‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 78 sur 127 · PLÉNIPOTENTIAIRES D'ESPAGNE AUX NEGOCIATIONS DE VAUCELLES · texte numérisé non relu

PLÉNIPOTENTIAIRES D'ESPAGNE AUX NEGOCIATIONS DE VAUCELLES

AU ROI PHILIPPE II

(Ambassades de Renard, IV, 18-19.)

18 décembre i555.

Sire, nous avons receu les lettres qu'il a pieu à vostre majesté nous escripre du xvi du présent , et examiné tous les poinetz y conte-

1 Le 16 décembre suivant, ces deux cale, pour soustraire le royaume de Na-

prélats conclurent avec le pape Paul IV un pies à la domination espagnole, traité secret par lequel le roi de France, 2 Jean, comte de Soissons et d'Engbien;

prenant sous sa protection la maison de il épousa, en íboj , Marie, fille de Fran-

Caraffe et ebacun de ses membres, s'en- cois, comte de Saint-Pol, duc d'Estoute-

gage à envoyer en Italie un corps de trou- ville, et fut tué peu de mois après à la ba

pes qui devra se joindre à l'armée pontifi- taille de Saint-Quentin.

nuz ausquels avons jà satisfaict pour la pluspart, et suyvi l'intencion de vostre majesté en la seconde communication eue avec l'admirai de France, comme par nos lettres du jour d'hier vostre majesté poura congnoistre; mesmes qu'avons faict tumber la commission en communication ; que ne nous susmes référés à l'escript et moiens du connestable pour rançonner les prisonniers sur le revenu d'une année; que ne nous susmes arrestes à l'interprétation du mot d 'estât; que n'avons appreuvé le moien de la liquidation du revenu par la parolle dudict admirai; que nous avons distraict les seigneurs de Montmorency l et mareschal de la Marche2 d'avec les aultres, suyvant nostre instruction, encoires que ledict admirai ait tâché de commencer par ce boult; que nous avons insisté à la restitution de la place de Buillon3; que nous avons tiré la négotiation aux termes de paix si avant qu'il a esté possible, gardant l'auctorité et réputation requise et sans advantaiger les affaires des Françoys, Mais , comme vostre majesté ne spécifie moien ou pié particulier par lequel, procédant à l'effect de la communication, l'on puisse respondre et négotier les rançons; que ledict admirai nous a jà déclairé qu'ilz abonnoient" la rançon des prisonniers qu'ilz tiennent de nous au revenu d'une année de leurs biens et traictemens; que par ce ilz estiment avoir satisfaict à ce que pourions prétendre, et mesmes remectant la liquidation de la somme à la parolle deje, le Sr de Lalaing, ou des propres parties : aussy nous a-il semblé convenir consulter derechiefz vostre majesté, en cas qu'ilz persistent à ce, comme nous y debvrons conduire : car en ce gist le fondement et arrest de la besongne. Et quant nous leur proposerons qu'ilz tauxent les rançons des Françoys quilz sont détenuz, nous prévéions assez qui feront le mesme et la réduiront à ce pié et but, qu'ilz pouront dire tenir

1 François , fus aîné du connétable. au moment où il venait d'obtenir sa déli- (Voir ci-devant, page 7, note 2.) vrance.

2 II était prince de Sedan et duc de 3 Saisie parla France en 1 552, elle était Bouillon. Ce seigneur éprouva les plus réclamée par l'évêque de Liège, comme rudes traitements durant sa prison , qu'il ancienne dépendance de son siège, subissait dès 1 553, et mourut empoisonné 4 Apprécier, évaluer.

lieu de tauxe et abonnement particulier; qu'ilz ne ont peu penser aultre plus à propos, pour avoir esté en observance du passé comme ilz allèguent; et quant nous vouldrons contrôler le taux qu'ilz poliront faire , sans prandre pié ou fondement particulier, noz nous treuverons perplex, et ne le pourions faire sans l'araisonner sur le revenu, sinon que l'on voulsit faire taux voluntaire, que pouroit estre voie de conséquance et jugé exorbitante. Et avons pensé que ne procédant en cecy par quelque réalité, ilz se pouront tant plus retenir et retirer d'entrer en communication de paix ou tresve; et est vraysemblable qu'ilz ne vouldront estre attirez à ce par ceste voie, aians jà assez donné à congnoistre que l'on ne deut espérer restitution de place pour rançon de prisonniers quilz ne sont princes ni chiefz de la guerre.

Et joinctement il plaira à vostre majesté nous escripre qu'il luy plaira que procédions sur les propos généraulx de paix comprins en nousdictes lettres; quelz moiens nous poivrons tenir en cas qu'ilz se reprennent; si l'on procurera renouvellement de la commission dernière et négotiation commencée à Marque, que n'a esté du tout rompue : et conséquentment ce qu'il luy semblera convenir à son service, afin que en négoce de telle importance puissions satisfaire à l'intention de vostre majesté et au publicque. Ou, si l'intention de vostre majesté n'estoit que l'on procède sur la rançon desdicts prisonniers, sans parvenir et tumber en conclusion de paix ou tresve, nous en advertissant, nous adviserons les moiens que nous semblera convenir pour temporizer le principal, avec la justification requise et oportune.

Ce jourd'hui est passé par [ceste ville] ung, venant de France,

que se dit serviteur du capitaine Juliain nommé Pierre , natif

de la Leu, pays de homme de bon esprit, bien enseigné es

langaige espaignol, françoys, angloys, alemant et flamans, portant un passeport du S1' d'Estrée, contenant qui soit prisonnier et relasché pour venir quérir sa rançon; portant deux lettres à deux Espaignolz qui dit estre au camp et soubz la conduicte du capitaine Navarret, en l'une desquelles il y a crédence que ledict soldat doige croire

ledici. Pierre en ce qui luy dira. Et l'aiant interrogué que portoit

ladicte crédence, il nous a respondu (entr autres

choses) que le vidame de Chartres1 dont il est le prisonnier - doit retourner de brefz avec le Sr de Brissac son cousin,

que s'en retourne de Piedmont, aiant laissé Bonnivet en son lieu jusques à ce le roy y aie pourveu ; que les sieurs d'Aumale et Damville sont de retour dudict Piedmont; que le roy de France s'en va à Bloys; qu'il a de nouveau, pour la quatrième ou troizième foys, demandé à ses villes closes ung emprunt de quatre cens mil francs; que le peuple est fort travaillé d'empruns et de tailles : néantmoins, pour l'affection qui porte au roy de France et que luy semble qui prospère, il saccomode à la nécessité et contributions

SIMON RENARD

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