A PHILIPPE II, ROI DESPAGNE
(Ambassades de Renard, V, 59-62.)
Moret, 2/1 juin 1 556.
Sire, par mes précédentes j'ay escript à vostre majesté comme le légat Carafe délibéroit envoier ung de ses serviteurs devers le légat Motula, qui disoit deb voir jà estre à Bruxelles ou l'approcher de
1 Elle était assemblée à Ratisbonne
bien près, et aussy luy fiz entendre ce qui passast avec moy quant
je le visitay.
Depuys il a receu lettres de Rome du huitième ou neufième , par lesquelles Ton ne luy faict mention que ledit lYïotula soit encoires party de Rome, combien qui m'eust dit qui fust parti le dernier de may; et incontinant aiant receu le pacquet et veu ce que y estoit contenu , il fut devers le roy de France, lui faisant entendre que les choses se troublent en ce coustel-là : que le S1' duc d'Albe ne veuit soffrir faire la fortification de Paleano , requérant audit Sr roy qui deust commander à ses ministres et capitaines, estant en la Toscane et Italie, de, à quanttes fois ils seroient mandez par le pape pour estre employez en son service, eulx tenir prestz à aller où ils seroient mandez , suyvant la protection et promesse faicte audit pape par le Sr cardinal de Lorenne ; particularizant plusieurs moiens de nuire à vostre majesté celle part , et de faire tumber es mains du duc d'Orléans1 le royaulme et estât de Naples; du meins y employer les forces du pape , selon qu'il a aussy promis audit cardinal de Lorenne : adjoustant que ne pouvoit faire long séjour par deçà, qu'il estoit nécessaire il retourne tost à Rome , puysque le pape luy a donné la principale administration des affaires, que en son absence pouroient recepvoir altération et préjudice.
A quoy ledit Sr roy ne respondit promptement, ains communicqua ceste instance à son conseil, puis fit respondre audit légat qu'il observeroit la promesse dudit Sr cardinal de Lorenne , et que quant il seroit de besoing, il escripra à ses ministres en la Toscane pour servir audit pape où il conviendrast ; de laquelle response ledit légat n'a esté aulcunement content, car il espéroit obtenir promptement ce qui désiroit sans condition, rejecté à quant il seroit de besoing. Et sur ce ledit légat n'a despeché à Bruxelles comme il l'avoit délibéré , et semble qui treuve jà roupture de ce coustel-là entre vostre majesté et le pape; du moins il n'y a aultre bruict en
1 Charles-Maximilien, d'abord ducd'An- fus du roi Henri II. Il était né le 27 juin goulême, puis duc d'Orléans, troisième 1 55o,etparvintdix.ansaprèsàlacouronne.
ceste court. Cejourd'hui il donne l'espée audit Sr roy et la rose à la reine de France , monstrant de vouloir partir bientost sans faire aultre progrès en la commission et légation qu'il a dudit pape.
Une demi-heure après que fuz parti devers ledit légat, le connestable fut devers luy longtemps , qui luy dit par plusieurs foys qui ne créoit vostre majesté eust inclination à la paix; le semblable il a réitéré à l'abbé de Sainct-Salutz , qu'est encoires en ce lieu et ordinaire et domesticque en la maison dudit légat : et par ce que dessus, je treuve les choses toutes changées, m'en remettant à ce que vostre majesté en pourrast entendre de Rome.
Ledit Motula avoit charge de passer en Angleterre pour visiter la serenissime reme d'Angleterre.
J'entendz que ledit Sr roy de France s'est résolu de favorizer les rebelles d'Angleterre et empescher la quiétitude et tranquillité dudit royaulme par les intelligences que Noailles, estant de retour de son ambassade, lui assure estre à sa dévotion et contre vostre majesté; aiant député Bourdillon, lieutenant du Srde Nevers en laChampaigne, pour aller en Escosse avec quinze ou vingtz enseignes de gens de pied francoys, pour, du coustcl du nort, où ils tiennent leurs principales practiques, commencer le tumulte, divertir le véaige de vostre majesté audit royaulme , et empescher l'establissement de ses affaires. Et jà les capitaines dudit Bourdillon sont en la Champaigne, et çà et là faisoit enrouer les gens de guerre; et ce jourd'hier, aultres capitaines de guerre furent despêchez par le connestable à Fontainebleau, pendant que ledit Sr roy estoit allé à l'assemblée.
