LXXXVIII
L'AMBASSADEUR RENARD
A L'EMPEREUR
(Ambassades de Renard, III, 293-294.)
2 juillet 1 554-
Sire, j'ay faict ce qu'il a pieu à vostre majesté me commander par ses lettres du xxvne du moys passé, et a servi grandement le préadvisement de la prinse de Marienbourg, pour ce que les Françoys et héréticques l'ont figuré de manière comme si par icelle vostre majesté se fût retiré et fuyt de Bruxelles, et fût en désespoir de résister à l'armée francoyse ; et comme la royne a entendu la nouvelJe, elle s'est mis en dévotion et cejourd'huy reçoit le saint Sacrement. Et me suis souvenu que l'advis que je donna à vostre majesté, que les Françoys eussent recongneu ladicte place, n'estoit vain, et aussy ce que .escripvoit Vothon, que les Françoys déseingnoient de prévenir vostre majesté avant que ses forces fussent rassemblez et unies.
J'ay communiqué au conseil de ladicte dame ce que vostre majesté m'a escript sur la précédence des ambassadeurs du Sr roy des Piomains et de l'ambassadeur de France; et si ledici ambassadeur françoys faict instance pour icelle, ceulx dudict conseil ne luy permectront se trouver à l'acte et célébration du mariaige.
Ce matin j'ay eu nouvelles que la peste soit es navires qui sont venues de Cumble1 et de Portugal pour accompaigner son altèze, et qu'il n'y a provision à la Coronna pour les chevaulx, que retarde la venue et ambarquement de son altèze : que vient fort mal à propos, car les vivres fadlent en ce lieu. La royne entre en désespoir, les
1 Coimbre?
contraires et partiaulx ont temps et moien de maligner; les gentilshommes et souldars de l'admirai d'Angleterre se mutinent, les souldars de la flotte de vostre majesté ne veullent plus servir pour la chierté des vivres; les bons s'estonnent d'entendre lestât des affaires de par delà selon que les Françoys les desguisent, et certes je n'ose particularizer davantaigele changement que ledict retardement pourroit causer.
Il y a icy arrivé ung gentilhomme néapolitain, nommé Julio César Brancatiano I, qu'est arrivé par la poste en ceste court, et incontinant s'est déclairé estre venu pour présenter un paige à la royne que joue bien du lut, et que vostre majesté luy avoit commende retourner à Naples deans quatre moys, mais qui mouroit plustôt que d'y retourner, disant qui ne se vouloit aider des ministres de vostre majesté en son faict. Quoy entendant, je procura devers ladicte dame pour non lui donner audience, et aussy devers le conseil, afin que l'on ne le souffrît en ce royaulme; qu'il faisoit à craindre qui ne vînt pour faire quelque outraige à la personne de la royne , et qui fût aposté par les Françoys; que puys qu'il estoit renvoie à Naples, il ne convenoit le recepter par deçà, faisant instance qui fût arresté jusques à ce que j'eusse advis de vostre majesté, pour sçavoir ce qui plaira l'on en fît : car aulcungs m'ont dit qui parlpit estrangement du gouvernement de Naples et par termes de tyrannie, qui pourroit nuire et préjudicier es affaires de par deçà. Sur quoy le conseil l'a faict arrester et puys ordonner que deans six jours il se parte du royaulme : et nonobstant ce , il m'a donné la requeste ci-joincte, et dict que ne s'en vouloit aller, plustôt que l'on le mist en prison; puys a dict au chancellier qu'il avoit gecté son argent en la mer, et qu'il avoit esté poursuy par lesdicts Françoys en son passaige de Calaix et avoit perdu son bagaige , qu'est chose faulce et inventée, et a amené sept ou huitz serviteurs avec luy; sur quoy j'ay faict recharge que plustôt à mes fraiz je le ferois conduyre à Gravelinghe.
1 Dans une dépèche postérieure, il est nommé Brancazo.
Ung mien amy m'a advertí que ledict Brancatiano avoit dict que Asimo Nighanelli luy avoit conseillé s'adresser à une femme de la chambre de la royne, de Bruges, nommé la Barbe, qui joue de l'espinette, pour luy donner accès et entrée devers ladicte dame, qu'a mis en suspition ceulx de par deçà qu'il y ait quelque entreprinse, pour aultant que ladicte Barbe est suspecte par aultre occasion : jattendray l'intention de vostre majesté pour selon icelle me régler.
L'on m'a adverti que son altèze, entre ses souldars, a troys ou quatre mil bons souldars desquelz vostre majesté se pourroit servir, et avec ce, si vostre majesté désiroit gens de pied et de cheval de par deçà, elle en pourroit recouvrer aultant que luy plairoit.
J'ay cejourd'huy receu les cinq mil escuz qu'il a pieu à la royne d'Hungrie me faire tenir pour le renvitaillement des navires, dont le Sr de Vakène a jà receu environ troys mil escuz, et le reste je le garde pour luy envoier quant il le mandera, me remectant à ce que le présent porteur déclairera à vostre majesté dudict renvitaillement
SSADEUR RENARD
A L'EMPEREUR
issades de Renard, III, 1 56.)
k juillet 1 554-
Sire , j'ay nouvelles de France comme le xxvme du [ mois passé ] , le roy estant à la Marcheys, place appartenant au x eust nouvelles que Marienbourg s'estoit rendu au [connestable] de France,
1 Lacune dans le manuscrit.
dont il fit part à tous les ambassadeurs et1 auxquelx il fit
déclairer comme, aiant telle entrée [dans les états] de vostre majesté, il se déiibéroit partir le jour suyvant ou pénultiesme dudict mois, pour s'aller joindre audict camp et suyvre le chemin de victoire que Dieu luy ouvroit; qu'il délaissoit la royne de France à Reims et le cardinal de Tornon avec elle, pour, en son absence, traicter [les
affaires] et ceulx quilz pourroient survenir tant desdicts 2 que
d'aultres. Et que l'on fait grande réjouiss[ance de cette] prinse, et que le deseing des Françoys est [non de se porter] devant Avennes, le Quenoy et Montz, ains [attaquer places] comme Maubeuge, Bince et Nivelles devant Bruxelles, passer audict Bruxelles ou Liège, et que le connestable a adverti le roy que, avant vostre majesté puisse joindre ses forces ensemble pour luy résister, il pourra grandement endommaiger vostre majesté; car les sieurs de Nemours (?)3 et mareschal Sainct-Andrey ont couruz jusques près de Namur, et gaingné grand butin de bestial, sans avoir eu rencontre.
Plus l'on m'a advertit que l'on dict publiquement en la court dudict roy que son altèze ne peult si tost arriver par deçà pour ce que, pendant il a retardé son véaige, les vicutuailles des navires se sont consumez et que la peste s'est mise èsdicts navires, qu'est conforme à l'advis que j'ay escript dernièrement à vostre majesté; et est vraysemblable qu'il y a quelque grande occasion qu'empesche son altèze, pour ce que l'on n'a aulcune nouvelle de son embarquement ne où il est, que mect en grande paine la reyne, de sorte que Ion craint elle tumbe en maladie.
Maçon , escripvant la prinse de Mai ienbourg, a faict ung discours au conseil comme si jà tout le pays fût esté perdu, parlant amplement de la pusillanimité des subjectz de par delà, de la tardité et avarice des princes en termes généraulx, que engendre souvent inconvénient et dommaige ; adjoustant que tout le pays est troublé et desgousté ; que l'on craint Liège démonstrât l'affection contraire
' Lacune dans le manuscrit. 3 Francois Ier, duc de Nevers. Il était
3 Idem. gouverneur de Champagne.
à celle que l'on a présumé. Et voiant le chancellier ce discours, il dit qu'un ambassadeur [ne] pouroit excuser telz eseriptz jusques à ce que les choses fussent plus apparentes. Aussy a-il escript qu'il y avoit deux enseignes de gens de pied en ladicte place l.
