THOMAS PERRENOT DE CHANTONNAY
A L'ÉVÈQUE D'ARRAS
(Mémoires de Granvelle, V, 28.)
Besançon, 21 décembre 1 554.
Le marquis Albert nous est tant voysin cy à l'entour,
qu'il nous donne souvent à penser. Dieu le veuille divertir du vouloir qu'il accroît de nous nuyre : car, à ce qu'il sème , il n'a peu d'envie de faire une course par ce pays
GXXII.
LEVEQUE D'ARRAS
A L'EMPEREUR1
( Mémoires de Granvelle, V, 2 2-23.)
Sans date [fin de i554j.
Sire, j'ay enfin la responce touchant les imm escuz que le signeur don Fernande prétend avoir fait délivrer par Musy, son secrétaire, au trésorier de Dole, Marchant, pour feu mous" de Grantvelle ,
1 Dans cette lettre, le prélat repousse porter contre la mémoire du chancelier de avec énergie une accusation de concussion Granvelle, son père. (Voir encore sur le que don Fernand de Gonzague venait de même sujet le n° CL1V ci-après.)
des dix mil que la cité de Milan donna audict S1 don Fernande , recongnoisçant le bien qu'avoit esté faict à icelle de procurer que l'on ne inist suz l'estimo des marchandises; laquelle responce que Ion me faict est telle que vostre majesté verra , s'il luy plaît : elle va icy joincte, et a tardé à cause du pacquet perdu que l'on pensoit j'eusse receu. Et je doubte que l'on m'en ha surprins quelc'ung de ceulx que j'ay escript, car je n'ay sur tout responce; si est-ce que je me socie peu en mains de qui mes lettres puissent estre venues, hormys pour la dilation de ceste responce, doubtant qu'icelle n'aye donné quelque umbre à vostre majesté, à laquelle je supplie quelle veulle considérer que ce que l'on impute audict sieur don Fernande d'avoir prins de Milan, il y a deux parties : l'une, de ces dix mil, que ne tombe soubz la considération de ce que les juges prengnent illicitement des parties, car sur ce point il n'y avoit procès; l'aultre, de beaucoup plus grande somme, que l'on prétend ledict Sr aye prins, estant juge du différend de l'estimo général entre les villes de Testât de Milan, pour l'avoir ceulx dudict Milan [comme ilz le posent en leurs comptes] plus favorable au procès que se démesloit par devant luy, où il ne dict que feu monsr de Grantvelle ou aultre aye heu part. Et combien qu'il y aye bien à dire des deux, si ne pourroye-je treuver bon que ledict feu sieur de Grantvelle eust prins, sans le sceu de vostredicte majesté, ladicte somme de mimescus. Mais vostredicte majesté verra ce que dict ledict trésorier, que d'argent d'Italie pour feu monsr de Grantvelle il ne treuve qu'il luy soit venu en main aultre somme que de deux mil escuz par la main de Musy, et je ne sçay si ce pourroit estre, comme il dict, de la pension dudict feu sieur, qu'est de mil escuz chacun an, ou pour aultre cause; et jà voit vostredicte majesté la différence de ce que prétend ledict sieur don Fernande que ce soient quatre mil, et ce que ledict Marchant ha receu dudict Musv sont seullement deux mil, avec ce que Bonnet1, qu'est icy, qu'est l'ung de ceulx à quy ledict Musv dict avoir donné ladicte somme,
Bonnet-Jacquemet, devenu Irésorier des secrétaires du chancelier de Grandes salines de Salins après avoir été l'un velie.
dict qu'il se souvient bien que Jedict feu sieur refusa par plusieurs fois les Zi,ooo escus dont il est question, et ne sçayt que jamais despuis il les aye accepté. De où procèdent lesditz deux mil, je n'en sçauroye que dire aultre chose à vostre majesté; et pleut à Dieu que ledict sieur vesquit! je suis certain qu'il en sçauroit trèsbien respondre à vostredicte majesté. Et certes il est dur qu'après sa mort, et ayant si bien et loyalement servy, comme vostre majesté et tout le monde sceit, il soit calomnié. Je sçay bien que ceulx qui mectent cecy en avant ne diront que j'en sçache aulcune chose, et je me fie bien en eulx que si j'en estoye participant ou le sçachant, ilz ne l'eussent teu. Vostredicte majesté sceit pourquoy ledict Sr don Fernande se démonstre peu satisfaict de moy, et que ce n'est pour mon particulier, mais pour le zèle que j'ay heu au service de vostre majesté et à l'honneur et réputation dudict sieur, ce qu'il a prins [persuadé de ses ministres] comme il luy a pieu; et vostredicte majesté sceit mieulx que personne, s'il luy plaît s'en souvenir, la vérité.
Aultre plainte sçay-je bien qu'il n'a de moy ny moy de luy, et j'en suis en l'hazard et dangé que vostredicte majesté congnoist assez, pour son seul service. Et si se sont joinctz avec luy, se resouvenans peult-estre à ceste occasion des choses passées, pour faire contre monsr de Luxeul et contre moy [encoires que Dieu sceit que je ne leur en donnay onques cause] ceulx que vostredicte majesté sceit assez ; mais je confie plus en la vertu et bonté d'icelle, qu'ilz ne doibvent avec raison1 aux malvais offices que, sans cause ny raison, ilz font tant passionéement. Et je ne veulx riens dire à l'encontre d'eulx, pour ce que je suis certain que vostredicte majesté les congnoist mieulx que moy, à laquelle je supplie très-humblement qu'elle me pardonne limportunité de cest office, puisque elle sceit assez si je suis constrainct à le faire. Et j'ay requis à Adrien de le donner à vostredicte majesté quant il sera à icelle moings incommode de le veoir.
(Se confier.)
DU CARDINAL DE GRAPnVELLE. 357
L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE, ROI D'ANGLETERRE
(Ambassades de Renard, III, 298.)
Sans date [fin de décembre i554].
