivée, et se encoraigera la royne et ceulx qui sont bons ; et lui pourrez recommander que ce pendant elle tienne soigneuse vigilance d'accommoder toutes choses comme il conviendra pour la seurté de tous deux.

Et certes nous congnoissons évidamment que la dilación que l'on a mis à l'exécution des prisonniers, pour après soubdainement, par pardon général, rasseurer le surplus, a mis les choses de ce coustellà en plus de perplexité, comme le tesmoignent assez vos dernières lettres, et n'est, selon que l'escripvez, sans suspicion le chancellier de y avoir procédé si lentement pour quelque respect l : si est-ce que de nostre part il ne semble convenir de faire en son endroit aulcune démonstration que luy puisse ou doige donner sentiment; et si l'on voit qu'il ne s'accommode à procéder sincèrement pour seconder l'intention et volunté de la royne, ladicte dame mesme luy en pourroit faire quelque remonstrance, selon les termes dont elle usa quant elle le voulsit desmouvoir de l'oppinion qu'il tenoit de vouloir marier Cortenay avec elle : combien que s'est ung poinct si délicat, avant que ses affaires soient plus confermez , qu'il seroit mal possible y donner seur advis de si loing; et mesmes actendu qu'il fauldroit que ledict office nasquit sur-le-champ, selon que l'occasion présente donneroit opportunité pour ce faire. Et puisque ladicte royne a déterminé réduyre son conseil d'estat au nombre que vous escripvez, usant aussi de la discrétion contenue en voz lettres, pour dextrement en esloingner les autres seigneurs, sans leur donner sentement, et que l'on estoit après pour reconseiller2 avec ledict

(Envers Courlenay. ) ~ Réconcilier.

chancellier les contes d'Arondel et Paiget; selon le succès de cecy, l'on verra aussy mieulx quel chemin prandront les affaires pour user en ce point selon ce.

Bien est-il requis que, comme quii soit, l'on modère la chaleur exhorbitante que ledict chancellier pourroit avoir, pour quelque respect que ce soit, aux affaires de la religion, estant requis de bien establir ce que l'on y a jà gaigné, pour par ce boult faire seur degré à ce que cy-après, estant les choses de ladicte royne plus confermées et asseurées, l'on vouldra faire sur ce poinct; et que au prochain parlement l'on traicte seulement de la comprobation et acceptation des articles du mariage, à quoy il est vraysemblable que nulluy se vouldra opposer, puisque c'est chose faicte, et à quoy on a passé si avant que Ion ne peult reculler : pour ce que en entremeslant audict parlement chose de la religion, ceulx qui sont peu enclinez audict mariage, et toutesfois ne le oseroient contredire, se pourroienl attacher à ce de la religion, pour s'ayder du port et faveur du peuple séduyt ; en quoy il sera bien que persuadez à ladicte royne qu'elle tienne la modération. En quoy, et en tout ce que négotierez avec ladicte dame de ceste qualité, il sera bien que ce soit appart, et que vous excusez ce que vous pourrez que ceulx du conseil ne puissent appercevoir que veullez empiéter sur leurs négociations, pour la jalousie qu'ilz en pourroient prendre, sans toutesfois vous rendre difficile en ce que d'eulx-mesmes ilz vous vouldroient employer; mais que vous en meslez de sorte qu'ilz entendent que ne voulez prétendre plus avant, sinon autant que eulx-mesmes treuveront bon, et que ce qu'en ferez soit plus pour leur complaire que pour désir qu'ayez d'y estre entremis, pour obvier aux soubsons que facillement l'on prandroit par delà, et afin qu'ilz ne jugent que l'on veulle empiéter gouvernement sur eulx. Et quoy que succède aux affaires de ce coustel-là, il est besoing que vous soyez soigneux pour les descouvrir, et continuez de nous en advertir le plus souvent qu'il vous sera possible , puisque selon que le changement pourroit estre , aussi pourroit-il estre requis que le feissions à nostre résolution.

L'ambassadeur, l'évesque de Norwitz, par charge de ladicte dame et du conseil, a icy remonslré i'apparance qu'il y a que le roy de France veuile mouvoir guerre en Angleterre par mer contre l'isle de With et le quartier de West, avec les intelligences de Caro, et par terre au coustel de Guynes; prenant plus grande conjecture du désir que les François doivent avoir de rompre, parce que leur ambassadeur propose querelles vielles et non fondées : faisant récit de la négociation dudict ambassadeur conforme à ce qu'en contiennent vosdictes lettres ; venant â conclure que ladicte dame et ceulx de son conseil désireroient sçavoir, en cas que les François les assaillissent, si de nostre coustel le royaume d'Angleterre seroit assisté conforme aux traictez , et afin que noz basteaux de guerre se tinssent prêtz pour se povoir joindre avec ceulx d'Angleterre, pour descouvrir la coste et s'aller mectre en lieu qui fût à propos, tant pour asseurer le passaige de nostredict filz que pour empescher toutes emprinses que les François, par mer, vouldroient faire; nous asseurant davantaige de la correspondance que ladicte royne avoit commandé que ses ministres tinssent avec les nostres, pour leur déclairer tout ce qu'ilz pourroient entendre se traicter et machiner par lesdicts François au préjudice de noz pays, et que en ce les nostres y voulsissent correspondre ; adjoustant ledict ambassadeur de soymesmes, que ceste déclaration encoraigeroit tant plus ceulx du conseil de ladicte dame pour vivement s'opposer aux praticques françoises et s'appuyer de ce coustel, où en toute saison les Anglois ont treuvé toute assistance.