2 La noblesse et le peuple entrent en désespoir
des affaires de vostre majesté sur les nouvelles que les François des- [guisent], et dient que le mariaige se soit procuré pour remédier les affaires de vostre majesté, tellement que les visaiges changent et les voluntes sont incertaines.
Je oblia dernièrement joindre aux dernières lettres de vostre majesté la requeste de Brancazo, ce que je faict présentement, et ne veult déloger, encoires que luy soit esté commandé ; que faict croire que aulcungs du conseil partiaulx le retiennent. Si plaist à vostre majesté que je le répète, je le renvoieray par delà; et certes c'est ung homme fort déterminé et scandaleux.
Nous avons envoie ung [navire] en Espaigne, il y a passé douze jours, pour avoir nouvelles de son altèze; mais elle n'est encoires
de retour, combien qu'il ayt fait bon vent pour aller et venir
Du mi juillet i 554.
1 (De Marienbourg.) pêche sont dues au mauvais état du ma-
5 Les nombreuses lacunes de cette dé- nuscrit.
PAPIERS D'ETAT. IY. 35
L'AMBASSADEUR RENARD
A L'EMPEREUR
(Ambassades de Renard, III, i58-i5().)
Sans date [ mi-juillet i55/i].
Sire, le sieur de la Chappelle l m'a escript les lettres cy-joinctes, par lesquelles vostre majesté congnoistra ses navires n'estre envitaillez sinon pour quinze jours, et la fin à quoy il tend pour avoir provision et ordonnance de ce qu'il luy semblera convenir; que m'a meu despêcher le présent corrier pour en avoir responce bresve et deans le temps requis, et joinctement à ce que vostre majesté, en tant qui luy semble et plaise qu'elles soient renvitaillez pour plus long temps, face pourveoir pour les deniers qui seront nécessaires, aiant jà faict délivrer mil escuz audict sieur de la Chapelle, comme l'ay escript à vostre majesté.
Le gentilhomme qui apporta lesdictes lettres m'a dict que ledict sieur de la Chappelle entroit en suspicion contre l'admirai de Angleterre, qui traicta avec les François ou qu'il eust maulvaise intención contre son altèze, pour ce qu'il a despeché ung navire en France ou Espaigne, à son insceu ; qu'il a communiqué avec l'un des capitainnes de Fallamout2, nommé Quillegreux, les fdz duquel sont en France; que les Angloys, quant les subjectz de vostre majesté sont descendue en terre, les ont provocquez à débatz, les poulsans et urtans; que ledict admirai n'a faict grand compte dudict sieur de la Chappelle ; qu'il y a plus d'un moys qu'ilz ne se sont veuz ny parlez sinon par messaiges; qu'ilz appellent les navires de la flote de vostre ma-
! Adolphe de Bourgogne. ì (Falmouth.)
jesté coquilles de moules, et plusieurs semblables particularités, que ont meu ledict Sr de la Cbappelle se niectrc en mer et voilles devant le port de Fallamout, et défendre que personne de ses souldars ne mectent pied à terre, pour fuyr toutes occasions : et jà l'on m'avoil advertí qu'il y avoit quelque pointe , et néantmoins j'ay mandé audict sieur de la Cbappelle qui ne convenoit se altérer, ains qui convenoit temporizer et dissimuler; queje confiois son véaige seroit tost finit et son altèze de brefz par deçà; que j'envoierois au sieur de Corrieres quatre ou cinq mil escuz, que je prandrois à crédit pour survenir à toutes choses nécessaires, pour éviter le désordre, confusion et déréputation, attendant le commandement de vostre majesté.
La royne me dict hier comme le cardinal Polo lui a faict remonstrer, par son agent résident icy, qu'il luy desplaît grandement qui ne peult persuader à vostre majesté et roy de France la paix, et que, respectant le bien publicque de la ebrestienté, il désireroit encoires procédera icelle, ce que pourroit ladicte dame avancer et promouvoir, et qui ne treuvoit plus prompt moien sinon de persuader et insister pour, par voie de commissaires et médiateur, entrer en communication des differendz ; que si ladicte dame le treuvoit bon, il espéroit que, en escripvant à vostre majesté, sa lettre et recommandation seroit bien prinse, et ne pourroit sinon servir. Que quant à elle, que pour non estre expérimentée en telle chose, et ne sçavoir si vostre majesté l'auroit aggréable, si telle commission seroit à propos, utile ou préjudiciable, elle auroit désiré sçavoir de moy Testât où la matière de paix se retrouve, et si elle pouroit satisfaire au désir dudict cardinal, sans desplaire à vostre majesté.
A quoy je respondis avoir entendu que les Françoys avoient faict démonstration n'avoir inclination à la paix , eulx confians sur les practiques qu'ilz tenoient en la Germanie avec le marquis Albert, n'aians proposé conditions commodes ny raisonnables, ains seulement taiché d'obtenir surcéance des armes et une tresve doleuse, pour reprandre alaine et faire nouvelle finance ; que la voie de commissaires emporteroit le mesme effect, n'estoit que les Françoys voulsissent resta-
blir et restituer par entier ce qu'ilz ont usurpé et occupé puys qu'ilz ont commancé la guerre ; aultrement, que je creois vostre majesté ne se treuveroit conseillé d'entrer en communication. Davantaige, que par traictez jurez et ratifiez par ledict roy moderne, toutes difficultez sont estez vuidez, et que communiquer sur ce qu'est résolu et appoincté, ce seroit donner occasion aux Françoys de user de leur coustume et violer tous traictez quant bon leur sembleroit; que je considérois la guerre avoir jà duré troys ans, que le roy n'y avoit faict grand fruict ny exploit, qu'il estoit difficile la souldoier longuement, et qui convenoit se recongnoistre , ou vaincre ou céder; que Dieu estoit bon juge des bonnes et sinistres intentions, et que je me remectois à ce qui luy sembleroit pour le mieulx, l'assurant qu'elle ne sçauroit faire cbose concernant matière de paix que ne soit aggréable à vostre majesté, pour l'avoir tousjours désiré et respecté le publique, non le particulier; sur quoy elle m'a dict qu'elle respondroit audict cardinal selon ce.
Ladicte dame partira mercredi, pour aller rencontrer son altèze, et confie que sa venue sera sans inconvéniens *, combien qu'il y a plusieurs particuliers fort mal affectionnez, quilz par concessions et libéralitez pouront cbanger de vouloir; je faict tout ce qu'il m'est possible pour contenir et entretenir les principaulx.
L'on a parlé, ces jours passez, pour envoier de delà la mer ma-
dame Elisabet, si plaisoit à la royne d'Hongrie l'admectre en sa maison, pour plus s'assurer d'elle : mais l'on n'a encoires conclud la résolution; l'entendant, vostre majesté en sera informé
1 Le prince d'Espagne débarqua en An- son favori , etc. Il trouva une cour brilgleterre le 20 juillet, accompagné des lanle de gentilshommes anglais qui deplus grands seigneurs espagnols, parmi les- vaient former sa maison. Renard en fourquels étaient les ducs d'Albe et de Medina- nit la liste complète, tome III, 32 4-32 7- Geli, l'amirante de Castille, Ruy-Gomez,
LES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE
A L'EMPEREUR
(Ambassades de Renard, III, 3o5.)
Sans date [Wincoster, 26 ou 27 juillet 1 554 ].
