CE SONT LES PROPOZ
QUI ONT ESTÉS TENUZ PAR MONSr DE SAVOIE
AU MAISTRE D'HOSTEL DE L'AMBASSADEUR BASSE-FONTAINE, LE XXIIII JUILLET (l 556 ).
(Ambassades de Renard, II, 206.)
Qu'il ne failloit pas que l'on s'attendist à la liberté de monsr de Montmorency, quelque chose que monsr de Bugnicourt1 eust ar-
1 Lalain de Bugnicourt (voir ci-devant, Montmorency, fds du connétable, fut fait p. 106 , note 1) commandait les impériaux prisonnier de guerre, au siège de Térouenne, où François de
resté, et non-seuil ement à la liberté de cestuy-là, mais aussi de tous les autres, veu noz déportemens; et que si le roy son maistre vouloit endurer telles bravades que celles que l'on faisoit vers Luxembourg, que luy ne le permectroit pas, avec autres semblables parolles braves et haultes plus qu'il n'appartient à gens que vueillent vivre en paix. Et davantaige que monseigneur le connestable avoit tenu des propos à leur ambassadeur depuis le retour du sieur de Gordes , qui ne sembloient avoir riens de conforme à l'amityé que l'on devoyt observer.
Le semblable dici le sieur domp Pûgoines audict maistre d'hostel, qu'estoit allé devers luy luy porter une lettre de mondict seigneur le connestable.
Depuis s'estant ledict ambassadeur Basse-Fontaine transporté devers ledici sieur domp Rigoines, et lui ayant demandé la cause de si subite mutación de leur costé et des propos qu'il avoit tenuz à sondici maistre d'hostel, il luy dict que l'on préparoit en France toutes choses pour la guerre ; qu'on envoyoit gens en Allemaigne et Suisse pour lever des soldalz; qu'on voulloit les forcer au conté de Chigny et y mener le canon, que l'on envitailloit Mariembourg assez brusquement, et que le roy faisoit conduire des monicions d'artillerie, poulclres, boulletz et aultres provisions en Picardie par la rivière d'Oize. Et sur la plaincte que ledict ambassadeur Basse-Fontaine feit que l'on luy observoit sa porte, il réplicqua qu'il se plaignoit d'une chose dont leur ambassadeur estoit le premier offensé, et qu il lui avoit escript que le roy luy faisoit faire le semblable.
Et n'oublia pas en ceste audience de jecter quelques propos en avant du voiaige que ledict sieur vouloit faire es frontières et nommément en Lorraine.
Et quant à l'instance que ledict ambassadeur Basse-Fontaine feit du faict des prisonniers, ledict sieur domp Rigoines luy respondit que les Bourguignons n'estoient point d'advis que Ton les rendisi , si l'on pensoit avoir la guerre , et qu'ilz aymeroient mieulx garder ce moien-là de revanche que du tout riens.
Le sieur de Lalain tint les mêmes propos audict ambassadeur Basse-Fontaine, l'ayant veu à la sortie de ladicte audience.
Et oultre ce que tous ceux-là lui en ont dict, le bruict de la roupture estoit si commun parmy la court de l'empereur, que ledict am. bassadeur seroit demeuré fort en suspens de ce qu'il avoit à faire, d'autant que ceulx de delà s'esmerveilloient du séjour qu'il y faisoit, et disoient avec toutes les particularitez susdites que , vers Metz et Lorrenne, nostre cavalerie se renforçoit tellement, qu'il ne failloit plus en espérer que la guerre , et sur ceste alarme faisoient tous préparatifs appartenant à un tel esfect.
LE DUC DE SAVOIE
A L'AMBASSADEUR RENARD
(Ambassades de Renard, V, 75-82.)
Bruxelles, 2 5 juillet 1 556.
Emmanuel Philibert, par la grâce de Dieu, duc de Savoye , prince de Piedmont, etc.
Très-chier et bien-amé : Ceste sera pour vous faire certain de la réception de voz lectres, dont les dernières sont du xixe de ce mois; ce que ne vous avons plus tost escript pour avoir esté au devant des roy et royne de Bohème , et pour estre depuis entrevenues choses que ne nous en ont donné le loisir.
