LES AMBASSADEURS DE CHAULE S-QUINT
A PHILIPPE, ROI D'ANGLETERRE
(Ambassades de Renard, III, 3oo-3oi.)
Sans date [vers le i5 octobre 1 554 ]•
Les escriptz que vostre majesté nous a communicqué consistent en deux poinetz, sur lesquelx elle demande nostre advis.
Le premier est l'absolution , dont elle a faict instance envers le pape, des excommunications, censures ecclésiastiques, anatémizations et déclarations de schisme prononcées par le siège apostolique contre ce royaulme et les y habitans, dont elle a faict instance devers le pape; sur quoy n'y gist aultre advis , puysque jà le pape en est adverti.
Seullement nous semble-il que vostre majesté doit peser le secret que ceste poursuyte désire; car, demandant lesdictes absolutions, s'est entièrement confesser et approuver et recongnoistre l'auctorité du pape et consistoire; ce qu'est plus odieux en ce royaulme que non le point de la messe, comme sera cy-après touché.
Item, advisera que ladicte absolution soit générale pour tout le royaulme et y habitans.
Item, que le narratif d'icelluy soit général et non fondé sur les prétensions que les papes ont prétendu contre les royaulmes d'Angleterre et Irlande, sans parler du fied ny du tribut ancien.
Item, pourvoiera qu'elle ne soit conditionnée dammodo regnum et ipsius incolœ obedientiam prœstent sedi apostolica^ : car par ceste condition le despêche seroit sans fruict.
Item, si estoit possible l'obtenir du mouvement simple du pape, sans déclairer que se fut à l'instance de vostre majesté, la chose seroit plus seure, en cas que cy-après l'on s'en voulsit aider; et que sa saincteté le fonde « in pietate Christiana et ecclesiastica, quia nunquam ecclesia claudit gremium, semper indulget exemplo Salva- « tons, et Evangelium semper consolatur, semper remittit, » et sur plusieurs aultres fondemens généraulx.
Item, que en icelle ne soit faicte relation au légat que le pape et consistoire auroit député ou délégué pour venir par deçà, avec auctorité de pourveoir à toutes absolutions et réception de l'obédience , et pour de nouveau consacrer, bénir et faire les aultres cérémonies canonicques et ecclésiastiques; car ceste relation retarderoit le fruict de l'absolution.
Et quant à la venue dudit légat par deçà pour cestuy eifect
qu'est le second point de l'obéissance et auctorité papale, nous ne pouvons conseiller à vostre majesté qu'elle le face venir en ceste saison sur ceste occasion ; et entendons bien que se seroit ung grand bien pour toute la chrestienté que l'auctorité et obéissance papale fût receue et remise par deçà, que union fût en l'église et congrégation des fidèles, et signantment que l'église anglicane ne fût scismatique, et que ceste opinion seroit la plus véritable et qui se doit plustôt persuader: mais néantmoins, considérans la difficulté que succédera, le trouble que s'en pourra ensuyvir, l'inconvénient où vostre majesté en pourra tumber, le hazard et danger où le cardinal Pool et aultres ministres du pape se mectroient de venir par deçà pour cestuy effect , respectant1 Testât dece royaulme; le mandement et déclaration que vostre majesté a faict publier sur le point de la religion, laissant la liberté à ung chacun pour tenir quelle religion l'on vouldra; que en ce commencement l'on a assez faict de remectre la messe; qu'il y a plusieurs tenans la religion nouvelle quilz n'attendent sinon l'occasion pour tumultuer et perturber les affaires ; que n'est seur ny convient faire passer ledict légat avant que l'on sçaiche ce à quoy l'on pourra induire le parlement, qu'est assigné au cinquième du moys prouchain2; que les Françoys ne espient sinon l'oportunité pour empescher l'establissement et seurté du règne de vostre majesté; que pourroit-estre l'on auroit mis en avant au consistoire ceste commission par affection particulière , pour plustôt nuire que servir aux consciences, attendu qu'ilz sont partiaulx pour les princes chrestiens, et souvent meslent les choses séculières et prophanes avec les conseilz divins et ecclésiasticques; que la commission respectera la restitution des biens ecclésiasticques, réparations et restaurations des couvents et monastères, qu'est quasi impossible conduire, pour ce que la pluspart du royaulme sont enrichis dudict revenu de l'église, mesmes les conseillers de vostre majesté; et, pour aultres objectz et raisons faciles à discovrir et entendre , nous semble que vostre majesté doit faire entendre au pape interpositement et secrettement,
' Í Considérant.) — 2 Cette assemblée fut ouverte le 12 novembre
et le supplier de contenir l'envoy des légat et évesque qui avoit délibéré envoier par deçà : que ceste commission n'est exécutable en ce commencement; que sa saincteté considère les dangers et hazars où elle1 s'est retreuvée en son advénement, la difficulté qu'elle a de remectre la messe, la contradiction qu'elle en soubstient, l'altération qu'en est quasi advenue et dont l'on n'est encoires asseuré ; que la condition de vassaulx et subjectz de par deçà est aulire que l'on ne pense; qui examine comme ce point est odieux, non-seullement en ce royaulme, ains en plusieurs parties de l'Europe, et mesme qui fault du temps en ce, puysque par concilie général ou provincial la chose ne s'est peu traicter; mais que vostre majesté procurera par tous moiens pour encliner ceulx de son royaulme à l'intention et obéissance qu'elle a, pour sa personne, au siège apostolique, et fera toutes les bonnes œuvres à elle possibles pour correspondre à sa saincteté, et que à ce parlement prouchain l'on pourra assentir à quoy l'on pourra réduire le royaulme; et qu'elle n'a aultre soing sinon que la religion soit remise en son pristin estât, et confie -l'on qu'elle prandra de bonne part ses excuses, et louera la bonne volunté de vostredicte majesté.
Et, comme nous entendons par lectres escriptes de Rome que cecy est publicque et divulgué, nous semble que sa majesté se doit contenir et ne faire démonstration quelconque qu'elle en ayt ouyt parler ny faict instance : car il fault penser que à ce parlement, si y a practiques ou machinations pour le point de la religion, quelles se descouvriront sans que ce bruict en donnera l'occasion.
1 ( Le roi Philippe.)
L'AMBASSADEUR RENARD
A LEVEQUE D'ARRAS.
(Ambassades de Renard, III, 3 1 5-3 16.)
Sans date [Londres, i5 au 20 octobre 1 554].
Monseigneur, la publication des articles concernans la religion a si altéré le peuple de ce lieu, que dimanche les parochiens d'une paroiche, par conclusion prinse entre eulx, se retirarent par devers l'évesque de Londres , aulquel ilz firent plusieurs remonstrances contre lesdicts articles, jusques à luy déclairer qu'ilz ne se pouvoient observer. Le lundy deux aultres paroiches firent le semblable , de manière que l'on a esté contrainct remectre l'exécution d'iceulx jusques au premier jour de novembre prouchain, et demeure le peuple mal content et fort esmeu; et est vraysemblable que es aultres diocèses et contrées où lesdicts articles seront veuz , ilz altéreront aultant les subjectz comme en ce lieu.
