CLAUDE DE VERGY, GOUVERNEUR DU COMTÉ DE BOURGOGNE
( Mémoires de Granvelle, V, 120 )
27 juillet i556.
Monsr, j'ay par monsr de Venières, pourteur de cestes, receu voz lettres du xxve de ce mois, avec les copies de celles du roy à messrs des Lighes , de monsr le duc de Savoye à vous , et de l'instruction dressée sus M. de Dissey1 pour le voyage ausdictes Lighes. Aussy ayje veu ce que vous escript l'ambassadeur Renard des occurrans et des délibérations et preparati ves de noz voisins à la roupture de la tresve et invasion des pays dudict roy en divers endroictz, et du peu d'espoir qu'il a en ce qu'il a proposé de la neutralité dernièrement passée; que sont poinctz de grande et importante conséquence, que nous touchent de bien près. Et combien mon intention et désir ayent esté et soient de non m'empescher doresenavant en affaires que me puissent engendrer envie, et entendre es particuliers de mes églises et de mon estât : ayant toutesfoys veu voz lettres et les susdictes copies, et considéré la nécessité en laquelle fort apparemment le pays se retreuve, je n'ay voulu faillir de faire mon debvoir en ce que sa royale majesté faict commander, et pour vostre service.
Premièrement, il m'est advis qu'il eust esté très-nécessaire que les
' Mare de Rye. (T. III, p. 69b.) Ce sei- lui susciter des ennemis dans le comté de
gneur et tous les siens n'ont cessé de Bourgogne, aux Pays-Bas et jusqu'à la
•montrer une grande malveillance à la fa- cour de Philippe II. mille du chancelier de Granvelle, et de
lectresde sa majesté auxdict s SrsdesLighes eussent esté appourtées par M. de la Chaulx en la mesme conjuncture de l'assemblée des estatz de ce pays, afin que doiz-làl'on eust incontinent envoyé devers eulx, pour plus tost asseurer ce pays et le tenir hors du dangé duquel nous avons tousjours eu craincte et doubte , doiz qu'il a esté question de la translation de la propriété du pays ï. Et eust esté la saison propre, puisque tost après les estatz, lesdicts Srs des Lighes furent assemblez en diette générale, à quoy l'on recourrera tard , selon les advertissementz que nions1 de Chastelroillault vous a faict entendre en avoir eu, synon que l'on les veulle assembler à nos fraiz , que ne pourroient estre que très-grandz et plus qu'il ne convient au peu de moyen que nous avons de beaucoup dépendre : et toutesfoys est le cas tant périlleux et doubteux, que mieulx vauldroit le faire que d'en tumber en plus grand inconvénient. Quant à l'instruction, il me semble qu'elle est très-bien comprinse pour ce dont elle faict mention. Je ne sçay s'il seroit bon y adjouster la poursuyte de plus estroicte alliance, de laquelle ledict S1' de Chastelroillault a dès longtemps jecté les brisées, comme vous, monsr, le sçavez. Toutesfois, eu regard que du tout l'empereur a esté de temps à aulire adverty, et que ladicte instruction n'en faict aulcune mention, je remectz cela à vostre meilleur jugement et des aultres seigneurs esquelx vous aurez communicqué les pièces avantdictes, joinct que peult-estre sera-il mieulx ne mettre point tant de choses ensemble, afin de plus facilement impétrer ce dont il est question : avec ce que l'on se pourroit adresser à tel quy nuiroyt plus tost que ayder, à faulte de cognoistre ceulx quy ont monstre destre en bonne voulenté de conduyre la besongne,
Ce que mondict Sr le duc de Savoye escript, que le recepveur général de ce pays doibge envoyer son estât pour, selon ce, procéder aux fortifications de Dole et de Gray, c'est chose fort bien ordonnée et de quoy dépend ce que l'on vouldra entreprendre quant à ce point; et n'y a personne quy mieulx puisse advertir de ce que s'y
1 Passant des mains de l'empereur en celles de son fils, le roi Philippe.
doibt faire davantage que vous, monsr, et ceulx quy ont conduict
lesdictes fortifications.
