A RUY-GOMEZ DE SYLVA
(Ambassades de Renard, V, 5i.)
i 2 juin 1 556.
Monseigneur, à l'audience que j'ay eu devers le connestable de France, il m'a faict ung grand discours de ses entremises, du long temps il y a qu'il manie les affaires des princes, de ses fortunes; combien il emporte les ministres principaulx des princes tiennent amitié et intelligence par ensemble; combien il emporte ils soient gens de bien et aient les choses concernans le publicque en recommandation; qu'il a tousjours esté soingneux de tenir correspondance avec les principaulx ministres des princes chrestiens, pour entretenir et soulder l'amitié et bonne paix; que, aiant entendu les divises d'entre Y. S. et le sieur Basse-Fontaine, et la démonstration et effect d'icelle que avez jà demonstré, il a eu mirable contantement d'avoir congnoissance de V. S. par telle inclination à paix, par si bonnes euvres et par tant de bons rapportz que l'on luy faict de vostre intégrité. Gomme aussy leroy de France, son maître, l'entendant, n'en a eu meins de satisfaction, à laquelle ledit connestable m'a dict vouloir correspondre jusques au bout, et par réciproque action tesmoigner l'envie qu'il a d'accommoder le publicque, et vous gratifier en ce que sçauriez désirer de luy. Quitreuve ce pourparler d'attacher practicque de paix fort à propos, et convenir au bénéfice de la chrestienneté et de leurs majestez royalles; que si V. S. veult prendre ceste peine de venir par deçà, soubz couverte d'aller en Espaigne , il passera à Chantilly pour avoir plus de loisir de diviser avec V. S. et se tirer de la
multitude; qu'il est de la mesrne opinion que vous en ce que Je plus simplement et secrètement que la communication se poura faire sera pour le mieulx; mais que d'y venir sans estre résolu, et pour entrer en dispute plustôt que conclusion, il ne conviendroit; me demandant que m'en sembloit. Aulquel je dis que V. S. m'avoit escript sommairement ce qu'estoit passé entre V. S. et Basse-Fontaine ; que la volunté de V. S. estoit bonne et saínete; que les propos de communication estoient louables ; que ladicte communication estoit nécessaire; que j'advertirois Y. S. de ce qui m'en avoit dit; que de donner advis en ce, je ne sçaurois sans en faire part à V. S., mais que ce seroit bien le plus seur de non entrer en communication sans estre résolu de ce que l'on y poura faire : en quoy fault que des deux costelz il y ait bonne volunté et fondement de justice, raison et honnesteté; quitreuvera V. S. tel que l'on luy a qualifié, et aultres choses que je laisse pour éviter la note qu'entendez assez, touttesfoys que j'ay dit pour la vérité; le requérant qui me deust dire ce qui concluoit en ce; pour en donner advis à V. S. lequel me dit qu'il en vouloit encoires parler audict Sr roy, puys il me diroit la résolution1.
Et le lendemain je fus mandé pour aller en court pour le faict de ceulx d'Arthois; mais il ne me fit semblant, ny moy à luy, ne me veullant eslargir en aulcune chose de ce faict sans commandement; et me semble que ledit connestable désire ladite communication, mais que ceulx de Guyse ne vouldroient elle se list sans eulx. Comme qu'il en soit, si V. S. se résolt à icelle, il sera de be~ soing prandre entière résolution de ce à quoy l'on vouldra condescendre : me remectant à ce que par sa prudence elle en poura arbitrer, m'offrant à son très-humble service , n'aiant faict semblant à
1 Des ouvertures pour arriver à un traité même mois, ne contient de sa part que de*
de paix entre les deux couronnes furent généralités, protestant des dispositions pa-
effectivement adressées à Ruy-Gomez par cinques de son maître, et du désir que lui-
le connétable, dans une lettre qu'il lui même éprouve de contribuer, autant qui!
écrivit le i3 juin. La réponse de ce favori est en lui, au rétablissement de la bonne
de Philippe II, datée de Bruxelles le 2Z1 du harmonie.
personne de par delà de ce que dessus, et pour cause. Et pouroit estre que le Basque , secrétaire dudict connestable , portera la response de ce ; mais je la supplie ne délaisser aulcune chose soubz espoir de ladite communication: car ceulx de par deçà sont accoustumé de traicter par dissimulation et tromperie .....
L'AMBASSADEUR RENARD