AUX S" DE CORRIERES ET RENARD, SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE
(Ambassades de Reoard, III, 1 46. )
Bruxelles, juin i554.
L'empereur et roy*
Très-chiers et féaulx : Don Pedro Lasso, grand escuyer du roy des Romains, monsr nostre bon frère, et don Hernande de Gamboa, gentilhomme de la chambre du roi de Bohême, nostre fdz, sont icy arrivez dépeschez par lesdicts sieurs royz pour aller par delà, et entrevenir à la solemnité des nopces et mariage du prince nostre lìlz avec madame nostre bonne fille, seur et cousine, la royne d'Angleterre, ausquelz désirons et vous requérons et enchargeons que faictes tout bon et favorable recueil et la meilleure adresse envers ladicte dame, ceulx de son conseil et autres où il vous semblera convenir, que possible vous sera et comme il convient à la proximité de sang et vraye, parfaicte et indissoluble amité d'entre nous. Et pour ce que entrevenans comme dessus à ladicte solemnité , il pourroit advenir, comme il feit au dernier concilie de Trente, que l'ambassadeur de France, qui vraysemblablement y sera aussi, vouldroit mectre empeschement en la session, et précéder celluy dudict sieur roy nostre frère, allégant, comme ilz feirent lors, que, nous estans vivant et empereur, nostredict frère ne peult prétendre ny doit avoir session en qualité de roy des Romains, n'estant que nostre coadjuteur à l'empire, et que sondict maistre, comme roy de France, et portant tiltre de très-chrestien , doit précéder tous autres royz ; vous regarderez en ce cas d'y entrevenir, et faire remonstrer audict am-
bassadeur que , jà çoit soyons vivant , si a nostredict frère esté coronné roy des Romains, v entrevenans les solcmnitez requises, et esté, comme il est encores, receu, révéré et honoré comme tel, non-seulement par tous les princes et estats de l'empire, mais par toute la chrestienté, avec les autres raisons et moiens que trouverez à propoz et duyre pour contenter et satisfaire audict ambassadeur françois. Et finablement se pourra alléguer que, quant toutes autres raisons cesseroient, la proximité de parentaige et affinité d'entre le sieur roy nostre frère , nostredict fils et ladicte royne veullent et requièrent qu'il soit préféré et aye lieu avant autres auxdictes nopces. Et si de ce ledict ambassadeur françois ne se vouloit contenter, vous adviserez avec ceulx de par delà les moiens de le persuader de s'excuser et non se treuver à ladicte assemblée, plustôt que de luy consentir ladicte précédence au préjudice dudict sieur roy nostre frère; et quant audict sieur roy de Bohême, il n'y a difficulté quelconque que ledict ambassadeur de France ne doige précéder, et en ce ne contredirez aucunement, comme aussi ne fera ledict don Hernande. Vous recommandant que, si autre chose leur survenoit, soit sur contention de précédence ou autrement, vous les assistez en ce que se pourra faire, et que au surplus vous leur faictes toute l'adresse qu'il vous sera possible. A tant, etc. De Bruxelles, le vme de juing i554.
CHARLES
Et plus bas :
BAVE
LES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE
A L'EMPEREUR
(Ambassades de Renard, III, 276-277.)
Sans date [Richemont, mi-juin 1 554]-
Sire, la royne d'Angleterre, ayant entendu les raisons et persuasions de ses plus confidens conseilliers, et après avoir escarté madame Élisabet et Cortenay es chasteaux dont j'ai faict mention par mes dernières lettres, soubz seure garde, discourant Testât de ce royaume, la discorde de ses conseilliers, l'humeur des subjectz, l'infidélité de plusieurs appassionnez, béréticques et François quilz se rassemblent à Londres, et pour plus grande asseurance de sa personne et de ses affaires, partit mardy dernier pour venir en ce lieu de Richemont, accompaignée du conte d'Arondcl , Paiget, contrôleur, chambellant, vice-chambellant et le secrétaire Pietre, estans demeuré audict Londres les autres conseilliers pour administrer la justice du terme courant, que finira samedi prochain, et l'avons suyvi par son commandement et ordonnance, nous ayant fait donner logis. Et comme avons pesé l'arrivée de son altèze pourra estre briefve, pour l'advis que avons eu de la Coronila , pour donner ordre es choses nécessaires et requises au lieu de Hampton , où il doit désembarquer, et pour satisfaire en tout debvoir à l'instruction du Sr de Corrieres, nous avons fait instance devers ladicte dame et ledict conseil pourla licence et accompaignement dudict sieur de Corrieres et alcade audict Hampton, pour satisfaire à la commission qu'il a pieu à vostre majesté leur donner : ce que ladicte dame et son conseil a treuvé bon. Et estant venu le chance! lier, l'évesque de Norvitz,
grant trésorier et autres du conseil, Ton a advisé que les commissaires et officiers qu'ont eu charge des provisions et logis informeront ledici S1' de Corrieres par le menu, et que les chambellans, escuyers et autres officiers destinez pour le service de son altèze se treuveront audict Hampton pour faire chacun en son endroit ce qu'il appertient; et à ce que par faulte d'argent riens ne demeure à faire , le lieutenant d'Amont a faict finance de quatre mil escuz pour s'en servir auxdictes provisions, s'il fait besoing, et se partent lesdicts Srs ce jourd'huy; et estant arrivé le marquis de Las Naves , ayant exécuté sa charge, il suyvra lesdicts Srs pour joinctement adviser sur Tordre convenable pour le désembarquement de son altèze.