FRAGMENT
Sire, ès testes passez, le secrétaire Pieter1, le contrerôleur de ia royne et Amselfeld, me vindrent treuver en mon logis, et me dirent que en la chambre haulte du parlement avoit esté présenté une bille et acte touchant la seureté de vostre majesté et aussi de celle de la royne ; que ladicte chambre avoit passé et renvoyé en la chambre basse dudict parlement, laquelle ladicte chambre basse avoit treuvé obscure en plusieurs poinctz : et que comme ledict parlement a esté institué pour pourveoir et ordonner loix et statutz pour la bonne administration et police du royaulme, ouquel est permis à ung chacun de dire librement, en foy et conscience, son opinion, ainsin plusieurs avoient esté d'advis que l'on esclarcit ladicte obscurité, à l'honneur, bien et seurté du royaulme et de vousdictes majestez. Que, pour ce faire, l'on avoit députez aulcungs personnaiges de ladicte chambre pour faire ung pouriect et concept d'aultre acte; ce qu'ilz avoient faict et rédigé par escript, et que aiant presenté icelluy oudict parlement, ilz l'avoient monstre à ladicte dame, qu'avoit désiré queje le visse, comme estant auleunnement imbuict des traictez et capitulacions du mariaige de vous-
1 Guillaume Pitre, chancelier de la Jarretière et secrétaire d'état sous Henri VIII Edouard , Marie et Elisabeth.
dictes majestez, qu'ilz disoient avoir suyvit du plus près qui leur avoit esté possible. Que , pour satisfaire au désir de ladicte dame , ilz estoient venuz par devers moy et estoient prestz me faire entendre le substantial d'icelluy acte qu'estoit en anglois, et contenant grande et prolixe escripture : ausquelx. je dis que, jà çois je fusse estrangier, et que l'intention de vostre majesté ne fût que ses subjectz et serviteurs s'entremeslent des choses dudict parlement, ce [néantmoings], puysque ladicte dame le commandoit, j'entendrois [voulentiers à cet ouvrage], qui contenoit longue [déclaration] de 1 affection et obligation que les estatz a[voient à vos] majestez, et que pour l'acquit de leur [devoir, entendoient par un premier point] establir peine contre ceulx [qui, directement ou] indirectement, en faictou en ditz, [menaceroient la sûreté de] vosdictes majestez, constant le mariaige et [mourant] ladicte dame avant vostre majesté, tandis que luy plairoit demeurer ou royaulme.
Le second, comme ladicte dame se retreuve enseinte d'enfant, pourveoir sur l'administration du fruictz et héritiers qu'il plairoit à Dieu donner : qu'ilz n'avoient sceu penser que administration plus fidèle ny plus affectionnée peust estre constituée ausdicts héritier ou héritiers que vostredicte majesté, comme père, et que a tant aimé et honoré, aime et honore tant ce royaulme, et pour remédier les inconvénians que l'on a veu par expérience par les protecteurs donnez aux héritiers de la couronne , dont la mémoire est récente.
Que quant au premier point, ilz l'avoient couché plus clèrement (pie n'estoit en l'acte passé en la chambre haulte , et conforme auxdits traictez et capitulations. Quant au second, qu'ilz avoient nomme vostre majesté pour administrateur desdits héritiers de la couronne, pour par luy, ou par ses commis que luy plairoit députer, présent ou absent du royaulme, administrer la personne ou personnes d'iceulx jusques à l'eaige de dix-huit ans, soubz certaine modération prinse desdits traictez et capitulations : assavoir que , pendant ladicte administration, vostre majesté ne pourroit donner office ou entremise
DU CARDINAL DE GRANVELLE. òbU
à estrangier en ce royaulme ; que vostre majesté ne pourroit assembler ledit parlement sans par l'advis de six contes, six évesques et six barons dudict royaulme; que vostredicte majesté ne pourroit mouvoir guerre pour les querelles dudict royaulme que se pourroient représenter, sinon par l'advis des six contes, six évesques et six barons.
A quoy je respondis qui me sembloit l'obscurité qu'on alléguoit avoir esté retrouvée oudict acte, estre fondée sur motz qu'estoient esclarciz par lesdicts traictez et capitulations et par acte exprès du dernier parlement, par lequel vostredicte majesté debvoit jour, constant ledict mariaige, du tiltre, honneur et stil accoustumez et deuz aux roys d'Angleterre , à quoy lesdicts motz se debvoient réfé-
rerJ
L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE, ROI D'ANGLETERRE
(Ambassades de Renard , III, 3ia-3i3, et pour la suite, V, 197-1 98.)
Sans date [commencement de janvier 1 555].
Sire, comm'il a pieu à Dieu d'encheminer les affaires de ce royaulme si heureusement et à espoir certain de bon, ferme et constant establissement pour le présent et pour l'advenir, principalement es poinctz de la religion, de la recongnoissance et obédience du sainct-siége apostolicque et union de l'église; item, la succession de la couronne qu'estoit en grande controverse et contention, et entre plusieurs mal affectionnez au service de Dieu et affaires de
1 Le surplus, en très-grande partie, est devenu illisible par vétusté
la majesté impériale et la vostre; pour estre la royne enseincte; item ,
pour avoir préparé les cueurs de par deçà à congnoistre le
grand honneur et bien que deppend de [l'alliance avec vostre] majesté, et que jà le royaulme reçoit et recevra [s'il demeure] disposé à sa dévotion : or l'on ne espéroit du vivant du duc de Nortumbellant , sinon que ledici royaulme [fût amené à] la dévotion des Françoys, et conséquemment contraire [aux intérêtz de vos] majestez : estant tous traictez et confédérations secrètes et faictes par luy avec la France suspectes, rompues et abolies, et qui ne reste sinon procurer que en ce parlement justice soit autorizée et exercée, les bons maintenuz et les scéléreux corrigez par loix propres et accoustumez en ce royaulme; et que ce faict, vostre majesté aura commencé son règne par fondement de la religion et justice, sur lesquelz tous bons princes doibvent asseoir leurs règnes : semble que vostre majesté doit avoir souvenance de l'eaige , maladie , débilité et longz travaulx de sadicte majesté impériale, et en temps et heure penser pour le descharger, pour embrasser l'administration de ses affaires, comm'il le désire, que sont les siens propres et héréditaires ; peser Testât d'iceulx , qu'est en trouble de guerre ouverte avec les Françoys, et en trouble de secrète envie de plusieurs potentaulx, tant de l'Italie, d'Alemaigne, que d'aillieurs, quilz ne désirent sa grandeur ou accroissance ; et que par ce il n'a royaulme qui ne soit réduict en doubte , qui n'ayt souffert et souffre, si ce n'est le royaulme d'Espaigne, qui, par contribution de grande somme de deniers, n'a esté sans ressentir la calamité commune; que les royaulmes de Naples, de Cecilie, la duché de Milan, les pays d'embas sont esté assailliz, travaillez, et sont encoires par subsides qu'ilz continuent pour leur défense et liberté; que les ilemaines [de vostre majesté] sont venduz ou [engagez] et les finances [obérées] ; que les vassaulx et subjectz de vostre majesté sont esté si esbranlez et intimidez ces années passez , entendans que les affaires de sadicte impériale majesté estoient aulcunement réduictz en difficulté , que quasi ilz avoient perdu espoir de remède , et qui leur conviendroit vivre soubz obéissance et servitude de princes ennemys;
et que à présent tout leur espoir gist en vostre majesté, qui nonseulement fera envers eulx office de bon prince et les assistera et défendra, ains du tout les exemptera des craintes et afflictions qu'ilz ont souffert et soffrent, et les maintiendra en repos et tranquillité pour l'advenir, et par sa grande prudence, providence et diligence restituera la républicque, remédiant le passé, pourvoiant le présent et respectant l'advenir, et pèsera quii n'y a que deux moiens extrêmes, l'un de la guerre ou de la paix : ne recepvant moien quelconque de tresve ou suspension d'armes, considérant qu'elle a affaire à ung dur, invétéré et ancien ennemi qui, pour affection et cupidité de vindication et ambition plustôt que pour juste action, a perturbé Testât publicque et particulier de voz majestez, sans respect quelconque de la désolation où toute la chrestienté a esté attiré, tellement que, soit avec les ennemis et desvoiez de la foy, avec les héréticques et protestans, il a traicté et conspiré contre sa majesté impériale, avec conditions inicques, deshonestes, injustes, scandaleuses et abominables, pour satier1 et saouler sa cupidité, et par ce moien traversé le sainct desseing que l'empereur avoit à la réduction de la religion et establissement de paix perpétuelle.
