LA REINE DOUAIRIÈRE DE HONGRIE
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, III, 226.)
Bruxelles, 6 juillet 1 555.
Marie, par la grâce de Dieu, royne douayrière de Honguerye, de Bohême et régente.
Très-chier et bien amé : Sur ce que Ton nous avoit faict entendre que quelque personnage s'estoit offert d'aller en France et advertir de temps à aultre des occurences de delà, dont il se disoit avoir bon moyen par le chemin d'Angleterre, nous luy avons donné une lettre du jour d'hier adressant à vous, afin que le veuillez assister et nous advertir de temps à aultre de ce qu'il vous rapportera. Et combien que l'on ne poeult employer trop de gens pour povoir confronter les ungs rapportz avecq les aultres , touttesfoys , pour autant qu'ilz sont communément dangereulx, et que bien souvent, sous umbre de faire service , ilz meinent quelque aultre practicque , nous vous requérons que quant il se présentera à vous , vous voeuillez avoir l'oeuil sur luy, et regarder s'il y a apparence en son cas, et s'il ne seroit double , pour selon cela y povoir prendre tel pied que se trouvera convenir. Très-chier et bien amé, Nostre Seigneur vous ayt en sa garde. De Bruxelles, le vie de juillet 1 555.
MARIE
Contre-signe :
COURTEWILLE.
LEVEQUE D'ARRAS
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, IV, 3.)
Bruxelles, 6 juillet i555.
Monsieur l'ambassadeur : Ceste sera seullement pour satisfaire aux lettres que m'avez escript du pénultiesme du mois passé , et à ce que vous touchez de mesmes en celles de sa majesté, qu'est touchant le billet contenant les causes pour lesquelles les François vous licentiarent, lorsque vous départistes de l'ambassade de France, lequel s'est treuvé à la filasse de voz lettres, tel que vous le verrez par la coppie. Et l'occasion pour laquelle, à la negociación de la paix , l'on a faict mention dudict billet a esté pour justiffier deux choses : lune, qui a esté invaseur de la dernière guerre et pour elider les fondementz sur lesquels les François prétendoyent à avoir peu licitement prendre les armes; ce que s'est faict bien particulièrement, respondant à tous lespoinctz. L'aultre, pour desmonstrer que, combien lesdicts François heussent dict aux Anglois que leur playe et le fondement de la guerre fust Milan , ilz n'avoient faict dudict Milan aulcune mención à vostre licentiement, ny lorsqu'ilz vous dirent les causes pour lesquelles ilz entroyent en rompture , prétendans de pourveoir à leurs affaires comme ilz pourroyent : qu'est tout le fondement pour lequel l'on a parlé dudict billet , et aux mesmes termes cy-dessus contenuz, et non pour vous avoir voulsu faire grief; n'ayant veu personne de tous ces seigneurs qui se sont treuvez à l'assemblée, qu'ave faict en vostre endroict office autre que bien affectionné. Et quant quelc'ung l'eust voulu faire,
DU CARDINAL DE GRANVELLE. 439 j'eusse faict ce que je doibz à nostre amité , et pouvez bien sur ce poinct demeurer à vostre repoz. Et je prie, pour fin de ceste, le Créateur, etc De Bruxelles, le vie de juillet 1 555.
Vostre bon confrère et vray amy,
L'ÉVESQUE D'ARRAS