PREMIER FRAGMENT
Made Marie n'estre capable dudict royaulme pour le divorce
faict entre le feu roy Henry et la royne Katherine ; se référant aux causes aians meu ledict divorce, et mesme n'estre souffisante pour l'administration d'icelluy comme estant femme , et pour la religion : inférant par ces raisons que mutation et changement pourroit survenir en ce royaulme que pourroient causer la ruyne d'icelluy.
Le dixième dudict moys, ceulx du conseil du roy nous envoiarent deux secrétaires, l'un nommé le docteur Piètres et l'aultre maistre Ficq, par lesquelz ilz nous firent advertir de la mort dudict feu roy, avec déclaration que estimoient vostre majesté en auroit sentement et recevroit ceste nouvelle pour triste et lamentable , pour la bonne affection et volunté qu'avoit ledict feu sr roy envers vostre majesté,
et qui eust tesmoigné par effect en peu de jours, si Dieu eust permis que eust vescu; mais néantmoins qu'ilz espéroient la bonne et ancienne amitié se conserveroit inviolablement, à quoy veilleroit tousjours ledict conseil pour le bien publicque des peys et royaulmes de vostre majesté et du royauhne d'Angleterre. Ausquelz iismes responces qui nous desplaisoit grandement d'ouyr telles nouvelles pour les mesmes considérations qu'ilz avoient prémis , et pour sçavoir l'aifection plus que paternelle dont vostre majesté estoit encline envers ledict feu roy, et ce que par effect le royaulmc d'Angleterre a congneu de la grande fidélité de vostre majesté envers ledict royaulme, avec laquelle il a continué la bonne voisinance et, amitié, comme elle entend à l'advenir faire et l'accroistre par tous offices que l'on sçauroit désirer; que nous regrétions grandement que la mort fût esté tant violente que de nous empescber l'audience qu'avions demandé , de laquelle n'eust peu résulter sinon confirmation et justification de ladicte volunté et affection mutuelle ; que nous attendions aussy que le conseil nous donna le jour dont il nous a faict parler pour faire le mesme , selon la cbarge qu'avons de vostre majesté; que nous les prions dire audicl conseil de, pendant que ladicte audience seroit dilaiée, avoir en recommandation madicte dame Marie, cousine germaine de vostre majesté, la recepvant en leur protection et asile; réputant les princes avoir tousjours jugé les alliances estre l'un des instrumens et liens de paix et observance d'amitié, avec la sincère volunté et affection et les effectz qu'en deppendent; et que de nostre part nous advertirions incontinant vostre majesté de ce que dessus, pour faire ce qui luy plairoit nous commander.
Or, sire, l'on nous a dit que cejourd'huy l'acte de la réception dudict nouveau roy et royne se doit faire en la Tour de Londres et Westminstre, et avons entendu que c'est chose résolute entre le conseil qu'il ne admectra madicte dame à ladicte coronne; et aultres nous ont adverti que faict à craindre, ladicte réception et coronation faicte , ilz mectront la main à madicte dame et la mectront en la Tour, craingnant que le peuple ne se esmeuve , et esti-
niant que estant enserrée, il n'y aura personne qui se bouge pour la publier et maintenir royne. Et ne faisons doubte que préviendront vostre majesté pour i'advertir de la mort et de l'institution testamentaire dudict feu sr roy, et conséquamment de l'exclusion de madicte dame Marie, laquelle est jà enserrée avec troys ou quatre cens chevaulx au lieu où elle est, quilz sont soubz la conduicte du filz mesme du duc de Northumbellant, nommé millor Robert1, quilz sont à l'entour d'elle, et sont mandez en ce lieu troys de ses principaulx officiers et plus confidans, que l'on juge seront mis en la Tour; et jà ce jourd'huy le conseil interroga l'un pourquoy madicte dame s'estoit extractée et retiréte2; et ses responces ouyes , semble que ledict conseil en print aulcunement contentement.