De vous donner advis, liions1, de la somme nécessaire à effectuer la charge et le voyage dudict de Dissey, je vous supplieray m'en excuser, attendu queje ne sçay à quy il se vouldra adresser, ny quelle intelligence il a vers lesdicts Srs des Lignes; avec ce que je n'en vouidroye dire chose par où il pensa queje luy voulsisse lymitersa despense à moings de ce que par aultres en sera arbitré. Bien diray-je que plusieurs ont treuvé la somme bien grande qu'a esté donnée aux commis envoyez en Flandres par les estatz, et que en court de sa majesté l'on en a faict mesme jugement
CGX.
L'AMBASSADEUR RENARD
A PHILIPPE II
(Ambassades de Renard, V, 85-8g.)
Paris, 29 juillet 1 556.
Sire, je suys advertí que don Joan de Luna, pour sa première entrée et abordée devers le roy de France et connestable , a déclairé tout ce qu'il a peu recuillir et entendre des affaires de vostre majesté, et tous les secretz que se sont passez en sa charge et depuys, et a donné longue information de Testât des affaires de vostre majesté, tant en Italie que aillieurs, et parle abondamment et appassionéement du conseil de vostre majesté. Entre aultres choses, il a dit que , si les Françoys n'eussent faict la tresve , Testât de Milan estoit perdu, que vostre majesté n'avoit moien de le défendre, qu'elle n'avoit argent ny gens; qu'il y a du mal-entendu es affaires
de vostre majesté, et semblables choses tendans à persuasion que, renouvellant la guerre, vostre majesté n'aura l'advantaige. Et, avant que partir de Bruxelles, il print lectres de Basse -Fontaine et communiquast avec luy par deux foys sur sa venue. Plus a dit que vostre majesté luy avoit escript, estant de chemin, qui deust passer en Espaigne, et qui pourveoiroit pourleremectre en grâce de sa majesté impériale, et, pour aulcungs fraiz qu'il prétendoit et disoit avoir faict, vostre majesté luy feroit donner dix mil escuz ; que , pour éviter la fureur et l'effect de l'indignation de sadicte majesté impériale , il s'est retiré à ce refuge et asyle commung de ceulx quilz sont affligez et molestez comme luy : aiant supplié d'avoir asseurance en son réaulme, et luy commectre ce qui jugeroit il peult faire pour le service dudict Sr roy. Aulquel ledict Sr roy respondit qu'il luy accordoit l'asseurance et libre demeure en ce réaulme, quipourmettoit que n'auroit nécessité et adviseroit sur le surplus. Et, selon ceste responce, il est venu en ce lieu et a prins accoinctance avec plusieurs Italiens, et l'ay veu par deux foys passer devant mon logis, allant et retournant aulx Tornelles pour veoir l'esciiyerie dudict Sr roy de France, pourtant la croix comme commandeur de Sainct-Jacques. Aussy m'a l'on dit que extérieurement il parle de vostre majesté avec honneur et respect : si est-ce il a faict les offices susdictz.
Par les dernières lettres que le légat Caraffe a de Rome , que sont du xv de ce moys, il entend que la fortification de Paleano passe oultre et que la place est jà en défense sans empeschement, et que le pape a descouvert une praticque que le duc de Florence et le duc d'Albe avoient contre luy; qu'il a surprins lettres la tesmoingnant, et faict emprisonner ung nommé Garcillaz1, le maistre des postes de Rome2 et ung aultre serviteur de l'ambassadeur de Saria3; qui faict leur procès par six cardinaulx, troys impériaulx et troys Françoys; qu'il est en
Garcilasso de la Vega, l'un des mi- quii adressait au duc d'Albe, el qu'on nistres de Philippe II près le saint-siége. parvint à intercepter. — a Jean-Antoine Il fut arrêté dans le palais même du pape . de Taxis. — 3 Le marquis de Sorria, amà raison d'une dépêche très-importante bassadeur d'Espagne.
suspition que s'estoit pour sacager Rome. Sur quoy ledict Caraffe vouloit incontinent partir après la veue desdictes lettres, sur lesquelles ledict S1 roy de France a mandé à Marseilles pour passer en Italie deux mil Gascons sur douze galères, sans attendre ledict légat Caraffe, et de retourner tost pour passer ledict légat avec la reste de l'infanterie à pied, que ne passe quatre mil hommes ; et sont eschaulièz les affaires à la guerre plus que devant. Et, incontinent que ledict légat aura nouvelles dudict légat Motula, il se partira pour Rome.
