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(Ambassades de Renard, IV, i et 2.)
Moret, l\ juillet i556.
Sire, continuant ce que le légat Carafe a faict en ce véaige, dimenche passé il fit son entrée à Paris, que fut fort solemnelle, pour ce que les églises, la noblesse et Testât de la justice furent au-devant de luy, et le conduirent en la maison de l'évesque, où il a tousjours logé; et pendant son séjour audict lieu, il a visité les lieux dignes de veoir, mais il n'a oblié dames, et a esté accompaigné de tous les Italiens quilz sont en ceste court. Le jour d'hier il arrivast à Fontainebleau; dimanche ce faict le baptême de la fille du Srroy de France, et mardi il prend la poste pour son retour à Rome.
Et a postposé toutes négotiations de paix et du concilie, pour traicter l'assistance que ledict S' roy de France lui a promise contre vostre majesté , et oultre ce que j'en ai escriptz, que je ne répète , il a promis que le pape fornirà une somme d'argent pour la soulde de la guerre, montant à ung million d'or, comme l'on m'a rapporté, mais je n'en ay confirmation, pour tant plus induire ledict Sr roy à maintenir laclicte assistance et lighe; et, suyvant ce, le capitaine Montluc, qu'estoit à Senne quant elle fut rendue, est parti pour Rome avec ung autre capitaine que l'on ne m'a sceu nommer, pour conduire gens de guerre au service du pape, et passent plusieurs soldatz à Marseille pour cestuy eflfect. La plus part des Italiens, comme Néapolitains et forensudes , de jour à aulire prennent la poste pour y aller, de sorte que de ce coustel de là l'on tient la tresve altérée.
Les sieurs de Nevers, de Guyse et d'Aumale partent ledict jour de mardi pour aller en la Champaigne, et, comme l'on m'a informé, ou ledict Sr de Guyse ou le S1' d'Aumale passeront en Italie, ou tous deux; et du coustel de la Champaigne, j'entend que le Sr de Nevers faict gens et que Bordillon a jà troys cens hommes d'armes prestz pour faire ce que sera commandé, soit en Escosse ou aillieurs, ne pouvant encoires enfoncer véritablement le lieu où l'emprinse se dresse.
Lesdicts sieurs de Nevers, Guyse, Nemours, Anghien, prince de Ferrare, Vauldemont, ont fait faire chacun ung arnois de jouste devers Paoure, et ont envoie le maistre devers le Sr de Vauldemont, pour prandre sa mesure, à ce qu'ils soient faictz pour la jouste et tornoix qu'ilz délibèrent faire à Nancy, aux fianceailles du Sr duc de Lorraine, èsquelles ilz entendent convoquer tous les nobles de France, et entendent qu'ilz y soient avec leurs armes, et joinctement tous officiers et gentilshommes quilz servent par quartier, pour, soubz ce prétexte, se saisir de Nancy.
J'ay sceu pour vérité que l'on a envoyé audict Sr roy ung pourtraict des chemins de Flandre , signantment pour tirer contre Anvers sans grande difficulté ; mais l'entrée ne m'a esté encoires déclairez. Aulcuns m'ont adverty que ledict Sr roy, après la gessine de la reine de France, pouroit tirer à Saint-Quentin, et dois là aller treuver le Sr de Nevers du coustel de Guyse et Jenville, et tous ses advis me sont suspectz. Si est-ce je n'entendz que les capitaines alemans, Ricrod, Reffemberg ou Rogendorfz soient partiz, ains sont en ceste court attendans leurs despesches.
La noblesse de France, se treuvant povre et desmontée, ne désire la guerre.
L'inimitié accroist entre la maison de Guyse et le connestable.
L'on a mis en liberté Sombrest [sic); mais l'on ne veult consentir qui demeure, ny aultres prisonniers de par deçà, à l'entour de la court ny à Paris : ains on leur a donné le choix de Mante , Estampes ou Orléans.
Sire, se treuvans de telle sorte les affaires publicques, il est plus que requis vostre majesté m'envoie quelques corners pour la seurté des pacquetz: car il ne convient les adresser au connestable en ceste saison, et, davantaige, d'heure à aultre il y peut survenir occasion méritant célérité, que l'on ne peult faire sans corriers.
J'envoie à vostre majesté les facultez du di et légat Caraffa, que sont esté imprimez à Paris.
( Ambassades de Renard , V, 3"j-ào. )
Paris, 7 juillet i556.
Sire , puys mes dernières , est venu ung corrier de Parme , avec lectres et instructions du duc Octavio , par lesquelles il faict entendre que vostre majesté luy veult restituer la ville de Plaisance , et demande advis comm' il se doibt conduire , reprenant qui ne peult comporter davantaige la grande despense qu'il luy convient porter pour la garde de la ville de Parme, qui n'est paie de par deçà comme l'on luy a promis ; adjoustant la poursuite et instance que l'on a faicte devers luy pour mectre es mains du duc de Ferrare ladicte ville de Parme, et la récompense que ledict Sr roy de France luy offroit pour icelle en ce [royaujlme tendre plustost à son désavancement que [advancejment; qui n'estoit en délibération de l'abandonner, comme [aussy] il ne se treuvoit conseillé de ses parens et [amys de ce] faire , et ledit duc de Ferrare a
1 La minute de cette dépêche est fort offraient le moins de difficultés, afin de détériorée. On a suppléé aux lacunes qui compléter le sens.