Que, quant à mectre fin à ce désordre par paix, il sera difficile de faire vray paix ny de durée; car, si les Françoys viennent à traicter par nécessité , la nécessité ostée , ilz recommenceront quand ilz penseront avoir l'advantaige, selon la façon accoustumé , « quoties juratum , toties violatum ; » et de la conclusion de paix nécessiteuse, ilz prandront occasion de guerre par le resentement qu'ilz auront de n'avoir achevé ce qu'ilz ont témérairement commencé; aiant commencé sur vain espoir de la mort de sadicte majesté impériale, que Dieu a [conservé] et réservé, tellement que, si telle paix se faisoit, le seur remède seroit, en traictant icelle, penser à la guerre. Que si l'on veoit qu'ilz proposassent vrayes et justes conditions de paix, et que le fondement d'icelle fût le respect du bien publicque de la chrestienté et obliance de la cupidité qu'ilz ont tous-
1 Rassasier.
jours eu contre vostre maison; que par discours assurez l'on peult congnoistrc leur inclination et affection estre contornee à paix perpétuelle : vostre majesté, par sa discrétion, choisira ce que plus conviendra, et, comme prince chrestien et de conscience, examinera [en particulier] si convient, par voie militaire et d'armes, donner fin aux difficultez et user de la résistance permise, pour avoir esté assailli et invehi sans dénunciation ou déclaration précédente , pour avoir commencé par déprédation de ses subjectz, par surprinse des villes du Piedmont, par conspiration douteuse et desguisée avec le Turcq, barbares et princes de la Germanie, par querelles refréchiz, par la protection de la ville de Parme; et conséquemment provocqué par rompture et violation des traictez de paix faictz soîemnellement, jurez et promis d'observer, sans espargner honneur es asseurances de parolles qu'ilz ont donnez à sadicte majesté impériale et ses ambassadeurs, de vouloir vivre en paix et continuer ¡celle, jusques à envoier devers elle reitérés foys les S,s de Brissac1 et d'Andelost2 pour la confermer, dire une chose, penser et faire le contraire.
Vostre majesté considérera ce que plus luy emporte en cecy, et se pourvoiera des choses nécessaires à la guerre en temps opportun et avec la diligence requise, pour satisfaire à l'espoir de ses subjectz, prévenant ses ennemis avant que destre prévenu, et commencera par actions qui l'autorisent, accréditent et donnent réputation, non-seullement entre ses subjectz, ains envers toute la chrestienté ; et s'armera de deux choses nécessaires pour faire et maintenir la guerre, qu'est de bon conseil et de finances : notamment, je dis, bon conseil, pour ce que souldars ne luy fauldront et pour ce que les faultes du passez et historiens le mectent en exemple; et convient que soit des personnaiges prudens, expérimentez, rassis, eaigés
' Charles de Cossé, maréchal de Bris- 2 François de Coligny d'Andelot , desac, grand homme de guerre, qui coin- venu un peu plus tard colonel général de mandait alors l'armée française dans le l'infanterie française. (Voir au tome III, Piémont. pag. 564, note 1.)
et fidèles. De finances, encoires que vostre majesté pourra avoir eli f—
ficulté de les recouvrer, si est-ce il est nécessaire ]
et se peult assurer vostre majesté que ses [subjeetz], voiant la bonne volunté, ilz ne seront ingratz ny mescongnoissans, ains réputant que l'on agit de leurs biens, vies et liberté, ilz exposeront la vie et facilitez pour correspondre aux offices que bons subjeetz sont obligez à leur prince. Et en ce ne me eslargirez davantaige pour n'estre faict dépendant de ma profession; seulement ay-je désiré représenter à votre majesté, par ceste sommaire information, la volunté que j'ay de veoir que ses affaires passent par le cbemin que tous bons vassaulx et subjeetz doibvent désirer, du nombre desquelz , si vostre majesté ne me juge par les eífectz, la volunté luy soit tesmoignage.
Et suyvant la voie de guerre, elle examinera si conviendroit envoier devers les roys des Romains et de Bohèmes pour, avec déclaration réciproque, leur donner part des affaires de ce royaulme en général, avec propos de confirmation de bonne et perpétuelle volunté, telle qu'un prince vertueux, parent, allié, amy et voisin doit avoir, et aultres semblables déclarations que l'on pourroit adjouster. Et si sembloitbon passer si avant que la déclaration fût générale, et se extendit jusques à entrer en termes de confirmation assurée et traictée, cela demeure à l'arbitraige de vostre majesté et considération de son conseil , et si traicté de mutuelle défense seroit à propos avec lesdicts Ssrs roys pour l'advenir; et de chemin faire visiter aulcungs princes de la Germanie, pour les contenir es offices cleuz , les retirer des practiques csquelles les Françoys les vouldroient submerger, leur désimprimant les faulcetez dont ilz usent en leurs menées et practiques, leur confermant la volunté de paix, bonne voisinance et correspondance , et par ce s'asscurer d'eulx ou entendre s'ilz ont aulire intention; et joinctement adviser ceulx desquelz vostre majesté se pouroit plus confier, asseurer et servir, et les attirer par pensions et entretenir â son service.
