‹ Papiers d'état du cardinal de GranvelleChapitre 108 sur 153 · À CONTRACTER AVEC LE DÜC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

À CONTRACTER AVEC LE DÜC DE SAVOIE

(Mémoires de Granvelle, tome II, P 4o v°- 42.)

Sans date [derniers mois de l’année i53o ?].

Sur ce que monsieur de Savoye \ oultre le devoir qu’il a au saint empire , parciste à plus estroicte alliance avec l’empereur et le roy des Piomains et leurs pays patrimoniaulx :

Fai et beaucoup à peser, pour non y facillement encliner, la qualité dudict Sr duc et la situation de ses pays assis deçà et delà les liions, en lieux assez subjects de soy à souffrir par toutes mutations danger de guerre, et nécessité d’ayde et secours.

1 Charles III, dit le Bon; il était le se- aîné, Philibert le Beau, époux de l’archi-

cond fils du duc Philippe , dit sans Terre , duchesse Marguerite,

et avait succédé, en i5o4, à son frère

Aussy les querelles et occasions de débat et émotion de guerre que desjà il a avec les François et les Suysses et Valésiens, tant pour cause de Genesve et du voisinaige et lymites, que pour raison de nostre sainete foy.

Que l’empereur est desjà assez empesché, pour les considérations susdictes, et à raison de l’empire, de se démeller quant au secours, assistence ou faveur que tousjours , mesmes dois ung an en çà, ledict duc a requis et demandé à sa majesté.

Oultre ce que ledict duc est assez mal-aysé , duquel il semble l’on ne peult espérer ayde ne assistence de gens et moings d’argent, ses affaires estant ès termes où ils se retreuvent , et se vouldra vraysemblablement tousjours excuser, soubz couleur d’impossibilité.

Avec ce que il est de soy assez muable et enclin à mouvement, et mal fondé à les parbouter oultre1, et si est vraysemblable que par pure nécessité et faulte d’ aulire appuy , et passion de se vouloir vanger, il vient à requérir ceste plus estroicte alliance.

Davantaige, que en tous advénemens, faict bien à considérer la lighe desfensive que sa majesté a traicté avec nostre sainct-père pour l’Ytalie , où que la meilleur part de l’estât dudict duc est assise ; et aussi que le toutaige d’icelluy despend de l’empire , en quoi convient avoir esgard, pour garder l’auctorité impériale et le debvoir à la dignité et choses traictées.

A l’opposite d’aultre part, pour condescendre à ladicte allyance , se peult prendre considération que comme ledit estât est en lieu subject aux motions de guerre , pour ce emporte-il de s’en asseurer austant qu’il est possible, et peut sembler qui vauldroit mieulx estroict lyen amyable, que d’espérer ou confier au debvoir général qu’il a au sainct empire, mal communément observé.

Mesmement que c’est l’entrée de l’Italie par les deux ou trois coustez plus suspeetz : par les mons Sainct-Bernard , Senys et par le coustel du Dauphiné.

Que en reboutant et désestimant ceste offre et conjuncture , avec

1 Suivre , accomplir.

PAPIERS DETAT.

laquelle l’on le peult lyer à la deffension d’Italie et desdicts passaiges, nostre sainct-père le pape, Vénéciens et aultres potentats italiens s’en pourroient resentir, et se ledict duc se allyoit ailleurs , la repentence en seroit tarde.

Et encoires que ledit duc deviegne à ceste ouffre par pure nécessité, tant mieulx pour en faire son prouilit à l’amener à conditions plus convenables.

Et quant aux questions qu’il a avec les Suisses, et tant quelles sont en considération de usurper sur son estât , l’empereur, à cause de sa dignité , est tenu l’assister, et à mesme cause , et comme prince catholique , s’emploier à le deffendre en ce de la foy.

Davantaige , que le traicté de la plus estroicte alliance le pourroit lyer de sorte, quant à ce et pour la deffense des estats patrimoniaulx d’un coustel et d’aultre, qu’il seroit plus retenu et oseroit moins riens mouvoir.

Que oullre la considération générale de la deffense d’Ytaiie , l’estât dudit duc est fort duisant1 pour la deffencion de la maison d’Austrice et de Bourgoingne , et pour retenir les François, Suisses ou aultres qui vouldroient riens mouvoir, de quelque coustel que ce soit, voyres quant ce seroit du coustel de Flandres, Navarre ou aultre coustel d’Espaigne.

Et si ne seroit en conséquant mal, à propos de la difficulté que se retrouve en Allemaigne , touchant l’élection du roy des Piomains 2.

Vient aussi à considérer la sollicitation et respect que le roy de France a eu de le tenir de son coustel, et que le malcontentement qu’est maintenant entre eulx n’est que pour jalousie et craincte que ledit Sr roy de France a de l’amytié que l’empereur pourte à la duchesse3 et pour cause quelle attire ledit duc à la dévotion de sa majesté.

Item, l’alliance d’entre l’empereur et ledit Sr duc, proximité et

1 Convenable. 5 Béatrice, fille d’Emmanuel le Grand,

2 Élection qui eut lieu au mois dejan- roi de Portugal, et de Marie de Castille,

vier 1 53 1 . avait épousé , en 1 5a i , le duc de Savoie.

attenance des enffans (et que comme qu’il soit des conditions ou façons de faire dudict Sr duc), tousjours la considération de l’obligation à ladicte duchesse et ses enfans doit seurmonter et passer la chaite1 que se retreuve audict duc, lequel sera merveilleusement honteux et malcontent s’il est esconduit de cette offre et réquisition , et serchera le moyen ailleurs, à la despération de ladicte duchesse.

Et en lin peult sembler que l’on pourroit respondre aux gens dudict duc , louhant fort son bon et honneste vouloir et acceptant son ouffre , pour laquelle déduire à bon effect comme il convient et avec fondement , et mesme pour l’asseurance dudict duc et luy éviter tous inconvéniens, que sadicte majesté, venue en Allemaigne, procurera de le réduire et mectre en bonne intelligence avec les estatz du saint empire et de le comprendre dans la lighe de Souabe ; et le semblable se traictera avec nostre sainct-père, afin qu’il entre, ensemble ses pays, en celle d’Ytalie, et [pour] que ce feit sans jalousie ny mescontentement raisonnable de personne , et avec la plus grande seurté dudict duc, l’empereur et le roy son frère traicteront plus particulière intelligence avec ledict duc.

Quoy faisant, sera gaigner temps et entretenir ledict duc content et lui copper chemin à aultres pratiques , et bonne œuvre de procurer lesdictes compréhensions ; et ce faict selon que l’on verra le succès des affaires , l’on advisera quel aultre particulier traicté l’on pourra faire avec luy. En ce cas le lyant, [afin] qu’il ne puist riens mouvoir ou actempter directement ne indirectement que baille occasion de débat où que ce soit , sans l’exprès advis et conseil de l’empereur et du roy des Romains; et voire en comprenant le roy de France comme alligé 2 et aultres à qui l’empereur peult avoir considération , pour l’observance de la générale et commune paix, et clausulant et déclairant les choses de sorte que tout ce qui se traicteroit fût à l’advantaige et au bon plaisir de sa majesté, et retenir ledict duc obligé, et en somme seroit, comme l’on dit, avoir plus d’amys et moins d’ennemys.

1 Chaitis , chaitiveté : chose de peu de valeur. — * Allié.

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