‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 56 sur 127 · FERDINAND · texte numérisé non relu

FERDINAND

Et plus bas :

VAN DER AA

CXLVIIT.

L'AMBASSADEUR RENARD

A L'EMPEREUR

(Ambassades de Renard, III, 333-334.)

Sans date [27 juin i555 ].

Sire , comme l'accouchement de la royne est fondement des occurens de ce royaulme, et que les médecins et dames de la royne se sont fourcomptez d'environ deux mois, et qui n'y a apparence quelle accouche deans huitz ou dix jours , ainsin n'ay-je escriptz souvent à vostre majesté : car, si plaict à Dieu qu'elle accouche en saulveté , les affaires prandront milleur succès; sinon je prévois ung trouble et altération si grande , que à peine la plume le sçauroit comprandre. Car il est certain que l'on a si mal pourveu sur la succession de la couronne, que madame Elisabetz sera préférée, et conséquamment l'hérésie sera renouvellée et la religion sera renversée , et pour estre d'affection et inclination françoyse , le royaulme

déclinera et obliera celle qu'il a jusques à présent dissimulée; les ecclésiastiques seront affligés , les catholicques persécutés ; la vindication sera en usaige plus qu'elle n'a esté du passé. Je ne sçay si le roy et sa court seront bien assurés du peuple , et finablement la tragédie sera calamiteuse ; et n'est creable l'occasion que le retardement dudict accouchement donne aux adhérans de ladicte Elisabetz et héréticques de calumnier et semer faulx bruict : les ungs publians qu'elle ne soit enseincte , que l'on veult supposer ung enfant, et que si l'on en eust treuvé ung à propoz, l'on n'eust tant tardé. Les visages des particuliers sont estranges, et plus mascretés1 que je n'ay jamais veu; ceulx desquelx Ton s'est confié sont ceulx quilz donnent plus de doubte et crainte de leur fidélité et léaulté, et n'y a rien de certain : me treuvant plus estonné des façons de faire que je vois que je n'ay faict par le passé ; et y a bien peu d'intelligence entre les nations, de justice ou police nulle, d'audace et malignité plus que du passé ; la partialité d'entre les conseilliers s'accroist et s'est descouverte par les Françoys en l'assemblée dernière; et tant plus que Testât présent continue es termes susdicts, tant plus semble-il l'on doige prévenir, presser le remède , asseurer les choses, résoldre meurement l'allée du roy devers vostre majesté, et conséquamment pourveoir à tout ce qu'est nécessaire : et jà çois je tiens vostre majesté sera assez advertie du tout d'ailleurs, si est-ce la répétition n'en sera odieuse.

Quant aux aultres occurens, l'on entend que les Françoys dient avoir tiré intention de vostre majesté quant à la paix, sur les moiens derniers qui furent proposez par les légat et commissaires angloys; qu'ilz ont gaigniz le temps qu'ilz prétendoient, quilz souldoieront facillement la guerre pour le reste du temps qui s'ovre, aiant faict finances de cinq cens mil escuz à Lion; aiant recouvré cent mil escuz sur l'impost des alluns, qu'est de troys francs par quintal, qu'ilz ont admodié, et avec leurs tailles ordinaires. Aussy entend l'on qu'ilz ont arresté à Lion tous les muletz véaigiers pour conduire munition

1 Masqués.

en Piedmont; qu'il n'y a encoires ung moys qu'il y a passé gens de pied et de cheval pour renforcer leur armée celle part; qu'ilz font descendre en France environ dix mil Suysses; qu'ilz ont deux mil chevaulx allemans, que le jeusne duc Horich de Brunsvich a levé pour leur service; que combien le marquis Albert a eu quelque difficulté avec le connestable sur la charge qui pretendoit, néantmoins ilz espèrent elle sera accordée présentement, et fera service ausdicts Françoys ; que l'on appreste toilles et biscuytz à Marcelle et Thoulon pour l'armée du Turcq qui doit venir de brefz, et que les ambassadeurs françoys quilz estoient devers ledi et Turcq sont de retour, quilz publient qu'il n'y aura tresve avec le roy des Romains; que le pape moderne1 effectuera la volunté il a porté aux Françoys, luy estant cardinal, et que combien le cardinal Caraphe soit esté promeu à l'instance des impériaulx et qu'il ayt eu quelque parolle fascheuse avec Pierre Strosse sur la garde de Porto-Hercule2, si est-ce qu'elle n'empeschera qu'il ne continue son affection invétérée; que les protestans ont intelligence avec les Françoys, laquelle, si l'on ne remédie, pouroit causer ennuyt notable; que la diète d'Augsbourg prend maulvais succès; qu'ilz publient ce royaulme ne pouvoir éviter ung tumulte plus grand que jamais n'a esté, pour le chastoy des héréticques qu'ilz appellent cruel, pour la différance des estrangiers, pour les susdictes partialitez et pour les practiques qu'ilz y nourrissent.