L'on a advis que Cortenay a esté devers le S1' duc de Ferrare; que là il s'est accordé et rengé à ce que ledit Sr roy de France vouldra de luy; et scez pour vray que le jeusne Quillegreux est party depuys [la sortie de] Tremeu pour aller devers luy pour le mesme effect.
L'on sème ung bruict en ceste court que madame Elisabetz est gardée, et que vostre majesté propose la faire conduire en Espaigne, et que l'armée, que l'on dit estre pour le passaige de sa majesté impérialle en Espaigne, est pour entrer en Angleterre avec main forte
et se faire coronner. Et parlant ledit abbé de Sainct-Salutz avec un bon personnaige dudit Cortenay et de Elisabetz , il dit , quant audit Cortenay, que se que l'on le tient à suspect luy fera despérer, et que si vostre majesté veult transporter ladite Elisabetz hors d'Angleterre, le peuple ne le consentira.
Partie desditz Angloys fugitifs sont en mer et ont jà prins quelques bateaulx angloys et de Flandres : d'angloys il est certain, de Flandres je ne l'entend à la vérité; les aultres se sont retirez à Caen en Normandie, et se font grands préparatifs de victuailles pour navires.
Tous les capitaines alemans sont retirez, comme je l'ay escript à vostre majesté, horsmis Reffemberg1 quii est en ce lieu, que négotie souvent en court, et ne puys encoires descouvrir l'occasion.
L'on avoit parlé en ceste court que le Sr mareschal de Saint- Andrey iroit en Escosse au lieu de Bourdillon; mais la nouvelle ne continue, et despêche-1'on ledit Sr de Bourdillon. Aussy est-il bruict que le S' d'Anghien doige faire quelque véaige après ses négoces; mais l'on ne sçait si ce sera en Escosse ou aultre part.
L'on m'a dit que le connectable et ceulx de par deçà ne sont contens du traictement l'on faict aux prisonniers de guerre, et qu'il y a nouveau mescontentement qui les altère; mais je n'ay entendu la particularité.
Il seroit bien requis que vostre majesté eust par deçà ambassadeur angloys confident, pour les respects que vostre majesté peult considérer: car je double que celluy qu'est par deçà favorize ladite Elizabetz. Or pour ce seroit le plus seur, quant mes lettres arrivent devers vostre majesté, faire part à la reine de ce qui la concerne, n'aiant moien pour luy faire tenir lettres ny aiant zifres avec sa majesté; car je m'apperçois de plusieurs choses que me donnent fondement de toucher ce poinct, et dont vostre majesté usera comme il lui semblera convenir à son service ; et conséquemment pourvoiera à ce que requiert l'apprest dont usent ceulx de par deçà, pour non
1 Frédéric de Reiffenberg, qui avait marquis de Brandebourg, pour entrer à quitté avec son régiment le parli d'Albert, celui de France, en i552.
estre prévenu : certifiant à vostre majesté que l'advis dudit Bourdillon est véritable.
Les rebelles angloys se sont resjoys d'entendre que Damel , Rost et ung aultre soient esté exécutez, pour ce que c'estoient les principaulx quils pouvoient déposer contre eulx ; et par le contraire quasi despérez quant ilz ont entendu que la practique des nobles de Devschire l estoit descouverte, et que l'on avoit mandé plusieurs desdits nobles pour venir en court.
Les dessusdites escriptes , j'ay esté adverti comme le corrier que l'on appelle à Rome le Boiteux a esté despeché du pape au légat Carafe en toute diligence, et partit le xv de ce moys, et en courant tumbit et se rompit le bras, et pour ce ne laissa d'envoier son despêche par aultre corrier, qui arriva en septz jours en ceste court, portant nouvelles que Marc-Antoine Colonne, estant en chemin pour aller en court de vostre majesté, a esté remandé par le duc d'Albe, et fa faict retourner à Naples, et luy a donné quelques nombres de souldatz espaignols qu'il a faict approcher les frontières de Naples pour empescher la fortification de Paleano ; mandant le pape audit légat de s'en retourner bientost et assurer tous affaires et protection avec ledit S1 roy de France.