Sur quoy lui a esté respondu que l'on s'apercevoit assez que lesdicts François, leurs anciens et naturelz ennemys, sercheroient tousjours de les offenser en ce qu'ilz pourroient avoir le moyen ; mais que toutesfois, s'ilz pouvoient éviter d'entrer avec eulx en guerre, il nous semble que ce seroit ce que plus leur pourroit convenir, pour avoir meilleur moyen d'entendre à l'establissement des affaires du royaume; ce que s'est dict notamment en ces termes, afin qu'ilz ne pensent que l'on ave procuré ceste alliance avec fin de les déclairer

de guerre contre lesdicts François, qu'estoit l'un des fondernens dont le feu duc de Nortumberlant se servoit pour encheminer ses déseings. Et pour ce quii est apparant (sans les plus instiguer), mal se pourra-y excuser qu'ilz n'entrent en guerre avec lesdicts François, signamment aux termes que ledict roy de France tient en leur endroit ; à ceste cause a esté adjousté à la responce que si toutesfois, suyvant les démonstrations qu'ilz font, ilz viennent à leur mouvoir guerre, qu'il fault qu'ilz se déterminent à se vivement défendre, et que ladicte dame ne double que de nostre coustel nous ne satisfaisions plainement à ce que le traicté nous oblige pour la defensión dudict royaulme. Mais que, oultre ce, nous ferons pour elle et pour icelluy jusques au boult tout ce que nous sera possible : veullant tenir le mesme respect comme il convient à ses affaires comme aux nostres propres, et que noz ministres tiennent austant de soing d'aclvertir les syens de ce qu'ilz pourront descouvrir et entendre que concerne ledict royaulme, comm'ilz feroient de ce que touche aux nostres. Davantaige lavons-nous assheuré que, suyvant l'instance que aussi vous en avez faict, et pour accomplir l'asseurance que vous avez donnée , noz xim bateaux de guerre se roient auprès de Douvres le Xe ou xne de ce mois, pour se joindre avec les xx ou plus grand nombre de ceulx d'Angleterre, et avons incontinent pourveu à ce que, com'ilz estoient prestz, l'on les mecte en mer pour les encheminer en diligence celle part, et avec iceulx ira le sieur de Waquene pour vis-admiral , cbief et superintendant, avec lequel ceulx de par delà pourront communiquer sur la mutuelle intelligence et correspondance qu'ilz devront tenir; et n'y peult aller pour maintenant le sieur de Bevres, admirai, pour estre nécessairement empescbé en aucunes clioses concernant ses gouvernemens de Hollande et Zelande Par les rapportz qu'ont fait au sieur Deeke aulcuns qu'il avoit envoie pour descouvrir quel équipaige de mer se dressoit en France , aians visité tous les ports , ilz ne treuvent qu'il y aye préparation d'armée que soit d'importance, et désirons bien sçavoir ce que aurez peu entendre par ceulx que devyés envoier sur le lieu: et

nous semble que, si ilz ne font plus grand effort , non-seulement il n'y aura chose de leur coustel que puisse donner empeschement au passaige dudict prince nostre fdz, mais encores que, arrivant icelluy en Angleterre avec armée de mer supérieure à celle que les François pourront mectre en mer, oultre les propres navières de la royne et les nostres xml, elles pourront servir pour contenir ceulx qui vouldroient mouvoir et exécuter tumulte en Angleterre, se véans désespérés du secours de France , et que les bons pourront estre soubstenuz desdictes forces de mer, qui pourront aussi empescher l'assistance que les François pourroient donner en Escosse , pour susciter nouvelles garboilles contre Angleterre en ce coustel-là.

Et pour austant , comme vous véez par ce que nostredict fdz escript, il est apparent que son passaige sera de brief, il ne nous a semblé devoir différer plus longuement l'envoy du sieur de Corrieres, auquel avons aussi donné tiltre d'ambassadeur pour vous assister aux affaires et afin qu'il n'alla celle part sans tiltre, après avoir esté si souvent emploie aux affaires en ce coustel-là; lequel, suyvant le désir de nostredict fdz , pourra estre moyenneur de l'intelligence et correspondance que debvront tenir par ensemble les officiers de nostredict fdz et ceulx de ladicte royne; et aussi l'alcalde, afin que, par temps, il sache de ladicte dame jusques où il luy semblera, et à ceulx de son conseil, que sa jurisdiction sur ceulx qui viennent avec nostredict fdz se devra extendre, et n'y a pourquoy le nom dudict alcalde doige estre odieux à ceulx d'Angleterre, puisque il est du tout en leur faveur, et pour chastier ceulx d'Espaigne et aultres de la court de nostredict fdz qui vouldroient excéder les termes de la modestie deue, et non pas pour attempter à l'encontre de ceulx d'Angleterre aulcune chose. Et partiront tost tous deux avec les instructions que vous verrez , vous recommandant et enchargeant traicter avec eulx et les encheminer en tout ce que pourrez.

Au regard des pensions que, à vostre advis, se devroient dès maintenant présenter et déclarer, vous aurez jà entendu la resolución que

y avons prinse et la cause que nous y meut, assavoir qu'elles se donnent par nostredict filz à son arrivée, afin que le gré luy en demeure; et n'y a pourquoy ceulx de ce coustel-là doigent sentir la dilación , puisqu'elle sera, avec l'aide de Dieu, de si peu de jours. Et pursque le chancellier vous en a parlé, pour lui entretenir la bonne volunté et d'autres qu'il vous semblera, vous leur povez , comme de vous-mesmes, déclarer et les asseurer que jà elles sont résolues, et que nostredict fdz à son arrivée leur en donnera le dépesebe; et est apparent et vraysemblable qu'ilz désireront tant plus ladicte arrivée, pour l'asseurance qu'ilz auront de lors recevoir ladicte grati fifi cation.

Vous pourrez aussi dire à ladicte dame comme l'on fait toute la diligence que l'on peult en Anvers , pour veoir si l'on y pourra recouvrer les cent mille escuz dont elle vous a parlé ; et jusques l'on voye ce que l'on pourra achever avec les marchans, nous ne vous pourrions sur ce point respondre plus asseurément.