Et selon que suys informé, es hasles (de ce lieu), où les habitans conviennent pour traicter des affaires de la ville, l'on a tenu plusieurs estranges propos desdicts articles, et conséquemment des roy et royne et chancellier, disans que puys lesdicts articles estoient imprimez avec privilège de la royne, iceulx avoient esté pourjectez par l'auctorité des deux majestez ; et sera expédient que l'on pourvoie sur les assemblez quilz se font èsdictes hasles : car comme le roy Henry travailla pour les oster, ainsin sera-il convenable donner ordre qu'elles ne puissent causer quelque tumulte. Et sur ce, le maire de ceste ville a faict aultres édictz que, durant le service divin, les bouticles fussent fermées et que les hosteliers ne solfrissent personnes
boire ou manger es hosteleries ; et puys peu de jours en çà, Ton a commencé de faire porte et fermeture es entrées des faubourgs de la ville, afin qu'il n'y entre personne qu'il ne soit congneu. Et s'est élevé ung bruict que ledict sieur roy se veulle saisir de la Tour de Londre , par l'invention des espies et ceulx qu'ilz ne le désirent.
Quant au malcontentement des contes de Childam et d'Ormont, que vostre excellence désire sçavoir plus particulièrement par ses lectres qu'elle m'a escript du xvme, il procède de ce qu'ilz ne sont entremis ou gouvernement de Irlande, et de ce que l'on leur a faict rappel i que aulcungs du conseil de la royne avoient dit qu'ilz estoient trop jeusnes pour avoir telle entremise ; ainsin la partialité des conseilliers faict que rien n'est tenu secret de ce que l'on traicte oudict conseil.
Quant à ce que vostre excellence m'a escript ne congnoistre Bernardin, s'est un Italien, natif de Pavie, qu'a tousjours servi d'espie les ambassadeurs d'Angleterre, tant en la court de l'empereur que de France, et estoit dernièrement en Alemaigne avec Morison, et aussy avec Maçon à Bruxelles ; et le connestable de France l'a autresfois chassé de sa sale , l'appellant traistre, lequel avec plusieurs que nommeray à votre excellence à la première veue, faict profession d'espie et de publier toutes choses faulses et désadvantaigeuses ; qu'il sert au duc de Ferrare; qu'est souvent avec l'ambassadeur de Venize; que n'abandonne jamais la court; que sert à Paiget d'espie, et que escript continuellement à Mre Oby, qu'est es baings de Liège , et faict tant de maulvais offices soubz couleur d'une pension qu'il a, que vostre excellence s'esbahiroit d'en ouyr les particularitez. Aussy pour tel est tenu en la court de l'empereur, et n'a abandonné d'un pas l'ambassadeur de Savoye puys qu'il est venu par deçà; et dernièrement me vint donner faulx advertissemens du chancellier et de millord Fealter, et joinctement advertir que Paiget estoit de retour en sa maison, voisine d'Antoncourt , qui n'attendoit sinon qui fût mandé par le conseil pour retourner en court, jà çois il eust prins congé pour quattre moys : le tout pour assentir si je sçavois que l'on
le deust mander; et vint hier ledict Paiget en ce lieu, où il a traicté longuement avec l'ambassadeur de Savoye et plusieurs aultres personnes, tant estrangières que angloyses.
J'entend qu'il y a grandes partialitez et inimitiés au camp de l'empereur, entre les Srs duc de Savoye, don Fernande Gonzaga, Busançois, Castaldo, Bugnicourt et Haremberg1; que tout ce que s'est passé ou conseil de guerre a esté par contradiction des opinions, non par union; que l'on publie tous les secretz dudict conseil, les ungs chargeans les aultres des faultes que l'on y a retreuvés; que ledict Sr duc de Savoye n'a bien prins que l'empereur ayt entremis ledict Sr don Fernande oudict conseil; que l'envoie de par deçà de son ambassadeur est pour préparer ung départ de court pour ledict Sr duc de Savoye, sur les doléances qui faict; et suys informé à la vérité que ledict Sr duc a plusieurs ministres avec luy appassionnez pour la partie françoise. Et pour ce, monseigneur, il emporte peser ce faict, affermant à vostre excellence que quant Poircin retourna dernièrement d'Espaigne, il dit que après avoir négotié ce qu'il avoit eu de charge dudict Sr duc, que l'on l'avoit paie de parolles en Espaigne; et tiens que sçavez comme les Françoys ont voulu traicter avec luy le mariaige de la seur du roy de France.
Aussy entend-je pour vérité, que le roy de Bohême ne prandra de bonne part ce que l'on a résolu à don Petro Lasso, tant en court de l'empereur que par deçà; sur quoy, monseigneur, je vous supplie [considérer] combien il emporte que cette maison s'entretienne en bonne intelligence, quel inconvénient peult advenir de la disjonction, le mal que la suspition a desjà faict et qu'a esté cause que les potentaulx de la Germanie se sont eslevez et qu'ilz ont traictez avec le roy de France; combien il emporte que pour peu de chose l'on [ne] retreuve en ceste saison la maulvaise volunté que l'on pouroit avoir, attendant la résolution de ceste guerre; que l'on considère que tout l'espoir et refuge des François est èsdits potentaulx de la Germanie; que les ducz de Clèves, de Wirtemberg, de Bavière et
1 Jean do Ligne, prince rie Barbançon.
aultres tiennent ligue avec ledict roy de Bohême; que l'on avoit donné espoir audict roy de Bohême des pays d'embas ou de la duché de Milan en faveur de son mariaige; que l'on considère que l'empire se voit es mains du roy des Romains, [et qu']avec les querelles que vostre excellence scet, il poura conciter grandes difficultez; que encoires le roy de Bohême n'ayt occasion, si est-ce qui la pourra prandre des traiçtez , et se joindra avec ceulx qui lui presteront l'oreille. Et me semble, monseigneur, que de cecy deppend l'establissement entier des affaires dudict Sr roy, et emporteroit que l'on dissimula le passé, l'on temporisa le présent et asseura l'advenir : vous suppliant prandre cestuy advis de bonne part, non que je me veulle entremectre en choses qui ne me sont commandez, sinon pour rendre debvoir à sa majesté, aiant tant de justes fondemens quilz me meuvent que, quant oires l'empereur seroit retenu de non gratifier audict Sr roy de Bohême davantaige de ce qu'il a respondu , ledict Sr roy, pour effacer l'opinion que l'on a qu'il y ait maulvaise intelligence , s'en debvroit persuader la gratification , puys que pour peu d'argent elle se peult faire et entre princes, parentz et alliez, signantment quand il n'y auroit [aultre] respect sinon de la royne de Bohême, qui poura s'en ressentir par maulvais traictement et regret; me remectant à ce que arbitrerez pour le mieulx.