Ensuyvant cestuy advis , ledit légat a derechiefz négotié avec ledit Sr roy et son conseil, pour estre assisté de gens de guerre à la soulde dudit Sr roy pour les mectre en Rome : ce que luy a esté accordé, non touttesfoys par l'obligation que le cardinal de Lorenne avoit traicté avec le pape, ains par nouvelle paction et confédération, et se despêche ce soir ung corrier avec despêche aux capitaines que ledit Srroy a en Italie et Marseille pour assister le pape; et de nouveau se lièvent gens de guerre pour les faire passer en Toscane : tellement, sire, que les choses vont en roupture de ce coustel-là et en Angleterre ; et m'al'on dit que l'on redépesche devers les capitaines alemans pour tenir leurs soldatz apprestez, dont je n'ay confirmation. Aussy scey-je pour vray que ledit légat diligente ce qui peult pour partir, pour
1 ( Devonshire?)
retourner à Home, et qui s'en ira l'ung de ses jours sans dire mot; sur quoy il plaira à vostre majesté pourveoir à ce que sera requis : car les choses passent par ce chemin. Et a tenu ledit légat plusieurs propos que, puys l'on recherchoit le pape et empeschoit son autorité, il emploiera la vie , le sang et biens de luy et ses amys pour y résister, faisant seremens qu'il alloit de bon pié en la négotiation de paix.
Sire, comme l'on espéroit que l'espée se donneroit audit Sr roy de France cejourdhui par ledit légat Carafe, la reine de France s'est treuvé malade d'enfant et est accouché d'une fille ; et estant délivré, l'on s'est apperceu qu'elle est encoires enseincle d'ung aultre enfant, et a travaillé de nouveau, comme elle faict encoires présentement, et doubte l'on d'elle, combien que ledit enfant premier se porte très-bien et est bien norry; ledit légat doibt lever ladite fille sur les fonds baptismaulx.
Cejourdhui ledit légat a despeché en la court de vostre majesté ung corrier devers le légat Motula, pour luy faire part du changement qu'est à Rome, et de la protection que ledit S1 roy de France a accordé pour assisterle pape contre vostre majesté ; et se part dans deux jours pour Paris, puys reprandrast son chemin contre Rome en grande diligence, pour, en cas que vostre majesté veulle empescher la fortihcation de Paleano , guerroier et rompre la tresve avec l'assistance des Françoys : et telle est la conclusion de ceulx de par deçà avec ledit légat, dont s'appercevra clèrement vostre majesté par la négociation dudit Motula, en cas qui parachève son véaige devers vostre majesté.
Aiant esté contrainct despêcher ce porteur exprès, pour milleur diligence pour l'importance de l'advis, et craingnant la rétention de mes lettres par le connestable, ne recepvant pacquet de par delà qui ne demeure quatre et cinq jours à venir, sera nécessaire vostre majesté envoyé quelquefoys corriers sur ceste roupture, pour la seureté des advis et pour veoir la roupture estre proche sur ledit Paleano.
EMMANUEL-PHILIBERT, DUC DE SAVOIE
A L'AMBASSADEUR RENARD1
(Ambassades de Renard, IV, i38-i4i.)
Sans date [vers la fin de juin 1 556 ].
Emanuel-Philibert, par la grâce de Dieu duc de Savoye, prince de Piémont.
Chier et bien-amé : Ceste sera pour vous advertir de la réception de vos pacquetz des xxvne et xxixe du moys passé, 11e, vne, xie, xvnc, xixe et xxve du présent, et vous certisfier le contentement que l'on ha du soin continuel que vous tenez pour descouvrir ce que vous povez par delà dont il emporte estre adverty, et de la diligence dont vous usez en lenvoy de vos advertissemens, en quoy il emporte vous continuez. Aussy a semblé très-bien vostre dernière négociation avec le connestable, et que vous luy avez bien et pertinemment respondu et satisfaict en ce qu'il a mis en avant. Et, puisqu'il a remis la responce sur plusieurs poinctz que vous avez négocié avecq luy à Fontainebleau, il sera bien que vous tenez soing de l'en ramentevoir et solliciter, et que vous continuez de solliciter résolution sur le poinct des prisonniers, pour en veoir une fin, et afin que les nostres se puissent retirer comm' ilz en usent des leurs. Et vous aiant ledit connestable consentu que ceulx dont on est d'accord puissent sortir en payant, il sera très-requis que vous les en advertissez, si jà vous ne l'avez faict, afin qu'ilz regardent de s'aider aussi de leur costei , et facent porter là l'argent requis pour leur délivrance. Et si
'Les lacunes assez nombreuses de cette On a tâché d'y suppléer en quelques enpièce sont dues à son mauvais état. droits.