Item, faire le semblable devers les potentaulx d'Italie, avec termes
' Lacune de deux lignes.
convenables; et quant aux Suysses, il me semble la volunté de vostre majesté estre de voisiner et vivre avec eux à l'accoustumée. Si sembloit bon à vostre majesté y gecter quelques practicques, le mescontentement qu'ilz ont présentement des Françoys le conseilleroit; mais sa majesté impériale a esté plus retenu en leur endroict pour raison des querelles dudict sieur roy des Romains et de l'empire , que pour occasion que procède de ses pays patrimoniaulx , et néantmoins n'a délaissé d'y tenir intelligence pour ce que luy touche pour la duché de Milan et conté de Bourgongne; et que, quant il ne serviroit sinon de les retenir de non aller au service de France et y espancher quelque argent l'année, se seroit [à l'exemple de ceulx quilz rachetoient le silence des grandz orateurs du passé, aiïin qu'ilz ne lussent pour les parties adverses] priver les Françoys de leur aide, dont ilz ont faict bouclier et nombre en leurs emprinses. Et s'est chose qu'ilz ont tousjours désiré, et dont ilz se sont complains souv entes foys que l'empereur les desdaingnioit, et se mesconlentoient.
Quant à ce que touche ce royaulme, vostre majesté pèsera si convient que se déclaire en guerre contre les Françoys ou non, sur les querelles anciennes, sur la pension qu'ilz doivent de dix mille iibvres par an, les arréraiges de laquelle ilz n'ont paiez de plusieurs ¿mitres années, ou sur les déprédations qu'ilz ont faictes par mer contre les Angloys depuys que la guerre est commencé, sans que justice leur soit esté administrée; ou si sera mieulx en tirer aide et assistance accordé par les traictez de plus estroicte amitié, ou par licence que la royne pourra donner aux gentilshommes et soudarts de contribuer secrètement pour quelque nombre de gens de chevaulx et de pied, ou le remectre à leur liberté. Et en ce cas, il est certain que plusieurs désireront suyvre vostre majesté et se offriront à son service; et entendent jà les Françoys que la guerre touche aux Angloys, puysque l'apparence d'héritier se démonstre si avant. Sur quoy vostre majesté debvra prandre conclusion absolute, et signantement comme et quant elle partira de ce royaulme , que ne peult estre
[moings] d'un moys après le parlement1, pour autorizer l'exécution des loix que se establiront, soit en la religion ou en la justice, et résoldre ce que luy semblera de la coronation, qu'est acte voluntaire et non nécessaire, que les Angloys consentent unanimement et sans difficulté2.
Item , pourveoir en temps sur l'ordre que se tiendra en absence de vostre majesté en ce royaulme; qui aura la superintendance avec la royne, et spécialement laisser avec elle ung personnaige de marque, de crédit et auctorité de la part de vostre majesté pour autorizer son absence, et négotier avec elle ce qu'il convient, et qui puisse traicter tous affaires, pendant son absence, avecq les Angloys.
Item , adviser avant que les seigneurs partent du parlement, sisera expédient de leur déclairer le partement de vostre majesté et l'occasion , à ce qu'il ne leur semble que se soit à la desrobée ; et gaingner la main devers ladicte royne à ce qu'elle entende que vòstre majesté ne peult délaisser de veoir sa majesté impériale, son père. luy faire part de ses nouvelles verballement, le secourir et descharger de ses labeurs et travaulx , faire office que la fdiation et debvoir requiert d'assister ses subjectz et les défendre en si juste et si fondée querelle; leur recommender la paix et tranquillité du royaulme, leur recommender la royne, leur recommender l'exécution des charges qu'ilz ont es contrées, leur confermer la volunté que vostre majesté ha de les entretenir en liberté, repos et seureté; faire tous offices de bon prince, déclairer le contentement qu'elle ha qu'ilz se soient, en son endroict et ceulx de sa maison , comportez comme bons vassaulx , et l'obligation réciproque qu'elle leur tient et tiendra pour leur gratiffier, y aiant l'occasion; qu'elle aura bonne souvenance du royaulme en toute conjuncture, y adjoustant ce que conviendra et sera nécessaire. Et de mesme mander le maire de Londres avec ceulx quilz représentent le conseil de la ville, pour faire en leur endroict
1 La session du parlement finit le partagea avec la reine les honneurs du 16 janvier i555. trône, mais n'eut jamais la moindre pari
2 Philippe ne fut point couronné. Il dans l'autorité
la déclaration et recommandation nécessaire, tellement que la saillie ï soit publicque et donne occasion de désirer le retour; et par ce asseurer les affaires du royaulme et royne.
Item, adviser de bonne heure ceulx de la noblesse qu'elle désirera emmener avec elle; et singulièrement vostre majesté pèsera combien il emporte gaingnier le temps et prévenir les Françoys en leurs desseings.
Item, vostre majesté pèsera combien il emporte de jecter espíes en France, Angloys et aultres, et aussy en la Germanie et par toute la chrestienneté, pour estre advisé de ce que passe et que se faict; et si seroit à propos de changer l'ambassadeur angloys qu'est en France2, et y envoyer homme d'esprit et actifz pour s'en servir soubz prétexte de l'ambassade , et l'accompaigner de quelques hommes duictz aux affaires d'estat pour faire correspondance à vostre majesté : car il semble que celluy qu'est présentement en France procède retenuement es advis qui donne, et en cecy consiste grand service, comme vostre majesté scet.
Item, vostre majesté pèsera combien il emporteroit que l'on gecta une armée de mer pour courir la côthe de France, et les mectre en fraiz et séparer leurs forces; que donneroit advantaige à l'armée de vostre majesté.
Item, notera vostre majesté que de ce premier sien voyaige deppend le succès et auctorité pour l'advenir envers toute la chrestienneté et ses subjectz, et que tant plus convient que vostre majesté le face, selon l'espoir et expectation de tous ses vassaulx et subjectz.
Item , notera vostre majesté que si elle estoit conseillée d'assiéger Ardre , non-seullement elle feroit [bonne œuvre ] pour ses pays en la prenant, ains pour Angleterre; et est chose qu'ilz désirent singulièrement pour leur lever l'empeschement qu'ilz en reçoipvent, et pouroit-1'on avoir commodité de par deçà des vivres et aultre chose que la voisinance peult aider.