Vosdites lettres sont esté veues par le roy monseigneur, et ceulx qu'il convenoit, et Villey, qui porta celles du ixe, oy en ce que luy avez enchargé de dire; et vous asseurons que sa majesté tient à service bien agréable ce que vous faictes, et la diligence dont vous usez
pour descouvrir ce que vous pouvez des affaires de ce coustei-là et de leurs desseings, pour en donner de temps à aultre advertissement. Il est requis que vous continuez, et plus en ceste saison, qui selon les advertissemens que vous donnez, porte apparence de changement et inclination de ce coustel-là à la guerre.
L'on a entendu par vosdites lectres bien particulièrement ce que vous avez peu descouvrir de Testât de la négociation du cardinal Carafe, et a semblé très-bien ce que vous luy respondistes, quand vous ayant appelle avec les aultres ambassadeurs, il tint les propoz contenuz en voz lectres; aussy que vous contentant d'avoir satisflaict, et vous servant de ce que chascun jugeoit mal de son insolence , vous ayez usé de modestie à non passer plus oultre, puisque ce que vous avez dit soufisoit (vous ayant interrompu le propoz) pour desmontrer que s'il eust eu la patience de ouyr, il y eust eu assez à dire à l'encontre de ce qu'il mectoit en avant. Et si l'ambassadeur de Venize a faict ou faict cy-après à vostre endroict quelque justification, pour vous tesmoigner qu'il n'estoit autheur des nouvelles pour lesquelles ledit Carafe l'appelloit à tesmoing, il sera bien que vous desmontrez d'accepter son excuse, pour luy plus gaigner la voulenté et le rendre moings enclin à l'endroict dudit Carafe , pour le sentement que vraysemblablement il aura que, sans propoz, il l'ayt envelopé en cecy.
Le nunce a aujourd'huy receu lectres dudit Carafe , par un sien gentilhomme, escriptes à Chantilly, lesquelles nous avons veues, et ne sera si tost party comme l'on vous avoit adverty; et mesmes a déclairé ledit gentilhomme, de sa part, audit nunce qu'il attendoit encoires, mais qu'il ne pouvoit faire long séjour, dont il luy dit qu'il luy desplaisoit pour le desseing qu'il avoit de préalablement entendre ce que le légat Motula auroit négocié touchant les deux poinctz premiers de l'instruction : assavoir de la paix et du concilie; et est passé oultre ledit gentilhomme devers ledit légat Motula , lequel, à ce que l'on entend, doit estre jà devers Coloigne, s'estant dois Basle mis sur l'eau du Rhin. Et, puisqu'il est vraysemblable que
ledit Carafe sera encore là, il sera bien que vous vous enquerrez sil aura depuis négotié quelque chose, et de descouvrir si depuis il a eu quelques nouvelles de Rome; comme les choses de ce coustel-là sont prinses en la court de France, mesmes la violence et soudaineté du pape, l'opinion qu'avec si longue familiarité et séjour ils auront peu concevoir dudit cardinal Carafe ; s'ilz consentent à l'ayde seulement au cas que Testât ecclésiastique soit invahy, ou si, sur les offres que le pape leur peult avoir faictes, ils se sont résoluz à l'invasion, encoires que l'on ne donnast empeschement à la fortification de Paleano, et que, du coustel de sa majesté, l'on n'usast à l'encontre dudit pape et des siens d'aulcune hostilité ; les nouvelles que l'on pourroit avoir en France de la résolution que prendra le duc de Ferrare et mesmes sur ce que l'on l'a envoyé persuader, que donne probable conjecture qu'il ne soit passé encoires plus avant que de la négociation qu'il tint avec le cardinal de Lorraine, de laquelle, comme vous sçavez , l'on eust advertyssement qu'il s'estoit retiré , par le ressentiment prins sur ce que la tresve se soit traicté sans l'en préadvertyr et attendre son advis; et que oultre ce, l'on ne luy eust observé tout ce que l'on luy avoit promis. Et pourtant emporte-il de savoir si depuis cecy il y aura eu changement, et s'il se sera déterminé à la résolution prinse sur l'instance que présentement l'on luy faict, puisque à ce que l'on voit présentement, c'est le principal fondement que se peult prendre pour conjecturer la finale détermination de la roupture : actendu que, par son moyen , ilz peulvent avoir l'argent, et que aultrement il y a apparence qu'ilz auront pour le présent peu de moyen pour rompre, surtout en saison tant avancée.