Sire, son altèze se désambarqua vendredi passé j à Hampton, où il fut receu par le grand trésorier d'Angleterre, et avant mectre pied en terre, le conte d'Arundel, accompaigné du grand escuyer de la royne et d'un conseilliez nommé Warton , luy présenta l'ordre de la Jarretière, qu'il accepta suyvant la permission de vostre majesté, et envoia le Sr conte d'Aigmont à ladicte dame pour l'informer de son passaige et véaige, pour la visiter, luy faire part de sa disposition et confermer son affection. Le sambedi , le grand chancellier vint visiter son altèze et luy apporta ung diamant de la part de ladicte dame, en signe de toch1, à la manière d'Angleterre. Le mesme jour le conte d'Arundel retourna devers ladicte dame pour la visiter, et luy envoia encoires ung toch d'un diamant assez meindre que le premier.
Ledict jour son altèze envoia le lieutenant d'Amont devers ladicte dame et son conseil, pour entendre l'ordre que l'on avoit prins sur l'acte du mariaige, sur le jour du partement de Hampton à Vincester, sur la cérémonie comme ce feroit ledict mariaige, quel service l'on feroit audict Vincester, quel chemin l'on prandroit dois ledict Vincester, pour donner ordre au désembarquement, pourveoir de chevaulx et chariotz, et entendre toutes particularitez ; et fut résolu que son altèze partiroit le lundy dudict Hampton pour Vinces-
Poch ou pock, présent, témoignage d'affection.
ter; le mercredy suyvant, jour de Saint-Jacques, se feroit la solemnité dudict mariaige à la manière d'Angleterre gardée entre les princes, publicquement et sans rien innover des cérémonies; que l'on séjourneroit en ce lieu jusques à mardi ; que Ton pourvoieroit de chevaulx et chariotz tout ce que l'on pourroit; que dois ce lieu l'on iroit à Basinstoc, dois Basinstoc à Redin, dois Redin à Vindsor, où l'on séjourneroit cinq ou six jours, et dois là à Londres, où se concluroit le surplus pour l'advenir. Et selon ce le mariaige fut consommé le jour Saint-Jacques- dernier l en grande célébrité et solemnité, au contantement du peuple et des S^rs quilz y ont assisté, comm'ilz en ont faict démonstration, et ne sçaurions exprimer par cestes la bonne grâce que son altèze a représenté en tout et partout; l'aiantpréadvertie que, comme ce royaulme est populaire, aussy convient-il accarasser le peuple, pour contenir l'ambition et inconstance de la noblesse. Cejourd'huy le conseil est venu faire recongnoissance à son altèze et demander quel ordre il entendoit fût observé à fadvenir en l'administration du royaulme, du conseil, justice et police, offrant debvoir et fidélité; aulquel son altèze a faict rendre grâce de la bonne volunté et affection qu'ilz ont demonstré en son endroit, louer le bon office ilz ont rendu es choses concernant le bon avencement du royaulme, admonester de persévérer et déclairer qui estoit venu pour l'assister en tout ce qui pourroit et non faire changement; que, sur l'ordre qui se pourroit donner pour fadvenir, il estoit requis qu'ilz en communiquent avec la royne , et qui feroit de sa part ce qui seroit advisé pour le mieulx.
L'on porta l'espée devant son altèze, et ladicte dame luy envoia ung poignard fort riche en pierrerie et ouvraige, par le conte de Paimbroc, et aussy deux robes, l'une desquelles est autant belle et riche que l'on sçauroit estimer.
Environ le midi dudict jour, Carnatas, capitaine de la flote de son altèze, arriva en ce lieu, et déclaira la flote qu'estoit demeuré der-
1 Le 25 iuillcl. (Voir à ce sujet le Journal de Vandenesse, pages 385 v° et suivantes. )
rière estre arrivée, horsmis quelques hulques quilz sont esté séparez par une turmente; dont son altèze fut joyeux à ce que est commodité de despêcher et envoier à vostre majesté gens l et argent , que entendons il fera avant partir d'icy, aiant retenu le Sr de Vackène pour l'accompaigner.
La donation et renuntiation du royaulme de Naples 2 vint en bonne conjuncture, et dont les S§rs de par deçà ont eu grand contentement.
Au surplus, sire, comme nostre légation est faicte, nous attendons le bon vouloir et plaisir de vostre majesté pour nostre révocation, à ce que luy puissions aller rendre compte de nostre charge et
negotiation.
LEVEQUE D'ARRAS
(Ambassades de Renard, III, 161.)
Du camp", à Doulchy, 3o juillet 1 554-
Monsieur l'ambassadeur : Jay par vostre homme, pourteur de ceste receu voz lettres du xix de ce moys, et jà çoit que sa majesté heut jà advertissement de l'arrivée du roy d'Angleterre , tant par monsr de Souastre, que le sieur de Wacke dépescha au mesmes temps que sa majesté royalle jecta ancre au port, que par ung gentilhomme du conte d'Aiguemont et le capitaine Mario, toutesfois lui a esté très- Philippe amenait avec lui environ J L'empereur avait cédé à son fils les cinq mille Espagnols qu'il fit passer clans royaumes de Naples et Sicile pour prèles Pays-Bas. sent de noces.
aggréable l'office faict de vostre coustel, et a faict donner à vostre
homme cent escuz pour íes allébrisses1.
Vous feisiés mención par voz lettres à sa majesté d'une lectre commune cpie deb voit venir en voslredict pacquet, laquelle ny s'y est trouvée, quant en présence de sa majesté impériale vostredict pacquet fut ouvert à Gosselries , et pourroit estre que par obliance , en temps auquel vous debviés avoir tant de gens à l'entour de vous, l'on auroit obmiz de la mectre audict pacquet, et ay détenu vostredict homme deux ou trois jours dadvantage, espérant que vous la pourries après envoier. Mais je présuppose bien que tous ces jours vous aurez eu assés affaire pour satisfaire à tous offices et informer ledict sieur roy de ce qu'estoit requis, de sorte que vous n'aurez heu moven d'entendre à faire despesches : si esse qu'il sera bien requis que, si jà vous ne l'avez faict, vous informiez particulièrement sa majesté impériale par voz lettres de ce que sera passé et de Testât des affaires de ce coustel-là.
Sadicte majesté avoit délibéré dois longtemps envoyer visiter ledict sieur roy son filz par le Sr d'Ybermont ; mais comme nous avons estez plusieurs jours à la poursuitte de noz ennemys, avec apparence qu'il y pourroit avoir bataille, pour non faire ce tord audict Sr d'Ybermont, l'on l'a différé, ce que vous pourrez excuser. Et afin que vous sçachez comme les choses passent par deçà, et pour serrer la bouche à ceulx qui malignement vouldi oient peindre les choses aultrement, Aous verres ce que passe par le billet joinct à cestes, que je vous prie communiquer audict sieur roy, comme je pense vous aurez faict les lettres que derrièrement je vous escripviz, selon que aussi par ce que je luy ay escript je me suis remis à icelles.
Je ne faiz doubte que, comme voz lettres contiennent, vous aurez faict envers sa majesté royalle l'office pour moy que vous debvez à nostre amytié, à laquelle je ne fauldray jusques au bout de correspondre, et n'en debvez avoir scrupule, quoy que l'on vous puisse dire, et debvez prendre pour tesmoing l'expérience que vous en
' Ou allaigrisse, d'allègre, allégresse (réjouissance).
avez du passé. Et pour fin de ceste, prie le Créateur, etc. Du camp à Doulchy, ce xxx de juillet i 554..
Vostre bon confrère et entier amy,
L'ÉVESQUE D'ARRAS
L'EMPEREUR
A SES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE
(Ambassades de Renard, III, 162-163.)