Et combien que la partialité des conseilliers, les ambitions naturelles d'aucuns du royaulme, lapertinacité des héréticques et le mescontentement que les Françoys ont de ce mariage, peuvent causer raisonnable scrupule de craincte de tumulte, si est-ce, avec l'ayde de Dieu , nous espérons que ceulx du royaulme recongnoistront le grand bénéfice quilz recevront de ceste alliance et s'accommoderont à icelle; et néantmoins tiendrons tousjours l'œil au guet pour seconder l'inconstance avec diligence et seurté, et informerons de temps à autre vostre majesté de ce que succédera d'heure à autre. Et a ledict lieutenant requis lesdicts du conseil vouloir continuer la bonne volunté quilz démonstrent envers son altèze, avec espoir et persuasion quilz soient esté très-bien prinses.
Paiget presche tousjours ses resentemens, et néantmoins il dict vouloir faire sacrifice de corps et bien pour le service de vostre majesté et de son altèze; et s'est descouvert Cortenay à ung nommé Sellier quii le conduisoit au chasteau où il est \ que Paiget l'a importunément solicité pour se marier avec madame Elisabet, luy disant que, s'il n'y entendoit, le filz du conte d'Arondel l'espouseroit, et que Oby et Morison 2, par instigation dudict Paiget, ont praticqué devers luy ledictmariaige. Et a esté desplaisant le chancellier de ce que, en son
Fotheringay. bassadeur du roi Edouard auprès de
5 Richard Morison, qui avait été am- Charles-Quint en i552.
absence, on a recommandé ledict Oby à vostre majesté, pour estre des plus obstinez béréticques et plus maulvais subject de ladicte dame, et duquel Ion prend grande suspicion qu'il doige continuer tous maulvais offices quant il sera par delà, comme l'on suspicionne avoir esté faict par Shicli * et Morison , que l'on présume avoir composé et faict imprimer la ballade cy-insérée contre son altèze et ladicte dame, qu'a esté treuvée par' les rues, qu'est ung ditté2 le plus scandaleux et séditieux qui soit esté veu ; et a esté d'advis ledict conseil que le deussions envoyer à vostre majesté, pour sçavoir si les caractères pourroient estre congneuz es lieux de la Germanie, où lesdicts Schich et Morison sont passez.
Le jour devant que ladicte dame partit de Londres, l'ambassadeur de France demanda audience sans occasion, sinon pour veoir si elle estoit bien disposée ou non; et comme il parlit que le roy son maistre désiroit continuer la paix, à quoy l'on ne correspondoit de la part de ladicte dame, elle luy respondit seichement que le roy et ses ministres , par le passé , avoient tesmoingné peu d'affection et inclination à la paix, et qu'elle ne vouldroit avoir faict les actions dont elle s'est apperceue, pour tous les royaumes du monde, pour le bien de sa conscience. Ce que l'ambassadeur print de si mauvaise part et se mit en telle collere, qu'il força par après le chancellier de luy dire ses offices ne tendre sinon à trouble, et que si le roy entendoit ses façons de faire, il ne les comporteront; dont il a adverty le roy pour estre révocqué, ayant envoyé le billet cy-joinct au lieutenant d'Amont pour impétrer en sa faveur ung saulfconduictpour son passage et retour, sur lequel il plaira à vostre majesté ordonner son bon plaisir ; et y a grande apparance que ce royaume entrera en guerre avec lesdicts François pour les occasions qu'en a donné le roy et ses ministres, et qu'ilz continuent.
