‹ Papiers d'état du cardinal de Granvelle (volume 3)Chapitre 94 sur 127 · CC1V · texte numérisé non relu

CC1V

L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, IV, 107-110.)

9 juillet i556.

Sire , le baptesme de la fille du roy se fit dimenche dernier, et a esté le légat Caraffa pour le pape et le Sr de Guyse compères, les dames de Montpensier1 et de Saint- Poi commères; la solemnité a esté ordinaire, faicte par le cardinal de Bourbon, quii a baptizé tous les enfans du roy de France à présent et la pluspart du feu roy Françoys; les ambassadeurs ils furent mandez, et après ledict baptesme le roy leur donnast à souper. Le service du souper fut solemnel , et servit le Sr connestable de son estât de connestable ; à la table dudict Sr roy furent assiz , à la dextre , la reine d'Escosse et ledict légat , à la

1 Jacqueline, fille et héritière de Jean prince de la Roche-sur- Yon , duc de Montde Longwic , femme, en i537, de Louis II, pensier.

senestre, le dauphin, mesdames Elisabet et Claude, madame de Montpensier, madame de Saint-Pol et le Sr de Guyse ; à la seconde table, les ambassadeurs, les Srs de Lorenne, prince de Ferrare, prince de Mantua, la duchesse de Valentinois , de Gijyse1, d'Aumale 2 et toutes les principales dames de court.

Pendant le souper, ledict légat fit dire à tous les ambassadeurs qui désireroit leur dire ung mot au partir dudict souper, et fut choisye la chapelle de Fontainebleau, joingnante à la salle du souper. Et estans tous lesdicts ambassadeurs, assavoir: le nunce du pape, je, Angleterre, Venize, Ferrare et Mantua, suyviz de plusieurs gentilhommes et prothonotaires en nombre de plus de cinquante, ledict légat commenceast dire que nous étions adverliz de l'occasion de sa légation en ce royaulme devers ledict Sr roy, du commencement qu'il avoit donné à l'exécution d'icelle, la responce que ledict Sr roy luy avoit faicte sur le point du concilie , qu'il y obéiroit , envoieroit ses prélatz et ministres, feroitce qu'ung prince chrestien doit; quant à la paix, il se accomoderoit et en rendant, rendroit, et s'il y avoit aultre difficulté, il les remectoit au pape, qui faisoit juge et arbitre, baptisant ceste response sanctissime. Que nous estions aussy advertiz, du moins plusieurs de la compaignie, des rumeurs qu'estoient en Italie à cause de ceux quiîz sont tousjours esté infestés, contraires et ennemis du saint-siége apostolique ; quilz ont suscitez troubles et inquiétudes en l'Italie depuys le temps du pape Boniface VIII3, contre lesquelz le pape a procédé par voie de justice et jusques à sentences inclusives; que le procès est en estre et jà publié, mesmes le pape aiant entendu la manière comme Ascanio Colonne fut réintégré, et par quelle faveur il y a pourveu ; que maintenant Marco-Antonio Colonne 4, par faveur et assistance de

1 Anne, fille d'Hercule II, duc de Fer- sé, en i5A7, Claude de Lorraine, duc

rare, et de Renée de France, mariée, en d'Aumale.

i54o,i à François de Lorraine, duc de 3 Allusion à la iamille des Colonne, et

Guise. A la mort de celui-ci, elle s'allia en notamment à Sciarra Colonne, qui, de

1 566 à Jacques, fils de Philippe de Sa- concert avec Nogaret, fit prisonnier ce

voie, duc de Nemours. pontife, au mois de septembre i3o3.

" Louise de Maulevrier, qui avait épou- 4 Fils d'Ascanio.

DU CAPxDINAL DE GRANVELLE. 629

ceulx quilz veullcnt et pensent tout dominer, se préparoit à vouloir lever la teste contre le pape et ses forces; que Ton scet assez, si ce n'estoit par l'aide de ceulx qu'ilz le veulent porter contre la sentence et auctorité du saint-siége, il ne seroit souffisant pour l'achever, moins l'oseroit-il songer; qui n'y a juge pardessus le pape que Dieu, et qu'il n'y a prince au monde qui puisse prendre auctorité sur luy ; qu'il avoit envoie en court de vostre majesté pour donner part de sa négotiation; que, entendant Motula, son collègue, n'estre encoires arrivé, il n'a peu plus longuement séjourner pour non laisser le service du pape, et faire ce que l'habit qui porte requiert; qu'il espère donner si bon ordre, tant pour la juste querelle que avec l'aide et assistance des princes quilz luy aideront en icclle , que le déseing dudict Colonne et de ses fauteurs ne réussiront : braingeant1, haulsant sa voix, qui pouvoit estre entendue de la salle où estoit ledict Sr roy, s'eschauffant en contestations et menaces générales, se prist à dire que, comme nous l'avions visité, il n'avoit voulu partir sans nous visiter joinctement et dire adieu.

