‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 77 sur 127 · SUIVI DE SON CODICILLE · texte numérisé non relu

SUIVI DE SON CODICILLE

(Mémoires de Granvelle , V, 232-2^2.

Le premier de ces documents est daté de i558, sans autre indication; le second, qui contient un grand nombre de legs, a été fait à Cygales, le 27 septembre de la même année.

La testatrice veut être inhumée dans le même lieu que la reine très-chrétienne sa sœur ; elle prescrit des obsèques modestes , « et que le plus gros de la despense « soit converti en prières et en aulmônes. » Après avoir recommandé au roi Philippe II et à la princesse de Portugal, auxquels elle défère «la surintendance « pour l'entier accomplissement de sa dernière volonté , tous ses serviteurs, ser- ■ vantes et officiers , avec l'espoir qu'ils les favoriseront aultant que faire se

1 Ce monarque était décédé au couvent de Saint-Just , dans l'Estrémadure , le 2 1 septembre i558.

« pourra, «elle ordonne que» ses robes forrees et aultres seront réparties également « entre toutes ses dames et filles de chambre; » elle lègue à ses écuyers « ses che- « vaulx , haquenéez, mulets , charyots, litières, avec toutes harnasures et accous- " trement; à tousses chiefs d'office, à chacun ce qui est de sa charge, tant meu- « bles, linges, vaisselle, moins celle d'or et d'argent, les tapisseries, dosserets , « tapis, etc. » Elle donne à la princesse de Portugal , sa nièce, « tous ses meubles «pour maison, comme tapisseries, dosserets, linges ouvrés et non ouvrés, » et fait remise à l'empereur Ferdinand, son frère, «de tous les droits et actions « qu'elle peut avoir contre luy à raison de ses dot et douaire assignés sur luy ; » voulant que le traité conclu à Augsbourg, le 7 mars i548 , avec l'intervention de Charles-Quint , « soit entièrement et inviolablement observé ; » que des deux cent mille florins de Hongrie qu'il s'est obligé de payer aux héritiers de la testatrice après qu'elle sera décédée, il soit prélevé « ce qui sera nécessaire pour « complir ses présents legs, s'ils ne peuvent estre rompus aultrement ; » et que ce qui restera de cette somme soit remis et délivré à l'archiduc Ferdinand . qu'elle institue son légataire à ce titre.

Il sera pourvu à l'acquittement desdits legs tant sur l'argent comptant s'il y en a , que sur les arrérages actifs; et en cas que la testatrice obtienne du roi « de « joyr après sa mort de deux années de la rente de douze mille ducats carlins « qu'elle a à Naples et de celle qu'elle a à Séville, toutes deux en sa vie; » ce produit y sera également consacré, de même que sa vaisselle d'or et d'argent, et « ses rentes en Espagne acquises au denier 1 k. »

« Ayant porté , ajoute la reine, depuis la mort du feu roi, mon mari, à qui « Dieu face paix, un cœur d'or qu'il a aussi porté jusques à sa lin , j'ordonne que « ledit cœur avec la chaynette où il pend soit fondu, et donné ce qu'en viendra « aux povres: car puisqu'il a faict compaignie jusques au dernier aux personnes, « que ores de si longtamps ont estez séparez de présence, ne l'ont estez d'amour « et affection , c'est raison qu'il se consomme et change d'espace l, comme le corps « des justement aymans ont faict et feront. »

La testatrice nomme pour héritier de tout ce qui restera, « tant de meubles et « immeubles, ensemble de toutes prétentions et successions paternelle et niater- « nelle, n'ayant d'icelle en aulcune manière esté satisfaite, et aultres quel que soit « en ligne directe ou collatérale, échue ou à écheoir, » l'empereur Charles-Quint , et, à son défaut , le roi Philippe II. Enfin elle désigne huit exécuteurs de ses dernières volontés , parmi lesquels sont l'évêque de Palence et Charles de Poitiers , sieur de Vadans , son maître d'hôtel , qu'elle gratifie chacun d'un objet mobilier de prix,« pour leur peine et salaire et pour mémoire d'elle. »

1 Espèce.

RECUERDO

QUE DIO EL OBISPO DE ARRAS

EN LO DEL CASAMIENTO DEL DUQUE MANÜEL-FILIBERTO DE SAVOYA CON LA SEÑORA YSABEL

DE INGLATERRA '.

(Mémoires de Granvelle, V, i3i.)

Sans date [ i 555 ou 1 556 ].

Que siendo, como es, la señora Ysabel heredera declarada por parlamento de la corona d'Inglaterra , la reyna N. S. sin hijos, y consintiendo la dicha reyna que se case con el duque , eñectuándose el matrimonio , y consumiéndose , luego que el dicho duque della tenga un hijo ó hija, sea obligado el dicho duque entregar los castillos de Niça y Villa-Franca al rey, por su seguridad de que, viniendo el dicho duque ó sus hijos al reyno, el contado de Niça y puerto y villa de Villa-Franca, con sus dependentias, ayan con los dichos castillos de ser del rey, sin otra recompensa. Mas entretanto que ny el dicho duque verná á gozar del reyno por succession de la señora Isabel, ó que sea rey algún de sus hijos, goze el duque y