Du camp près Bouchain, 3 août 1 554-
L'empereur et roy.
Chiers et féaulx : Nous attendons avec très-grand désir nouvelles de par delà, pour sçavoir comme toutes choses y sont passées; et attendant le dépesche que nous tenons ne pouvoir larder et que vous en aurez tenu le soing , ceste sera pour vous advertir que le cardinal Polo, légat, a envoie devers l'évesque d'Arras ung de ses gens qu'il avoit envoie à Rome, et jà est de retour, par lequel il luy a faict déclarer, pour après nous en faire rapport, que le pape, jugeant que pour réduire les affaires de la religion en Angleterre, nul temps pourroit estre plus à propoz que en l'instant de la venue celle part du roy nostre filz, et que le plus tost y mectre la main seroit le meilleur, pour éviter la perdition de tant de âmes de ceulx qui meurent, ce pendant luy enchargeant de passer en Angleterre comme légat, et de nous persuader à ce que le treuvissions bon, disant qu'il avoit ses facultez amples; remectant sa saincteté le tout à ce qu'il luy sem-
PAPIERS D'IÍTAT. IV. 36
bleroit mieulx convenir, puisque c'est négociation en laquelle il vouloit confier en ses vertu et bonté, et de la cognoissance qu'il a des affaires en ce coustel-là; et que, pour avoir accès à nous tant plus agréable pour nous povoir mieulx persuader, il nous apportoit bref congratulatoire tant de la venue du roy nostredict filz , que de la consummacion du mariage, puisque, selon les nouvelles qu'ilz avoient en Italie des apprestes de son passaige, il espéroit que, à l'arrivée dudict porteur, nostredict filz seroit jà par delà. Et davantaige, que pour plus honorer nostredict filz et luy sembler qu'il convenoit ainsy, sa saincteté avoit redressé la légacie dudict cardinal, pour au lieu que jusques à ores elle s'adressât à la royne seule, l'adresser au roy et à ladicte royne ensemble; luy recommandant que en tout il se conduisît, le plus que faire se pourroit, au contentement de tous deux. Et, sur ce que ledici évesque d'Arras remonstra, comme de soymesmes, à l'homme dudict cardinal, que cccy se proposoit merveilleusement tost après l'arrivée de nostredict filz, et avant que l'on peut cognoistre quel chemin les choses y prendraient pour ce cornmancement, et que pour mieulx négocier ce qu'il proposoit, il seroit bien convenable veoir ses facultez et entendre si ledict cardinal avoit quelque pourgect de comme il penseroit encheminer ceste négociation, afin que l'on regarda si le pied qu'il y penseroit tenir seroit à propoz, puisque, comme ledict cardinal cognoissoit par sa grande prudence (les choses de l'intéretz en ung tel royaulme , et que jà de longtemps estoit aliéné), povoient causer alteración; il luy a respondu que l'on ne pourroit trop tost encommancer les affaires de Dieu, et qu'il y avoit plusieurs choses à remédier, et que la présence dudict légat serviroit à tout, et mesmes pour effacer le scrupule que pourraient avoir les évesques et autres d'avoir joy du fruit des bénéfices sans tiltre légitime, et que il sçauroit bien user de moderación quant aux biens occupez; mais que toutesfois il fauldroit que ce fust de sorte que la reste de la chrestienté n'en prînt malváis exemple, et signammant que aucuns catholicques , qui tiennent biens ecclésiasticqucs soubz leur main , ne voulsissent pré-
tendre d'eulx approprier avec cest exemple ; et que de vouloir laisser les biens à ceulx qui les occupent, il ne conviendroit, pour ce qu'il sembleroit que ce seroit racheter, comme à deniers comptans, l'auctorité du siège apostolicque en ce coustel-là.
Sur quoy ledici évesque d'Arras ne voulsit réplicquer, pour non entrer en contención comme de soy-mesmes, ains s'enchargea de nous faire rapport de ce qu'il avoit déclaré de sa charge, pour après luy faire entendre la responce que luy donnerions sur icelle; laquelle a esté, que comme ledict roy nostre filz ne fait que arriver audict Angleterre, et que l'on a esté occupé jusques à ores à la celebración des nopces, sans que Ion puisse certainement juger quel chemin, en ce commancement, les affaires prendront, qu'il nous sembloit le mieulx de attendre encores jusques à veoir quel icelluy seroit, et de ce pendant advertir le roy et la royne de son proposé, afin d'entendre d'eulx ce que la disposition des affaires en ce coustel-là pourroit porter pour maintenant; et que ledict cardinal sceit le zèle que tous trois avons au cueur la saincte foy et religion et remède d'icelle, mais que enfin il y falloit procéder discrètement, afin que pour penser bien faire et se trop haster, ou se mectre en chose que la nación ne peut porter, croistre le trouble et confusion en lieu d'y donner remède. Et combien que nous présupposons que ledict cardinal y procède par vray bon zèle, nous ne povons pas prendre la mesme confiance de tous ceulx qui sont à lentour de luy, qui continuellement luy sont aux oreilles pour luy persuader que son allée là soit ce que convient pour leurs fins particulières, que peut-estre ne sont toutes bonnes; et nous sçavons que ledict cardinal n'a commission de presser si chauldement en cette affaire, ains avons heu soubz main advertissement du nunce propre de sa saincteté, que la résolution de la commission dudict cardinal est que toutes choses se traictent comm'il nous semblera pour le mieulx, et qu'il tienne cecy pour règle, puisque il confie que y procurerons ce que le temps comportera.
Il sera besoing que vous déclairez tout cecy bien particulière-
ment ausdicts roy et royne, afin qu'ilz considèrent ce que Testât présent, quant à ce poinct, pourra comporter; tenans tousjours ceste fin de procurer le remède de la religion, mais que ce soit en saison et par termes qui ne causent effect contraire au bien que en cecy l'on prétend ; et jusques avoir responce, l'on entretiendra ledict légat sans luy consentir plus avant son partement, pour aller celle part. A tant, etc. Du camp près Bouchain , ce 111e d'aoust i 554-
Nous adjouterons à ceste que les ennemys se sont partyz ce matin de Crèvecueur, et tirent le chemin de Chastellet, et conforment la pluspart des advis à ce qu'ilz vont en France , et Ion verra bientost avec quelle fin, dont vous serez adverty; ne vous faisant icy ung discours de ce voiage, puisque, par le sommaire que l'évesque d'Arras a envoyé , vous aurez entendu tout ce que pour maintenant vous en sçaurions dire.
CHARLES
Et plus bas :
BAVE
LEVEQUE D'ARRAS
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, 166-167.)
Du camp, près Bouchain, 4 août i554-
Monsieur l'ambassadeur : J'ay receu voz lettres du xxvie du passé, et quant aux deux que vous avez escript à l'empereur, l'une commune , l'autre en vostre nom seul, hier soir, incontinant que l'empereur les
eust veu, elles s'envoyarent à la royne à Valenciennes, et ne sçay si elles retourneront à temps pour y pouvoir prandre sa majesté impériale résolution pour la responce, avant le partement de mess" de Hornes1 et Hubermont. Je parlay à sadicte majesté pour vostre rappel ; mais, à ce que j'apperçois, jusques vous ayez bien informé le roy et ceulx de sa suyte, et que les choses s'encheminent plus avant, il vouldra que vous y séjourniez encoires aulcuns jours, pour la congnoissance que vous avez des personnes et humeurs de par delà.