Et comme je viz qui passoit si avant en lieu si mal advenant, qui touchoit généralement vostre majesté, comme si elle eust interrompu et interturbé ladicte négotiation; pour non monstrer visaige de crainte , estans propos mal quadrans à l'adieu , pour le mectre davantaige en colère et le faire parler, et faire congnoistre de quel ministre Dieu est servi, je luy dis que me déplaisoit grandement de le veoir partir sans avoir mis à fin une légation tant nécessaire pour le bénéfice de l'église et du saint-siége , pour le prouffit et repos de la chrestienté; que quant il eust attendu, et que aultres ses particuliers affaires l'eussent comporté, il n'eust ouv responce de voz majestez impérialle et royalle eslongné du bon chemin et bien publicque, pour avoir toute leur vie employé corps, estatz, revenuz et de leurs subjectz pour la défense de la religion, et s'estre accomodé à la paix, comme la tresve présente tesmoingne ; que je n'entendois le bruict soit si eschaulfé en Italie que l'on le presche; que quant ainsin

' Ou brachiant: agilant les bras, gesticulant.

seroit, si est-ce pour particularité l'on ne debvroit laisser le publicque; que si par ladicte généralité il vouloit toucher voz majestez , le me déclairant plus spécifiquement, je luy en respondrois avec fondement, raison et modestie convenable à la bonne amitié et intelligence qu'est entre le pape et vos majestez; que, quant au particulier des Colonnes, je ne me voulois élargir en ce, car je n'en avois charge.

Et sans me vouloir laisser achever mon propos ny m'en ouyr davantaige , avec plus grande colère il dit qu'il feroit veoir devant Dieu et les hommes comme la chose passe et qu'elle se descouvrera, et queje voulois, pendant il seroit par deçà, l'on saccaigeast Rome, comme l'on la menaçoit de saccaiger; qui seroit grant beste de s'endormir sur cela, et qui voloit faire son debvoir, que plustost la mort que de l'endurer; que l'on sceit assez combien de martirs sont mors à Rome du passé , qu'ilz mouront tous plustost que de faillir à leur debvoir, avec l'adsistance des bons princes; que l'ambassadeur de Venize, présent, sçavoit assez les rumeurs qu'estoient en Italie et dont l'on l'avoit adverti, mesme de lapprest du duc de Florence, devers lequel est passé le maistre de camp Aldane1; l'on sçavoit assez à quelle fin l'on avoit aissiz2 plusieurs Espagnols et Italiens qu'estoient à Naples, afin qu'ils allassent au service dudict Colonne : réitérant à haulte voix que l'on menaçoit de saccaiger Rome.

Entre deulx il ne fut possible qui me voulsist escouterdavantaige; sur quoy je luy dis, puysqui ne me vouloit ouyr, je le remectrois à aultre temps, luy persuadant de non niectre aigreur où il avoit treuvé bonne intelligence et amitié. Et en tous ses propoz il qualifioit tousjours le pape son prince; puys, se radoulcissant et véant que les assistans se mocquoient de sa colère et propoz démesurez, il dit qu'il avoit le gouvernement soubz le pape, qui convenoit qu'il s'en retournast, qu'il n'estoit obligé à nousrandre raison de son véiage; davantaige, que ce qui nous avoit mandé pour dire l'adieu, il l'avoit faict par courtésie plus que par obligation; et sur ce le départ fut, et fut

1 Bernard Aldana , qui commandait a Rassemblé.

1 artillerie dans l'armée du duc d'Albe.

conduict devers ledict Sr roy et les ambassadeurs, par une galerie pour retourner en ce lieu, estant quasi nuict.

Et en m'en retournant, Noailles me vint dire en l'oreille que ledict légat ne seroit advoué, et l'ambassadeur de Venize me vint dire que, combien qui n'eust respondu audict légat sur ce qui luy dit qu'il estoit advertí des rumeurs d'Italie , si est-ce il me vouloit asseurer qui ne luy en avoit jamais parlé, ains par le contraire il avoit entendu dudict Sr roy que les choses n'estoient si escbaulfées en Italie comm' il les faisoit, et qui n'eust pensé ledict légat se fût démeusuré si avant en telle insolence. L'ambassadeur Vothon et toute la compaignie fut aultant scandalizé que l'on ayt veu, et suys attendant si l'on m'en fera semblant par deçà, puysque les propoz sont esté tenuz ou palais, en publicque, par estrangier, après avoir esté appelle au festin; qu'ilz emportent protestations et menasses telles que dessus, et que l'injure est plustost feicte audict Sr roy de France que à personne.