' Dans cette note , le prélat expose que madame Elisabeth devant être déclarée par le parlement d'Angleterre héritière du trône, et la reine Marie se trouvant sans enfants, le duc de Savoie, dans le cas de mariage avec la première , pourrait s'obliger, dès le moment où il deviendrait père, de livrer au roi d'Espagne les citadelles de Nice et de Villefranche, qui demeureraient à jamais la propriété de sa couronne, de

sorte néanmoins que jusqu'à l'époque où le duc, ou l'un de ses enfants après lui, recouvrerait ses états (maintenant occupés par la France), ils jouiraient du revenu tant du comté de Nice que de ces deux places, dans lesquelles le roi entretiendrait garnison. Leurs gouverneurs devront avoir l'ordre de les remettre à Philippe 11, en cas de mort sans postérité du duc de Savoie.

sus hijos las rentas del dicho contado de Niça y de Villa-Franca, quedando los castillos en poder del rey, para poner en ellos la gente y guardia que quiziere, por, en caso que antes que huviesse hijos el dicho duque viniesse á morir, tengan hecho los alcaides y governadores de los dichos castillos, assi presentes dende agora como venideros, quando tomen el cargo, de entregar, moriendo el dicho duque , á su magestad los dichos castillos , para gozar dellos y del contado de Niça , puerta y tierra de Villa-Franca , apendentias y dependentias, como de cosa propria.

SIMON RENARD

AU ROI PHILIPPE II

( Ambassades de Renard, IV, 24/4)

Cambrai, 7 décembre 1 555.

Sire , comme l'admirai de France 1 eust vu les lettres du Sr de Lalaing2, qui receut le quatrième du présent à Saint-Quentin , distant de ce lieu de Cambray neuf lieues, il despecha ung gentilhomme, nommé Boysseron, pour venir en ce lieu conclure avec moy le jour, lieu, la seureté et la compaignie comme la communication sur la paix et liberté des prisonniers , pour laquelle il a pieu à vostre majesté depputer le Sr de Lalaing, se pouroit faire: lequel arriva en ce lieu au jour date des présentes, environ les unze heures devant midi, et me communicqua son instruction tendant seulement à ladite con-

2 Gaspard de Coligny, seigneur de Châ- d'amiral en i552. — * Voir ci- devant, tillon , gouverneur de Picardie et de l'Ile- page 1 65, note 2. de-France ; il avait été revêtu de la dignité

clusion, ensemble la minute de saulf conduictjoincte aux présentes1. Et après avoir conféré avec lui ce qu'il me sembloit convenir au subject de la matière, réputation de votre majesté et parti cularitez deppendans des quatre poinctz chéans en résolution, nous susmes accordez à ce que votre majesté verra par l'escript cy-joinct, par lequel vostre majesté entendra le commencement de la négotiation et pourvoiera aux sanif-conduictz nécessaires, en cas qu'ilz ne fussent jà despeschés.

Ledit Sr de Boysseron est de Gascongne et est maistre de camp de l'infanterie que ledit admirai a soubz sa charge, comme l'on m'a faict rapport, homme de négoces et d'esprit, qui en devisant s'est eslargit jusques à dire qu'il espéroit que ceste négotiation pouroit donner occasion à milleur besongne. Avec luy estoit ung qu'il appelloit Me Claude, qui sembloit plustost ung secrétaire que d'aultre qualité, et ung recepveur de l'abbaye de Saint-Martin.

Aussi a-t-on entendu de luy comme Bassefontaine2, qui a esté ambassadeur devers la reine d'Hungrie, venoit avec ledit admirai, et le Sr de Merlu3, filz mesné du connestable de France.

L'instruction qui portoit estoit pour sur les lieux de l'abbaye de Vausselle ou Crèvecœur; et comme j'avoys entendu qu'il estoit plus loingtain de ce lieu d'une lieue que du Chastelet, où se doittreuver ledit admirai, pour approcher le lieu de l'assemblée je luy proposay le chasteau et lieu de Enne, en quoy il mist difficulté, tant pour la distance inégale que pour aultres incommoditez du lieu et chemin; et estant informé par le sieur de Fama que ladite abbaye estoit plus commode que ledit Enne, horsmis ladite distance, et que l'instruction de votre majesté faisoit expresse mention de ladite abbaye, je me accorday en ladite abbaïe.

L'on entendit dudit Boysseron que le roy de France estoit party de Beauvais et prenoit son chemin contre Hanet, et dois Hanet à

1 Ce sauf-conduit se trouve au tome IV, ' Charles de Montmorency, seigneur pag. 16 et 17 des Ambassades de Renard. de Méru, qui fut depuis amiral, duc de

2 Voir tome III, p. à'àà- Damville et pair de France.

Bloys, pour faire et passer les festes de Noel et visiter ses enfans quilz sont audit lieu; que les cardinaux de Lorraine et de Tournon sont arrivez à Rome il y a passé dix ou douze jours1; que les sieur et dame de Vandosme sont esté extrêmement malades; que le mariaige du Sr d'Anghien2 se conclut avec la fdle de madame de Saint- Pol; que l'on a cassé la pluspart des chevaulx-légiers françoys; que es lieux où ledit admirai a passé Ton a faict grande démonstration de resjouyssance, se persuadant le peuple que la communication tende à fin de paix. Aussy ledit Boysseron a faict deux interrogatz que j'ay notez, assavoir si l'empereur estoit parti de Bruxelles, et si vostre majesté estoit partie pour Angleterre

LE COMTE DE LALAING ET SIMON RENARD

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