Et pour vous advertir des occurrans, puisque ceulx de ce coustel-ià, comme escripvez, se meuvent facillement sur nouvelles que l'on leur fait entendre , vous pourrez asseurer, s'il vient à propoz, que les affaires du marquis Albert ne sont à beaucop près tant à l'avantaige de France comme ilz le publient, pour estre loing ce que l'on dict le roy de France luy avoit voulsu accorder de ce que l'on entend d'aucuns il demandoit; et a icy dépesebé ung syen secrétaire pour négocier avec nous , et ne sçavons encores quelle yssue prendra ceste négociation. Et quant à Italye , dois le recouvrement de Saint- Florenço et la perte que les François ont faicte de leurs gallères en grand nombre, et que Senna et reserrée de si près, lesdicts François y ont perdu beaucop de reputación ; voire et espère-1'on qu'ilz n'obtiendront devers le Turcq, à beaucop près, ce qu'ilz espéroient et prétendoient.

Quant au cardinal Polo, il est jà dois longtemps en France; mais jusques à ores l'on n'a entendu aucune chose de sa négociation : si est-ce que ne doubtons que de brief il advertirá de ce qu'il aura trouvé en ce coustel-là, et mesmes que le nunce du pape, résident

PAPIERS D'ÉTAT. IV. 3o

enceste court, le presse pour entendre ce qu'il aura négocié, afin d'en faire part à sa saincteté. A tant, etc. De Bruxelles, le second d'avril i 554-

Estant ce que dessus escript et les lettres prestes à signer, avons receu les vostres du xxvne du passé; et pour ce que par icelles, quant aux principaulx poinctz, vous remectez à ce que nous rescripvrez par vos premières, après que aurez communiqué avec ceulx du conseil, ne nous a semblé devoir différer l'envoy des présentes.

CHARLES

Et plus bas :

BAVE

LEVEQUE D'ARRAS

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, III, 1 3g- 1^2.)

Bruxelles, 2 avril i55A.

Monsieur l'ambassadeur : Vous verrez ce que l'empereur vous escript; et ha tant tardé la responce, pour non y avoir voulsu prandre resolución sans bien débaptre le tout , pour estre chose de si grand poix et avoir voulsu que la royne y entrevînt, qu'estoit à Bintz 1, où elle estoit allé faire ses Pasques, et pour l'indisposicion d'icelle y a faict plus long séjour que l'on n'espéroit; et soudain icelle venue, après avoir communiqué sur le tout, la résolution s'y print telle que

1 Binch, petite ville du Hainaut,où la perbe palais, orné de statues antiques et reine douairière de Hongrie avait un su- d'excellents tableaux.

DU CARDINAL DE GRANVELLE. 23a

vous verrez par lesdictes lettres, et je parlay, par le commandement de sadicte majesté, à l'évesque de Noortwitz en conformité de ce que vous verrez par lesdictes lettres, ausquelles je me remectz, et par icelle se satisfait à bonne partie de ce que vous m'avez escript des xxni et xxmie du moys passé, vous assheurant que sa majesté ha jusques â oyres très-grand contentement de vostre besongné , et je ne faiz doubte que vous y continuerez de sorte que journellement vous luy accroistrez tant plus.

Qui pourroit, comme voz lettres contiennent, appaiser et faire amys le chancellier et Paget et aultres principaulx conseilliers de la royne, afin que de commune affection ilz vacassent aux affaires de la royne, ce seroit ung grand bien, et ferez bonne œuvre d'y tenir la main et de vous conduyre selon que sa majesté vous escript; et vous le sçaurez bien faire si modestement qu'ilz ne puissent entrer contre vous en jalousie , pour doubte que voulsissiés empiéter aux affaires de par delà plus de ce qu'ilz vouldroient, puisque vous les congnoissez scruppuleux, sans pour ce riens délaisser de ce que vous verrez convenir pour les affaires de ladicte dame, assheurer le passaige de monsigneur nostre prince, et pour encheminer le fruyt que nous debvons espérer de ce mariaige. Mais que ce soit vous adressant à ladicte dame à part, et évitant aussi de la fascher ; et que comme l'on mit en l'instruction de M. d'Aigmont, ce que se debvra faire s'i mecte en avant par la royne à ceulx de son conseil, de sorte qu'il semble qu'il vienne d'elle; et évitez tout ce que pourrez de non démonstrer par l'extérieur plus d'inclination en l'une des parties que à l'aultre, afin que ceulx qui vous jugeroient estre leur contraire ne machinent à l'encontre de vous, puisque si facilement ilz trouveroient là port contre ung estrangier, et que vous congnoissez jà, dois que vous y estez, quelz humeurs prédominent en eulx.

Il sera besoing que vous soyez vigilent à descouvrir ce que passe, pource que telz pourroient estre les advertissemens de troubles apparens, que sa majesté pourroit, quant au passaige de monsigneur nostre prince celle part, changer d'opinion : combien qu'il fauldroit,

à ce que je puis appercevoir, que la cause fût grande et apparente pour le faire changer, tant ayme-il la royne et respecte les termes quelle a tenu en ce mariaige, et y est l'obligation que luy et son iilz ont de l'assister. Mais enfin advertissant de ce que vous pourrez entendre, et ce souvent et diligemment puisqu'il emporte tant, sa majesté et son altèze choisiront ce que leur semblera mieulx.

Je ne faiz doubte que dois la réception des lettres que monsigneur nostre prince vous ha escript, sil s'est peu faire convenablement, vous aurez procuré que les ambassadeurs de la royne 1 ne pasassent; mais je me doubte qu'il sera jà esté tard. La principale cause pourquoy son altèze le désiroit ainsi excuser est pour la doubte qu'il avoit que, comme la coste est en beaucop de lieux stérile, et que l'on est incertain où ilz pourroient aborder, ilz n'y sçauroient estre si bien traictez comme son altèze désireroit.

Doubtant sa majesté que ce que vous avez escripia sadicte altèze, et les coppies que vous luy avez envoyé de ce que vous aviez escript à sa majesté, ne causa quelque frayeur et dilación au passaige, et mesmes que plusieurs y mectroient voulentiers empeschement pour leurs particuliers respeclz , et que desdictes lettres et coppies ilz en pourroient prandre occasion, sadicte majesté ha dépesché incontinant et en toute diligence, par deux ou troys coustelz, pour advertir mondici signeur qu'il ne se laisse persuader à différer, s'il ne survient aultre chose, son voyaige.