J'ay advis de France, que le roy de France faict tout son extrême pour envoier en [Italie?] gens de pied et de cheval, et qui [faict] finances et qui propose faire grand effort en Piedmont pour séparer les [forces qui assiègent] Siennes; qu'il a mis grosses garnisons es frontières [de Picardie?], mis quelques vivres à Marienbourg, [que] la garnison d'Ardre a bruslé à l'entour de Gravelinges, [et que pendant quelques] jours on a esté craingnant que l'empereur n'assiégea ledict Ardre; qu'il estoit bruict en France que le Sr de Guise passeroit en Italie; qui délibère envoier par deçà nouveau ambassadeur et révocquer celuy qu'est en ce lieu ; qui vouloit assembler tous les estatz de France pour obtenir le taillon , qu'est une accreu des tailles ordinaires quant il y a extrême nécessité, et qu'il avoit faict finance
de cent mil escuz, et deffendu les bancz et changes de Florence. Et me recommandant, etc.
L'EMPEREUR
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, 186.)
Bruxelles, i5 novembre i554-
Chier et féal : Nous avons receu voz lectres du vie du présent, et nous faictes service agréable nous advertir si particulièrement de ce que passe, louhant Dieu que les choses soient en telz termes que tant uniformément le conseil aye trouvé bon l'allée par delà du cardinal Polo, légat, et avec si bon espoir que le fruict en doige succéder tel qu'on désire et espère.
Au regard du coronnement du roy, puisque l'on l'a treuvé par delà bon et que la royne le désire, l'on verra ce que en ce parlement ilz en concluront; et s'il n'y a autre chose que répugne, il semble que estant ledict roy nostre fdz coronile, il traictera les afïà'ires de ce coustel-là avec plus d'auctorité.
Il sera bien que enfoncez plus avant tout ce que pourrez, en quelz termes le connestable a escript par delà sur le faict de la paix, et davantaige si l'ambassadeur françois passe point plus avant des termes généraulx que vous escripvez, pour nous en donner advertissement de ce que pourrez descouvrir et entendre.
Ledict légat partit devant-hier, et millort Paget avec le grand-escuyer1 et Clinton2 hier, lesquelz démonstrent de s'en retourner tous
1 Milord Haslings Pays Bas, pour remettre au duc de Savoie
* Ce seigneur avait été envoyé dans les les insignes de l'ordre de la Jarretière.
contens du recueil que icy Ion leur a fait; et afin que soyez plus particulièrement adverty de ce que l'on a icy passé avec eulx, et mesmes des propoz que ledict millort Paget nous a tenu, avons fait joindre à ceste le récit de tout ce que l'on a mis par escript, et ce que de dessus icelluy il a semblé, dont le semblable s'est joinct aux lectres dudict roy mon filz que ledict Paget porte. Et actendant la venue d'icelluy, vous le pourrez veoir et communicquer à nostre filz, afin qu'il puisse faire dessus la consideración qu'il jugera et verra convenir. A tant, etc. de Bruxelles, le xve de novembre i554-
Par ordonnance de sa majesté, pour estre ung petit actainct
de la goutte en la main :
BAVE
L'ÉVÈQUE D'ARRAS
Bruxelles, 18 novembre i554.
Monsieur l'ambassadeur : Je ne veulx laisser passer ceste occasion du porteur de ceste , serviteur du conte de Home , sans vous escripre ces deux motz, encoires que je n'aye riens à adjouster au despesche que dernièrement vous a esté envoyé, sinon de vous advertir que nostre camp, après qu'il partist de Hesdinfort alla lougé à Auxy-le- Chasteau , et pendant que les mineurs se détindrent là pour démollir ledict chateaul, afin que les François n'y missent le pied pour y hvverner leurs gens à l'accoustumé, estant si avant en pays et devant
nostre fort que nous ne l'eussions sceu deffendre , une partie de nostredict camp, avec quasi toute la chevalerie, marcha avec le duc de Savoye vers Rue ; laquelle lut recongnue, et la treuvant bien pourvue de gens, pour austant que la colonnerie du Ringrave y estoit, et que selon l'assiette il eust bien faillu cinq jours pour faire les approches et la battre, et que pour ce faire l'on eust heu faulte de victuailles, il sembla le mieulx de non s'y attaicher, ains brusler tout ce qu'estoit à l'entour. Et dois là passarent jusques à la mer, y faisantz le mesme dégast, et en tous lieux où ilz sçavoyent qu'il y avoit ennemis les alloyent deschassant; et ayantz rencontré la compaignie du Sr de Nemours, accompaigné d'aultres gens, ilz l'ont mis en fuitte et chassé icelle et toute la trope joincte jusques dedans les portes d'Abbeville, où ladicte compaignie entra en grande désordre, mais non pas toute, car l'on en radmena en nostre camp plus de quattre-vingtz, et fut pai deux fois ledict duc de Nemours mesmes prins, mais enfin il est eschappé.
Dois là sont venuz tout du long de la rivière de Somme, voires et l'ont passé aulcungs à guet, après avoir desnisché quelques arquebousiers françois à coupz de serpentines, lesquelz s'estoient mis en une maison sur le rivaige pour empescher le passaige du guet, et coururent ceulx des ennemis qui passarent jusques à l'aultre coustel d'Amiens, faisant dégast.
Dois là nostredict camp a suivy son chemin contre ladicte rivière de Somme, de deçà toutesfois, et sont venuz jusques vers Ancre, où ils ont faict séjour de trois ou quatre jours, tant pour la commodité des fourraiges , que pour assheurer ceux que dois là ilz ont envoyé brusler à l'entour de Durlans, de sorte que despuis la mer jusqu'audict Ancre , deçà la rivière de Somme, ilz n'y ont rien laissé, sinon la ville et chasteaul dudict Durlans, que ne se peult prendre d'arraiche-pied ; et dois là estoit nostre camp délibéré prendre le chemin vers Gambray, et de destruyre à la main droicte tout ce qu'ilz pourroient dedans France, pour tant mieulx assheurer cest hyver nostre frontière; et là se licentiera la partie de nostre camp dont
pour maintenant l'on n'aura de besoing. Et de cecy pourrez-vous donner advertissement au roy, afin qu'il soit informé de ce que passe; et me recommandant très-affectueusement, etc. De Bruxelles, ce xvme de novembre i 554-
Vostre bon confrère et vray amy, L'ÉVESQUE D'ARRAS.
FRANCOIS BONVALOT
A CLAUDE DE VERGY
(Mémoires de Granvelle, V, 36-37.)
Besançon, 19 novembre i554.