Monsr de Hornes se trouva hier présent au conseil de guerre, où Ton le fit entrevenir exprès, afin qu'il peut faire audict sieur roy meilleur rapport de ce que passe; vous l'entendrez de luy, et de luy et de son frère la charge qu'ilz ont, tant quant à la visitación du roy et de la royne, que pour faire demeurer ledict sieur roy par delà pour maintenant.
Je reçois incrédible contentement, voyant le mariaige pour lequel nous avons si longuement travaillé , consumé avec contentement des parties, et que ledict sieur roy se conduyse en tout si bien, gaignant la voulenté d'ung chacun par delà. Il y aura, comme vous touchez, assez de difircultez, comme tousjours il entrevient en choses grandes; mais fault procurer de les vaincre, et vous le pourrez bien encheminer, et ceulx de sa suyte , et descouvrir les practiques et menées que vous dictes s'intentent , pour y remédier par temps et par vostre advis, proposant les deux poinctz tant nécesaires en administración publique, pœnœ etprœmia, et que avec la doulceur et bénignité il accompaigne la sévérité, guydant les choses par la main de la royne et de son conseil.
L'estat des occurrans de ce coustel, vous l'avez entendu par ce que vous a esté envoyé. Quant à l'Ytalie , le roy en a relación particulière, et y vont les choses de sorte que j'espère que nous en aurons bientost bonnes nouvelles : car le crédit des François (quoy que dient là leurs
Philippe de Montmorency-Nivelle , plus illustres victimes des rigueurs du comte de Hornes, le même qui devint, duc d'Albe, en i568, lune des nombreuses et des
bienveullans) y est bien bas; vray est que la jalousie de la grandeur
de ce coustel faict aux voulentez de plusieurs malvais effectz.
Vous entendrez toutes choses de Mr d'Hubermont et de l'instruction espaignole qu'il porte, queje croys il vous communiquera. J'escripz deuxmotz à la royne, seullement pour luy congratuler la consumación du mariaige. Je vous prie luy présenter mes lettres, les accompagnant de mes très-humbles recommandacions et office que vous verrez convenir. Et me recommandant, etc. Du camp à Bouchain, le 1111e d'aoust i554.
Vostre bon confrère et entier amy,
L'on mect maintenant en doubte si monsieur de Homes retournera ou non, estans aulcuns d'advis qu'il soitmieulx que le Sr d'Hubermont y voise seul.
LES AMBASSADEURS EN ANGLETERRE
A L'EMPEREUR
(Ambassades de Renard, III, 257-258, et aussi 307.)
Windsor, 6 août i554.
Sire, par la date de noz lettres escriptes à Wincester, vostre majesté entendra que le retardement du partement du Sr de Horne a esté cause que vostre majesté n'a eu íes premières nouvelles de nostre main de la consommation du mariaige des Sr et dame roy et royne d'Angleterre, et particularitez y entrevenues, que confions elle pren-
dra de bonne part, puisque ce séjour et dilation provient de son altèze. Et puis nosdictes lettres avons receu celles que le Sr d'Arras a escript au lieutenant d'Amont, ensemble le subslantial de ce qu'est advenu par delà, qu'avons leu, communiqué et laissé es mains de son altèze, qu'a esté très-joieulx d'entendre le bon succès que les affaires prennent; et encoires plus quant il a entendu par celles de vostre majesté, du mc de cedict mois, que les François fussent partiz et retirez de Crèvecueur pour aller en France, que semblablement luy avons leutes et fait entendre, signamment le point concernant la négociation de l'homme du cardinal Polo avec ledict Sr d'Arras, dont aussi avons fait par ta ladicte royne. Et après avoir débatu les difficultez du temps, des personnes, la précipitation du véaige, la qualité du négoce, Testât des affaires publicques et particulières, que les choses de par deçà ne sont si bien establies ou confermées comme il seroit de besoing; que le poinct de l'auctorité du pape est trop plus chastolleux que celluy de la vraye et directe religion ; que le cardinal a ministres et peult-estre intelligences par deçà plus suspectes que l'on ne pense; que les subjectz de par deçà sont encoires en suspend et quasi irrésoluz, et plusieurs aultres considérations que se sont promptement offertes : il a semblé à leurs altèzes et à nous que le véaige dudict cardinal se debvoit différer, et que l'effect et exécution de sa commission debvoit procéder de ce qui se pouroit résoldre par le prouchain parlement, non de ce qui vouldroit ordonner ou réformer par sa commission , que pourront estre faicte de tel stil que préjudicieroit et mectroit en danger la personne et affaires de son altèze. Non que par la dilation l'on mecte en désespoir l'espoir de ladicte légation, sinon que le pape et ledict légat entendent que le temps, conjuncture et oportunité ne le permectent, et que Ton y prendra résolution meure et pesée, pour tesmoigner au pape, consistoire et toute la chreslienté, que le premier et plus grand désir que leurs altèzes ont est que l'obédience et recongnoissance de l'Eglise ayt lieu en ce royaume, que la religion soit plainement restablie et le service de Dieu réintégré. Et
a semblé bon à iadicte dame que Ton en communicqua avec les chancellier, évesque de Hély et secrétaire Pieter, pour en avoir leur advis; ce que ferons demain, après que le service et cérémonie de Tordre de la Jarretière sera achevée , que s'est célébrée ce jourd'huy en grande vénération, à laquelle a présidé son altèze comme souverain d'icelluy, ayant prins l'habit le jour qu'il arriva enee lieu, que fut vendredi dernier1, en entrant à l'église avant qu'il allast en son logis; et s'est parachevé le tout de bonne grâce et satisfaction du peuple.
Vray est que les partialitez des conseilliers sont tousjours en estre, et usent de grandes dissimulations entre eulx, desquelles peut dépendre pour l'advenir doubte notable, si elles ne sont remédiées : à quoy l'on délibère pourveoir par tous moiens que l'on pourra penser, et par l'auctorité de son altèze, si est de mestier; et espérons demain commencer de communicquer avec le conseil sur tous affaires, pour y asseoir ordre et éviter les contentions qu'en pourroient soldre.
Nous pensions que leurs altèzes partiroient mecredy prouchain pour Richemont et jeudi pour Londres; mais, comme ladicte dame s'est mal treuvée d'ung reume et catarre, ainsi l'on a contremandé le parlement jusques à vendredy.
Ledict cardinal Polo a escript les lettres dont envoions la substance à vostre majesté et la copie de celles qu'il vouloit escripre au connestable de France, qu'avons monstre à son altèze pour, suyvant ce que bon luy semblera, en attendre son advis. Rien pensons-nous qu'elle ne treuvera bon que les lettres audict connestable s'envoient, pour les considérations déclarez es lettres dudict cardinal2
1 3 août. France et au connétable. Ses lettres des
Ce fut seulement après son arrivée à i3 et i/j décembre sont insérées dans les Londres que le légal écrivit au roi de Ambassades de Noailles, III, 32/j-33o
LEVEQUE D'ARRAS
A SIMON RENARD
(Ambassades de Renard, III, 168.)
Camp près de Lillers, 9 août 1 554
Monsr l'ambassadeur : Voz lettres pour l'empereur, en responce à celles que sa majesté vous avoit escript, â nions1" de Courrières et à vous, de ce que j'avoye passé avec l'homme du cardinal Polo, vindrent hier; j'actens ce que sa majesté commandera dessuz. Vous aurez entendu despuis, par nions1" d'Hubermont, en quel estât estoient les affaires, et aurez receu les lettres que par luy sadicte majesté vous a escript à tous deux. Ce qu'est succédé despuis est que, ayant l'empereur heu advertissement que le camp du roy de France marchoit vers Renty, elle a marché avec le sien jusques à icy pour favoriser ledict Renty, encoires que la place ne soit soustenable ; et, selon les nouvelles que nous aurons demain matin de ce que les ennemys feront (que n'ont campé plus près ceste nuyctque à deux lieues près, combien que aulcuns coureurs se soyent avancés jusques aux murailles), elle se résouldra aussi de ce qu'elle debvra faire. Cependant le duc de Savoye donne compte au roy, monseigneur nostre prince, de quelque intelligence que l'on luy a dit le connestable a sur Calaix, dont il advertit aussi le Debitis, pour estre sur sa garde; et ceste servira pour vous adresser ladicte lettre. Et me recommandant, etc. Du camp près de Lilers , ce ixe d'aoust 1 554-
Vostre entièrement vray amy,
PAPIERS D'ÉTAT. IV. 3y
L'ÉVÈQUE D'ARRAS
A SIMON RENARD
( Ambassades de Renard , III , 1 70.)