Silly prétend de s'estre accordé de sa ranchón avant le traictié, Ton ne le doibt empescher [qu'il se rédime], si avant que ce soit à son advan[taige, et conviendra] rebouter ce que dit le connestable [de
ne pas se] voulloir mesler des prisonniers de
Vallentinois et de monsr d'Estr[ées : car ce sont] argumentz dont lui-même [n'a faict cas], comme vous sçavez, lorsqu'il a voulu [prétendre que] les prisonniers des particuliers fus [sent compris dans] le traicté général , hormis ceu[lx qui auparavant] fussent d'accord de leur ranchón, ou bien qui vouldroient renuncer à ce qu'est disposé par ledit traicté général en leur faveur. Et , quant à la personne que se debvoit députer pour recepvoir les deniers, il y est jà pourveu par le recepveur général, mais non pas de l'envoyer aux frontières, ce qu'il n'y a pourquoy ilz doigent prétendre , actendu que les nostres vont bien jusques à Fontainebleau pour poursuyvre ce qu'ilz ont à faire en leur court.
Et nous remectant sur ce poinct des prisonniers, quant à ce que pourrions dire davantaige , aux lettres que le roy vous escript et pièces y joinctes, nous ne voulions délaisser de vous encharger tenir tousjours soing de procurer la délivrance des gens du duc d'Arschot, et qu'ilz vous donent finalle responce sur l'instance que si souvent vous en ave[z faict]. Aussy que vous assistiez d'argent et de faveur, en ce que vous sera possible, l'ingéniaire qu'ilz détiennent prisonnier, le conseillant ce que vous verrez estre requis pour éviter l'exécution de leur fureur à l'encontre de luy; et que ce soit de sorte que, pour démonstrer trop de soing dudit ingéniaire, il ne vienne à tumber en plus grand dangier, prenant à ceste occasion lesdits Françoys plus de jalousie à l'encontre de luy.
Quant aux difficultez des limites d'ung costei et d'aultre, que le roy de France (à ce que le connestable vous a déclairé, selon le contenu de voz lettres du second de ce mois) a trouvé à propos de mettre en surcéance, et seroit content, comme le secrétaire Bourdin auroit pour lors adjousté , de députer des commissaires de son costei, tant en Piedmont que par dechà, pour vuider amiablement
icelles, nous sommes après, puisqu'il touche tant l'Italie que le pays
de par dechà, den sçavoirla résolution du roy, dont vous adverlirons.
Vous faictes très-bien de, par touttes occasions que s'adonnent
pour en parler, démonstrer tenir vaillables les traictez faictz avec. . .
et avez très- bien [faict de parler] au connestable quant à madame de S-Pfol1 puisqu'elle] ne se pourroit plaindre que l'on ne la [traicte aux] mesmes termes qu'elle estoit avant la guerre; et ne peuvent riens prétendre en sa faveur sinon par le traicté de Crépy, suyvant lequel Ton ne luy a jamais refusé de luy faire sa raison.
Quant à Crèvecueur, puisque l'on est en faict contraire sur ce poinct de ce qui estoit la possession au temps de la tresve, nous en avons escript de nouveau à monsr de Lalaing, qui présentement se treuve à Cambray, afin qu'il en preigne plus particulière information, et qu'il nous advertisse de ce qu'il en treuvera, avecq son advis, pour lors vous respondre sur ce poinct plus particulièrement; et aussi s'envoyent au mesme esfect au privé conseil les pièces concernant le priore de Fymes [que les] abbé et religieux de Saint-Nicaise de R [veulent] prétendre leur appartenir.
Nous vous mercions le soing [que prenez concernant] lajoyssance que nous [ devons avoir de la ] gabelle de Nyce , et puysque jà ilz auront peu communiquer avec le Sr de Brissac, vous nous [ferez] plaisir et service très-agréable de procurer que [nous en] puissions avoir briève résolution, et qu'elle [soit] telle que nous povons désirer et espérer de [nostre] bon droict.