De ce vostre m aj esté jugerast la volunté; les aprestes sont semblables, et est parti le baron de la Garde pour préparer ses galères pour le passaige dudict légat et des soldatz françoys quilz tirent à Marselle avec Montluc , qui doit estre suy vi par Lansac. Ledict légat en enmène vingtz-cinq capitaines, y comprenant ceulx qu'il a amené et les Italiens questoient par deçà , et ne doibt doubter vostre majesté que de ce coustel la guerre sera renouvelle; ce que ouvertement a déclairé ledict légat, avec menasses trop audacieuses. Le nombre de soldatz françoys que l'on envoie à Marselle ne passe troys mil, et n'y a encoires finances faictes que de cinquante mil escuz pour ce passaige. Bourdillon est parti avec plusieurs capitaines, et s'en va du coustel de Marienbourg pour faire esplanades et abatre bois à lentour, pour, comme les espies dient, entreprandre contre les nouveaux fors, et assurer les passaiges à Marienbourg. Brissac est contremandé, et luy a on escript qui ne bouge du Piedmont.

L'on ne parle d'aultre chose en ceste court sinon que vostre majesté ne veult laisser aller les prisonniers de guerre, pour la peur que l'on a que les Françoys, les aians retreuvez, rompent la tresve

Le légat Motula , par les nouvelles l'on a par deçà, est près de Trente, contremandé pour ne passer oultre. L'on entend de Rome que le cardinal de Tournon n'est d'advis que l'on fortifie Paleano.

L'on a advis que le pape debvoit avoir en Rome x mil hommes de pied à la fin de ce moys.

J'entend que ledict Sr roy de France et son conseil a très-mal prins les propoz susdictz, et juge ledict légat glorieux, haultain, passionné et de peu de jugement, et que depuys il s'en est repenti, aiant néantmoins fait escripre le discours desdicts propoz pour fenvoier au pape, afin que l'on ne prévienne du coustel de vostre majesté. Aussy s'est-il repentu d'avoir nommé pour tesmoing l'ambassadeur de Venize , et l'a mandé devers luy pour s'en excuser; et derechiefz m'a mandé ledict ambassadeur non croire qu'il ayt donné tel advis audict légat, qui seroit contre l'intention de la républicque de Venize, et ne vouldroit faire telz offices en matière de telle qualité.

Ledict Sr roy de France part cejourdhuy pour aller aux Bordes, et dois là à Paris, à Escouen et Chantilly; ledict légat l'accompaigne pour veoir encoires une ou deux chasses , attendant que son trahin soit advancé et les souldars quilz doivent passer avec luy aprestez ; et joinctement il désireroit avoir nouvelle certaine de ce que passe du coustel de Paleano, et response à ung pacquet qu'il a envoie au pape. Si est-ce il partira deans deux jours par la poste.

Les Srs de Guyse, de Nevers et Aumale partent aussy pour aller en Champaignc après ledict Bourdillon; et les souldars que l'on disoit se faire et enrôler pour Escosse sont pour servir du coustel de Marienbourg , Luxembourg et Lorenne , et là ont leurs déseings les Françoys pour, si l'on empesche Bourdillon en ce qui fera celle part , mesmes au coppaige de bois , rompre la tresve : aiant donné charge audict Bourdillon faire contre-exploix contre ce qu'a esté faict par Carondelet; et ledict Srroy doit suyvre ledict Bourdillon, et faict passer tous ses grands chevaulx à cest effect.

Aussy ay-je advis que, du coustel d'Alemaigne, ilz attendent gens de guerre que le marquis Albert doit lever, et sont après pour des-

pêcher les colonnelz alemans quilz sont icy, aians sur main une entreprise qu'ilz délibèrent exécuter sur l'arrière-saison.