Continuant ceste deliberación du brief passaige , il a semblé à sa majesté, comme vous verrez, debvoir envoyer mons. de Corrieres et l'alcade pour les raisons que les lettres contiennent, et avec instructions si modérées qu'il a semblé que n'y avoit chose que peut ou deut offenser ceulx de par delà. Ledict sieur de Corrieres n'a voulsu entreprendre le voyaige sans tiltre d'ambassadeur, disant que y ayant esté si souvent en ceste qualité, que qui ne luy donneroit plus grand tiltre ou du moings le mesme , il n'y pourroit aller sans

1 Celaient les lords Priveseel (Russel, comte de Bedford) , et Foaltre(?), fds aîné du comte de Derby.

perdre grandement de sa reputación, qu'est la cause pour laquelle sa majesté le luy a consentii. Vous le congnoissez, et iault que vous regardez de l'entretenir et temporiser avec luy, comme vous scaurez bien faire, pour luy donner tout le contentement qu'il vous sera possible. Car enfin il est signeur bien voulsu de plusieurs, et que s'il vouloit faire malvais office, il y auroit par deçà plusieurs qui l'escouteroient, dont je vous advertyz comme vostre amys. Il menoit avec soy Duboys, que j'ay faict rappeler pour l'examiner, et feray dextrement ce que je pourray afin qu'il ne voise par delà, pour non vous fascher. Je l'ay ouy en présence du secrétaire qui ha annoté sa déposition, en laquelle il persiste en ce qu'il donnera gens desquelz il a entendu que vous ayez procuré le pardon du marquis de Northanton, et receu de luy, pour ce faire, présent, et que aulcuns du conseil de la royne l'ayent trouvé malvaix ; et qu'il est vray que, meu du zèle qu'il a au service du maistre , il en ayt parlé à aulcuns , mesme à Schefne et au chancellier de l'ordre et aultres, non comme de chose controuvée de luy, mais qu'il avoit ouy à gens qui le pensoient sçavoir, et qu'il s'esbeyt que vous vous en attachez à luy, puisque tant d'aultres en parlent; mais que vous avez conceu hayne contre luy pour quelque advertissement que, par commandement de voz colleghes , il adjousta aux lettres communes, lors que la première ambassade s'envoya, et pour ce qu'il descouvroit le chemin de voz négociations. Je procure d'entretenir pour maintenant la chose ainsy, doubtant qu'il n'en face grand bruyt jusques j'aye nouvelles de vous : vous veullant cependant bien advertir de ce que dessuz et de ce que ledict Duboys dépose , duquel je pensoye avoir plustost responce négative que telle que dessuz : et certes les langues sont maintenant fort libres, et vois que l'on parle souvent à bien petit, voire et sans occasion.

Vous verrez ce que l'on vous respond quant aux cent mil escuz; il sera bien que vous en parlez de sorte à la royne que vous ne la désespérez , mais regardez aussi que vous ne luy donnez trop grand espoir; car, pour vous dire le tout, la royne m'a icy dit quelle voit

fort peu d'apparence de les pouvoir recouvrer, et fault que vous vous

gouverniez sur ce poinct dextrement, selon ce.

Je crains quant je voys la bonne royne d'Angleterre entre ceulx qui la servent si divisez ; et fault qu'elle prengne grand regard à sa sheurté propre, et à auctoriser ce qu'elle vouldra commander, que ne se peult faire sans avoir les forces en main , et qu'elle aye gens de guerre avec soy qui luy soient féaulx et affectionnez , et signantement ceulx à qui elle en donnera la charge, que vous lui debvez persuader tout ce qu'il vous sera possible.

Je vous mercye cordialement les aneaulx que vous m'avez envoyez béniz par la royne, que je répartiz à l'arrivée, et espère qu'ilz sont de plus de vertu que ceulx qui sont estez béniz d'aulcuns ses prédécesseurs. L'empereur print de fort bonne part ce que luy avez envoyé, queje croys aussi que sa majesté aura réparty: car choses bonnes sont d'aultant meilleures comme le fruyt en est réparty en plus de lieux. Et me recommandant, pour fin de ceste, affectueusement, etc. De Bruxelles, le 11e d'apvril 1 554--

Vostre bon confrère et amy, L'ÉVESQUE D'ARRAS.

LEVEQUE D'ARRAS

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, III, i43.)

Bruxelles, i mai i55i.

Monsieur l'ambassadeur : J'ay receu voz deux lettres des xve et xxiie du mois passé; et puisque par les dernières qu'avez escript à l'empereur il semble que les choses prengnent meilleur chemin par delà en faveur de la royne, et que les provisions se commancent à encheminer pour la sheurté dicelle et de monsigneur nostre prince, sa majesté impériale s'arreste tant plus à solliciter son brief passaige: et selon les nouvelles que nous avons d'Espaigne, j'espère qu'avec l'ayde de Dieu vous le verrez tost par delà.

Monsieur de Corrieres et l'alcade y vont et jà sont partiz, faisant leur compte d'y arriver environ le xne ou xme de ce mois; et n'a semblé à sa majesté que le nom d'alcade peut pourter préjudice au repoz et quiétude d'Angleterre, puisqu'il ne prétendra ny exercera jurisdiction, sinon sur les estrangiers, et si encoires ne passera plus avant de ce que la royne et ceulx du conseil luy vouldront consentir; sur quoy il va bien instruit et déterminé d'user de sa grande modestie accoustumée.

J'ay empesché que Duboys ne voyse avec le sieur de Corrieres; et puisque en tout cas vous voulez que l'on passe oultre en fencontre de luy, l'empereur a enchargé à l'alcade qu'il examine ceulx de par delà desquelz il dict avoir entendu ce qu'il a ouy dire; et si vous voulez qu'il oye quelque aulire à la charge dudict Duboys et vostre descharge, il le pourra faire.