1 Sortie, départ. 2 Nicolas Wothon.
Item, vostre majesté prandra résolution sur les prisonniers principanlx arrestez en ce royaulme, et pèsera sur la réduction du nombre des conseilliers , et de prendre présentement l'administration à soy; et si ne sera plus seur surattendre aultre temps pour non descontanter personne : car jà l'on a commencé ladite réduction , en laquelle l'on a treuvé tant difficulté que l'on l'a remis, selon que l'ay jà escript à vostre majesté et aussy touché le poinct des finances, èsquelles chascung veult estre employé. Combien que seroit expédient que vostre majesté les reigle et mieulx entende, si est-ce entendra le trésorier1 avoir tousjours faict le mieulx qu'il a peu, avoir esté tousjours bon impérial et bon ministre, et ne se [en] debvoir divertir; joinct qu'il a crédit entre les populations, et entende singulièrement bien les affaires du royaulme; et certes, sire , il seroit à craindre que , si l'on faisoit innovation sur le parlement de vostre majesté , elle fust cause d'a[igrir] plusieurs bons personnaiges, et les divertir de l'affection qu'ilz portent à vostredicte majesté
LEVEQUE D'ARRAS
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, 195-196.)
Bruxelles, 5 janvier 1 555.
Monsieur l'ambassadeur, voz dernières lectres que j'ay receu sont en date du xxie du passé, venues avec celles de sa majesté, et vous prie me tenir pour excusé si ces jours passez ne vous ay rien escript, qu'a esté à faulte de temps, à cause de la révolution des affaires.
1 Paulet , marquis de Winchester.
Le Sr Ruy Gómez a esté icy, et croys que vous vous imaginez que luy, en sa présence et aussy par lectres, il donne à sa majesté compte des affaires; sime semble-il estre requis que vous continuez, àia mesme diligence que du passé, voz advertissementz, lesquelz ont beaulcop servy pour tant mieulx entendre ce que ledict Sr Ruy Gómez a heu de charge déclarer des affaires de par delà. Je tiens que le parlement sera jà achevé , et m'attends à ce que vous me promectez par voz lectres de m'envoyer les actes du parlement; et j'ay receu la responce que vous m'avez envoyé qu'ilz ont donné sur le poinct de Tauctorité du pape, dont je vous mercye cordialement
La principale cause de la venue dudict Sr Ruy Gómez a esté pour donner compte à sa majesté de Testât auquel se treuvent les choses en Angleterre, et mesmes pour excuser ce que le roy, monsigneur nostre prince, ne peult venir si tost pour la mesme raison touchée en voz lectres, qu'est qu'il fault qu'il enchemine les conclusions du parlement pour l'exécution d'icelles, avant que de partir. Aussi a-il sollicité les provisions pour Italye qu'estoient jà résolues devant son arrivée, mais non exécutées à faulte d'argent; sur quoy Erasso a négocié comme en chose deppendant de sa charge , et s'en va deans ung jour ou deux par delà sur ces mesmes négociations des finances. Il pourroit estre que ledict sieur Ruy Gómez retourneroit par deçà bientost, tant pour communicquer sur la charge de Naples comme sur ce de Milan, et mesmes en ce que concerne l'affaire du sieur don Fernande de Gonzaga, et aussi pour déterminer le temps de la venue du roy par deçà; et pource qu'il dira là ce que nous avons entendu de Testât des affaires dltalye, je ne vous en diray aultre chose sinon que la prinse d'Ivrea1 est très-mal à propoz et de grande conséquence pour la Val d'Aouste , comme est aussi la perte de Masin et de Crescentin, si elle est véritable, comme le nous afferme le sieur don Fernande , qu'est celuy seul qui en a nouvelles. Mais si les François
1 Ivrée sur la Doire, à l'entrée du val cembre précédent. Sa perte entraîna celle d'Aost, défendue par Morales, avait été du château de Masino, prise par le maréchal de Brissacle \lx dé-
eussent prins le chemin droict de Novare à Milan, ilz eussent encoires plus estonné la compaignie.
Au regard de l'ombre que l'on vous a dict par delà qu'il y avoit, à cause de quelque malentendu en ce que concerne l'administration des affaires d'Italye, cela cesse, parce que le roy a entendu la vérité, et toutesfois vous mercye-je cordialement l'advertissement que vous m'en avez donné.
Monsr de Luxeu est arrivé icy dois le premier de ce mois pour respondre personnellement à ce que ses adversaires veuillent prétendre1; et est venu avec luy vostre frère2, pour la contention suscitée entre le chapitre et ceulx de la cité de Besançon , à l'occasion des gardes obtenues en la maison de la ville par l'archidiacre Perrot et ses eonsors.
Le jour des Roys au matin, à sept heures, décéda le feu conseiller Weldvich'2 assez soubdainement, et avant que l'on sceut qu'il y eust dangé en son mal. Despuis son trespas, je vous ay proposé à la royne et à monsr de Praët pour tenir sa place, et ce que l'on vous y a objecté sont deux choses : l'une, vostre indisposition de la goutte , par laquelle l'on crainct que vous ne pourriez porter la peine d'estre à toutes heures de jour et de nuict vers la royne quand elle appelle; l'aultre , que vous n'ayez le langaige flammeng. Quant au premier, j'ay remonstré que vous n'en estiés souvent attainct, et qu'il fault que ladicte dame supporte ceulx qui la serviront, si elle les veult garder plus longuement qu'elle n'a faict ceulx qui jusques à oires se sont employez en son service ; et quant au poinct de la langue flamande, queje me souviens vous en aviez apprins raisonnablement, lorsque j'estoye à l'estude à Louvain, et que du moins l'entendiez-vous, et espéroye qu'avec ung peu de practicque vous se-
1 Au sujet de l'adminislration du dio- Pays-Bas, homme savant et très-versé dans cèse de Besançon. la connaissance des langues, avait été en-
2 11 était chanoine et officiai. voyédeux fois en Turquie (i545 et i5A6) Gérard Veltwich , d'ahord secrétaire , pour y négocier une trêve.
puis conseiller de Charles-Quint dans les
riez pour passer tost en icelle plus avant. Je ne sçay ce qu'ilz résouldront; mais du moins ai-je voulsu faire ce que je doibz et au service du maistre et en vostre endroict.
J'avoye quasi oublyé de vous dire que ledict Sr liuy Gomez porte nostre advis sur une ambassade que monsigneur nostre prince vouldroit envoyer à aulcungz princes de l'empire, pour s'insinuer tousjours envers eulx et leur gaigner la volente1. Aussi faict-il la responce que nous a envoyé le Sr de Vauldemont sur la négociation de la paix, par où ilz se retirent de ce que ledict Sr de Vauldemont avoit mis en avant, s'arrestant au mariage de l'infant don Carlos et de la lille aisnée du roy de France2, et que, ce moyennant, la restitution se feroit de ce qu'a esté occupé d'ung coustel et d'aultre; mais non pas promptement, ains seullement quant la consummation du mariage se feroit: par où vous entendez assez là où ilz tendent; et vouldroyent Milan pour le second lilz 3 du roy, le mariant avec l'une des filles du roy des Romains, et rendre la Savoye et une partie du Piedmont au duc, l'allyant avec madame Marguerite de France4, et rendre ce qu'ilz ont de l'empire, si sa majesté impériale voulloit rendre ce qu'ilz dient qu'il en tient. Et à tant, etc. De Bruxelles, ce Ve de janvier i 555.