Le connestable de France est du tout démeusuré et en colère du haulsement de rançon de son filz, que le Sr de Bugnicourt a faict, s'en estant doulu au personnaige nommé à vostre majesté par le billet qui s'est treuvé es lettres dernières du Sr Gonzalo Perez ; et n'y a ordre de négotier avec luy, s'estant accordé avec les Srs de Guyse et mareschal de Saint-Andrey sur la lighe avec le pape et protection de Paleano, et déclairé ouvertement que ledict Sr roy assistera ledict pape : tellement, que j'entend il y a eu jalousie entre le cardinal de Lorenne et ledict connestable sur la négotiation dudict légat, s'estant mescontenté ledict cardinal que ledict légat se soit rengé si fort avec le connestable en le délaissant, et que cy-après il s'en poura repentir; et se dit publiquement que la roupture que se fera par deçà sera fondée sur lesdicts prisonniers.

Ledict Sr roy est après pour recouvrer finances ; en quoy il a peine, pource qu'elles ne se treuventaiséement par deçà : advertissant vostre majesté pour certain, que le connestable ne faict ordonnance quelconque esdictes finances que ne soit appreuvée et signée dudict cardinal de Lorenne, estant bridé de ce coustel-là, pource qu'il y a grand bruit que ledict connestable ayt fait sa main sur les finances en ses dernières guerres : aussy a il acquis pour trois cens mil escuz de bien.

J'ay, dois sept ou huictz jours , délivré audict Sr connestable ung extrait des nouvelletez que l'on faict es frontières et pays de Luxembourg, Liège, Arthois, Cambrésis, et requis surséance jusques à entière résolution1. A quoy n'ay eu encoires responce; ains estant ledict connestable adverty de ce qu'avoit faict ledict Carondelet à Virton, fit partir incontinent ledict Bourdillon, sans m'en faire aultrement semblant, m'estant tenu prest pour luy en respondre si m'en eust parlé, suyvant les lectres de vostre majesté du premier de ce moys.

Il convient vostre majesté m'envoie corriers sur corners doresna-

Voir cette pièce et quelques autres sur la même matière. {Ambassades de Renard, fol. 171-175, 203-217.)

l'APIEHS D'ÉTAT. IV. 8o

vant; aultrement j'aurez peyne d'envoier mes pacquetz, puysque les

choses sont réduyctz en telz termes de roupture.

Au surplus, sire, le Sr de Villey, le porteur de ceste, informera vostre majesté des poinctz dont l'ay enchargé, sur lesquelx elle y prendra résolution telle que conviendra à son service.

GCV.

LE DUC DE SAVOIE

A L'AMBASSADEUR RENARD

(Ambassades de Renard, V, 68-71.)

Bruxelles, 9 juillet 1 556.

Emmanuel Philibert, par la grâce de Dieu, duc de Savoye, prince de Piedmont, etc.

Très-chier et bien-amé : Geste sera pour vous advertir que les lectres que vous avez escript au roi monseigneur, du pénultiesme de juing et du ime du présent, sont arrivées seurement; et du deschiffre d'icelles le roy et son conseil ont esté advertís de ce que vous avez pu descouvrir des termes de la négotiation du cardinal Carafe, dont sa majesté vous sçait très-bon gré, et de la diligence dont vous usez pour enfoncer aultant qu'il est possible les intentions et desseings de ce coustel-là. Et il est nécessaire que continuez de temps à autre, et tant plus en ceste saison , en laquelle, selon quii vous semble, les voluntes de ce coustel-là pourroient encliner à roupture; encoiresque ce que vous escripvez le peu de moyen qu'a la noblesse, et de voir

la saison tant advancée, et que jusqu'à oires en x il ne s'est faict

aulcun mouvement, tout ce les pourroit faire aller plus retenuz. Mais,

1 Mot en chiffres.

comme vous estes sur le lieu, vous en pouvez faire plus certaine conjecture; par où il est tant plus requis que souvent l'on ayt de vos nouvelles, et que, comme qu'il soit, vous advertissiez de ce que vous treuverez, soit bien ou mal. Et mesme seroit-il très à propos, puisque le cardinal Carafe, selon vos lectres, sera jà parti, et par ainsy sa négociation conclutte, vous soyez songneux pour descouvrir le certain de la résolution de sadicte négotiation ; et mesme si ce que vous escnpvez de l'acrue du ressentiment d'entre le connestable et la maison de Guyse aura reculé ou advancé la négotiation dudict Carafe; et aussy si vous pouvez entendre s'ils ont traicté chose avec ledict Carafe où le duc de Ferrare soit compris , ou s'il se seroit obligé à donner argent, quelle somme et sous quelle asseurance ; et aussy quelle opinion ils peuvent tenir des Vénitiens pour estre assistez ou non d'iceulx en cas de roupture; en quelle opinion sont les choses du duc Octavio, et quel contentement ils luy donnent de ce que , suivant le traicté , ils lui doivent furnir. Quelle quantité de gens de guerre ils