Franchet est party pour se treuver à la diette , suyvant ce
qu'il vous a pieu ordonner, et va bien instruit de ce qu'il a affaire, avec les lettres de monsr de Ghastelroillault. Ce eust esté ung grand bien, pour gaigner l'avantaige du temps, que l'empereur vous eust adverty de son intention , sans laquelle l'on ne peult négocier le faict de la neutralité ni le surplus; je tiens qu'il ne tardera guyères à la vous faire entendre, pour estre cbose tant importante à ce pays. Et afin que rien ne demeure à faulte de sollicitation, j'en faiz demain ung recharge à monsr d'Arras, avec ung duplicat de ce que je luy escripviz après l'assemblée de Gray 1 ; et en attendant ceste responce, sera bien, sy vous plaît, d'escripre aux srs députez du bailliage d'Aval qu'ilz tiennent les deniers prestz pour le voyage dudict Sr de Chastelroillault à la prochaine diette. Et quant à la somme qu'il fauldra
' (Des bons personnages.) Elle avait eu lieu le i5 octobre précédent.
pourter pour le terme dernièrement escheu de la ligne héréditaire, monsr de Raulcourt ne fera point de refïuz de la fournir et toutes aultres choses que luy commanderez, pourveu qu'il soit asseuré que celluy quy sera recepveur général prendra en payement voz mandementz et les certificacions de ce qu'il aura délivré. Et afin qu'il n'en soit travaillé pour avoir faict voulentiers service et óbéy à voz commandementz , il sera nécessaire qu'il vous plaise escripre par les premières à l'empereur, qu'il plaise à sa majesté envoyer mandement ou lettres expresses à celluy qui sera recepveur général, qu'il reçoipve en payement et déduction les acquitz dudict Sr de Raulcourt pour les sommes que, par vostre ordonnance, il aura fournyes,tant pour le faict des fortiffications que aultres affaires du pays, et que doresenavant ledit recepveur général n'en faise difficulté; aultrement ledict Sr d'Arras n'y oseroit mectre la main. Ledici Sr de Piaulcourt sera prest à délivrer les six cens frans, dont vosdictes lettres font mention, pour les fortifications de Gray, à quantes foys il vous plaira luy envoyer vostre mandement, ne désirant aultre chose que d'estre deschargé et acquitté des deniers qu'il a en main.
Monsieur, j'ay veu ce que messrs de Béguins et de la ViHeneufve vous ont escript touchant la garde de Dole , à laquelle vous avez trèsprudemment pourveu par l'accreue des cent hommes que vous avez ordonné, oultre ceux quy desjà y estoient; le payement desquelz ne se pourra trouver plus à propoz que sus le haulsement des selz, puisqu'il a esté mys sus à cest eiï'ect.
J'ay veu ce que ledict Sr d'Arras a escript audict S1 de Chastelroillault, des conditions avec lesquelles l'on debvra convenir à mess" des Lighues pour plus expressément estre asseurez de leur assistence et protection , qu'est le mesme que desjà a esté débattu quant ceste practique fut mise en termes; bien entendu que ce pays ne pourroit, synon avec bien grand danger, deifaillir promettre réciproque assistence de gens ausdicts Srs des Lighes, et que plus convenablement et plus commodément les pourrons-nous contenter d'argent, et leur sera la condition, à mon jugement, plus agréable et
utile. Car, comme ilz nous pourront facilement préserver d'hostilité, seullement à dire qu'ilz ne souffriront que nous soyons envehiz , c'est chose certaine que noz voisins, quy ne les oseront contredire, se garderont bien d'entreprendre sur nous : et par ce moyen feront lesdicts Srs des Lighes plus de profit qu'à aultres conditions quelconques. Et puisque l'advis dudict Sr d'Arras est conforme au vostre, que l'on y doibge procéder ainsy et d'en faire bientost quelque résolution, sera bien en communiquer à mess" de la court de parlement et aultres seigrs du pays, telz qu'il vous plaira. Et s'ilz seront de mesme opinion, l'on pourra commectre audict Sr de Chastelroillault d'assentir pour quelle annuelle somme ceste plus estroicte alliance se pourroit conclure, pour puis après, moyennant l'authorité et consentement de sa majesté, en dresser ung traicté avec motz bien exprès et plus clairs que ne sont ceulx de la lighe héréditaire, desquelx, comme vous, monsieur, sçavez, nous sumes en dispute1. Et à ce que la diiation ne nous nuyse, le plus tost y adviserez sera le mieulx. A tant, etc.
1 La ligue dile héréditaire fut conclue a Bade, en Argovie, le vendredi 7 janvier 1 5i 1, entre l'empereur Maximilien, pour lui et comme tuteur de son petit-fils Charles d'Autriche, prince d'Espagne, d'une part; les bourgmestres, avoyers , conseillers, bourgeois, habitants et communautés des villes et pays de la confédération suisse, d'autre part. Il s'agissait, dans la négocia-
tion projetée , qui échoua , de substituer l'engagement formel de défendre le comté de Bourgogne par la voie des armes, au texte moins clair et moins précis de l'article iv, portant que les cantons « auront « léal regard et advertance afin que , con- « tre droit et raison , les pays de la maison « d'Austrice compris audit traité , ne soient « invahis, assaillis, grevés ne déboutés. . »
A L'EMPEREUR
(Ambassades de Renard, III, 33o-33i.)
[Sans lieu.] 23 novembre 1 554.
Sire, puys mes dernières, le frère1 de l'ambassadeur de France print congé de la royne pour s'en retourner en France, et ne fit mention de la paix à ladicte dame, sinon en termes généraulx, pour ce que le chancellier luy avoit faict entendre la substance de ce que le roy désiroit luy fût respondu , selon que l'ay escript à vostre majesté, et insista devers elle si pouroit certifier audict Sr roy qu'elle fût enseincte; et comme ladicte dame ne le nyoit ny confessoit, l'ambassadeur luy dict qui pouvoit asseurément déclairer ceste nouvelle au roy son maistre, qui disoit luy seroit très-agréable. Ledict chancellier m'a dict depuys que l'ambassadeur et sondict frère ont trèsbien prins la responce que leur a esté faicte , et qu'ilz ont espoir que sur icelle communication la paix s'en ensuyvra; qu'est tout ce que j'ay entendu de ce couste 1-là sur ce point.
Vothon, escripvant à la royne du sixième du présent, luy conferme que les Françoys désirent la paix, et que le connestable luy en a parlé en conformité de ce que le frère dudict ambassadeur ha mis en avant. Mais je suys en scrupule que les véaiges du frère dudict ambassadeur ne se font sans quelques practiques, pource que jà ledict ambassadeur voulsit envoier son secrétaire en France ; mais
1 François de Noaüles, alors protono- deur de France à Venise, en Angleterre, taire apostolique et aumônier du roi. Il à Rome et à Constantinople. devint plus tard évêque d'Acqs, ambassa-
comm' il. vit qu'il estoit descouvert au port de Dover, il ne passa, ains retourna; puys le frère dudict ambassadeur s'en alla, soubz prétexte qu'il alloit poursuyr le congé de son frère, et touttesfoys il n'en est plus question, et la négociation de sondict frère se pourroit traicter par escript comme en sa présence. Avec ce , j'ay eu ad vis que plusieurs Angloys ont communicqué avec ledict ambassadeur; mais je n'ay peu sçavoir la particularité, et travailleray pour l'enfoncer le plus qui me sera possible.