Vostre bon confrère et entier amy, L'ÉVESQUE D'ARRAS.
1 Charles-Quint voulait procurer la couronne impériale à son fils, au détriment du roi Ferdinand.
Madame Elisabeth , alors âgée d'environ dix ans.
3 Depuis Charles IX.
1 Ce mariage ne fut célébré qu'en Tannée i55q, à la suite du traité de Çateau- Cambrésis
PROPOSTA
DAL DUCA AUGUSTO, ELETTORE DI SASSONIA
DATA A SUA MtX IL RE DI ROMANI, DA ERASMO Di CEN3ITZ A LOBSCHITZ, ET DA LORENZO IINDEMANN, COMMISSARII DEL PREFATO ELETTORE.
(Mémoires de Granveìle, V, 76-83.)
Dresden , alli 6 di gennaro i55S.
Serenissimo et invittissimo re di Romani, Ungari et Bohemi, signore nostro clementissimo. Il duca elettore di Sassonia ne ha dato le presenti lettere credentiali da essere presentate a vostra maestà humilmente, et insieme n'ha commesso che debbiamo offerire a quella gli humili et amichevoli suoi servigi, desideroso d'entendere, con suo molto piacere, che la maestà vostra stia bene, et che il fe-
1 Dans l'impossibilité d'assister personnellement à la diète (d'Augsbourg) , l'électeur annonce au monarque qu'il a envoyé quelques-uns de ses conseillers qui sont chargés de prendre part en son nom a toutes les délibérations importantes de cette assemblée. Il rappelle ensuite les maux sans nombre dont l'Allemagne a eu a souffrir dans ces derniers temps de la part des Turcs, au point que cette contrée, naguère encore réputée l'une des plus puissantes de la chrétienté, se voit maintenant presque réduite au dernier degré d'affaiblissement. Tout disposé lui-même a ne rien épargner pour remédier à un état de choses aussi triste, il a quelque
droit d'espérer qne les autres princes de l'empire se piqueront d'une louable émulation pour seconder ses vues. L'empereur et le roi son frère ont jusqu'ici donné le plus noble exemple, et ne se relâcheront certainement pas dans leurs efforts; néanmoins tout ce qu'ils pourraient tenter en core à l'avenir peut être considéré comme entièrement inutile, si, avant tout, l'on ne s'occupe à détruire cet esprit de dé fiance qui règne au sein de la nation ellemême. Diverses mesures ont déjà été prises pour arriver à ce but : on a tenu des diètes , assemblé des colloques, un concile même; de nouveaux moyens pourraient également être tentés avec succès, mais il
lice governo le succeda secondo l'animo suo, et appresso n'ha commesso che proponiamo a vostra maestà quanto segue.
Che non dubita, come hanno avisato li suoi commissarii, che vostra maestà habbia preso perbene, et clementissimamente accettare, inumili , amichevoli et obedienti offerte che egli fece per li medemi a quella, essendo ricercato a dover personalmente comparire alla presente dieta, le quali per esseguirle realmente et con effeto egli di nuovo offerisce.
Che la vostra maestà sa bene l'evidentissime cause per le quali egli, per questa fiata, et da principio non ha potuto venire, et potrà per la sua risposta bavere inteso come hora anche durino et non sono tolte di mezzo; onde egli confida che la illustrissima maestà sia clementissimamente per haverlo per iscusato , et nondimeno acciò che non possa parer alcun diffetto della sua parte haver mandati i suoi consiglieri in sufficiente numero per consultare in tutte le cose, et aiutare che possino essere a giovamento et profitto dell'util commune ; rimanendo però egli fermo nel suo primo proposito et offerta , come prima siano fermati li tumulti , et che , o dalla poten-
esl bien à craindre que ce ne soit pas du vivant de ceux qui prennent part aujourd'hui à la conduite des affaires. En effet, certains règlements sur les rites et cérémonies de l'église, émanés du feu duc Maurice, frère de l'électeur, n'ont servi qu'à irriter davantage les esprits, et ont donné lieu à une foule de moqueries, à la publication de libelles et à l'apparition d'un nouveau parti, celui des adiaphorisles' , qui a fait naître des controverses que tous ses efforts n'ont pu réussir à apaiser. Quant à ceux qui demeurent attachés à l'ancienne
religion , les diverses conférences qu'ils ont eues avec leurs adversaires, elles décisions du synode de Trente, font connaître s'ils ont sincèrement le désir de voir renaître la concorde et de remédier aux abus.
Toutes ces divisions ne peuvent qu'entraîner la nation allemande et l'empire luimême dans les plus grands maux. L'électeur croit donc devoir appeler encore l'attention du roi des Romains sur la nécessité de rétablir le calme troublé par les querelles religieuses, en le suppliant, vu
Dans le sens théologique, on entend par adiaphorcs des usages et des formes de culte qui n'étant ni commandés ni défendus par l'Ecriture, peuvent sans péril pour la foi être également rejetés et conservés. La discussion contre les docteurs adiaphoristes, la plupart de Wittenberg , commença en 1 5 A 9 .
tia di Dio , o d'altre raggionevoli cause non resti impedito di coniparere anchò personalmente.
Oltre ciò non vuole egli nascondere a vostra maestà con ogni humiltà et amorevolezza, durando questi tempi tanto pericolosi , et massime per conto dell' hereditario nemico della christianità, il Turco, quello che egli hahhia diligentemente considerato; et benché egli, come principe giovane , ha convenientemente da considerare che non può raccordare a serenissima maestà cosa alcuna che essa molto meglio non sappia et intenda, nondimeno la necessità li ricerca più tosto a dover cercare d'intendere l'intento et l'animo di vostra maestà, et prender consultatone da quella, che dovere a lei suggerire alcuna cosa.
Ma poi che egli essendo stato nella corte di vostra maestà, et visovi dalia sua tenera et puerile etade longo tempo, confida molto nella singolare Immanità et amorevolezza di quella; li è parso conveniente , non meno che dal suo carissimo et amato già fratello è stato fatto , di stare pronto alli servigii di vostra maestà , et farle ogni humile et amorevole ossequio prontamente et volontariamente, come
l'inutilité des efforts tentés jusqu'ici, de considérer que la confession d'Augsbourg est entièrement chrétienne , puisqu'elle reconnaît la divinité de Jésus-Christ, auteur du salut, et qu'elle recommande la pratique d'œuvres véritablement chrétiennes , la paix et l'obéissance au pouvoir établi. Il est convaincu que le retour à la concorde assiérait l'autorité impériale sur des bases plus solides et fournirait à l'empereur et au roi des Romains des ressources efficaces pour résister à l'ennemi commun (le Turc) ; mais si l'on ne prend que des mesures momentanées et transitoires, différant d'une diète à l'autre la conclusion finale de cette importante affaire, il est à craindre que les sujets , laissés ainsi en suspens , ne tirent prétexte de la religion pour
susciter les troubles et le désordre dans l'empire.