Aussy est-il bien requis que vous vous informez plus avant sur ce que l'on vous a dit que les Vénétiens entreviennent en ceste intelligence, pour veoir s'il y a fondement et quel, afïin que sans icelluy l'on n'entre en soubçon et ombre contre lesditz Vénétiens, la conjonction desquelz, comme vous pouvez penser, avecq le pape, France et Ferrare, seroit de notable importance, comme aussy seroit si le duc d'Urbin estoit joinct en ceste confédération: par où il em-
PAPÏERS D'ÉTAT. IV. 8l
porte de mesmes que vous entendez tout ce que vous sera possible la part que ledit duc d'Urbin y pourroit avoir, pour ce que aulcuns persuadent au roy qu'il seroit bien l'attirer de ce coustel ; et à ceste cause convient-il sçavoir s'il est bien de l'aultre , pour, selon ce, sçavoir encheminer ce que l'on aura à faire avecq luy.
Jusques à oires l'on veoit peu de fondement en ce que l'abbé de Sainct-Salutz vous a mis en avant touchant la paix; et tant moings y peult l'on faire fondement, s'il est tel que voz lettres contiennent, et l'on verra ce qu'il peult avoir escript au régent de Milan; et, comme qu'il soit, il est nécessaire que vous continuez de donner advertissement de ce que vous pourez entendre de luy.
Vous ferez très-bien de prendre aulcunes fois occasion de veoir le connestable, pour ce que, tenant en France si principal lieu, des termes qu'il poura tenir se poura prendre plus vraysemblable conjecture de ce que apparentement debvra succéder. Et mesmes désirerions-nous sçavoir s'il continue d'estre si aigre après avoir receu la lectre que le roy lui a escripte, et veu la modération que l'on a faicte à la rançon de son fils; et vous pourez prendre occasion de luy parler à couleur des affaires que, suyvant les lectres et mémoires que vous sont esté cy-devant envoyez , vous debvez poursuyr par delà.
Et ne voulons délaisser de vous advertyr, afFin que soyez prévenu que, véant ce que vous escripvez de l'apparence qu'il y a de roupture , Ion a commandé à M. de Bugnicourt qu'il continue, de traicter avecq ceulx du connestable sur la rançon, et qu'il prolonge la négociation, à couleur de s'accorder sur la quotité des deniers, et faisant venir iceulx comptant, puisque, sans entier payement, le roi n'entend que ledit de Montmorency soit délivré; que, venant ledit argent, il ne fasse encoires ladite délivrance sans consulter, non pas que l'on tienne fin de retenir l'argent et la personne, mais pour gaigner temps pendant que iceluy se compte, et laisser couler la saison, et veoir ce que se fera de ce coustel-là, pour selon ce ou renvoyer l'argent, ou mectre en liberté ledit Sr de Montmorency, lequel, en cas qu'il y eust roupture ou apparence d'icelle pour ceste année, le-
dit sieur roy ne vouldroit faire délivrer. Et nous a semblé convenir que vous l'entendiez, affin que, si l'on vous en parloit cy-après, vous fussiez soufïisamment prévenu pour en respondre; et sera bien que vous advertissez quel traictement Ton faict à ceste lieure aux gens du duc d'Arschot et la résolution que l'on prend par delà sur leur délivrance, puisque, sans icelle, l'on n'entend de relaxer ceulx qui sont au service dudit de Montmorency.