Ce que dessus escript, ay receu les lectres de monseigneur le duc de Savoye , du xxv du présent, pour responce desquelles vostre majesté entendra que la capitulation conclute entre le pape et les Françoys tend à guerre offensive et défensive contre vostre majesté \ comme je l'ay desjà touché par aultres mes lettres. Et ne reste sinon la responce du duc de Ferrare, pour sçavoir s'il y vouldra entrer ou non et l'appreuver; et si la consent, vostre majesté ne doibt doubter que ladicte capitulation se mectra en exécution; du moings ilz se mectront en debvoir de l'exécuter. Si ne l'accepte, ladicte capitulation sera restraincte à la partie défensive. Mais, selon que les amys m'ont discouruz, le pape faict tant d'instance devers ledict duc de Ferrare, luy faict tant de promesses, les Françoys, ceulx de la maison de Guyse, ses propres parens, filz et frère, le stimulent tant, que l'on tient pour certain il entrera en icelle et l'aggréera, d'aultant mesmes qu'il a jà accordé et traicté avec le cardinal de Lorenne, et s'est jà si avant déclairé que vostre majesté l'a entendu. Oultre ce, il a le plus grand désir du monde de affoiblir le duc de Florence, qui luy donne ung umbraige qui ne peult comporter; joinct que la capitulation est si advantageuse pour luy, que l'on ne veoit apparence il la puisse ou doige refuser, d'aultant mesmes qu'ilz se promectent par ladite ligne grandement endomaiger vostre majesté en Italie, pour mésestimer ses forces et prandre fondement que vostre majesté n'a ministres ou amys en Italie dont elle se puisse grandement
1 Ce fut le 3i juillet que la guerre contre l'Espagne fut résolue dans le conseil du roi.
servir; et de nouveau les Italiens se sont resjoys par deçà que don César de Naples soit parti de la court de vostre majesté mal satisfaict
Et sçay pour vray que l'on a sollicité et sollicite les Vénitiens tout ce que l'on peult pour les faire joindre , et leur offre bon partaige par moitié de la conqueste, en quelque lieu qu'elle se face : ne sçay s'ilz se laisseront esbranler sur telles offres que ne sont au pouvoir des Françoys, et qu'il convient, entrant en ladicte lighe, îlz achètent chèrement ce qui se pourra conquester. Aulcungs espies disent qu'ilz n'y entreront ouvertement, mais aussy que secrètement ilz feront de sorte qu'ilz ne perdront l'amitié et intelligence qu'ilz ont avec France , le pape et ledict duc de Ferrare ; aultres disent qu'il y a en ladicte seignorie de Venize tant de partiaulx françoys, qu'ilz seront cause que lesdits Vénitiens se pouroient joindre; aultres tiennent qu'ilz n'y entreront, pour ne désirer que le roy de France prospère cy-avant en Italie. Et n'en puys encores dire la certaineté aultrement, sinon que je sçay pour vray que lesdictes sollicitations sont très-vives et les offres telles que dessus.
Au retour de l'ambassadeur qu'est allé devers le duc de Ferrare, l'on pourra sçavoir si l'aura négocié le si ou non; et suys-je advertis que la principale occasion que retient par deçà ledict légat Caraffe est pour attendre la responce et négotiation dudict ambassadeur, que suspend la résolute détermination de ladicte lighe et capitulation. Cependant partie des soldatz que les Françoys ont faict assembler en la Provence et Gascogne vont à Marseilles pour passer en la Toscane et où le pape vouldra, où l'on les mectra en garnison; et osterà l'on les Italiens pour ceste année, si la guerre ne se renouvelle celle part et que la lighe ne se consente par ledict duc de Ferrare, duquel deppend l'effect pour la finance et crédit que l'on tient il peult financer. Les Italiens qu'estoient en Corsica et Senois sont mal contens que l'on les ostoit des garnisons; mesmes les capitaines quilz sont es places ont contentions entre eulx, se chargeans les ungs les aultres qu'ilz aient accordé de liçantier lesdicts Italiens qu'estoient soubz leurs charges, et à grandes prières
ont obtenuz dudict Sr roy de France que chascun des capitaines pou-
ront retenir vingtz soldatz italiens èsdites places, et sçay que Paulo
Ursino, que a charge à la marenie1, a eu peine d'obtenir tant de
faveur.