Aucuns discourent que le roy ayt quelque practique sur main, pource que les debitis de Calaix et Guysnes ont escript à ladicte
1 Jean Cheeke, ancien précepteur du ' Dict, dictier, ditier: discours, poëme,
roi Edouard. conte, satire.
dame qu'ilz ont advis que les François leur veullent demander permission pour passer par les terres de Calaix et Guysnes, pour aller adommager celles de vostre majesté, et que, leur refusant , ilz feront
le pis qu'ilz pourront
Le conseil de ladicte dame a fait faire instance devers le roy de France pour le recouvrement des chevaulx desdicts Srs de Corrieres et alcade, et pour les meubles prins sur le passaige de ladicte dame, et en attend-1'on responce. Paigct a dit audict lieutenant que les navires d'Angleterre et celles de vostre majesté ont donné la chasse à aucuns navires de France jusques aux ports de Normandie. ....
LEVEQUE D'ARRAS
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, i ^9-1 5 1 .)
Bruxelles, 19 juin i554.
Monsieur l'ambassadeur : Actendant que l'empereur vous escripve plus amplement, il m'a semblé vous devoir escripre sur deux pointz de voz lectres ce que s'ensuyt , pour vous esclarcir sur iceulx l'intencion de sa majesté.
Touchant la correspondance que vous doubtez soit entre l'ambassadeur Maçon1 et Paiget, contre ce que l'empereur eust espéré sur le fondement que vous escripvistes en voz lettres, que contenoient qu'il vous eust asseuré que quoy qui fût du peu d'intelligence qu'est entre le chancellier et luy, il vivroit et mourroit pour
Jean Maçon venait de remplacer l'évêque de Norwick comme ambassadeur d'Angleterre auprès de l'empereur.
le service de monseigneur nostre prince et de la royne; et par voz dernières, il semble qu'il soit bien avant en la lîghe du conte d'Arondel pour le mariage du fdz d'icelluy avec madame Elisabet, au préjudice de ladicte royne, et que Maçon et Oby leur correspondent : mectant en avant par vosdictes lettres quii seroit bien que Ion surprînt quelque pacquet dudict Maçon, pour descouvrir plus clèrement leurs menées. Et pour ce faire il y a bien bon moyen, signamment que plusieurs de ses pacquetz s'adressenl, comme vous escripvez, par ses propres courriers, nous pourrions aisément faindre que quelque pacquet des nostres se seroit perdu entre Gravelinghe et Galaix, pour craincte que le courrier auroit eu des courreurs François, ou encores dire que telz courreurs l'eussent destroussé; mais il n'a semblé à l'empereur de y devoir aucunement mectre la main que la royne n'en fût premier advertie, et qu'il ne se feit de son gré et consentement: car elle pourroit prétendre que l'on luy fît tort de vouloir plus avant descouvrir Testât de ses affaires de ce qu'elle vouldroit, surprenant les lettres de ses ministres; et pourtant désire sa majesté que luy en parlez, car en cecy se fera ce qu'elle treuvera pour le meilleur. Et je ne faiz doubte que luy aurez jà communicqué ce que jà je vous ay escript, par le commandement de sa majesté, quant audict Oby; sur quoy il sera bien que vous hastez tout ce que sera possible la responce, car l'on se treuve enveloppé de ce pendant l'entretenir, et mesmes sur la continuelle presse qu'il donne pour pouvoir aller aux bains ou de Liège ou d'ailleurs, pour pourveoir à sa santé.
L'aultre point, c'est touchant le saulfconduit pour lequel vous a fait instance l'ambassadeur de France; et sa majesté n'est point déterminé de le luy consentir, et pourtant se diffère industrieusement la responce sur ce poinct, tant pour ce qu'il est mieulx de passer par dilation, vous excusant que n'ayez encores responce, que de le reffuserplattement; et signamment puisque vous estes, comme sçavez, en poursuyte pour qui pourra recouvrer, par le moyen de la royne, ce qu'a esté prins à messrs de Courrières et à l'alcade, et au marchant
Jacomo da Tresso, quant dernièrement ilz passarent le destroict pour
aller par delà.