Du camp (prèsele Rentyi, 12 août i554
Monsieur l'ambassadeur : J'envoye ce courrier pour veoir s'ii pourra rattaindre ung gentilhomme du duc de Florence, quii pourte au roy, monseigneur nostre prince, nouvelles delà rotte de Pétro Strossy, afin quii vous pourte joinctement la lettre, qui va avec ceste , du duc de Savoye, par lesquelles il ma dict qu'il donne advertissement à sa majesté royalle de ce que passe en ce camp, que je vous prie luy donner incontinent. Et avec la mesme occasion vous veulx advertir que Villey arrive tout à ceste heure avec voz lettres du VIIIe, que l'empereur a veu et s'envoyent à la royne ; il m'a- aussi donné celle que m'avez escript, et, à ce que je vois par icelle, je tiens que vous et moy susmes d'une opinion, qu'est de nous peu socier qui gouverne les affaires ny d'y avoir part, pourveu qu'ilz se conduysent bien et comm'il convient au service de noz maistres; mais pandant que l'on y est, il fault faire son devoir tout oultre, comme je suis assheuré vous ferez de vostre coustel, et mesmes là, puisque sa majesté s'est voulu résouldre à ce que y soyez encoires pour quelque temps.
Au regard de vostre affection en mon endroit, je m'en assheuré comme aussi pouvez de la mienne ; et combien que je pense vous entendrez ce que ledict sieur duc escript à mondict seigneur nostre prince, si ne veulx-je délaisser de vous en dire deux motz : c'est que lerovde France, se confiant sur la débilité de Renty, s'est délibéré
d'y venir mectre le siège , et combien que la place est telle que l'on s'estoit résolu de la desmolir, toutesfois ne sûmes-nous hors d'espoir que ledict roy ne l'emportera si facillement, puisque aujourd'huy est le ime jour qu'il y est venu avec son artillerie, et nous sumes venuz camper si près.que, s'il ne se haste, j'espère que luy ferons lever le siège : car nous sumes venu cejourd'huy nous mectre en ung lieu fort à la veue du camp des Françoys et dudict Renty, et voy bien mal possible que ces deux armées si proches se séparent qu'il n'y aye de la perte d'ung coustel ou d'aultre, et sera, à ce queje puis appercevoir, jeu de peu de jours1. Et, pour fin de ceste, prie le Créateur, etc. Du camp, ce xn d'aoust i 55/4.
Vostre bon confrère et amy,
LÉVESQUE D'ARRAS
XCVIIT.
L'AMBASSADEUR RENARD
A L'EMPEREUR
(Ambassades de Renard, III, 3o6.)
Sans date [Londres, 2 3 août i55i].
Sire, puys mes dernières lettres, le roy a faict son entrée en ce lieu de Londres vendredi dernier2, accompaigné des Si3 et dames d'Angleterre; car, pour estre partiz la pluspart de ses gentilzhommes
1 Le prélat avait raison : un mémo- l'armée impériale, que Charles-Quint conv rabie combat fut livré, le i3 août, sous les mandait en personne, murs de Renty , dans lequel le roi défit 3 17 août.
pour aller au camp de vostre majesté, il n'eust avec luy synon le duc d'Albe, Ruy Gómez, le conte de Feria et troys ou quatre aultres; et, comme le peuple avoit esté mal imprimé par faulx rumeur, le voiant, il a admiré et s'est treuvé estonné d'avoir esté ainsin séduict, tellement que le jugement qu'il a faict est d'avoir veu ung bon prince, bening, humain, d'espoir de justice et police, et demeurant très-satisfaict de sa personne , comme le Sr de la Chaulx , quii y a assisté , le pourra confirmer à vostre majesté. Et pourveu que l'on se puisse accommoder pour quelque temps, ettraicter les affaires par l'ordre et autorité du conseil, toutes choses passeront seurement et paisiblement; et tiens que les S^s quilz sont passez par delà se plaindront de ce qu'ilz ont esté en ce commencement traictez plus rudement qu'ilz n'eussent pensez; mais vostre majesté entend assez les nations si diverses avoir tousjours quelques difficultez, et craindrois que, par icelles doléances, une inimitié ouverte et perpétuelle n'en resortît et de préjudiciable conséquence.
L'ambassadeur du roy de France demandit lundi passé audience à la royne, aussy au roy, qu'il eust mardi suyvant1; et pour n'avoir sceu ce qu'il a peu négotier, confiant que vostre majesté l'entendra d'ailleurs, je n'en feray aultre mention ny d'aultres affaires ou occurrens, desquelx je sçay vostre majesté sera informé par ledict Sr roy ou duc d'Albe.
Le Sr de Corrieres, suyvant les lettres de vostre majesté, a demandé son congé, que ledict Sr roy luy a accordé; et, quant à ce qu'a pieu à vostre majesté me commander que je séjourne encores quelques jours pour informer son altèze de ce que j'ay peu recuillir des humeurs par deçà, tant par longue instruction envoie en Espaigne que par articles que j'ay délivrez à Ruy Gómez , pour les donnera son altèze, je l'ay informé de ce qui me sembloit convenir il deust entendre, et pour n'avoir argument ny matière de négociation davantaige , et que toutes choses sont passez sans doubtes jusques à présent, j'attend son bon vouloir sur mon rappel.
1 Le 21 août. Voir Ambassades de NoaiHes, HT, 3o7-3n.
Ledict Sr roy se part cejourd'huy pour Antoncourt1, à cause que la feste et foire de ce lieu commence le jour de feste saint Bartholomé
L'AMBASSADEUR RENARD
A L'EMPEREUR
(Ambassades de Renard, III, 32 8-32 g.)
Sans date [fin d'août i554].
Sire, oultre les lettres communes dernièrement escriptes, je n'ay voulu délaisser de toucher particulièrement à vostre majesté que, en ce commencement, il y aura bien affaire d'accorder les Espaignolz avec les Angloys, pour la faulte du langaige, pour estre les Angloys telz queje les ay deschifrés à vostre majesté par plusieurs mes lettres, abhorrissans les estrangiers, n'estans accoutumez d'en veoir si grande multitude, aiant jà faict plusieurs destrosses et larrecins sur eulx en désembarquant et sur les chemins, estans mal etestroictement logez. Le point de la religion se représente, que faict2 pires les héréticques; les Françoys ne dorment en practiques, et advint dernièrement que le secrétaire de l'ambassadeur de France estant en ceste court, venant de la court environ les dix heures de nuict, tumbit en ung fossej, où il se fût tué sans le secours de l'un des serviteurs de Paiget, qui se treuva lors près dudict fossel, et n'a suys3 estre sans suspicion qui vint de parler à Paiget, puysqu'il estoit accompaigné de son serviteur.