Laquelle [communication] a f[ort déconcerté] ledict Sr roy et son conseil, de sorte quelle a suspendu tous déseings et résolutions, et a l'on incontinant despeché devers ledict duc Octavio le Sr de Soubize1, gentilhomme de la chambre dudict Sr roy de France, pour non -seulement luy promectre le paiement de ce que luy est deu , ains le divertir de ladicte réconciliation. Et pour ce luy a esté envoie la capitulation de la lighe d'entre le pape , ledict Sr roy de France et duc de Ferrare , par laquelle il peult prendre espoir de recouvrer ladicte ville de Plaisance et accroistre son estât, avec charge de luy réduire en mémoire ce qu'a faict pour luy et sa protection ledict Sr roy de France , les grandz fraiz qu'il a soubstenu à son occasion, l'inconvéniant où il fût tumbé sans son aide, l'affection qu'il a eu à luy et à sa maison, qu'il a demonstré par l'alliance du feu duc Oratio2, et le prier de non occasionner ledict Sr roy dire qu'il soit mescongnoissant et légier, ou plustost inconstant. Et non contant de l'envoy dudict Soubize , l'on a faict deux ou trois despêches audict duc de Ferrare et au cardinal deTournon, pour par la voie du pape empescher ledict duc Octavio de s'accorder avec vostre majesté et [arrester] ceste practicque ; et, comme qui en advienne, elle [sera cause] de retenir ceulx de par deçà de faire grand effort [ceste an]née, si ce n'est par surprinse : car les Françoys [à ce que je vois ont res]senti ceste practicque plus que chose [que soit du
monde] dois longtemps, et davantaige accroictra
Avec ce, la difficulté queje vois ledict Sr roy de France a de amasser grande finance pour souldoier la guerre l'empesche de passer oultre à la volunté qu'il a de renouveller guerre : ayant proposé au pape l'engaigement de Ravenne es mains du duc de Ferrare pour neufz cens mil escuz, pour laquelle les Vénitiens ont aultres foys voulu don-
1 Jean de Partenay-Larchevêque, qui ~ Ce prince , tué à la défense d'Hesdin,
se rangea dans le parti des réformés de en 1 553, avait eu pour femme Diane d'An
France , en devint l'un des principaux goulême , fdle naturelle du roi Henri II ,
chefs. Il mourut en 1 566 , à l'âge de cin- remariée plus tard à François de Monl-
quante-quatre ans. morency. Voyez t. III, p. 70 et 564-
ner un million el demy d'escuz, qu'est le seul moien que leur semble rester pour asseurer les deniers dudict duc de Ferrare, et faire aux despens du pape la guerre; et attend le légat Caraffa ung corrier et responce sur ce poinct , et résolution dudict duc de Ferrare sur la capitulation de la ligne.
Cependant les soldatz gascons et provenceaulx que l'on a levé passent en la Toscane, et m'a l'on adverti que Montluc en est colonne!, et qu'il a avec luy de vingtz à vingt-cinq capitaines françoys; et a l'on faict partir les depputez de Monte-Lénio \ pour persuader à ceulx dudict lieu de prandre de bonne part l'ordre et provision que ledict roy de France veult donner en la Toscane , pour la garde des places, que redondera à leur seurté et prousfit, comme il dit; mais il sera [maljaisé de les contenter par parolles, entendu l'eifect et la fin à quoy tend la délibération
Ledict lég[at Caraffa a esté mandé] par ledit Sr roy de France
mardi, pour aller à Fontainebleau présenter] la roze, et dois là [il prandra [son cbe]min contre Rome; pourjectant qu'il aura responce et résolution de ce qu'il attend, deans la feste Nostre-Dame proucbaine.
Le nepveur dudict légat, fils de don Antonio, son frère, qu'il a mis avec le dauphin , est extrêmement malade audit Hanet.
Le légat de Pise2 est passé par la Champaigne, et s'en va à Lyon pour attendre ledict légat Caraffa, et n'a l'on treuvé bonne par deçà la façon de sa retraicte et révocation.
Le connestable de France avoit proposé de non suyvre le roy à Hanet; mais, pour les nouvelles dudict duc Octavio, pour complaire à la duchesse de Valentinoys, et principalement pour passer la colère où il estoit de ce qui pensoit le Sr de Montmorency ne debvoir si tost sortir de prison, comm'il espéroit,il allast audict Hanet trois ou quatre jours après le partement dudict Sr roy, et jà avoit despeché ung gentilhomme devers le Sr de Bugnicourt, avec charge de luy dire propos fascheux. Ne scey s'il aura passé oultre et exécuté sa charge.