L'on entend que le roy Françoys approuche la Champaigne , et néantmoins faict faire eschelles et pons ou Boulongnoys ; qu'il a eu practique sur Baulpaulme par ung double espie. Ces jours passés, l'on a arresté ung espie qui portoit lettres du connestable de France à son filz détenu prisonnier3, etaultre lectre d'un nommé Brion, son maistre d'hostel, aiant promis audict connestable de saulver sondict

1 Marcel II ( Cervin ) , successeur de 2 Le marquis de Marignan s'empara de

Jules III au trône pontifical dès le 9 avril, cette place le i3 juin, ne l'occupa que vingt-deux jours ; il fut 3 François de Montmorency. (Voyez ci-

remplacé.le 23 mai, par J. P. Caraffe, dit devant, p. 7, note 2.) le Théatin , qui prit le nom de Paul IV.

filz , et pour ce luy aiant donné ses femme et enfans en ostaige , estant Angloys et marié à Bolongne; et s'estoit adressé au capitaine de Guyne et au sieur Ruy-Gomez pour révéler l'emprinse , pour avoir accès devers le capitaine du lieu où est ledict Montmorency. Et comme j'ay recongneu ledict Angloys pour double espie , aiant trompé le Sr de Lalaing, le Sr d'Hornes et plusieurs aultres ministres de vostre majesté, l'on Ta arresté et obtenu lectres générales pour le conduyre à Gravelingues, pour illec estre interrogué, et demain partira soubz la conduicte de deux serviteurs du prévost de ceste court, comme je tiens vostre majesté sera jà advertie

AL OBISPO DE ARRAS '

(Mémoires de Granvelle, V, £9.)

Hamptoncourt, á 4 de julio i55í>.

Mucho ha que no tengo carta vuestra; de aquí adelante escrividme siempre, por lo que huelgo con ellas. Dezid á su magestad que el hermano del embaxador de Francia, que está aquí, es venido con grandes agradecimientos para ella, y los diputados que fueron á la paz ayer estuvieron con la reyna, y que avisaré á su magestad

Dans cette dépêche, le roi regarde duc d'Albe ait la surintendance de celte

comme urgent d'obtenir une prompte ré- ville et de son territoire. Si la donation

solution relativement à Sienne , parce que de Charles-Quint doit avoir tout son effet,

de cette mesure dépend en grande partie la il faut qu'elle soit telle que le roi puisse,

conservation des états (de Milan, Naples et dans la suite, disposer de tout ou partie

Sicile) qui lui ont été cédés par l'empereur selon son bon plaisir, son père. Il est également nécessaire que le

con el primero particularmente de lo que hay, y se le responde sobre las cosas de Sienna * á su magestad lo que me parece , y conviene tomar en ellas breve resolución ; yo os ruego deys priesa á que se tome, y que sea lo que conviene á my seguridad, y defensa de los estados de que su magestad me ha hecho merced; y lo de la donación seria por esto lo mejor, y que tenga el duque de Alba la superintendencia en ella me parece cosa muy necessaria, y pues tenemos ya á Puerto-Hércules , atiéndase á assegurarnos de la marina , que esto es lo que mas conviene. Si la donación se me hiziere , como lo creo , por lo que el duque de Alba me escrivió de la volontad de su magestad, ha de ser para que después yo pueda disponer de todo, ó de parte, como me pareciere convenir. Yo os encargo entendais en todo esto, como confio lo haréis, y que me aviséis de lo que se hiziere. De Hamptoncourt, á l\ de julio i 555.

EL REY

1 Cosme , duc de Florence , dont les session par le duc d'Albe , au nom de son

subsides avaient contribué essentiellement fils Philippe. Ce seigneur était parti de

à la réduction de Sienne , s'était flatté que Bruxelles pour l'Italie le 27 mai précé-

cette place lui demeurerait en souverai- dent, neté; mais l'empereur en fit prendre pos-

Page 1