Oultre ce, l'on est en doubte de ce que l'on fera à l'endroit de
1 Hamptoncourt. — 2 Rend. — 3 Su.
madame Élisabet, si l'on la mectra en liberté ou non : si l'on la y mect, le dangierest de renouveller les practiques; si Ton ne la mect, de mescontentement de l'admirai, ses parens, Arundel (qui espère au mariaige pour son filz), et aultres seigneurs; ainsin de Cortenay et d'aultres prisonniers, Les partialités du conseil sont telles qui n'y a espoir de réconciliation; et cecy et plusieurs aultres considérations que se représentent rendent les choses doubteuses pour les peser et s'asseurer; et jà les Ssrs d'Espaigne se commencent à fascher et dire qu'ilz s'en retourneront en Espaigne. Les officiers angloys ne se peuvent accorder, et encoires que l'on soit sur le point pour adviser d'y donner ordre, si est-ce il ne se fera sans mescontentement, et la moindre irritation seroit souffisante pour tumber en dangier, signantment en ce temps qu'est encoires chalereux.
Et pour ce , l'on a advisé si seroit expédient et convenable que son altèze allist treuver vostre majesté sur les grandes et raisonables occasions qui se représentent et sont connues, pour tesmoingner à vostre majesté l'obligation filiale, démonstrer l'affection au peys et subjectz, de les aider, secourir et défendre de sa propre personne, descharger ou alléger vostre majesté de tant de travaulx, se faire congnoistre aux ennemis, encouraiger le camp, intimider ses adversaires, présupposant que cecy se peult conduire par le grey et l'advis de la royne et du conseil ; et en ce cas , l'on treuveroit convenir que son altèze tirât cinq cens chevaulx-légiers et deux mil piétons angloys pour, soubz occasion de la guerre , distraire aulcungs quilz semblent suspectz et gaigner le temps jusques à octobre, pour faire entendre aux Françoys que les Angloys se joindront; et conséquamment faire démonstration extérieure qui puisse servir au temps. Et avant partir, son altèze, par quelque libéralité et pensions, laisseroit ung désir à ceulx de par deçà de le désirer pour, en l'hiver prouchain , retourner tenir le parlement, pourveoir aux affaires, régler le conseil et donner Tordre convenable en tout et partout. Et surtout son altèze se treuve conseillé de accarasser le peuple pour s'en servir, si la noblesse vouloit entreprendre ou faire nouvelleté, pour avoir esté tousjours
le peuple mal d'accord avec la noblesse, et la noblesse ne pouvoir sans ledict peuple. Et en cecy tumbent plusieurs diiïlcultez : comme la royne et le conseil le consentiront; si convient qui se absente avant qui soit couronné, avant le parlement, avant que de pourveoir et establir les affaires, avant que d'estre congneu; si ne mectra en dangier la royne et peult-estre occasionnera le peuple de non le recepvoir ou admettre à son retour, et plusieurs aultres telz objectz ; nonobstant lesquelz semble à plusieurs qui seroit plus seur, avec si bonne occasion, il passât jusques en Flandres. Ce que j'ay touché si particulièrement à vostre majesté, à ce qu'elle y preigne résolution telle que luy semblera pour le mieulx.
Une chose ne puys-je oblier, que la personne de son altèze est aultant aggréable qui seroit possible l'escripre , à ceulx de par deçà , si par grande dissimulation ilz ne cachent leurs pensées, et que l'amour et affection devers les deux majestez est telle que l'on ne peult espérer de l'aliance sinon bonne et parfaicte union
L'EMPEREUR
A SIMON RENARD, SON AMBASSADEUR EN ANGLETERRE
Béthune, iei septembre i55/i.
L'empereur et roy.
Chier et féal : Nous avons receu voz lettres du xxnie du passé , et nous faictes service très-agréable de continuer à nous advertir de ce que povez descouvrir et entendre de Testât et disposition des affaires
en ce coustel-là et des occurrans. Et combien ne faisons doubte que avez fait ce qu'est en vous pour informer le roy nostre filz et ceulx qui sont à l'entour de luy de ce que aurez peu congnoistre des choses de par delà, si est-ce que sitost ilz ne peuvent avoir la congnoissance requise pour les encheminer, et pour maintenant nous povez faire plus de service et à nostredict filz là que aultre part; et, à ceste cause, désirons-nous que continuez encores pour quelque temps vostre résidence, et nous tiendrons soing de vous satisfaire, quant à vostre rappel, quant verrons que vostre demeure celle part se pourra excuser.
Ce nous a esté plésir d'entendre que l'entrée de nostredict filz à Londres soit si bien passée , et qu'il aye donné contentement à ceulx de la ville tel que vosdictes lettres contiennent, faisant réputer pour menteurs ceulx qui si malignement avoient inventez plusieurs choses à l'encontre de luy.
Quant à l'audience qu'il a donné à l'ambassadeur de France, nous n'en avons entendu autre chose d'ailleurs que par la relación du Sr de La Chaulx, lequel nous a dict que, sur l'instance que ledict ambassadeur feit pour avoir ladicte audience, nostredict filz luy respondit que, comme nostre filz, estans les choses entre nous et son maistre telles quii sçavoit, il ne la luy povoit accorder; mais que, comme roy d'Angleterre, et avec les traictez et confédéracions qui sont entre les deux royaulmes, il l'orroit très-volentiers. Ce qu'il feit après, en présence du conseil d'Angleterre, où ledict ambassadeur comparut assez troublé, et de sorte que à peyne sçavoit-il ce qu'il vouloit dire, et feit son harangue, disant qu'il n'avoit commission du roy ny lettres, mais que, pour la charge qu'il tenoit, il ne povoit délaisser, comme les autres ambassadeurs, de congratuler le mariage, ce qu'il feit froidement; et davantaige désira sçavoir s'il entendoit, nonobstant les choses qui passoient entre nous et son maistre, observer les traictez qu'il a avec l'Angleterre. Et après avoir prins nostredict filz advis du conseil d'Angleterre présent, luy feit faire la responce par le chancellier, que fut en substance qu'il ob-
serveroit les traictez si avant que du coustel de France l'on feit le semblable, et que l'on ne luy donna occasion au contraire.
Lesdicts du conseil d'Angleterre ont fait instance à nostredict filz, oultre les sacques1 que nous et luy avyons jà consentu à la royne, d'autres cent mille ducas, et ne sçavons si ceste instance s'est faicte d'eulx-mesmes ou par commandement exprès de la royne , dont nostredict filz s'est desmellé, disant que, pour se treuver à présent hors d'Espaigne, et mise sa seur par nous au gouvernement en son lieu, il se fault adresser à nous ou à elle; et toutesfois avons-nous consentu ladicte sacque, pour gratifïier davantaige ausdits d'Angleterre, et la porte le secrétaire Erasso, porteur de ceste. Mais il nous a semblé vous devoir prévenir, alin que vous regardez de faire de vostre coustel les prévencions nécessaires, et ce avec vostre dextérité accoustumée, afin qu'ilz ne retournent à faire semblables instances, leur remonstrant la nécessité en laquelle, par ce moyen, nous mectons nosdicts royaulmes, et parce que nous sumes apperceu de l'inconvénient, [qu']en continuant lesdictes sacques, soit apparent de parvenir tel, que pour y remédier, nous sumes contenté de, avec nostre très-grand interest, récompenser ceux auxquelz , pour nostre propre service, avyons consentu sacque, pour les faire désister de se vouloir servir d'icelles, et que sumes délibéré de n'en plus consentir, ny pour les pays de par deçà ny pour ailleurs, et de plustost soubstenir les fraiz et intérestz plus grandz. Et leur faisant bien entendre ce que dessus, nous confions qu'ilz se dépourteront doresenavant de faire semblable instance, puisque, par ce que leur remonstrerez, ilz congnoistront que le reffuz soit fondé en toute raison.