Quant à la neutralité d'entre les duché et conté de Bourgoingne , puisqu'ilz dient que, donant le roy sa déclaration, ilz vous délivreront la leur pour asseurance d'icelle, nous avons procuré que
1 Marie, issue de François II de Bour- eue se remaria, en i56o, à François II,
bon, comte de Saint-Poi, mort en i5^5,et duc de Nevers, puis, trois ans après, à
d'Adrienne, fdle et héritière de Jean III Léonor d'Orléans, duc de Longueville.
d'Estouteville. Après la mort de Jean, Elle décéda en 1601. comte de Soissons (V. ci-devant, p. 5i5),
ledit Sr roy en despescha confirmation en forme telle que nous vous envoyons avec ceste, dont vous vous pourrez servir pour recouvrer celle du roy de France , ou déclaration souffisante de laquelle l'on se puisse valoir au costei de Suisse ; et ferez très-bonne euvre d'avoir les yeulx ouverts pour descouvrir quelles practiques les Franeoys peuvent mener audit costei des Ligues au préjudice dudit roy, et pour nous en advertir de temps à aultre , affin d'en faire certain ledit roy. Et encores [ferez] diligences nécessaires pour empescher si dangereuses practiques comme celles dont vous donez advertisse-
ment vous advisant que le seigneur est de piéçà
party pour procurer, près desdites Ligues, ce que conviendra en cest endroit au service de sa majesté ; et se doibt treuver à la première diète, qui se tiendra, selon que l'on entend, au vingtième du moys prouchain.
L'ambassadeur Basse-Fontayne a parlé à l'empereur touchant le passaige de ses chevaulx et muletz, et usé de propoz fort courtois pour persuader la bonne volunté du roy et du connestable , non-seullement à l'observance de la tresve , mais encoires à faire grandes offres de toute courtoisie et amitié. Et aussi par vos dernières lectres vous advertissez des honnestes propos que le connestable vous a tenu, et Dieu veuille que sa volunté se conforme avec [les paroles], dont toutesfois l'on ne se peut assurer; et comme plus en leursdits propos ils sont doulx , plus convient-il que vous soyez vigilant pour descouvrir leurs menées publiques et secrètes. Et si, comme vous escripvez, l'on a donné charge aux hommes d'armes qu'ilz se tiennent prestz et avec leurs bardes \ faictes ce que vous pourez pour sçavoir le temps et lieu que l'on leur donne pour s'assembler, quel nombre ce sera, et si , au lieu de rière-bans et chevaulx légers , ilz prennent aultres gens de cheval, soit pistoliers ou aultres, et le moyen qu'ilz ont pour ce faire; s'ils envoyent en Italie plus de cinq cens chevaulx, et si iceulx sont jà partis, par quel chemin, et la spécisfication de ceulx qu'on dit vont celle part; en quelz termes se treuvent leurs finances,
1 Armures.
et quelz expédiens nouveaux ils mectent en avant pour entretenir [ces levées] nouvelles.
Aussy que vous regardez de faire tout extrême devoir pour descouvrir ce que [a apporté] le courrier venant de [Italie?] que les a
tenus si sombres spécifiquement quelle est la confirmation
que vous avez entendu le duc de Ferrare avoit faicte de la ligue, quelle somme il aura promis de furnir, sur quoy elle sera assignée, quelle asseurance et respondance l'on luy donne; si pour la somme Ion luy envoyera pour ostaige quelqu'enfant du roy , comme il avoit demandé au cardinal de Guyse, et si le pape aura condescendu à l'engagement de Ravenne j
L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Kenard , IV, 225-227.)
Sans dale [ 28 juin 1 556 ].
Sire, jeudi passé, xxime du présent, j'escrivietz à vostre majesté comme la reine de France estoit accouchée d'une fille2 et travailloit d'un aultre enfant; et à la fin de mes lettres, sur ung advis que l'on me donnast , je adjoustay qu'elle estoit délivrée d'un filz. Mais j'ay sceu véritablement que le second enfant estoit aussi une fille , qui demeurast mort en son ventre six heures, qui lui convint rompre une jambe pour saulver ladicte dame , et qu'il y eust grand peine de le tirer hors du ventre. Si est-ce à présent ladicte dame se porte mieulx.