Lors de l'assemblée de Passau , tenue l'an i552, il fut décidé, sur la demande du duc Maurice, que, si la conciliation projetée en matière de religion éprouvait quelque retard , les articles sur lesquels on venait de tomber d'accord seraient exécutés jusqu'à la pacification définitive, et que leur effet , loin d'être restreint aux seules parties contactantes, serait rendu commun à tous les étals de l'Allemagne. Le roi des Romains ayant accepté et ratifié cette clause , l'électeur le supplie d'en maintenir l'exécution, et d'en recommander l'adoption à tous les membres de l'empire comme règle invariable de leur conduite.
egli molte volte per sue lettere n'ha certificato quella. Onde non ha potuto tralasciare di dire alla vostra maestà la sua opinione , essendoli molto a core quello che a tutta christianità , et principalmente alla natione Germanica è di somma importanza; non è nascosto alla maestà vostra che pencoli sieno accorsi dal Turco, che n'è fresca la memoria de gli huomini come la città et terra detta Triechil-Wisemburghsia tra detti tempi stata vinta dal Turco, et dall' altra parte sia stato preso dal medesimo quel porto della christianità, Rhodo , et come egli habhia soggiogata la Croatia, et come miserabilmente habbia vinto, et con che horrendo et formidabil modo egli habbìa rumato il regno d'Ungaria; et come, durando anche la tregua, egli habbia preso Pesthe, et altre fortezze et città delle montagne di Moravia et di Silesia. Oltra di questo sa la maestà vostra quanto spesso per le passate diete gli h abitatori de' detti luoghi et reggioni habbiano con lachrime presso alla cesarea maestà et li communi stati ricercato aiuto, soventione et diifesa, et perchè non gli è stato dato soccorso , quanto gran danno et pregiudicio ne sia seguito che la christianità ne ha persi tanti regni, et tante nationi, lasciando di dire quelle cose che per avanti egli ha fatte; et interrotti tanto a questo nostro perpetuo nemico ampliate le sue forze.
Et quantunque la Germanica natione pochi anni avanti sia stata popolata et potente di maniera che l'altre nationi gli habbiano tenuto singolare respetto , sa nondimeno sua maestà come essa , core quasi di tutta la christianità, cosa di dolor piena, totalmente sia mancata, che si può reputare che, ha dieci anni sono, la sua potentia sia molto minuita.
Queste et simili cose danno molto che pensare al prefato elettore, come quelle che potriano partorire estrema ruina all' imperio della Germanica natione, et essendo egli membro del sacro imperio, confessa esser tenuto a consultare, a demandare et ad effeto indrizzare tutto quello che potesse pertinere ad aiutarsi et schivarsi da così dannose perdite; et benché le facoltà sue per se sieno tenui, nondimeno non intende egli per sparmiarle, ma come christiano elet-
tore et obediente membro dell' imperio , così portarsi che non possa trovar deffetto alcuno della sua parte , così confida egli che della medesima inclinatione non meno debbano esser gì' altri stati, se Dio omnipotente ne concedesse gratia che al meno la dannosa difidencia nella Germanica natione si potesse schivar et tor via.
Egli per se stesso è ben certificato et da altri informato quanto fin' a quest' hora la maestà sua cesarea et vostra regia con ogni paterno affecto non hanno mancato di baver per le mani tutto quello che può giovare, et servire a schivar tanti mali; et che specialmente la vostra maestà, non senza gravissima spesa, con aiuto de gl'altri suoi regni et nationi ha fatto resistentia a l'bereditario nemico, et fin qui sia stata come vendicatore della christianità, et ebe senza dubio anchora per l'animo suo clementissimo ella sia apparecchiata di farne ogni officio; nondimeno dubitarebbe egli che tutta la paterna et fidèle diligentia et spesa che vostra maestà fosse per farne dovessero essere di nessuno momento, non si togliendo di mezzo essa diffidenza, et non si facendo una publica pace nel sacro imperio della Germanica natione; perciocché parimente come che a quest'hora,per le cause sopra dette tra li stati dell' imperio et esso imperio non si è potuto ottenere ferma pace, così, et molto meno si può sperare di fare alcuna ferma resistentia con frutto contra l'hereditario nemico della christianità; et per li recessi di alcune diete fatte per avanti communamente si ritrova che sono state tentate varie vie, et molte ne restano a tentare, per le quali così dannose dissensioni della Germanica natione si possano tor via, et instituiré, et drizzare ferma pace tra li stati dell' imperio, si come per via de coloqnii molte volte, et ultimamente anchora per via d'alcun concilio è stato tentato, et posto mano; ma è però tanta dissentione degl' animi tra gl'huomini dell'una et l'altra parte, che l'elettore diffida che durante la vita di quelli che hoggidì vivano, si possa con ogni difficoltà far tal concordia, anchora che si potesse usare li sudetti et altri mezzi; per ciò che tra gl'altri inditii , delli quali appare chiaramente, et l'isperientia lo dimostra si l'elettore et principalmente è informato, da poi che il felicis me-
moriœ duca Mauritio, elettore, suo fratello, ordinò alchuni mezzi, conditioni , et cerimonie da esser osservate in queste regioni nelle chiese, che da alcuni non solamente non furono osservate, ma da molti ributtate, et che ne furono fatti molti giochi, composti molti libelli famosi contra; in tantoché dall' hora in qua si è levata una privata setta, la quale loro chiamano adeoforisco , la quale ha carninato tanto avanti, et poste le radici tanto alte che non è stato in sua potestà di torla via, se egli non si havesse voluto poneré a maggiore pericolo; et che senza fallo ha trattenuto molti che non si sono chiariti in questa parte, che egli veramente sia stato inclinato a far la Christiana concordia, come, per Dio gratia, non meno che hora dalle già dette cose et altre circonstance si può bene intendere, come anche per il contrario l'altra parte, che si chiama della vecchia religione, sia inclinata alla vera Christiana concordia, et torre via tutti gli abusi : lo mostrano tutti li tratti et colloquii sopra ciò fatti tra le parti, et trattati del concilio Tridentino.