1 Monte-Leone. 5 Scipion Rebiba, évèque de Motóla.
Les Françoys jugent que vostre majesté veult remédier et pourveoir à ses affaires, [entenjdans qu'elle a reconfermé la bonne amitié et [intelligence avec le roy de Bohême, qu'elle [cofjlige les practicques en tous coustez et [que, quoique elle se] prépare à toutes fins de paiz, [ce néanmoins elle ne] se veult laisser surpra[nclre]
Les Françoys [ont veu de très maulvais œil] le véaige du Sr de Vauldemont [à la court de] vostre majesté, et croient qu'il aie traicté [quelque ] chose contre la délibération du véaige de Loraine , et en sont en grande doubte.
L'on a envoie par deçà, de Rome, la déposition de Capilupo, agent du cardinal de Mantua, détenu prisonnier à Rome, et ne treuve l'on que l'on ayt machiné contre la personne du pape ni pour saccaiger Rome. L'on a publié par deçà que, par ladicte déposition, l'on treuvoit le Sr don Fernande Gonzaga estre de la meslée et practique avec le Sr duc de Florence.
L'ambassadeur d'Angleterre a publié en ceste court, comme ses jours passez, aulcungs malheureux s'estoient ingérés, ou coustel de Sussex et Suffoc , publier le trespas de la serenissime royne d'Angleterre, et supposer ung homme qui disoit estre Cortenay et avoir droict à la couronne d'Angleterre, pour émouvoir le peuple et veoir l'affection qui tient audict Cortenay; et non seulement n'ont soffert telle mensongière publication, ains ont prins les auteurs, et à peine les a l'on retenu qu'ils n'en ayent faict d'eulx-mêmes la punition, et sont tous emprisonnez] ; ce que servira grandement pour démonstrer que [ledict] Cortenay n'a si grand crédit audict Angleterre que l'on pense
Le peu[ple est misérable] en ce [royaulme, et] y a apparence de si gran[de disette] ou plustot famine pour l'année venant, à [cause] de la sécheresse, que ledict Sr roy de France a esté contrainct de remectre la moitié de la taille de huitz cens mil escuz, que luy avoit esté accordé ou royaulme pour la soulde de cinquante mil hommes de pied, et la réduire à la moitié.
Aussy, par faulte d'argent, ledict Sr roy a esté contrainct mectre
une taille au Piedmont de vingtz mille escuz par mois, pour souldoier les fraiz et munition, dont ceulx de Piedmont se despèrent, veu que Ton leur avoit promis les soulaiger plustost que charger.
Quant au faict des prisonniers , plusieurs estiment que si les difficultez d'iceulx se vuident, il n'y aura mutation ceste année deçà les monts, ains que les humeurs se retiendront jusques au printemps.
Et aiant veu ce qu'il a pieu à Monsr le duc de Savoie m'envoier du IIIe du présent, j'ai treuvé que comm'il n'y a qu'un gentilhomme françoys prisonnier, de la maison du roy de France, et qu'il en y a plusieurs des subjectz de vostre majesté prisonniers en France, l'accord en sera dommaigeable et prousfitera aux Françoys
Les monstres d'armes de la gendarmerie sont esté faictes, et leur a l'on ordonné eulx tenir prestz, conforme à l'ordonnance, pour quant ilz seront mandez
L'on publie en ce lieu que le fils de don Juan de Luna1, estant au chasteau de Milan, ne veult rendre ledict chasteau au cardinal de Trente , et qu'il a emprisonné ung gentilhomme que l'on luy avoit envoie à cestuy effect.
L'homme que j'ay envoie en Normandie est de retour, et a treuvé que l'on arme xi bateaux et que la grande hulque de l'admirai estoit preste, mais que l'on l'a contremandé, et que lesdicts bateaux sont pour faire ung véaige aux Indes du roy de Portugal, comme ilz dient;
que Fontainne, Gascon et frère de celluy à cui est la Raberge
les conduict; qu'il n'y a beaucop de gens de guerre , qu'ils conduisent des toilles et quelques ferrailles; que les vi navires du roy qui sont au Havre-neuf ne bougent; que le pirate Guilleroy est prisonnier en Angleterre ; que les Françoys et Angloys ont prins deux navires , l'une d'Espaigne et l'aultre flamende, qu'ils ont conduit à Sisbrock2,
1 Jean de Luna , gouverneur de la cita- raison , la vengeance de ce seigneur, il
delle de Milan, avait été, l'année précé- quitta brusquement le parti espagnol pour
dente , du nombre des accusateurs de Fer- prendre celui de la France,
dinand de Gonzague. Craignant, non sans 2 Cherbourg.
en la basse Normandie, aprochant la Bretaigne ; et qu'en la Bretaigne il n'y a aprest que de six navires que doivent véaiger avec lesdits xi navires ausdites Indes; que aulcuns Angloys fugitifs vont avec : les aultres dem.eurent à Rouhan, Dièpe et contre la côte de la marine. Et n'y a apreste que puisse adomaiger ou empescher le véaige de sa majesté impériale, et de ce peult l'on estre asseuré.
La nouvelle apourtée de Rouhan de la prinse de lisie de Garnesey ne s'est vérifiée, et entend que [Ion] y donnera ordre du coustel d'Angleterre , et que l'on a prins cincq de rebelles anglois quilz sont
estez conduictz en Angleterre.