J'ay faict lecture à sa majesté impériale de ce que vous m'avez escript afin que Ton aye regard à la sheurté de monsigneur nostre prince, et pour le secourir de ce coustel en cas qu'il fût de besoing; et m'a semblé que sa majesté a bien prins le soing que vous en tenez , et ne faiz aussi doubte que, comme la personne dudict S^r prince emporte tant, l'on mectroit en ce cas le tout pour le tout.

Vous aurez jà entendu la négociation du cardinal Polo, et verrez par les lettres de sadicte majesté le plus groz des nouvelles que nous avons de tous coustelz; seulement adjousteray-je que depuis nous avons entendu que don Joan de Guevara, lequel a cbarge des chevaulx ligiers , actendant la venue de celluy que l'empereur a choisy pour chief , a defïaict auprès d'Ast une embusche de cbevaulx françois, desquels il laissa quarante-cinq mors sur la place et en amena trente-huit prisonniers. Et au coustel de Sennes les choses procèdent de mieulx en mieux , selon les nouvelles que nous en eusmes hier soir bien tard par corrier venu delà.

L'évesque de Norwitz s'en retourne, auquel la royne de Hongrie a parlé à part, par charge de l'empereur, pour luy recommander qu'il tienne la main à ce qu'il y aye meilleur intelligence entre les conseillers de la royne, et pour modérer la véhémence du chancellier, mesme es choses de la religion, et afin que l'on regarde de besoingner sheurement en ce de Courtenay et de madame Elizabet, tenant regard à ce que choses d'estat sont si jaleuses et délicates. L'admirai ], qui est parent de ladicte dame Elisabet, est léger, à ce qu'aucuns disent, et s'il va au-devant de monsigneur nostre prince avec les navires de guerre, il y aura moins à craindre que si, comme aucuns pensoint, il fût demeuré à Londres en absence de la royne, délaissant en la Tour ladicte dame Elisabet.

Aussi luy a dict ladicte royne qu'il sera bien qu'il persuade à celle d'Angleterre que, le plus tard qu'elle pourra, elle abandonne Londres, et que, pour aller à Vincestre , elle ne parte, s'il est possible, que monseigneur nostre prince ne soit bien près d'Angleterre. Ledict

1 Guillaume Howard, lord EfTingham.

évesque a assheuré qu'il fera très-bon debvoir en tout, auquel l'on a faict présent de deux mil escuz; mais il sera, oultre ce, besoing de le comprendre au billet, après que monsigneur nostre prince sera arrivé, soit par pension ecclésiasticque ou aultrcment. Mais il y a encoires temps, et se pourra excuser qu'il ne soit audict billet, parce qu'il ne se trouva, pour lors qu'il se fit, en Angleterre. Et me recommandant, pour fin de ceste, très-affectueusement, etc. De Bruxelles, ce ime de may i 554.

Votre bon confrère et vray amy, L'ÉVESQUE D'ARRAS.

LES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE

A L'EMPEREUR

Sans date [ i5 au 20 may 1 554]- FRAGMENT.

Sire, Vothon a e script à la royne, puis nostre dernière despêche, que le roy de France arriva à Compienne la veille de la Pentescoste, et que ayant demandé le mesme jour audience du cardinal de Lorainne, en absence du connestable qu'estoit lors à Chantilly, le roy excusa de la donner, pour dire que c'estoient jours de dévotion et que le mercredy il alloit à la chasse , où ledict connestable le vint treuver, accompaigné de plus gros train que le roy n'a de coustume avoir avec luy. Et le lendemain ledict connestable envoya vers ledict

PAPIERS D'ÉTAT. IV. 3l

Vothon pour entendre ce qu'il vouloit négocier, qu'estoit déclaration et répétition de ce que l'ambassadeur dudictroy lez la royne d'Angleterre a dict en la dernière audience : que le roy ne fût obligé à observance des traictez faiz avec les roys d'Angleterre, pour ce que ladicte dame ne les avoit confermez ny ratifiiez, et que, comme ce point estoit de très-grande importance, ainsi ladicte dame l'avoit bien voulu esclarcir, pour austant que le roy et ses ministres faisoient plusieurs actes conformes auxdicts propos , en ce qu'ilz recevoient les traistres fugitifz qu'ont conspirez contre la vie et coronne de ladicte dame, les accaressoient, donnoient pensions et charges de faire gens de guerre, pour faire emprinse contre le royaume; que d'Oisel1, passant par ce royaume pour aller en Escosse, avoit traicté conspiration avec les rebelles; que le gentilhomme de l'évesque de Rosse, escossais, détenu prisonnier en ce lieu, avoit voulu divertir le Sr du Percy2 du service de ladicte dame pour, à l'assistence dudict roy et de la douaigière d'Escosse, guerroyer et troubler ce royaulme, et que les négociations de l'ambassadeur dudict roy estoient si aigres et plaines de menasses, que l'on n'en sçavoit tirer aultre chose sinon maulvais vouloir et maulvaise intention pour entrer en guerre et contention; et que ladicte dame avoit bonne raison de demander esclarcissement de tels propos, à ce quelle peult pourveoir à ses affaires, combien que se seroit contre sa naturel institution et inclination qu'elle fût constraincte de tumber en guerre avec prince chrestien; que le roy avoit bon tesmoingnaige que ladicte dame avoit tousjours déclairé vouloir observer les traitez des roys ses ancestres, qui s'extendent pour l'advenir et comprennent les successeurs à la coronne d'Angleterre , et que pour ce il ne lui a semblé convenir ny estre nécessaire faire noulveaulx traictez, doubtant que l'on y voulût adjouster choses que eust peu altérer la substance de ce que y est comprins. Et par deux ou trois lettres escriptes de la main de ladicte dame,

1 Henri Clutin, sieur d'Oysel, successi- 2 Henry Percy, gentilhomme anglais,

vement ambassadeur de France en Ecosse, qui péril à la Tour de Londres sous le en Angleterre et près du saint-siége. règne suivant.

expresse mention a esté faicte de l'observance desdicts traictez ; que plus est, par la capitulación du mariage de ladicte dame avec son altèze, spéciffique réservation a esté faicte d'iceulx, ce que ne fût esté faict si ladicte dame n'eust eu vouloir de les observer.