J'ai présenté l'escript et substantial de ce que Paiget a traicté par delà, au roy, selon que vostre majesté le m'a commande par ses lettres du xve du présent; et peult-estre vostre majesté souvenant de ce que luy ay escript par cy-devant sur la pluspart desdicts pointz, signantment sur la réduction du grand nombre de conseillers au nombre requis, qui ne s'est peu achever, pour estre la chose trop odieuse entre les viez et nouveaulx conseillers de ladicte dame, d'aultant mesme que le grand trésorier, le contrôleur, Walgrave, Varden , Eingelfelt, Sudvel, Barre, Pelham, le secrétaire Borne n'v sont compris, quilz pensent mieulx mériter tel degré que ceulx qu'ils dient avoir rebellé et contredict à ladicte dame; et tous, que quant vostre majesté aura pesé la difficulté qui si est tousjours retreuvé, elle ne sera d'opinion que le roy prengne l'administration1 pour traicter ladicte réformation : certifiant à vostre
majesté que Talée dudict Paiget par delà a esté tant envieuse et odieuse au cbancellier, que les siens ne se sont peu contenir d'en faire resentement, discourant que ce soit pour oster les seaulx audict cbancellier et les donner audict légat.
Quant aux finances, il est certain que le conte d'Arondel a désiré d'avoir l'office de grand trésorier, et si avant, que querelle en est survenue et malvuillance notoire entre les deux parties; et mesmes ledict Paiget désiroit d'y tenir le lieu que faict ledict cbancellier. Ainsin l'on tiendra à suspect la promotion dudict Paiget, encoires qui seroit expédient donner meilleur ordre à la maniance d'icelles.
1 Lacune.
Quant à la religion, il y a grand espoir que l'obéissance se restituera, puysque Ton a consentii la venue du cardinal Polo, et aussy que les estatz ont unanimement consentuz que les actes des pariementz tenuz du vivant du roy Henry, concernans Je bannissement dudict cardinal , fussent anulliz et révocquez comme nulz ; et l'attend-Fon dimenche prouchain en bonne dévotion et disposition, estans allez au-devant de luy à Dover l'évesque de Norvitz et millord Monteguz, et à Goarnesay l'évesque de Arroby et le conte Strosberry.
Quant à ce que concerne Cortenay et madame Elisabetz , je tiens que quant l'on en communicquera à la royne , elle entendra que Paiget a promeu cecy, prévéant que Cortenay poura retourner en crédit par la faveur dudict Cortenay [sic)1, et craindra-1'on que estant à Rome il ne practique avec les Françoys. Quant à ladicte Elisabetz, il ne sera facile l'induire à mariaige estrangier, et néantmeins il sera nécessaire achever avec elle selon l'aclvis de vostre majesté2.
Quant à ce que vostre majesté a touché du coronnement dudict Srroy, l'acte en soy est plus voluntaire que nécessaire pour le présent, n'estoit la considération de l'advenir et l'autorité qui prandra à cause d'icelle, qu'est trop plus grande que aulcungs ne comprengnent , quilz s'arrestent qu'ilz ne se doigent coronner comme rnaryz, ains prandre sa coronation en ses provinces et royaulmes propriétaires. Car par deçà l'on tient ladicte coronation comme vray et légitime approbation du tiltre, emportant ellect trop plus grand en ce royaulme que ailleurs; et néantmeins, selon que plaira à vostre majesté ou audict Sr roy adviser, il se guidera; car l'on ne le veult communicquer au parlement pour doubte que Tony treuve, ou qui soit requis sinon pour assentir les humeurs et entendre quel temps seroit convenable, pour ce que l'acte du dernier parlement est assez clair et souffisant. Et ne sauroit croire vostre majesté comme ledict parlement print bien la déclaration que ledict Sr roy fit faire parle chancellier oudict parlement, à tous les estatz, suyvant l'advis
( Dudit cardinal Polo ? ) — " L'empereur avait le dessein de la marier au duc de Savoie.
que luy avoys baillé par escript selon qu'elle l'aura peu entendre
par ceulx quilz y estoient, et l'affection que l'on luy porte en ce
royaulme.
L'on entend de France pour nouvelles certaines que le roy de France a despeché le Sr de Vendosme en Picardie, pour empescher le passaige du Sr duc de Savoye, qui jà touttesfoys est de retour, et qu'il envoie en Italie le S1 de Damville, filz mesné^u connestable, avec charge de gens de chevaulx, pour renforcer les garnisons du Piedmont et favorizer les affaires de l'Italie, pendant que le filz du duc de Ferrare et Pierre Strossy s'essaieront de secourir la ville de Sienne et la Toscane.
Le baron des Guerdes2, nommé Polin, retournant devers le Dragut, n'a peu avoir audience du roy de France, quelque prière que la duchesse de Valentinoys3 ayt faict pour luy, et demeure en disgrâce et défaveur, estant chargé d'avoir persuadé audict Dragut sa retraicte à Constantinoble.
Le conte Darby a communicqué une lectre qu'il a treuvé en son chemin, que l'on a gecté si à propoz devant luy qui n'a pu délaisser de la recuillir, par laquelle l'on luy signilioit que, si venoit au parlement, l'on luy trencheroit la teste, qui se garde de consentir aulcune chose aux Espaignolz, car ilz vouloient prandre et usurper le royaulme par force, et qui deust penser le tiltre de la royne à la coronne n'estre vaillable, ains estre usurpé : la lecture de laquelle a tant irrité les estatz, quilz sont après pour chastier les calumniateurs et establir loix à ce nécessaires, congnoissans ne procéder sinon de pure malice
1 Puîné. 3 Diane de Poitiers. (Voir tome III,
1 ( De la Garde.) page 5o, à la note.)
L'AMBASSADEUR RENARD
A FERDINAND, ROI DES ROMAINS
(Ambassades de Renard , III , 3og.)
Sans date [3o novembre 1 554].