Puisque, comme vous l'escripvez, l'on liève chevaulx à l'entour de Paris et entre là et Lyon, il sera requis que vous vous informez plus particulièrement du nombre, et si l'on liève en France pionniers, où et en quel nombre , si la monstre des bendes ne se feit le vingtiesme comme vous escripvez ; en quel équipaige les hommes d'armes sont comparuz sur la place, et ce que l'on leur peult avoir enchargé au départ; ce qu'ilz font pour mectre à exécution ce que vous avez escript ilz changent leurs chevaulx légiers en pistouliers ; s'ilz ont sommé leurs bans et arrière-bans et pour quant; s'ilz ont procuré de faire tenir diette ensuite pour lever les dix mil Suysses dont voz lettres font mention, et pour quand elle est convoquée; entendre s'ilz
font passer chevalerie en1 quelle et quel nombre; quelz
gens de pied et de cheval marchent soubzBourdillon, oultre les garnisons ordinaires; où Riffenberg et le Rhingrave doibvent donner la monstre de leurs gens et pour quant, quelz commissaires l'on y a envoyez, s'ilz pourtent argent et quelle somme; que vous despêchez quelqu'un exprès en Provence, qui vous puisse certainement rapporter, pour en advertyr, le nombre des gens que se liève celle part; ceulx que s'embarqueront aux gallères, pour quant elles seront prestes et si aulcuns passeront les montz par terre ; et que vous envoyez aussy vers Normandie , sur les havres , pour sçavoir aussy particulièrement quel équipaige s'y faict, affin que selon la certitude que l'on vous en rapportera et l'advertissement que en donnerez par voz lectres, l'on puisse pourveoir de ce coustel.
Oultre ce que dessus , vous voulons bien advertyr, affin d'estre
1 Nom en chiffres , probablement Italie.
prévenu si l'on vous en parle, que sur l'instance que cy avoit esté faicte par l'ambassadeur Basse-Fontaine, affin d'avoir mainlevée des biens de la duchesse de Camerin1, du duc Octavio, du cardinal Farnese et aultres de leur maison, l'on auroit respondu que le roy s'estoit contenté que la main se levast des biens de ladite dame; mais, quant aux-aultres, leurs biens avoient esté saisis devant la guerre survenue entre les principaulx contrabans, comme vous pouvez avoir entendu par la copie que vous a esté envoie. Sur quoy ledict Basse- Fontaine a donné nouvelles remonstrances , référant l'apostille différemment de ce qu'elle contient , pour y prendre fondement : disant que puisque par icelle l'on disoit que ladicte duchesse seroit réintégrée conforme au traicté , il ne véoit point pourquoi l'on n'eust la mesme obligación à l'endroit desditz duc et cardinal, comprins expressément dedans ledit traicté pour joyr du bénéfice d'iceluy : sur quoy il luy a esté respondu que ladite apostille ne disoit ce à quoy il faisoit le principal fondement, et que la cause pour laquelle la mainlevée se faisoit du bien de ladite dame duchesse estoit la bienveuillance du roy, pour satisfaire à ce qu'en avoit esté pourparlé en
traictant, ne faisant doubte que l'on feroit le mesme pour la2
mais que quant auxditz duc et cardinal, l'on ne les tenoit pour serviteurs du roy, mais bien pour confédérez , et que les biens dont il demandoit mainlevée avoient esté saisiz et mis soubz la main du roy près de trois mois auparavant de la roupture de la guerre entre les princes principaulx contrahans , que advint seullement en septembre cinquante et un; que lors encoires le sieur de Marillac, ambassadeur pour le roy de France, asseuroit qu'il n'y auroit roupture de guerre; et que l'on avoit procédé à l'encontre dudit duc Octavio, tant pour Navarre que pour les biens qu'il tenoit au royaume de Naples, par forme ordinaire de justice, ayant esté cité légitimement, condampné pour rebelle et ses biens confisquez; et comme ce n'est chose advenue dois ladicte roupture , il ne se peult comprendre soubz
Marguerite d'Autriche, duchesse de ' Dame de Saint-Pol.
Parme.
l'article de la tresve, faisant mention de la restitution des subjectz
des deux coustelz
N'oubliez de tousjours tenir l'œil pour descouvrir les finances de par delà et en advertyr de temps à aultre. A tant, très-chier et bienamé, Nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à Bruxelles, le xxve jour de juillet i 556.
E. PHILIBERT
Et plus bas :
COURTEWILLE.
Au surplus, nous vous vuillons bien adviser que, depuis trois ou quatre jours enchà, le comte de Lalaing , président, et conseillier Bruxelles * ont communicqué avecq l'ambassadeur Basse-Fontaine sur plusieurs difficultez que se retreuvent encoires au faict des prisonniers, et y ont advisé quelque pied, dont l'on est après pour faire rapport à sa majesté; et l'aiant icelle entendu et résolu, nous vous advertirons plus amplement.