1 Le surplus de cette dépêche manque. sance. Elle avait reçu ie nom de Vie- Morte six semaines après sa nais- toire
Le vingt-cinquième, les ambassadeurs furent mandez par le Sr roy de France pour assister à la solemnité de la présentation de l'espée que le légat Carafe debvoit donner le mesme jour à la messe , où je me treuvay; et, avant que ledict Sr roy vînt à la messe, il estoit dix heures et demy, ayant esté en conseil troys heures ceste matinée. La messe finie, le légat assis en une chaire, et ledict Sr roy de France à genou devant luy, lisant son propoz i qu'estoit en latin qui n'entendoit, et avec mines et regard soldadesque plustôt que de légat, presentisi ladicte espée, et ne voulsit attendre le dimenche suygant pour ledict acte, pour gaingner temps et se plustôt mectre en chemin pour Rome. Ledict Sr roy entrast en sa chapelle, accompaigné du connestable, Srs de Gonor2, frère à Brissac, d'Estrée3, Durfée, d'un chevalier d'honneur qu'est à la reine de France, de Pierre Strosse, du baron de la Garde, nommé Polin, de Bordillon, de Guyse, prince de Ferrare, jadis prince de Salerne4, Anghien et Nemours; et avoit pris medicine le jour précédant le Sr de Nevers , et le Sr d'Aumale est malade d'un cop qui se donna de l'espée en la jambe , en courant après ung sanglier.
Le sambdy suygant, ledict légat partist pour aller à Paris où il est présentement , et y fit hier son entrée , y ayant fait publier ses facilitez qui sont amplissimes, selon le crédit qu'il a auprès du pape; et les ont insinué les ministres justiciers dudict Sr roy audict Paris, horsmi un article par lequel il peut dispenser les ordres des mendians pour tenir bénéfices, que le procureur fiscal a contredit. Quant à la dispense de tenir plusieurs bénéfices, elle est limitée à deux, pourvu qu'ilz ne soient distans de vingtz milles.
J'entend que au conseil que ledict Sr roy de France fit tenir le
' (Discours.) * Ferdinand de San - Severino, prince
' Arthur de Cosse , qui ne prit le nom de Salerne. Devenu l'objet de la haine
de Brissac que lorsqu'il fut fait maréchal implacable de Pierre de Tolède, vice-roi
de France. de Naples , et disgracié par l'empereur
Jean d'Estrees , grand maître de l'ar- Charles-Quint , ce seigneur avait quitté sa
lillerie (Voir les Mémoires de Bran- patrie et pris du service dans l'armée fran-
tôme.) caise.
jour de la présentation de l'espée, l'on y tinct deux poincts principaulx : le premier fust pour retenir le légat de non le laisser partir si soubdainement pour Rome, pour non faire congnoistre que sa légation soit plustost pour guerre que pour paix , pour attendre response de corner qu'il a despeché à Rome, pour attendre la nouvelle de l'arrivée du légat de Motula en court de vostre majesté, pour non se mectre en si grand tort que d'avoir proposé paix, et sans ultérieure procédure aller guerroier, pour contenir la chaleur que se voit es yeulx mobiles dudict légat dissimulant la négotiation couverte, et principalement pour avoir temps de faire les gens de guerre requis pour l'exploit qu'il prétend faire à son retour à Rome. Et suivant ceste délibération , l'on conclud avec ledict légat que dimanche prouchain le baptême de la fille dudict Sr roy se fera, et que en nom du pape il tenra l'enfant, et ne partiroit avant huitz ou dix jours, lui aiant conferme la protection et confédération promise et traicté.
Le second poinct fut pour ouyr un Alemant qui arrivast en ceste court le xxme du présent, et semble1 fort au chancelier qui traitast pour le lantgrave; le nom duquel je n'ay encoires peu sçavoir, aiant dépesché après luy à Paris pour le descouvrir, estant venu pour chose d'importance. Et m'a l'on dit qu'il amenoit un duc d'Alemaigne en ceste court pour le renger au service dudict Sr roy, quii l'attend à Strasbourg avec son trahin. J'espère en savoir la vérité en peu de jours.