Sire, puys la consumation du mariaige d'entre le roy et royne, n'est survenu choses de grand moment ny méritant attiédir vostre majesté, et encoires tiens que le Sr don Pero Lasso n'a laissé de faire part à icelle , tant de sa négotiation que de ce que j'eusse peu escripre, aiant communicqué avec luy par deux foys de ce que me sembloit se pouroit escripre à vostre majesté, ne luy aiant voulu faire tanlt de tort que d'emprandre sur son office. Et seullement deux pointz a-l'on traictez puys son partement; le premier : le connestable de France a faict parler au chancellier d'Angleterre pour persuader la royne qu'elle veulle entrevenir et estre médiatrice pour accorder les dilFérendz de l'empereur et du roy de France; que, quant à luy, il a esté tousjours soingneux du bien publique et de paix, qui n'a conseillé la guerre, qui congnoit la puissance de l'empereur et voit l'obstination dudict roy de France qui pouroit causer à l'un ou à l'aultre ruyne entière , qui voit la France esbranlée à l'hérésie et jàtroys villes s'estre déclairez-, que, pour remédier à tout cecy, une paix seroit propice, et que s'il entend ladicte dame veulle prandre ceste peine, plustôt viendra-il en personne pour la traicter. Aulquel ledit chancellier a respondu que, pourveu il entende que l'on désire une paix fondée en justice et restitution de l'aultruy, il fera le meilleur office qui luy sera possible devers ladicte dame, sinon il ne s'en meslera : bien prévoiant que paix sans justice ne
seroit sinon paix nécessiteuse et insidieuse, et non de durée; et attend-1'on si le connestable passera oultre sur ladicte réquisition. Le Sr de Vaudemont, estant à Bruxelles, proposa le mesme de la part du cardinal de Lorraine ; sur quoy, après avoir discouru si l'on le proposoit franchement, ou pour tromper, ou pour nécessité, il a semble que la guerre aiant duré troys ans et plus, que l'un ny l'aultre ne pouvoit estre sans sentir la nécessité de finances et ouyr ce que Ion veult dire.
Le second est que le cardinal Pôle aiant longuement attendu pour que l'on print résolution pour encheminer sa légation par rleçà , les roy et royne envoiarent devers luy à Bruxelles pour conclure résolutivement sa venue, l'ordre, la manière, et pour veoir ses facilitez; ce que se lit: et, comme lune de ses facultez estoit limitée pour la dispence des biens ecclésiasticques possessez par genz laïz, partie par usurpation, par rémunération du roy Henry, par eschange ou achait, l'on despecha à Rome pour la réformer; ce que le pape a faict facilement, attendu qu'il est mieulx procurer le salut des âmes que s'arrester aux biens temporels, et mesmes que les éveschez et paroiches ne sont spoliez, ains seullement les monastères. Et avec ceste faculté, l'on a préparé et disposé de sorte sa venue, que sambdi dernier1 il arriva; mécredi il eust audience; le jour d'hier l'on conclud au parlement la response, qu'est que le parlement fera recongnoissance et obéissance à l'église et saintsiége apostolicque, et annullerà toutes loix et statutz faictz au contraire et establiz par les précédens parlemens, consentant que ledici légat use de ses facultez et exécute sa commission et légation , sans contradiction ou limitation quelconque 2 : confiant ledict parlement que la dispense sera générale, pour sans scrupule confirmer
1 Le a4 novembre. solution au parlement et au royaume.
3 A la suite de ces soumissions, faites L'acte même d'obédience, publié par les
le 29 novembre , le cardinal Pôle leva, au historiens d'Angleterre, se trouve clans les
nom du pape Jules III , toutes les censures Ambassades de Renard , III , 3 1 1 . prononcées antérieurement , et donna lab-
la possession des biens ecclésiasticques es mains de ceulx qui les tiennent : qu'est grande besoingne et de grand exemple pour la republique chrestienne, et principal fruict du mariaige de ladicte dame, laquelle se treuve desjà fort enseincte, aiant senti l'enfant, ajant les signes des mamelles et aultres extérieurs si probables que Ion n'en doubte plus. Et si une bonne paix se pouvoit ensuyvir, se seroit consommation d'aultre second mariaige avec la paix et bien de la républicque chrestienne; et tiens que aiant ledict Sr roy acbevé par deçà ses affaires , il passera devers l'empereur pour satisfaire aux offices qu'il est obligé, et le descharger de travaulx; et aussy tiens que de briefz il fera bonne part à vostre majesté de tous ses affaires et singulière affection qu'il a de continuer toute correspondance, comme vostre majesté et messrs ses enfans sçauroient désirer, et la perpétuer à jamais.
L'AMBASSADEUR RENARD
A L'EMPEREUR CHARLES-QUINT (Ambassades de Renard, III, 193-194.)
Londres , 2 1 décembre 1 55 !■ .
Sire, comme j'ay entendu que le roy avoit envoie à vostre majesté l'acte d'obédience du pape et siège apostolique, recongneue par le parlement d'Angleterre, je ne me suys avancé ny ay diligente aultrement pour escripre ou envoier ledict acte , que n'eust servi que de redite; et dois la passation d'icelluy, le dimanche suigant1, le
1 2 décembre. Le texte du sermon de de saint Paul aux Romains, xm, 1 1 : « Car l'évêque de Winchester était pris de l'épître il est temps de nous réveiller du sommeil . »
PAPIERS D'ÉTAT IV kk
roy ouyt la mease à Saint-Pol, où se treuva le cardinal Polo, et la messe finie, le chancellier prescha en la place et chaire accoustumée devant ladicte église, où il y eust telle multitude de peuple que ny ladicte place, ny ladicte église, estoient capables, où assistèrent lesdictz Srs roy et cardinal; et en icelle prédication Ton annoncea audict peuple ce qu'estoit passé par ledict parlement, et rétracta publiquement ledict chancellier de l'erreur où la crainte du feu roy Henry l'avoit attiré, quant il fut à Rome qu'il consentit que l'auctorité du pape fût anéantie, comme aussy il l'a déclairé en son livre De la vraie obédience1. Et ne s'apperceut-1'on de mescontantement ouvert, sinon d'allegrie et contantement , tant de veoir lesdicts Srs roy et cardinal que d'entendre telle réduction; le sermon achevé, lesdicts Srs roy et cardinal retournarent à Westminstre accompaignez de la noblesse d'Angleterre et des gardes dudict Sr roy, qui faisoit trèsbeau veoir.
Dez lors l'on a traicté audict parlement plusieurs actes : l'un de la dispense des biens ecclésiastiques, que ceulx de la loi d'Angleterre ont voulu maintenir n'estre nécessaire, pour ce que de tout temps, anciens et immémoriaux, les roys d'Angleterre ont eu toute iurisdiction sur lesdicts biens immeubles ecclésiastiques, sans aulcun moyen. Toutesfois les ténementiers , pour plus grande assurance , ont désiré ladicte dispense ; sur quoy est survenu difficulté , en ce que le parlement faict instance que, ou statut de ladicte obédience, ladicte dispense soit insérée : ce que ledict cardinal ne veult admectre, consentant néantmoins que soit en deux actes et deux statuz, à ce qui ne semble ladicte obédience avoir esté rachetez; et est passé si avant ladicte difficulté, que ledict cardinal a déclairé qui retourneroit plustôt à Rome et délaisseroit la chose imparfaicte, que consentir chose contre l'auctorité dudict saint-siége et de si grand préjudice ; tellement que ledict Sr roy a traicté avec le conseil de par deçà et aulcungs particuliers, pour les encliner à consentir que deux statuz se facent de chose diverse et répugnante, que n'est encoires
1 De vera obedientia. Londres, i53£, réimprimé plusieurs fois depuis.
résolu; mais l'on espère que le parlement le passera. Oultre ce, plusieurs de ceulx de la chambre d'embas, quilz ne tiennent biens ecclésiasticques, meuz aulcungs par l'envie quilz ont contre les ténementiers, ou aultrement appassionnez, ou pour scrupule de conscience, ont proposé que la dispense ne se debvoit faire, et que l'on debvoit délaisser à la charge de conscience de ceulx quils les occupent : mais leur opinion n'aura lieu , pour la promesse que lesdicts 8rs roy et royne ont faict pour ladicte dispense.