A quovrespondit le connestable que ladicte dame n'a voulu ratiffier lesdicts traictez, et que pour ce le roya inféré que par ce elle ne vouloit estre obligée à l'observance d'iceulx, et que les actes faiz par elle et ses ministres le dénotent, pour s'estre mariée au plus grand ennemy que eustle roy, et que l'on n'a jamais voulu donner copie de la clause réservatoire du traicté de mariage, comme l'on avoit promis; que l'on a ouvert et retenu les pacquetz du roy ; que l'on a favorisé les subjectz de vostre majesté contre ceulx du roy, dényé saulfconduict pour passer en Escosse; que ledici d'Oisel a escript au roy n'avoir tenu propos avec Anglois de conspiration, comme aussi il n'en avoit commission; que, quant au gentilhomme de l'évesque de Rosse, le roy sen informeroit ; que le roy ne s'estoit enquis si les Anglois qui sont en son royauhne sont héréticques ou traistres, et se vouloient justiffier en la justice dudictroy; que, comme vostre majesté les reçoit en son service , ainsi les a-il retenu ; et , pour conclusion , que le roy n'avoit donné charge à son ambassadeur de dire que roy ne fût obligé à l'observance desdicts traictez, ains ladicte dame; et qu'il failloit ou que ledict ambassadeur se fût équivocqué, ou que ceulx du conseil de ladicte dame ne l'eussent bien entendu; enfin que le roy est prince d'honneur, qui sçait ce qu'il a traicté et juré.

A quoy réplica Vothon selon que précédamment il avoit faict, et convertit le connestable ses propos en louange de ladicte dame, et que le roy désiroit de vivre en amyté avec elle. Ce fait, ledict Vothon eust audience du roy, qui déclaira n'avoir donné charge à son ambassadeur de dire qu'il ne vouloit observer les traictez, et que de sa part il n'y contreviendrait : usant de propos tendans à fin d'amyableté.

Puis ledict Vothon adjouste que P. Caro et autres Angloys fugitifz luy ont faict parler pour prier ladicte dame pour pardon; que le

roy prent difidence d'eulx, qu'ilz ne sont entremis, qu'ilz ont nécessité d'argent, qu'ilz se repentent de leur délict; que si ladicte dame veult user de miséricorde , ilz sont en grande volunté de se retirer et recongnoistre ; que le connestable veult partyr avec le camp du roy qui s'assemble à Soisson , pour le conduyre , que l'on estime pourra estre de xl enseignes de François, dix ou douze mil lansquenetz, six mil Suysses et plus de chevaulx légiers que d'hommes d'armes , pour n'avoir chevaulx propres ; que le roy envoyé quatre mil Gascons en Corsica et cinq mil, tant Suysses que Grisons, pour le secours de Sienne, et que le connestable entreprend de faire grand exploit avant que vostre majesté soit preste, comme ledict Vothon escript.

Le conseil de la royne x

et est après pour respondí e auxdictes lettres de Vothon; mais la partialité dudict conseil est si très-grande , si descouverte, si bendée les ungs contre les autres, qu'ilz oblient le service de la royne pour penser à leurs vindications et passions particulières, tellement que l'on ne fait riens si ladicte dame ne le commande expressément. Paiget est avec les héréticques contre le chancellier et catholicques : ayant advis ladicte dame que ledict Paiget et ceulx de sa partie s'arment, et que, s'ilz peulvent prévenir, ilz prandront prisonnier ledict chancellier; et d'autre coustel ledict chancellier avec ses adhérans s'arment par le sceu de ladicte dame, la conseillant de partir le plus tost qu'elle pourra de ceste ville et de mectre en la Tour le conte d'Arondel et Paiget, pour ce que l'on entend que ledict conte fortifie ung chasteau qu'il a près de la marine, et fait plusieurs gens de chevaulx sans le congé de ladicte dame , et que de jour à autre il y vient plusieurs souldatz en ce lieu de Londres, par quatre ou cinq, et que Paiget praticque plusieurs gentilzhommes pour les divertir de l'affection de ladicte dame. Oultre ce, moi, le lieutenant d'Amont, j'entends que l'on dict choses estranges contre la venue de l'alcade, et a l'on advis par particuliers espies qu'il se brasse une grande révolte; tellement * sire, que ceste partialité ne se

Lacune de plusieurs lignes.

peult apaiser sans grand trouble; et si ainsi est, il est plus expédient que ce soit avant la venue de son altèze que après, et n'est creable l'inconstance de [ceulx] de par deçà ny la confidence qu'il donnent [à ceux qui les] veullent tromper. Le point de la1 [°iui] fut débattu au dernier parlement est2 ouble, et est ladicte dame si

perplex [qu'elle ne sait] quel conseil prandre; car elle [est en opinion . ..que] le tout se fait en faveur de3

LES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE

A L'EMPEREUR

(Ambassades de Renard, III, 3o3-3o4.)

Sans date [ 20 au 2 5 mai 1 554).