Ledict vingt-cinquième, le connestable de France me mandastdire par ung sien secrétaire que si je me treuvois le sambdi suigant à Fontainebleau, fonine respondroit à troys poincts dont j'avois faict insistance : pour restitution des esclaives et forsaires, les deux aultres concernent les pays d'embas, contenuz es lettres que vont avec cestes. Et ne veullant perdre l'occasion pour mectre fin à la poursuyte, je me treuvay audict Fontainebleau et au conseil assemblé, aulquel assistaient les cardinaulx de Rourbon2, de Lorenne, de Vendosme3, de
1 ( Ressemble. ) Charles de Vendôme , frère d'An-
Voy. t. I, p. 55o, note 2. toine , roi de Navarre ; il était archevêque
Chastillon1, les S" connestable, de Guyse2, de Nevers, Durfée, garde des seaulx, évesque de Soisson et le Sr de Mortier3. Ledict Sr connestable print le propos et me dit, que ledict Sr roy de France sestant informé de l'ancienne coustume observée es rades et portz de mer, tant Océane que Méditerranée, quant il est question de naufraige et de choses abandonnées, il avoit treuvé que en tous lieux et contrées le naufraige emportoit confiscation mesme des choses abandonnées, comme furent lesdicts esclaives et forsaires, et que ledict Sr roy ne se treuvoit aulcunement obligé à la restitution desdicts esclaives, ains esloient acquis par le droit de naufraige et bris. Aulquel je dis je tenais pour certain que si Ton se fust informé de la coustume gardée au lieu où le bris a esté, l'on n'eust treuvé qu'elle soit telle, ni que l'on aie occasion de les dénier et retenir; qu'ilz ne sont esté abandonnez , qu'ilz sont esté prins après la tresve , que la coustume du naufraige ne se peult extendre sur les personnes comme sur marchandises, et plusieurs aultres choses que réplicquay, que ne les esmeurent davantaige pour ladicte restitution; et partant ce poinct est respondu.
J'entend que Bourdillon se part deans deux jours pour aller en la (ïhampaigne et frontières de Luxembourg, avec charge de faire gens de guerre secrètement, sans sonner tabourin ; et combien que les espies confirment en ce que ce soit pour passer en Escosse, pour, avec les rebelles angloys, troubler le passaige et véaige de vostre majesté en Angleterre, si est-ce, entendant que l'on a escript au Sr d'Espinal, lieutenant au gouvernement du duché de Bourgoingne, tenir
de Rouen el pril le titre de cardinal de raine, duc de Guise, naquit le 17 janvier
Bourbon, que portait son oncle, après la 1 5 1 9. A trente ans, il épousa Anne, fdle
mort de celui-ci, en 1 556. d'Hercule II, duc de Ferrare, et, à qua-
1 Odet, cardinal de Chatillon et évéque rante , lui et son frère, le cardinal de Lorde Beauvais , était frère de l'amiral de Co- raine, gouvernèrent le royaume sous le ligny. Il épousa, en i56á, Isabelle de nom du faible successeur de Henri II. Hauteville, avec laquelle il vivait publi- 3 André Guillard, sieur du Mortier, quement depuis plusieurs années. membre du conseil privé.
' François , fils aîné de Claude de Lor-
ses hommes d'armes prestz, et que le Sr de Guyse doit partir pour Genville deans quinze jours, je ne suys sans suspition que ledict amas pouroit tendre à aultre déseing , ou pour Lorenne , ou pour quelque place de Luxembourg, ou pour le conté de Bourgoigne, ce que je ne puys encoires enfoncer.
Aussy entend-je pour vray que le Sr d'Estrée a négotié au conseil dudict Sr roy ce que concerne l'artillerie, et que les trésoriers soni esté mandez pour fornir l'argent nécessaire à la mectre en ordre.
J'ay advis d'ung amy que l'on a escript au Sr de Douay \ ambassadeur pour ledit Srroy françoys devers les Suysses, pour lever quelque nombre de Suysses, à quoy ne se rapportent aultres advis que j'ay.
L'on despêche plusieurs capitaines de la marine pour Bretaigne et Normandie, et convient prandre garde et advertir les marchans de non se mectre en véaige sans estre fors et accompaignés : car j'entend que, sur la roupture que l'on tient communément debvoir estre pour Paleano , l'on permeclra les déprédations et la praticque.
Il est bruict en ceste court que Basse-Fontaine, négotiant avec vostre majesté, lui a dit que ledict sieur roy françoys pourroit rompre la tresve pour le faict des prisonniers, et avec juste fondement. Si ainsi est, il plaira à vostre majesté peser que quant les Françoys usent de ses motz , s'est pour couvrir le déseing qu'ilz ont de rompre sans déclaration; aiant aussy escript ledict Basse-Fontaine que l'on a peur par delà que la tresve se rompe , et que pour ce l'on retient lesdicts prisonniers de guerre.