Aultre acte a esté proposé pour la pugnicion des héréticques, prins des parlemens tenuz en ce royaulme es temps des roys Henry quatrième et Richard deuxième, que la chambre basse a passé sans grande doubte; mais la chambre haulte y faict difficulté, pour ce que l'auctorité et jurisdiction des évesques est autorizée et renouvellée et que la peine semble trop griefve; mais l'on tient quilz s'accorderont par la pluralité de voix. Aultre acte a esté proposé en la chambre haulte, dont copie est icy insérée, que ladicte chambre a passé; mais la chambre basse, par practiques tenues, l'ont rejecté et en ont faict ung aultre qu'ilz doibvent proposer en ladicte chambre haulte, aiant suspecté que ledict acte se proposoit à maulvaise fin: qu'il estoit contre les traictez et capitulations de mariaige, pour héréder la coronne, qui venoit de maulvais auteurs quilz plustôt désiroient le mal dudict Sr roy et inquiétude dudict royaulme que le bien. Et entre autres ung nommé le Polard, qu'estoit provoquateur ou dernier parlement, fit plusieurs préfaces et protestations de l'affection et obligation que le royaulme debvoit audict Sr roy;
que * démonstroit tendoit au bien d'iceliuy [et] que ledict
acte contenoit obscurité notable. Après luy ung nommez Bruin, de la loi d'Angleterre, fit le semblable, et conséquemment leur opinion fut suyvie. Bacre , contrôleur des finances, fut d'advis que l'on consulta la chambre haulte avant que faire nouveau acte; mais la pluralité enclina en la partie contraire, et, selon ce, acte a esté faict par ladicte chambre, contenant troys chiefs : le premier, pour la sécurité
Lacune due au mauvais état du manuscrit.
dudict Sr roy et royne et leurs hoirs; le second, que l'administration et protection des hoirs demeurera perpétuelle audict Sr roy, pour luy estre deue par tous drois civil et naturel, pour les exemples des protecteurs derniers quilz ont malversez en la protection, et aultres utilitez et commoditez du royaulme, et que en son absence il y pourra nommer qui luy plaira; le tier, que la royne décédant sans hoirs, la personne dudict Sr roy sera maintenue et gardée en tout honneur, tandis qui luy plaira demeurer oudict royaulme, et encherra en peine de trahison quii conspirera ou attemptera contre sa personne.
Aulcuns particuliers proposarent en ladicte chambre basse que ledict S1 roy deust demeurer roy absolut dudict royaulme, mourant ladicte dame sans hoirs, sa vie durant; mais la proposition ne passa oultre : et s'est communicqué ledict acte audict Sr roy et royne, et se doit de brefz proposer à ceulx de la chambre haulte. L'on a interprété et colligé dudict acte que plusieurs, aians favorizez l'année passée les choses de Cortenay, taichoient de le promouvoir à la couronne, d'aultant mesme que le chancellier insistoit que l'on déclaira madame Elisabetz baptarde en ce parlement, et que l'on réforma ledict acte; et, quelque interprétation que l'on en puisse faire, l'acte de ladicte chambre basse se treuve fort à propos, singulièrement pour la bonne volunté que lesdicts de la chambre basse ont représenté pour faire ledict Sr roy perpétuel protecteur, et pour establir en son absence guarde telle qu'il luy plaira aux héritiers. Et quant à la déclaration de baptardise, l'on n'est d'opinion qu'elle se doige entamer audict parlement, puysque l'apparence d'héritier est certaine, et pour l'évidente et congneue contrariété que seroit en tout le royaulme; se treuvant conseillé ledict Sr roy de passer ce parlement avec lesdicts actes quilz sont preignans et favorables 1
[ Mais attendu ] que l'on ne sçauroit donner fin à ce qui reste , l'on retient le parlement jusques après les festes, avec défense aux estatz de non se séparer.
Mardi dernier se fit le pas à pied assigné de piéçà , que fut aggréable
1 Lacune considérable.
à tous les assistans et achevé de si bonne grâce que l'on doibt louange aux entrepreneurs et assaillans ; et y assista ledict Sr roy avec une quadrille fort triumphante. Sire, je délaisse d'escripre à vostre majesté plusieurs choses , pource que ledict Sr roy en a plus certaine information que moy
GXIX.
EMMANUEL-PHILIBERT, DUC DE SAVOIE
A L'EMPEREUR
(Mémoires de Granvelle , V, 3g.)
Bruxelles, [vers la mi-1 décembre i554.
Sire , en toutes les oppressions et dommaiges que fut mon père et moy avons heu des hommes et de la fortune, j'ay tousjours espéré en la clémence et justice de Dieu qu'elle ne m'habandonneroit, moyennant la fabveur et ayde de vostre majesté, et qu'elle me soublèveroit de tant de maulx et pouretez que journellement je souffre. Et pour ce que je vois vostre majesté traveillée tant de ses affaires que des miens, j'ay supplié plusieurs fois la royne d'Hongrie, que pendant que jesperoye à voir la fin de mes affaires, que desjà durent si longuement, et pour satisfaction de mon honneur, et pour contentement de mes poures et désolez subgectz, et pour le service de vostre majesté, qu'elle luy supplia en toute humilité de ma part de me faire grâce de la charge du généralat et gouvernement de Lombardye. De quoy derechief je la supplie, me tenant bien sheur que vostre majesté ne fera pas tant de dommaige à luy, ny à son filz \ ny à moy, que d'y renvoyer don Fernande; et encoires que vostre
1 Le 28 octobre précédent, l'empereur avait cédé à son fils Philippe la possession du duché de Milan.
majesté ne regardasse en cecy pour son bien et cestuy-là de son fiiz, si est-ce que je tiens vostre majesté pour ung prince de tant de valeur et tant plain de gratitude, que en ce elle regardera plus en ce que me touche que à aultre chose , et qu'il ne me sera faict ung si grand agravio que je voye, que ayant perdu tout mon estât, et que je ne suis plus ung enfant, que à ce qui me reste ung aultre y commande et soit seigneur. Ce sera bien loing de pouvoir penser que je puisse jamais retourner à la reste, et queje voye que ces aultres, de povres gentilzhomes, se soient enrichiz sur mon estât, et moy appovry au service de vostre majesté. Et quant vostre majesté me vouldroit faire tant de mai que de reffuser ce que je demande, je ne croys pas qu'elle me face tant de mal que d'y envoyer ung qui se dict mon ennemy, comme il me l'a bien monstre en ceste guerre; en quoy, pour le respect de vostre majesté, nay voullu faire aultre resentement, et aussi pour ce qu'elle me dict à Saint-Omer : que je ne sçay, si vostre majesté l'eusse tousjours creu, comme elle seroit pour l'heure présente; vostre majesté seule le sçait bien.