Nous avons receu, par les sieurs d'Egmont, Hubermont et de la Chaulx, les lettres que la royne nous a escriptes de sa main, et pour estre icelles en responce des nostres, nous n'y respondons pour non la travailler sanspropoz , dont, si bon vous semble, la pourrez advertir; et n'oblierez à toutes conjunctures de faire l'office que verrez convenir pour l'assheurer de nostre affection et volente en son en-
1 Subsides.
droit , et de la confiance qu'avons de la sienne réciprocque. A tant, etc.
De Béthune, ce premier de septembre i554..
CHARLES
Et plus bas :
BAVE
L'ÉVÈQUE D'ARRAS
A L'EMPEREUR
(Mémoires de Granvelle, V, 18-19. )
Arras, 3 septembre 1 554-
Sire, plus je pense aux propoz qu'il a pieu à vostre majesté me dire qu'elle avoit tenu avec Erasso1 en faveur de nostre ambassadeur résident en Angleterre , plus je me treuve en penne, congnoisçant la malignité dudit Erasso trop plus grande que vostredite majesté ne se ligure. Non pas qu'il ne me semble très-bien que l'on recongnoisce les services de qui ha bien servy, qu'est trop juste et raisonnable ; mais doubtant que parlant de l'ambassadeur comme il mérite pour le debvoir qu'il y a rendu, et des aultres en la généralité que vostredite majesté luy ha dit, je crains que ledit Erasso ne procure que je soye comprins soubz icelle. Et si plaisoit à voslredicte majesté considérer ce qu'est passé, elle se souviendra de ce que j'en escripviz audict ambassadeur pour mouvoir la practique2, avant que personne
1 Plus tard, le roi Philippe II nomma traînèrent sa disgrâce et son emprisonne- François de Erasso trésorier de ses finan- ment. — 2 (Du mariage de Philippe avec ces d'Espagne ; mais ses malversations en- Marie d'Angleterre.)
en sceut parler, luy donnant le chemin qu'il debvoit suyvre; et si ay soustenu par le commandement de vostre majesté contre les argumentz que l'on ha voulsu faire au contraire, dressé toutes les lettres et instructions pour tous ceulx que y ont vacqué , les articles et aultres instrumentz, avec l'assistence du président Viglius, avec très-grand travail et sans que anitre y aye mis la main-, et sur les lettres de nostre ambassadeur, confuses, je l'ay redressé et encouragé quant il vouloit tout laisser.
Mais, comme il n'a pieu à vostredite majesté veoir les dépesches et instructions, longues de plusieurs fulletz, ains seullement les signer, elle n'aura congneu la peine que j'en ay heu, ny l'industrie avec laquelle j'ay assisté ledit ambassadeur, que m'a cousté maintes mauvaises nuytz. Et me gréveroit fort que, y ayant rendu si grand debvoir, je y fusse par Erasso, sur le fondement susdit, calumnié; et mesmes actendu la fin à quoy je prétendz, qu'est bien eslongnée de celle que vostredite majesté se persuadoit par les propoz que je tins à Strella, non à aultre lin que pour bien encheminer, et avec secret, ce que vostredite majesté luy avoit enchargé; et vostre majesté, comme elle me dit, pensoit que je désirasse que je fusse en opinion1 queje gouvernasse et misse la main en tout. Car je jure à vostredite majesté qu'il y a plus de six ans queje désire me retirer, pour rendre mon debvoir à mon évesché et servir à Dieu, et que vivant feu monsr de Grantvelle, je luy en ay faict souvent instance, par où vostre majesté peult congnoistre mon ambition; et ce que je me suis forcé de continuer despuis de suyvre ha esté pour avoir veu vostredite majesté en tant de troubles, et pour non l'abandonner en iceulx , mehu du zèle que je doibz à vostre majesté, comme son très-humble, très-obligé et très-affectionné serviteur, et eusse plustost passé l'hasard de mil mortz que de l'eslongner en telle saison.
Et véant la determinación que vostredite majesté ha prins de sa retraicte , je faiz mon compte de la suyvre et accompaigner jusques au bout, et lors la supplier que, puisque certes mes indispo-
' (Qu'on eût l'opinion.)
skions , que sont plus griefves que le visaige ne monstre , ne me permectent de pourter le travail comme du passé, je me puisse retirer en mon évesché pour y rendre mon debvoir, puisqu'il y a jà si longtemps que je suis évesque, et y ayant faict si peu de résidence que vostredite majesté sceit. Et tout le service que dois icelle je pourray faire à vostredite majesté et audit Sr roy, monsigneur nostre prince, sera ce que plus me donnera de contentement, et y mectray et vie et l'havoir, pour y rendre mon debvoir. Et il me seroit fort grief que, perdant l'espoir de toute recongnoissance et récompense, me treuvant comme je suis en arrière, j'eusse ce mal dadvantaige , que me seroit plus grief de tous et insupportable , que d'eslre en quelque umbre envers sa majesté royale d'avoir traversé son mariaige, ayant esté, après vostre majesté (cela osé-je dire), l'ung des principaulx promoteurs. Et à ceste cause, je supplie très-humblement vostredite majesté me faire cette grâce et merced, que pour moy sera très-grande, de, par le moyen que vostredite majesté treuvera le meilleur, faire entendre audit Sr roy que je ne suis comprins en ceste généralité, pour la double que j'ay que Erasso ne fauldra, venant là, de s'en servir tout ce qu'il pourra à mon désadvantaige1....
LEVEQUE D'ARRAS
A L'EMPEREUR
(Mémoires de Granvelle, V, 20.)
Arras, 9 septembre i564.
Sire, le duc de Savoye m'escript que les gens de Joan, Herr von Bearen2, se resentent fort de ce qu'il ha faict, jusquesà dire qu'ilz
1 Voir ibid. un court résumé de cette lettre. — 2 C'est-à-dire Jean , seigneur de Beuren.
n'obéiront plus au duc ny au mareschal absolutenient, et que au prince d'Oranges n'obéironl-ilz plus longuement de troys jours, pendant lequel temps ilz envoyront devers vostre majesté pour se plaindre et luy demander la parole que, à ce qu'ilz dient, vostre majesté leur a donné qu'ilz ne seroient chasliés que de leur justice; et que de leur part le prince d'Oranges et le conte de Swartzembourg1 luy estoient venuz donner cest advertissement de leur part, et qu'il avoit respondu que, si ainsi estoit, il leur donnoit congé, et les feroit payer et conduyre par où ilz endommageroient moings le pays, par l'advis de monsieur de Bugnicourt. Car il ne vouloit au camp gens que ne vouloient obéyr; et me commande en advertir vostre majesté et la royne, prétendant que Ion debvroit chastier ceulx qui viendroient icy, et résolu de plustost supplier vostre majesté de luy donner congé d'aller en Angleterre, que de retenir a son service les dessusdicts : car aultrement il vauldroit austant ung homme de boys que luy au camp. Le conte de Hornes et Swendy 2 anveront là , etjusques à oyresje ne sçay que personne soit venu de part lesdictes gens dudict Hans, Herr von Beuren 3
1 Gunther ou Gonthier, dit le Belliqueux, comte de Schwartzenbourg, chef d'un corps d'auxiliaires allemands au service de Charles-Quint.
2 Lazare Schwendy, Alsacien , l'un des meilleurs capitaines de cette époque, qui
se distingua principalement dans les guerres de Hongrie contre les Turcs.
3 La minute de cette dépêche porte la date du q septembre, en même temps que celle du 27. 11 y aurait peu d'intérêt à rechercher celle qui doit être préférée.