Et pour vous faire part des occurrans, Ton a nouvelles que le roy de France presse tout ce qu'il peult rassemblée de son armée, avec fin de prévenir sa majesté avant qu'elle soit preste; et de ce coustel l'on fait ce que l'on peult pour la défense, et fait-Ion marcher vers les frontières, oultre les régimens du conte d'Eversteyn , de Trélon, les Espaignolz et aultres piétons desdictes frontières , dix enseignes de haulx-Allemans soubz Conrard Van-Bumelberg, quinze enseignes de bas-Allemans soubz le sieur d'Aremberge , et si tenons pour certain que le conte Jehan de Nassou passa hier sa monstre, vers Trêves, d'autres dix enseignes de haulx-Allemans, et en liève le mareschal de Gheldres quinze d'embas, oultre les huit qui sont à Luxembourg et les cinq de haulx-Allemans qui sont à Théonville, soubz le sieur de Meghem. Et quant aux gens de cheval, tant les bendes de par deçà, ordinaires que extraordinaires , marchent aussi vers la frontière; et ce matin s'est party le duc de Savoie1, général de l'armée, qui se doit aller trouver à Cambra y avec mess" de Lalaing, Bugnicourt , Glayon, Barlaymont, Johan-Baptista Castaldo2, Anthoine Doria, le bailly d'Avesnes et autres sieurs de par deçà, pour adviser de se servir des forces comme mieulx l'on verra convenir. Et si marchent nm iiiic chevaulx allemans soubz divers capitaines, et arriveront l'ung après l'autre pour fortiffier la compaignye. L'on dict que le roy doige faire deux camps, qu'est peu vraysemblable, n'aiant non plus d'estrangiers avec tout ce qu'il a peu faire , synon vm Suysses et vim Allemans , tant vieux que nouveaux.
Avant que la coronerie dudictBumelbergse partît de Luxembourg, lesdicts sieurs de Meghem et mareschal de Gheldres coururent toute la frontière qu'est entre Théonville et Metz jusques aux portes de la-
1 Emmanuel Philibert , qui avait suc- * Le même qui fut le tyran de la Hon-
cédé à son père le duc Charles HT, mort grie , et qui fit assassiner l'évêque Marti-
le 16 septembre i553. Il demeurait dé- nuzzi, ministre du vayvode de Transyl-
pouillé de la plus grande partie de ses états, vanie. Voir tome III, p. 53/i , note 1.
dicte ville, et ont prins et ruyné tous les fortz qu'estoient en ce coustellà, dont les François se servoient au dommaige de nostre frontière.
Le marquis Albert avoit rassemblé vmc cbevaulx et cinq enseignes de piétons; mais le duc de Brunswych a envoie à leur suyte cinq compaignyes de chevaulx syens, que les ont poursuiviz jusques à une villette non forte où ilz les tiennent assiégez; et dient aucuns que ledict marquis soit dedans, mais je ne le tiens pour certain.
Le roy de France a fait passer jusques sur les Ferrarois mim Grisons que n'arrivent à mm, ausquelz se sont joinctz xnc Italiens et 111e chevaulx, disant que ce soit pour secourir Sienne, et que les bannyz Florentins feroient autres inm Italiens, et que les gallères de France, accompaignées de celles des Mores d'Alger, porteroient au Porto- Herculi cinq mille piétons, et en iceulx la coronerie de Riquerode. Mais contre ce, l'empereur a pourveu que cinq mille Allemans levez nouvellement, et imm Italiens et cinq compaignyes d'hommes d'armes de Naples voisent pour fortiffier le camp du marquis de Marignan , que monte jà , comme il est, au nombre de xxnm hommes, et si fait joindre sadicte majesté ses gallères, estans arrivées dix d'Espaigne à Ayaço, mectant iinm Espaignolz sur icelles, pour encontre les gallères de France et d'Alger, et faire pour favoriser l'emprinse dudict Sienne et de Corsica (où noz gens ont prins, à la fin du mois passé, le fort de Corte) tout ce que leur sera possible; qu'est provision si souffisante que, comme j'espère, estonnera non-seulement les François, mais aussi ceulx qui les favorisent en Italie.
Le Turcq a heu ung rencontre avec le sophy, auquel il a perdu plus de xiiii™ hommes, et quoyque les François le pressent et font très-vive instance pour avoir l'armée de mer, aians envoyé à cest effect de nouveau Codignac jusques à Alepo, il n'y a encores nouvelles certaines que ladicte armée de mer du Turcq soit partye, et sy est la saison jà, comme véez, fort avancé. A tant, etc. De Bruxelles, le xixe de juing i 55-4.
