A PHILIPPE II, ROI DESPAGNE
(Ambassades de Renard, V, 56-57.)
Moret, 20 juin 1 556.
Sire, je pensoys encheminer mes lettres du jour d'hier par la bougette, mais il m'a semblé myeulx surattendre que j'eusse visité le cardinal Carafe, et tirer de luy ce que je pourois de sa légation et exécution, pour plus seurement informer vostre majesté de ce que passe en icelle. Et le suys esté treuver ceste après-disné en son quartier, aulquel j'aye congratulé sa venue en ce royaulme et l'occasion publicque pour laquelle l'on dit il estoit venu; usant des motz et cérémonies convenables à la bonne volunté et amitié qu'est entre le pape et voz majestez impérialle et royalle : adjoustant que la personne qui représente, le degré qu'il tient et aultres qualitez qui sont en luy méritent visitation; m'offrant en particulier de luy obéir si commandoit : ce qu'il a pris de bonne part et m'a bénignement et courtoisement recuilli, et respondu qui me remercioit, tant au nom du pape que en son particulier, la peine j'avoys pris de le visiter et luy conjoïr sa légation, et estoit désireux de me congnoistre , pour quelque rapport qui disoit luy avoir esté faict de
quelque qualité qui m'attribuoit, plustôt par opinion que par effect, et pour me tesmoigner la bonne et sincère volunté que le pape ha de veoir paix entre voz majestez et le S1' roy de France, et joinctement remédier les choses de la [reli]gion. Que vray est il a servi à sa majesté impeciale l'es]pace de dix-huitz ans soubz Antoine de [Leyva], et rendu tout le debvoir que gentilhomme et [personne] d'honneur peult et doit faire, qui n'a esté tou[tesfois] ainsin interprété par ses ministres, par la poursuite desquelx il a esté contramct se retirer au service de France , qu'il a continué cinq ans en toute fidélité et honneur; et présentement, comme il a pieu à Dieu 1 appeller à l'office de cardinal, il a changé de profession et s'est rengé au service de Dieu , où il délibère finir ses jours et avec sa grâce satisfaire audit office le mieulx qui pourra, obliant le passé et particulier service qu'il a faict à vosdites majestez et audit Sr roy de France, en qualité de soldat.
Que sa saincteté, tant pour luy estre parent et le respecter en quelque confidence plus que aultre, l'a honoré de ceste légation, concernant deux pointz : le concilie que sa saincteté entend convoquer à Rome pour le bien de la chrestienté et réformation des abuz et hérésies, et la paix d'entre vosdites majestez : offrant d'y traveiller pour moienner les différendz , tant que Dieu l'inspirera; pour le meins ne restera à luy que les discordes civilz quilz sont en chrestienté ne prennent fin ; et après toutes admonitions et persuasions convenables, il ne délaissera user des moiens à luy permis, soit par censures ecclésiastiques ou aultrement. Que pour effectuer ceste charge devers ledit Sr roy de France , il luy a amplement déclairé le contenu en son instruction, lequel a demonstré grand contentement de ladite légation, aiant treuvé bon et loué l'indiction et célébration dudit concilie à Rome, disant qu'il y enverrast ses prélats, comme mes lettres du jour d'hier le contiennent; et quant à la paix, il luy a faict la response contenue en mesdites lettres. Mais, comme les propos de ladite paix sont généraulx, pour avoir moien d'entrer es particularitez, il avoit advisé despescher ceste nuict
PAPIEUS D'LTAT. IV. 76
ou demain le [plus confident] de ses gens au Sr légat Motula, qui tenoit ne pou[voir estre] loing de Bruxelles, pour l'advertir de son nég[otié, pour] au réciproque entendre ce qu'il aura négotié avec voz majestez impérialle et royalle; m'assurant qu'il y [feit] tout l'office que l'on sçauroit désirer sans dissimulation, ne pouvant désirer plus d'honneur ou de réputation sinon de ladite paix, si Dieu estoit servi qu'elle se fist avec son intervention. Que si j'avoys quelque charge de ce faict, ou si je sçavoys moiens duisans à l'encheminement de sa légation, il me prioit luy en faire part : car, pour non estre trop versé et n'avoir congnoissance de Testât des affaires, il pouroit faillir par ignorance plustôt que aultrement; me représentant que nulles affections particulières le divertiront de faire ce que l'office et charge publicque susdits requièrent, et que, quant il en vouldroit aultrement user, se seroit contre l'intention de sa saincteté et qui ne l'advoueroit nullement; enfin, que s'il a servi a voz majestez si fidèlement comme à princes terriens, par plus forte raison doit-il servir à Dieu, qu'est prince des princes, et en charge de telle importance, comme chacun scet.
A quoy je respondis que comme je n'avois auparavant entendu la particularité de sa charge, ainsi je n'en avoys escript à voz majestez; moins avois-je charge de luy en respondre, sinon que l'asseurois il treuveroit voz majestez tousjours inclinez à la paix, pourveu que les moiens soient raisonables et correspondanz à la volunté que ledit Sr roy de France luy a déclairé avoir à icelle ; que le commencement de l'exécution de sa charge estoit très-bon, et qui ne povoit mieulx faire que d'en faire part audit Sr légat Motula, comme je feroys à voz majestez; que confiois entièrement il n'auroit respect au passé, ains servir[oit à] ce que la républicque chrestienne présentement requéroit [et à] quoy sa profession l'oblige; et que la généralité [des termes dont] luy a usé ledit Sr roy, quanta la paix, a esté [jà mis avant] tant de foys réitérés sans donner fondement ou espoir de bonne conclusion. [Pass]ant oultre le poinct du concilie pour ne me sembler convenir, suspectant que ledit concilie se pour-
roit proposer à aultre fin que celle que l'on presene, et sur lequel vostre majesté peult prendre pied de plusieurs practiques servans à ses affaires, tant en la Germanie pendant ceste diète1 que aillieurs; ne me veuìlant eslargir sus ce , pour ce que la matière est de telle difficulté qu'elle mérite estre digérée par aultre cerveau que le mien : joinct que l'empire aggréera avec grande difficulté ceste translation du concilie de Trente à Rome.
Ce faict, il m'a encoires confirmé qui procède en cecy de bon pied et bonne affection, entrant en divises de la musique qu'il a amené, et que quant je la vouldroys visiter, je luy feray grand plaisir. Aiant despesché mon homme exprès , pour n'avoir corrier, à ce que voz majestez soient préadverties de ceste négotiation et prévenir l'homme que ledit légat envoie par delà.
Je ne puys obmectre(si mon jugement se extend jusques-là) que ledit légat n'est fort practique de choses destat et de si haulte matière, aiant entendu que, en faisant son propos au roy, il s'obliast deux foys.
L AMBASSADEUR RENARD