Sire , le XVe de ce mois les sieurs de Courrières et conseillier Bremesq4 arrivarent en ce lieu de Londres, et le xvne ilz eurent audience de la royne et du conseil, en laquelle le contenu et substancial de leurs instructions fut déclairé; et en ce que toucbe la commission du Sr de Courrières, le conseil respondit que l'on avoit jà fait les provisions requises de victuailles, apprestò et remarché les logis; que la pluspart de ceulx qui sont choisiz pour le service de son altèze sont au pays, et se treuveront sur le lieu du désembarquement pour satisfaire à leurs offices, et que ledict Sr de Courrières pourra partir deans cinq ou six jours pour aller à Hampton et veoir comme le tout

1 Lacune due au mauvais état du ma- * Noailles, dans ses Ambassades , t. Ili,

nuscrit original. p. 2i4, le nomme Roucbard, grand al-

* Autre lacune. cade ou prévôt de l'empereur. s Idem.

est en ordre, pour y faire ce qu'il a pieu à vostre majesté luy commander. Quant à ce que concerne la charge du Sr Bremesque, le Sr conte d'Arondel , grand maistre d'hostel, a député ung nommé Holstroste pour joinctement adviser ce qu'il conviendra pour contenir en paix, modestie et bonne intelligence les nations qui suyvront la court, et doit l'on conférer plus amplement sur la particularité du povoir et commission qu'ilz pourront avoir. Et pour estre ung poinct chastilleux que celluy de la jurisdiction, il nous a semblé qu'il convenoit en ce commencement se conduire par la délibération de ceux du conseil et se régler selon le traicté de mariage , pour non donner occasion de suspicion que l'on veuille empiéter administration; et laditte communication eue, nous en informerons vostre majesté.

La royne envoya au-devant desdictsSrsde Courrières et Bremesque le vice-chamberlant, qui les conduictjusques enee lieu avec Coban, qui voluntairement les rencontra à Rochestre; et le jour de leur arrivée le controlleur les vint visiter, et non autres, pour ce que tous ceulx du conseil estoient empeschez pour le mariage du conte de Soret1, qu'a espousé la lille mainnée du conte d'Arondel , qui doit succéder au duc de Norfoc, que l'on nous a dit ce jourd'huy estre extrêmement malade. Ce mesme jour Paiget demanda congé à la royne pour aller en sa maison pour quelque jours, dont ladicte dame fut irritée, pour veoir qu'il désira s'en aller sur l'arrivée et négociation desdicts Srs de Courrières et Bremesque , de manière qu'elle luy déclaira par le menu tous les actes d'inconstance que l'on a recongneuz en luy dois qu'il est entré au service des roys d'Angleterre, et les particuliers actes qu'il a commis contre le service de la royne, principalement ou dernier parlement contre la religion et son altèze , luy disant qu'elle s'apercevoit qu'il ne correspondoit à l'expectati on qu'elle avoit prins de luy et le véoitesbranlé pour suyvre maulvais conseil, ce qu'elle ne sçauroit dissimuler envers ung sien subject, serviteur et officier, pour respect de sa conscience, pour conservation de son auctorité, pour non donner lieu à praticque que luy tourneroient à préjudice; qu'elle sçavoit il

Sarrey.

estoit personnaige de service s'il estoit constant, et de déservice par inconstance et légièreté; qu'il se pourroit aller et venir quant il vouldroit; que s'il faisoit le bien, tant mieulx pour luy, que s'il faisoit le mal, mal luy en adviendroit : dont ledict Paiget fut fort esbay et estonné et se print à plorer, s'excusant du mieulx qu'il peust; et partant de la court il vint visiter lesdicts Srs, disant que l'on n'avoit plus que faire de luy, veuillant inférer que, comme les [choses] estoient si avancées, la royne ne faisoit plus compte de son service. Sur ce le lieutenant d'Amont et luy eurent longues divises sur les propoz de ladicte dame, et le remit ledict lieutenant le mieulx qu'il peust, avec toutes remontrances amyables qu'il luy sembla convenir, et mesme qu'il n'avoit occasion s'altérer contre ladicte dame ny contre son altèze; que la partialité du chancellier et de luy n'estoit fondement suffisant pour troubler ladicte dame et ses affaires. Ce néantmoins il est allé en sa maison , où il a demeuré troys jours, et de présent est de retour, dissimulant le mescontentement; suiquoy ladicte dame entre en grande suspition contre luy qui doige practiquer chose dangereuse; mesme elle a sçeu que, pendant son absence, il a communiqué longuement avec Oby qu'est hérectique , praticqueur, de maulvais vouloir, et appassionné contre le chancellier et plus que affectionné à madame Elisabet. Et discourant les particularitez de ses actions, l'on ne peult inférer aultre chose sinon qu'il brasse chose au déservice de ladicte dame; que donne argument de présumer qu'il y ayt quelque praticque sur main entre luy et ceulx quy n'ont consenty l'acte de la religion en faveur de madame Elizabet. Nous travaillons tout le possible pour descouvrir et enforcer la vérité. L'évesque de Nortvitz, ayant entendu ce discours et ce que ledict Paiget a fait puis son retour en court de vostre majesté, luy donne grand tort, et a- dict audict lieutenant que, si le roy Henry fût esté vivant, il leust fait reserrer et punir; et que, combien ledict chancellier ne deust proposer l'acte audict parlement sans communication du conseil , si est-ce ledict Paiget n'a deu divertir la passation d'icelluy ny praticquer au contraire; et sumes après pour veoir et en-

tendre le succès et descouvrir s'il y aura praticque pour tumulte et révolte, que les héréticques et François promovent tout le possible par placcartz et billetz qu'ilz sèment, par lesquelz ilz dient estre temps de prandre les armes en main pour la liberté du royaulme.

Le secrétaire de l'ambassadeur de France fut mardy dernier devers ledict chancellier et luy demanda s'il y avoit longtemps qu'il n'avoit eu lettres de l'ambassadeur Wothon; que son maistre, l'ambassadeur de France, n'avoit eu lettres dez longtemps, l'interrogant s'il sçavoit en quel terme estoit la chose de la paix entre vostre majesté et le roy de France; que les marchans venans de France disoient que le roy envoyoit devers le cardinal Polo le cardinal de Chastillon, pour de nouveau communicquer sur les moyens de paix; que son maistre désireroit la royne entrevînt en icelle, et que ledict chancellier procura ce bénéfice en la chrestienté. Auquel ledict chancellier respondit qu'il n'avoit espoir en la paix, parce que le roy de France se monstroit diffidile à la conclusion d'icelle, et que , quant il congnoistroit son labeur, traveil et industrie y peust servir, il s'y vouldroit employer entièrement et persuader ladicte dame pour accorder les différendz. Et a discouru ledict chancellier ou que les François veullent tromper ladicte dame sur ces propos, ou qu'ilz congnoissent leurs affaires ne prandre bon progrès , et que tant plus ilz parlent d'amyableté , tant plus prandra-il garde et veillera pour contreminer leurs desseings, principalement pour ce que telle négotiation est hors de propoz.