Vostre bon confrère et amy,
L'ÉVESQUE D'ARRAS
L'EMPEREUR
(Ambassades de Renard, III, i53. )
Bruxelles, 27 juin 1 554.
L'empereur et roy.
Chier et féal : Ceste sera seulement pour vour advertir que le roy de France, après avoir dissimulé de se vouloir attacher aux frontières d'Haynnau , d'Arthois et de Gambray, il a soudaynement torné la teste vers Marienbourg, envoyant premièrement quelque nombre de gens de cheval et de pied pour enserrer ladicte place, ayant entendu qu'il n'y avoit gens dedens plus de l'enseigne ordinaire; et combien que quelque petit nombre de ceulx qu'estoient à Simay si estoient venuz joindre, si n'estoit ce nombre suffisant pour défendre la place contre ung effort dudict roy de France , pource que la plus grand part de noz forces s'estoient jectées èsdictes frontières de Haynnau et Arthois, qu'estoient plus près de là où il dressoit son camp. Et, après avoir enserré ladicte place, a suyvy avec si grande partie de son camp, que l'on n'a eu opportunité de en si peu de temps y jecter dedens plus grand nombre de gens, et mesmes que noz forces estoient encoires esparses en divers lieux des frontières pour le solagement de noz subjectz; dont est succédé et de ce aussi que, comme aucuns dient, quelque soudart de la garnison dudict Marienbourg, soit pour hayne particulière ou sollicité des ennemys, a tué le capitaine qui en avoit la charge , que hier, environ les dix heures du matin, les François se sont mis dedens ladicte place, dont
il nous a semblé vous devoir donner [advertjissement^afin que quelc'un ne face par delà la chose plus [grave], selon que les François ont accoustumé magniffier [le plus petit que] peult estre à leur advantaige, ou que quelc'un voulsît s'avancer de desréputer, à cette occasion, par delà, noz affaires, et procurer de susciter quelque nouvelleté; et afin que, en advertissant la royne comme vous enchargeons de faire, elle en demeure plus à son repoz. A laquelle vous pourrez aussi déclarer que, pour obvier aux desseings que ledict roy de France pourroit avoir plus avant contre noz pays, nous gaignons tout le temps qu'il nous est possible pour joindre noz forces, ce que espérons achever en fort brief temps, estant jà bonne partie d'icelles, tant de cheval que de pied, près d'icy, faisant nostre compte de deans ung jour ou deux vous aller treuver en nostre camp en personne, pour avec icelluy donner opportunité à autres de noz gens, que actendons encores, de se venir joindre avec nous pour faire à rencontre de l'ennemy ce que l'occasion et opportunité pourra consentir. Et espérons que, avec l'ayde de Dieu, se fera de sorte que ledict roy de France n'aura grande cause se louher de cette emprinse, et mesmes puisque nous tenons quasi du tout assheuré contre la correspondance que ledict roy de France espéroit avoir du coustel de la Germanye, par le moyen du marquis Albert et de ses adhérens, puisque il a pieu à Dieu, comme avez jà entendu, y pourveoir de sorte, que il a esté de nouveau deffait tout à plat, après estre sorty de Swinfurt, où il a perdu, oultre ses gens, son artillerie et bagaige, s'estant sauvé en compaignye de huit ou neuf chevaulx seulement, et de sorte que jà il commence se recongnoistre, comme vous verrez par ce que nous en escript le cardinal d'Ausburg, [vers lequel] ledict marquis a eu recours pour povoir t[rouver quelque] ressource à ses affaires et retourner en nostre ob[éissance ; ce que vous mandons] afin qu'en puissiez donner plus certain [advertissement là] où
1 Marienbourg se rendit à Antoine de fondation et le nom qu'elle porte à Marie Bourbon, duc de Vendôme, et au mare- d'Autriche, reine douairière de Hongrie, chai de Saint-André. Cette ville devait sa alors gouvernante générale des Pays-Bas.
il vous semblera. Nous vous envoyons [les lettres] que ledict cardinal nous en a escript et à l'évesque [d'Arras, ainsi que la] copie de ce que ledict cardinal luy a res[pondu , et aussi copie de ce] que nous escripvons audict cardinal , que satisfera à tout.
Nous actendons avec grand désir [l'arrivée] du prince nostre filz, et espérons que icelle [ne pourra] beaucop tarder; vous recommandant nous advertir d'icelle aussitost qu'en aurez novelles. A tant, etc. De Bruxelles , ce xxvne de juing i 554-
Contre-signe :
CHARLES
BAVE