Quant à ce que vostre majesté désire sçavoir ce que j'ay peu entendre du duc d'Urbin, s'il est comprins en ladicte lighe ou non, par cy-devant l'on m'a dit qu'il avoit esté requis du pape pour y entrer et qu'il avoit accordé. Depuys je suys esté adverti à la vérité, que le légat Caraffe a dit publiquement que l'on avoit donné entendre audict duc d'Urbin, qu'il estoit par deçà en partie pour avoir le droit que la reine de France prétend en la duché d'Urbin , pour l'occuper avec les forces du pape, et que tous ceulx quilz l'ont dit l'ont contreuvé et inventé, car il n'y a pensé, et que l'on a persuadé ce que dessus audict duc d'Urbin pour le distraire de l'amitié et intelligence du pape, mais qui ne croira à telles mensongières inventions; que dénote qu'il y a praticque entre eulx plustost que aultrement : et certes, sire, si l'on pouvoit empescher ladicte lighe et retirer à la dévotion de vostre majesté, non -seulement le duc d'Urbin, Octavio2 et aultres, et faire une paix avec l'Italie, il sembleroit que se seroit notable œuvre pour empescher le desseing des Françoys , qu'est et sera grandement advancé , si vostre majesté ne rompt leurs praticques. Et non-seulement l'on forceroit les Françoys de vivre en paix, ains de quicter ce qu'ilz tiennent en Italie; suppliant très-humblement vostre majesté remémorer que les praticques françoyses ont advancez les affaires de France plustost que la force, et reculiez les affaires de vostre majesté : leur estant aisé de les guider au port qu'ilz désirent, quant l'on n'y remédie et que l'on ne praticque d'aultre coustel; et que non-seulement l'on ne praticque, ains que l'on n'entretient la dévotion de ceulx d'Italie quilz voluntairement désirent s'employer au service de vostre majesté. Et ny a longtemps qu'ung amy, parlant de don Joan de Luna et de don
1 Dans la marine. à détacher des intérêts de la ligue le duc
2 Leduc d'Albe parvint effectivement Octave Farnese.
César de Naples , me reprinst 1 l'interest et dommaige que vostre majesté a receu depuys que Ton a commencé les poursuytes contre don Fernand de Gonzaga , les places que Ion a perdu en Italie , le divertissement de l'affection qui portoit à vostre majesté, et de [celle de] la maison de Mantua et aultres ses amys et parens, le départ dudict don Joan de Luna , la mutation qu'en deppend et aultres particularitez qui ne sont à négliger.
Et ne fault vostre majesté s'arrester sur les considérations que les Françoys peuvent avoir pour non entrer si légièrement en ligne avec le pape, sur son viez eaige, sur sa légierté, sur sa passion, sur ce qui n'a finance : car ilz pensent avoir sitost achevé ce qu'ilz entreprendront, que lesdictes considérations ne les retiendront de passer oultre en ladicte lighe; et est vraysemblable que l'information qu'a donné ledict don Joan de Luna n'aura prouffité ains plustost incliné ceulx de par deçà à continuer leurs praticques. Suppliant vostre majesté prandre de bonne part ce qu'en escriptz : car s'est ce qu'en entend; estimant que vostre majesté a partout tant de ministres et si diligens, qu'ilz sçauront très-bien recuillir ce que passe es lieux où ilz sont, pour confronter les advis des ungs aux aultres.
Quant à l'abbé de Sainct-Salutz , je dissimule avec luy; et, m'aiant demandé si j'avois aulcune responce du régent de Milan, je luy ay dit de non, pour estre absent aux bains de Liège pour son indisposition.
Quant à ce que vostre majesté désire l'on négotie avec le connestable pour tirer de luy ce que l'on pourast : dois que ledict Sr roy de France partit de Fontainebleau, il n'y a eu moien, pour avoir esté tousjours escarté avec la court; et luy ay deux foys envoie mon secrétaire, comme vostre majesté a peu veoir par mes lectres , et sur bonne occasion ; mais à l'une des foys il ne l'a voulu ouyr, ains m'a respondu par escript, et à l'aultre foys, il luy a dit que l'on me respondroit quant ledict Sr roy seroit en ce lieu; me excluant
1 (Représenta.)
de l'accès de la court, pour non avoir moyen d'entendre leurs
menées.