Et depuys ledict ambassadeur a demandé audience dudict chancellier, et s'est plaint de ce que les capitaines et habitans des isles de Jarnisey et Garnesey ont achepté la munition qu'estoit en l'isle de Cercq, que aulcungs subjectz de vostre majesté ont reprins sur les Françoys puys vingtz jours en çà, et qu'ilz les aient favorizé et assisté: disant que ce soit acte contraire à l'amitié et paix, continuant ses braves propoz et menasses. Aulquel le chancellier respondit, selon qu'il a faict advertir ledict lieutenant, qui prenoit une façon de négotier qui n'estoit convenable à ambassadeur qui désire traie-

1er chose d'estat et faire les offices requis; [quii mésextimoit] la royne, comme s'il elle u'avoit moien se défendre; que toutes négotiations, [encoires qu'elles soient] particulières et mal fondez, sont menasses de rompture de la paix; qui veull bien le roy soit adverti que ladicle dame ne le craint, et a et aura moien de se défendre quant on entreprandra contre elle ou son royaulme; que jà çoit elle soit dame de religion, de dévotion et soit dédié et incliné à la paix, si est-ce, pour conservation de son royaulme, elle fera ce qu'apartient pour l'asseurance d'icelluy [tant] qu'elle aura gens et argent pour

furnir à1 que le roy se debvroit contenter de receler ses subjects

traîtres et qu'ils ont2

Ung Anglois a dict audict Sr de Courrières que les François ont fait recongnoistre la place de Mariebourg etqu ilz netreuvent qu'elle soit prenable , sinon que l'on pourroit faire ung fort sur une montaigne proucbaine dudict lieu et l'aifamer par long siège.

Samedy dernier madame Elisabet fut tirée de la Tour et menée à Ricbemont, et dois ledict Richemont l'on l'a conduit à Usgstoc3 pour y estre gardée seurement jusques l'on la fasse aller à Ponfret4. Et a quatre cens hommes qui l'accompagnent, et s'est resjouy le peuple de sa départye, pensant qu'elle fût en liberté; et passant par-devant la maison des Tillards , ilz tirarent trois coups d'artillerie en signe d'allégrie, que la royne et son conseil ont prins à desplaisir et regret, et estimons que l'on en fera démonstration. Lundy l'on conduira Courtenay en une autre place pour y estre gardé, et a esté si fabvorablement traicté qu'il n'a esté condamné; et discourent plusieurs qu'il y pourroit avoir praticques et intelligence suspecte, que ne peut estre longuement secrette.

Vendredy dernier l'on traynna par la ville sur une claie Willem Thomas, pour avoir voulu attempter à la personne de ladicte dame avec Pierre Caro; puis fut pendu et escartellé

1 Lacune. 3 Woodstock.

s Idem. " Pomfret ou Pontefracte.

PAPiEUS d'État — iv. 3a

CLAUDE DE VERGY

A FRANÇOIS BON VALGT.

( Mémoires de Granvelle , V, i . )

Champlitte, 20 mai 1 554.

Monsieur, à soir monsr de Chastelroillaud arriva en ce lieu, retournant de son véaige devers messrs de Genefve \ de Baulme2 et de Piye, selon que l'en avois prié, comme vous escripviz. Je vous envoie copie des responses qu'ilz me ont fectes , et il vous dira leurs propoz et devises, mesmes dudict Sr de Rye, qu'est de donner argent pour parvenir à la ligue deffensive que requérons 3, et non soy obliger à donner gens de chevaulx , ainsi qu'il a esté mis en avant; qu'est un advis que je treuve très-bon et pour le grand bien du pays, si l'on povoit venir à ce point que la chose se peust guider. Je suis sehur que ledict Sr de Chastelroillaud y fera tout bon et entier debvoir à la prochaine diette, et d'en assentir tous moyens qu'il pourra, comme celluy qui scet toutes choses convenables à négocier avec telle compaignie : et quant tout est dict , vous congnoissez que l'on fait bien peu avec eulx sans argent. J'ay despesché deux mandemens sus Messrs les députez d'Amont et d'Aval, des sommes, ainsi que verrez, et m'a semblé estre mieulx les tost despescher que de plus attendre, à cause que par cy-devant ledict S1' de Chastelroillaud et autres, qui ont esté envoiez auxdictes Lighes, ont heu peine de recouvrer les

1 Philibert, frère et successeur de Louis 1 52 6, vivait encore en i58o. Voir t. III, de Rye, au siège de Genève, de i55o à p. £78, noie 1.

1 556. 3 (Avec les Suisses.)

2 Cet abbé de Baume , déjà titulaire en

despens et fraiz que le plus souvent eulx-mesmes avoient fourny du leur. Il vous dira les propoz que luy en a tenu ledict Sr de Baulme , et s'il vous semble que lesdictz mandemens se doibvent autrement despescher, l'on les refformera suivant vostre bon advis. Je crois, monsieur, qu'aurez entendu par monsr le prévost Ricbardot ce que je luy diz devant-bier à son parlement d'icy, mesures de ce que dernièrement j'ay escript à Monsr d'Arras, touchant les affères du pays. Car je luy en ay réitérées fois amplement escript, de manière qu'il me sembloit ce n'eussent esté que redictes et luy donner peine; et suis bien asseuré qu'il ne tient à luy que lesdictes affères ne soient plus tost expédiez. Toutesfois, puisque monsr le trésorier ne partira jusques vendredi prochain, selon que m'a dict ledict Sr de Chastelroillaud, je luy escripray par luy le plus au long que pourray, et enverray semblables copies que celles cy-joinctes... Et feray fin, etc. De Cbamplite, ce xxe de may 54-

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