Bien suppìie-je vostre majesté qu'elle aye du regard que je ne demande sinon ce que les aultres ont refusé; et si, pour mon eaige 1 et expérience, je ne luy semblasse apte au gouvernement de Milan, à tout le moings qu'il le me donna comme l'eust Bourbon ou le marquis d'Al-Gasto, du temps du cardinal Carazolo; et ayant les armes à la main, si je ne suis homme pour me regaigner ce que jay perdu, le monde, à tout le moins, aura veu que à vostre majesté n'aura tenu de me remectre en ce que javoye perdu pour luy. Et vostre majesté croye, que si en cecy n'y alloit le service sien et mon proullit particulier, que la charge n'est point si friande que je la deusse demander à si grande instance. Et pour non fascher vostre majesté de si longue lecture, je ne seray plus long en cecy; ayant dict à monsr d'Arras beaulcop de choses de mon entière volente, je ne sçay si, pour aulcungz respectz, se soit gardé de le dire à vostre majesté.
Et si vostre majesté se détermine de non point m'accorder ce que
1 Ce prince était né le 8 juillet i528.
tant justement je demande, je luy supplieray à tout le moins qu'elle me donne congé que je puisse aller maintenir au service de vostre majesté mes subgectz et les places que je y ay en ma garde, me doubtant fort que en la despération, si je ne suis là, qu'il pourroit survenir quelque grand desservice de vostre majesté, et irréparable dommaige mien ; et encoires que me voyans aller là ainsi , ils perdront beaulcop le couraige de jamais plus pouvoir estre soullaigez , si est que de deux maulx il faut eslire le moindre.
Et si en cecy je auray dict chose que desplaise à vostredicte majesté, je luy supplie très-humblement me vouloir pardonner; que ce que j'en diz, ce n'est sinon pour le pur service sien et honneur mien, suppliant à vostre majesté de voulloir avoir du regard à la grande volente que j'ay de luy faire service. Et me recommandant, etc.
LEVEQUE D'ARRAS
A L'EMPEKEUR.
(Mémoires de Granvelle, V, 38.)
Bruxelles, [vers le 18] décembre 1 554.
Sire, j'ay heu de la peine assez de pouvoir achever le dézifíre qui va avec ceste du billet du duc de Savoye, pour estre l'ortographe si mal observée. Il me vint treuver le lendemain au disné, comme je le diz à vostre majesté, et me dict qu'il avoit donné à icelle ledict billet, me récitant la substance du contenu; adjoustant que souvent il m'en avoit parlé, et ne sçavoit si j'en avoye touché aulcune chose à vostre majesté. Je luy diz que je me souvenoye que piéçà m'avoit-il parlé et du désir qu'il avoit de parvenir au gouver-
neinent de Milan, dont il avoit aussi parlé [comm'il m'avoit dict] àia royne , et du ressentement que quelques fois il avoit au camp contre le S1 don Fernande, et que sur ce qu'il m'avoit dict, j'avoye faict les offices qui convenoient, et luy avoye tousjours dict ce qu'il m'en sembloit, que je luy vouloye bien répéter : questoit que, à correction, l'instance qu'il faisoit d'avoir le gouvernement de Milan estoit hors de temps, actendu que ledict sieur don Fernande le tenoit encoires, contre lequel l'on ne treuvoit encoires, à beaulcop prez, tant de choses comme l'on avoit publyé contre luy, et que ledict sieur duc se pouvoit souvenir de ce que souvent je luy avoye dict, que, puisqu'il véoit le soing que vostredicte majesté tient des affaires d'icelluy et de sa réputation, l'employant où et quant il luy semble que convient à ce, qu'il ne sçauroit mieulx faire que de remectre tousjours à vostredicte majesté de l'employer quant et comme il luy sembleroit convenir. Que de dire que ledict sieur don Fernande luy soit ennemy mortel, que, à correction, il en parloit trop résoluement, sans venir à la particularité de dire en quoy il l'avoit treuvé tel. A quoy il me respondit que, laissant appart le tesmoignaige qu'en pouvoient donner ses pays et subgectz, il le luy avoit bien monstre en ceste guerre; et luy disant queje ne m'estoye apperceu en quoy, il me réplicqua que luy si, et qu'il se souvenoit bien de ce que vostre majesté luy dict à Sainct-Omer : que s'il l'eust tousjours creu, les choses fussent mieulx passées; mais que qui l'eût creu le jour qu'il disoit que l'on partît, Dieu sçait comme l'on s'en treuveroit. Et dadvantaige, qu'il avoit entendu que ledict sieur don Fernande, dois sa venue icy, s'estoit desmesuré en parolles non convenables; et le pressant pour sçavoir quelles, il me dict qu'elles estoient si basses qu'il ne luy convenoit de les dire : venant à conclure qu'il me prioit que je tinsse la main à ce que sur son billet il peust avoir tost responce pour partir vers Angleterre, suyvant le congé que vostredicte majesté luy en a donné, estant jà prest et n'attendant aultre chose pour ce faire l.
1 Le duc de Savoie, arrivé à Douvres le 23 décembre, n'en repartit pour Londres qu'après les fêtes de Noël.
DU CARDINAL DE GlíANVELLE. 353
Je fiz hier de tout cecy récit à la royne, et luy leuz le billet du duc, comme vostre majesté m'avoit commandé, et se treuve empesehée de donner advis à vostredicte majesté de ce qu'elle debvra respondre audict sieur duc; et en débaptant, mit en avant s'il seroit bien que vostredicte majesté luy dict qu'elle consultoit l'affaire dudict Sr don Fernande avec le roy, monsigneur nostre prince, et que, jusques après luy avoir communicqué, il ne luy pouvoit respondre. Mais je l'advertiz que je me doubtoye que ledict duc et aultres adversaires dudict Sr don Fernande se serviraient de cest advertissement contre luy, pour publier qu'il ne retourneroit sitost; ce que venant aussi aux oreilles dudict sieur don Fernande luy croistroit le sentement. Et linablement ladicte dame s arresta à luy sembler que le mieulx seroit que la responce que se feroit audict duc lûtgénéralle, luy disant que encoires nestoit-elle résolue de ce quelle feroit en l'endroit dudict sieur don Fernande, et que pour ce ne debvoit-il délaisser de faire son voyaige en Angleterre , mais bien doibt confier de vostredicte majesté que ce quelle fera aux affaires qui le peuvent concerner sera pour le mieulx, et qu'il peult estre certain qu'elle tiendra tousjours soing, comme du passé, de son protiit et réputation, austant que l'estat des affaires le pourront comporter; et que, retournant dudict Angleterre, elle luy respondra plus pertinemment sur le surplus de son billet. Car par ce boult l'on gaigne temps, et ce pendant le tout se pourra communicquer au roy, afïïn que toutes choses s'encheminent par son advis