Quant à la rançon de son filz, il ne délibère de faire passer oultre les deniers que son filz ne soit en France; et pour ce a sollicité Croquet et cinqz aultres banquiers pour respondre de la somme accordée, et a treuvé estrange que l'on veulle sçavoir si les deniers sortent de France ou si se trafficquent par changes. Jerónimo Vigaro, qui va par delà, doit prier la reine douairière de France de respondre pour la somme , à quoy vostre majesté prendra regard comme elle verra estre requis
Quant à ce que ledict Sr duc de Savoie escript que j'ay advisé que l'on levoit gens de chevaulx à l'antour de Paris ; aiant reveu mes iectres, je n'ay treuvé que j'eusse escript distinctement que l'on levast chevaulx, sinon que l'on avoit arresté chevaulx pour le charroy de l'artillerie et que l'on faisoit la monstre de la gendarmerie , comme l'on a accoustumé, avec ordonnance destre preste. Quant aux lieux où ladicte monstre se faict, dz sont ordinaires; et, quant ilz les veulient joindre, ilz leur ordonnent approcher les lieux de l'assemblée, et suys après pour sçavoir ce qu'en sera. Du ban et rièreban , il n'en est nouvelles, et n'est d'intention ledict Sr roy de France de lever bans et arrière-bans pour s'en servir comme du passé, sinon prandre l'argent des fiefvelz l.
Je n'entends que l'on aye assemblé diette en Suysse pour lever Suysses; mais je sçay que les Françoys ont desseing avec le pape d'en avoir six mil pour leur emprinse en la Toscane , et quatre mil pour le Piedmont.
Quant au lieu où Reffenberg et aultres capitaines allemans peuvent l'aire leur monstre, les espies quilz ont donné advis de leur deppart n'ont spécifié le nom ny la quantité d'argent qu'ilz ont peu recepvoir ; et peult vostre majesté , par correspondance des ministres qu'elle a en Suysse et Allemaigne , entendre ce que passe en ses coustelzlà, pour advérer les advis que l'on a généraulx de telles ouvertures;
1 Fieffés, gens tenant fiefs.
toutesfoys j'ay envoie, sur les frontières de Lorenne et Allemaigne, homme exprès pour sçavoir ce que sort de ce coustel-là, estant certain que lesdicts capitaines assemblent gens de guerre pour ceste rièresaison.
Quant au Sr de Bordillon, il est parti pour aller contre Luxembourg et Mariembourg, pour préparer, avec les Srs de Guyse et Nevers, ce qui convient pour la surprinse des forts de Phiiippeville et Givetz, dont vostre majesté verra confirmation par les mémoires enclos es lettres particulières de monseigneur le duc de Savoie
et peult entendre vostre majesté que lesdicts Srs de Guyse et Nevers, avec les Allemans quilz passeront et les Françoys qu'ils ramasseront en peu de jours, tant de leurs garnisons que aultres, et la gendarmerie qu'est tousjours preste , ilz mectront en peu de temps armée sur pied pour faire ladicte surprinse.
J'ay envoyé en la Normandie homme entendu pour veoir ce que passe celle part, comme je feray du coustel de Provence, combien que les advis que l'on en a viennent d'auteur qui pourroit suppléer l'envoy; suppliant vostre majesté me faire envoyer argent pour fornir à tant de fraiz extraordinaires, car le mien que j'aveoys s'en va faillir, de sorte que je n'en ay pour l'ordinaire ny extraordinaire
L'ingéniaire que les Françoys ont prins se nomme Jacques de Flotris, de Saint-Omer, qui par question et torture réitérée a confessé que mondict Sr le duc et le Sr de Glayon l l'ont envoyé pour recongnoistre et déseingnir les fortifications des frontières. Et aiant treuvé moyen de faire parler à luy, il m'a envoyé les lectres et papiers enclos es lettres dudict Sr duc; et verra vostre majesté comme ledict Sr roy de France l'a voulu emploier, et ce qui lui a demandé de Phiiippeville et Gyvetz, et suys après pour luy faire dire qui s'offre audict service pour le saulver : aultrement l'on le fera pendre et estrangler.
L'on escript de Rome que le pape est fort marry qui n'a peu prandre le secrétaire Monteio.
' Grand maître de l'artillerie dans les Pays-Bas.
Il y a ung secrétaire à Rome, nommé la Crisse, que seconde par ses lectres les passions et affections dudict légat Caraffe, et escnpt tout ce qui peut servir pour attirer ceulx de par deçà à la guerre.
Le sieur roy de France est arrivé en ce lieu pour avoir argent, et entendz que l'on enverra en la Toscane troys cents chevaulx légiers
L'AMBASSADEUR RENARD