Poi che le cose circa questo si ritrovano a tali termini che durante la vita sua non si può haver concordia, come si dubita, li pare che per ciò si conchiuda certissimamente, che dove si lassa di fartai concordia, non sarà alcuna ferma pace nel!' imperio et che la essacerbatione degli animi non solo non si torrà via, ma ogni giorno si farà maggiore et più aspera.
Sa ancho la vostra maestà per longa esperientia come l'altra parte sia stata aífettionata , contra li stati dell' imperio , dell' Augustana con fessione , et parimente come li stati di detta confessione siano pei ciò affettionati agi' altri , li quali affetti , se per una commune et sta bile pace non saranno prevenuti et tolti via, potranno caminar ad un dannosissimo pregiudicio , et a tal fine che non solo sia a danno della Germanica natione, ma a tutto il Romano imperio , che per altro anchò non mediocremente si trova diminuiti potrà parturire maggiori et gravissimi incommodi; le quali cose tutte egli con humile et amorevole modo fa intendere a vostra maestà, acciò che ella possa clementemente intendere il suo fideìe et benevolo animo, ansio et
travagliato per questo; et perchè egli per sua conscientia oìtra tutte queste cose non vuole mancare a quanto vien ricercato dallo suo stato, offitio et giuramento, è necessario eh' egli consideri quanto sia comendabile opera et Christiana, se la religione tra li stati dell' imperio si potesse redurre a concordia, il che molto tempo fa la cesarea et vostra maestà haverieno veduto volontieri , et vi hanno proposti tutti li mezzi et vie humane; ma poiché in questa parte non si è fatta cosa alcuna, o forse per lo sdegno di Dio non si può fare , egli prega la vostra maestà humilmente et amichevolmente, che ella si degni di clementissimamente pensare che non si può dire che la confessione Augustana non sia Christiana, ma che egli è libro , il quale confessa Christo figliuolo di Dio, nostro redentore, il quale dalli articoli della fede, et dalli quattro più principali concilii non discorda, et diligentemente ancho ammonisce alle buone opere, all' obedientia, et alla pace; in tanto che esso elettore ha per certo che se nella presente dieta si facesse una ferma pace , la cesarea et vostra maestà acquisteriano nella Germanica natione non mediocre obedientia, molto commoda per resistere all' hereditario nemico, massime poi che senza queste cose tutti gli adherenti alla confessione Augustana, nella quale per la maggior parte sono allevati et cresciuti, et constantemente perseverano, non sono per patire di essere separati hormai, se non si farà una constante pace comune, includendovi la religione et beni ecclesiastici, ma solamente come fin hora per lo più è accaduto, si differirà da una dieta all' altra; onde se' sudditi non s' assicureranno della pace, et come fin' ad hora saranno lasciati dubbii et incerti, è da temere che tutti non rimangano della medesima opinione et intento; alle quali cose se gli altri non gli haveranno respetto come egli è apparecchiato di fare , come si conviene alli stati ubedienti, quali egli molto comenda, è da temere nondimeno che potrieno gli huomini delli minori stati, come si è visto et provato, suscitare varij tumulti nell' imperio, sotto pretesto della religione, et massime in luoghi dove facilmente si possano procurare.
Et perché la vostra maestà deve clementemente considerare in che stato si trovino le cose nel sacro imperio della Germanica natione, et quel che possa esser meglio per la publica pace, egli prega la vostra maestà, così per suo conto come dalla commune utilità, poi che ella in nome di Cesare ha piena comissione sopra li negocii della presente dieta , che ella non si lasci per cosa del mondo impedire o voltare dallo studio d'instituire , sopra tutto et prima che tutte le cose, la publica pace, et torre via le dannose diffìdentie.
Saprà ancho la vostra maestà informarsi quello che nella dieta celebrata in Passauo, dell' anno i 552 \ l'amato et carissimo fratello dell'
ellettore , il duca Maurilio di fel — me introducesse per conto di
questo articolo, dalla vostra maestà, insieme con tutti li ellettori et principali principi dell' imperio, et commessi degl' altri considerato, et mandato a serenissima cesarea maestà per consulta della sua opinione del tenor della inclusa copia , la qual egli per sua memoria fa presentare alla maestà vostra, nella quale tra l'altre cose è pro visto che dopoi che la concordia sopra la religione per alcuna delle sopra dette vie non può seguire, che nondimeno lo stato della pace, sopra la quale si consultava , debba durare in suo vigore et star fermo sin alla conclusiva concordia; et più che sua cesarea maestà hebbe considération sopra ciò, come all' hora vostra maestà fece intendere
et referire alla pia me del sudetto suo fratello , che quel trattato
et conclusion di pace non solo apparteneva alli stati all' hora chiamati a Passauo, ma egualmente a tutti li communi stati del imperio, et come tale doversi proponere et trattare, per haverne contento da tutta la commune congregatione dell' imperio, aggionto però questo, che tutto quello che intorno a tal pace per... della commune congregatione fosse consigliato et concluso quello che dovesse remanere fermo.
1 Le traité de Passau, connu sous le munions catholique et protestante devaient nom de paix publique, fut signé le 2 août conserver tous leurs droits, une entière i552. D'après sa teneur, et jusqu'à l'en- liberté pour leur culte et une égalité partiere conciliation de toutes les discordes faite en justice. (Histoire des Français, religieuses en Allemagne, les deux coin- par Sismonde de Sismondi, XVII, k~]k)
Et poi che vostra maestà clementemente ha elletto lo stato della pace continuala, et non conditionata, et ha fatto anche inservire la concordia di Pessauo che ella si offeriva di favorire con ogni sua forza, per ciò che nella causa della religione, nessuna delle parti deve valersi malamente dello haver più voci.
Vorrebbe pertanto l'ellettore, raccordando questo alla maestà vostra con humile et amichevole confidentia, che ella non solo sopra ciò perseverasse, che la commune congregatione delli stati, come ella si potrà confirmare, che offerse a quelli che furono a Pessauo, ma che ella anche clementissimamente essortasse a ciò tutti li stati dell imperio, et come non tutti è stato trattato da principio a trattare il primo articolo , et quello primamente conchiudere, et nell' impedire con gì' altri; come che egli creda, che ella non sia per negarlo, volendo considerare tutte le necessità et commodità sue.
Et egli s offerisce a rendere con effetti gratie alla vostra maestà con singolare et humile diligentia, anchora che ciò alle nationi hereditarie di vostra maestà et di sui ellettori, come più propinqui, et agi' altri debba esser commodo, et che n'habbi da esseguire proportione et sicurezza, et ogni altro bene. Alli 6 di gennaro i 555 , da Dresden.