Sur le propoz des prisonniers, ledict Sr connestable me interrogist audict conseil si j'en avois aulcunes nouvelles, aulquel je dis que non; sur quoy avec colère il dit qu'il y a quinze jours que l'on debvoit respondre à Basse-Fontaine sur ce poinct, et que l'on dilayoit le faict. Aussy me dit ledict Sr connestable qui avoit mandé à Basse- Fontaine pour négotier les difficultés d'Italie avec vostre majesté, et faire instance pour le duc Octavio et cardinal Farnese pour estre réintégrez es bénéfices et biens saisiz par la guerre, et qu'il en attendoit
Danzay, qui fut nommé , un peu plus tard, ambassadeur en Danemarck.
la response. Ce qu'il me semble se propose pour tant plus esmouvoir
ledici duc Octavio contre vostre majesté.
Ledict légat se doit partir incontinant après le baptesme, et Pierre Strossy avec luy.
Recrod x est mandé pour venir en court pour avoir cbarge de redresser sa bende et enseigne.
Rogendorfz 2 est de retour de son véaige , et en querelle avec le Rinsgrafz 3 pour la mort du baron de Fontenoys.
Il y arrive de jour à aultre plusieurs soldatz en ceste court quilz sont retenuz.
L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, V, 67.)
3o juin 1 556.
Sire, il y a arrivé ung corrier de Rome qu'est venu en diligence devers le cardinal Carafa; et, comme ledict cardinal est encoires à Paris, en passant à Fontainebleau il a publié que Marco-Antonio Colonna estoit, avec nombre de gens de guerre que vostre majesté luy a donné, devant Paleano; et depuys l'on a dit que ledict Paleano estoit pris, et est grand bruict en ceste court que le baptesme de la dernière fille
1 Georges de Rückrode, bon capitaine * Philippe-François, désigné mal àpro
allemand au service de Henri II. H mou- pos (t. III, p. 35g, note 1) sous le nom
rut au mois de novembre 1 55g, dans son de Jean-Philippe. Il était chef des auxi-
château d'Herlishausen , aux environs liaires allemands au service de Henri II ,
d'Eisenach , dans la Thuringe. et fut fait prisonnier à la bataille de Saint-
i Voyez t. III, p. 5^2, note 1. Quentin, en ibb'].
du Sr roy de France se anticipera devant le jour de dimanche prochain aulquel il avoit esté remis, à fin que tant plus tost ledict Carafa sen puisse retourner à Rome pour guerroier, assurant vostre majesté que ce que luy ay escript de la prociection que ledict Sr roy avoit pris de la maison Carafe et de leurs estats est véritable. Et là dessus et les prisonniers de guerre se fonde roupture de tresve, à laquelle les Françoys s'apprestent et arment : aians concludz que le Sr de Guyse passera à Rome sur ceste rière-saison , pour du coustel de Naples continuer la guerre avec les confédérez dudict Sr roy de France, entre lesquelx est le pape, le duc de Ferrare, le duc d'Urbin, le duc Octavio et les Vénitiens, quils secrètement doibvent contribuer argent pour l'exécution de la lighe; aians leur espoir en la finance dudict duc de Ferrare: car par deçà j'entend pour vray qu'ils se treuvent empeschez d'en recouvrer quantité qui puisse servir.
Ledict Sr roy de France a eu nouvelles que le Sr duc de Florence arme de son coustel, et que le pape se craint, aiant réparti armes entre le peuple de Rome pour garder la ville.
Le corrier que ledict Carafa avoit envoie à Bruxelles devers Motula est de retour, et semble qui n'est nouvelle que ledict Motula soit arrivé ne qui doige arriver devers vostre majesté.
J'entend que le pape délibère envoier plusieurs nunces devers les princes et potentaulx de la chrestienneté, pour solemnellement intimer le concilie à Trente.
Si l'on pouvoit surprandre ledict Carafa en son retour, se seroit advantaige : m'en remectant à ce que vostre majesté en treuverast pour le mieulx; estant bruict qui repassera à Marseille, et par mer achèvera son véaige.