envoyent en ' quel nombre à Paleano et aultres lieux, tant en

Toscane qu'aux frontières du royaulme, ils peuvent envoyer, Gascons, Provenceaux ou aultres de la nation françoise ou Allemans; ou si seullement ils se pensent servir celle part, en cas de roupture, d'Italiens, ou s'ils pensent seulement furnir argent et non gents. En quel estât sont leurs practiques en Turquie; la charge avec laquelle ils

ont dépesché en 2 le Provençal Viral ; quel ordre ils ont mis

en leurs finances et ce que vous pourrez entendre de lestât présent d'icelles; descouvrir plus avant la cause de l'assemblée que fait Bourdillon en la Champaigne; le temps auquel [le roy] fait son compte de venir en Lorrenne; si premier il visitera ses frontières et s'il commencera par Picardie ou par la Normandie; s'il a envoyé pour lever gens de guerre et pour quel nombre; et puisque parvos dernières lettres vous advertissez Ricrod, RifFenberg, Piogendorf et aultres sont encoires en court actendans leurs despesches, il sera requis que vous soyez avec les yeux ouverts pour entendre le temps de leur parte-

1 Nom propre en chiflres, peut-être Italie. 2 Idem.

ment et le chemin qu'ils feront, pour en advertir et de ce que vous pourrez entendre de leur charge et commission. Et pour aultantque, comme vous sçavez, leurs majestez ont desjà fait retirer les changes de Lyon, qui est le poinct que par oblicque l'ambassadeur1, comme Ton présuppose, veult noter par son billet, donnant à entendre que l'on empesche la communication permise parla tresve, nous désirons fort que vous enquerrez dextrement du dommaige et incommodité que peult donner à ce costé-là que l'on a defléndu aux subjects de leurs majestez de changer pour ledit Lyon , et que vous nous advertissez avec la plus grande diligence que bonnement sera possible.

L'on attend encores, pour traicter avec Basse-Fontaine sur le poinct des prisonniers, la venue de Monsr de Lallaing qui ne peut tarder; et jà est ici le sieur de Bugnicourt pour traicter de la rançon de Monsr de Montmorency avec celuy qui est icy de la part du connestable. Et du progrès que l'on fera en cecy l'on vous donnera advertissement, aiFin qu'estant adverty, vous puissiez tant mieulx rendre le debvoirque l'on espère de vous en ceste charge, si l'on vous en parle; et aussy vous sera de brief envoyé billet touchant aultres négotiations, suivant lequel vous ferez par delà les diligences requises.

Et, au regard des serviteurs du duc d'Arschot, l'on a dit à l'ambassadeur Basse-Fontaine que, si l'on n'a de brief nouvelles qu'ils soint relaxez , l'on envoyera ceulx qui sont au service du Sr de Montmorency à Vuilvorde pour leur rendre le change, puisqu'ils ont eu de temps assez pour les interroguer sur ce qu'ils vouloint sçavoir, quant à la délivrance dudict duc d'Arschot. Etaffin que vous soyez informé des remonstrances que ledict ambassadeur Basse-Fontaine a icy faictes des choses particulières, et de la response que l'on luy a donné, je fais joindre à cestes copie du billet qu'il a baillé et des apostilles que l'on a mis dessus.

Vous avez escript par une de vos lectres que plusieurs souldars vont en la court de France et qu'ils sont là receus au service ; mais vous n'avez spécifié qui sont iceulx et de quelle nation , ce que tou-

1 Basse-Fontaine.

tesfois sa majesté désireroit bien sçavoir, et sera bien que par vos premières vous en advertissez.

Aussy avez-vous adverty le Sr de Famars qu'il seroit bien qu'il tînt l'œil sur le serviteur du capitaine Julien , et que vous sçavez qu'il practique par delà au desservice du roy; sur quoy il sera aussi convenable que vous advertissez icy de ce que vous en aurez pu entendre, et sur quel fondement vous avez prins de lui ceste suspicion, pour regarder en son endroit selon ce, si retourne par deçà.

L'on vous envoie deux corriers pour vous en servir quand vous verrez estre de besoing, et mesme s'il survient cbose dont l'advertissement requiert plus de célérité, ou survenant chose d'importance dont advertissement ne se doibve commectre à la bougette. Aussy l'on escript en Espaigne afin que les corriers venant de là passent par devers vous. A tant, très-chier et bien amé, Nostre Seigneur soit garde de vous. De Bruxelles, le ixe jour de juillet i556.

E. PHILIBERT

Et plus bas :

COURTEWILLE.

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